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L AMPLIFICATION THÉMATIQUE

Qu'elle fût envisagée au point de vue intrinsèque ou extrinsèque, monodique ou polyphonique., la Variation avait pour caractéristique constante l'exposition préalable ou simultanée d'un Thème permanent, exprimé ou sous-entendu, mais toujours identique à lui-même. Cette sorte de substance thématique, intangible dans ses notes extrêmes {maxima et minima), ses accents et ses cadences, à l'état ornemental, ou, dans les dimensions métriques de son cadre, à l'état décoratif, participe toujours des qualités de la matière : ces deux sortes de Variation ou d'Ornement permettraient le plus souvent une reconstitution matérielle de leur Thème dont on pourrait rechercher, une à une, les notes éparses

dans la représentation graphique, pour leur restituer leur ordre primitif, leur intonation et leur valeur.

Si toutefois, à l'état ornemental, ce respect de la lettre ne nuit point à Vesprit du Thème, il n'en est pas toujours de même à l'état décoratif, où Vesprit est souvent absent, tandis que la lettre, seule, demeure.

L'étude de la Variation nous révèle enfin un troisième état, dans lequel la lettre, ou, si l'on préfère, la note est à peu près absente, tandis que Vesprit, Vexpression demeure. On se trouve alors en présence d'une véritable interprétation, d'une amplifcation du Thème, dont la notation seule ne donne plus qu'une idée tout à fait insuffisante.

Il est presque impossible d'apprécier à quel moment exact une phrase ainsi amplifiée cesse d'être reliée ou reliable au Thème qui lui a donné naissance ; mais on peut assez nettement établir, par élimination, où commence cet état spécial de la Variation.

Dès que les éléments nouveaux adjoints au Thème pour le varier ne permettent plus sa superposition, même fragmentaire, à la Variation, il y a proprement amplification si l'expression générale du Thème n'est pas sensiblement altérée, et si l'on peut suivre à travers la Variation les enchaînements mélodiques ou harmoniques les plus caractéristiques du Thème, alors même qu'ils se reproduiraient sur d'autres degrés ou dans d'autres tonalités.

Un exemple, emprunté comme les précédents aux Études en forme de Variations de Schumann, fera mieux percevoir cet aspect particulier du Thème, varié dans son essence même et subsistant à l'état latent^ alors que rien ne le révèle positivement dans les notes écrites :

V(ir talion amplificatrice

Transposé à sa quinte supérieure (50/ Jt), le Thème précédemment exposé (p. 440) est reconnaissable ici à son intervalle initial de quarte descendante et à sa modalité. Cette quarte, avec la formule ornementale qui la suit, se reproduit sur divers degrés, commentant et amplifiant l'arpège initial du Thème, pour en faire une phrase nouvelle

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dont la première période aboutit, comme la période correspondante du Thème, au ton relatif ma']eur.

Il faudrait exécuter l'une après l'autre la phrase du Thème et cette amplification expressive de ses notes principales, pour bien se rendre compte que c'est là une véritable Variation, issue du Thème, auquel elle ajoute, non seulement des formules ornementales et contrapontiques nouvelles, mais encore un commentaire ou une explication musicale qu'il ne semblait point contenir ni faire prévoir.

La part de l'invention est donc beaucoup plus grande dans la Varia' tion amplificatrice qut dans toutes les autres, et la meilleure, sinon la seule étude qu'on en puisse faire consiste dans la lecture attentive des œuvres de ceux qui l'ont génialement employée, comme J.-S. Bach dans certains Chorals d'orgue, Beethoven dans plusieurs pièces lentes de ses Sonates et de sa Musique de Chambre, César Franck dans ses Variations sjmphoniques et ses Trois chorals d'orgue. Quelques-uns des plus beaux spécimens connus, dans ce genre de Variation, seront analysés ci-après (p. 466 et suiv.) ; mais, si l'on songe à l'inépuisable variété des ressources qu'un tel moyen met à la disposition du véritable musicien, on constatera sans surprise que de telle sanalyses, même faites avec le plus grand soin, ne puissent donner autre chose que des indications essentiellement incomplètes.

Uamplification thématique apparaîtra ainsi comme une voie presque illimitée et à peine explorée encore dans le domaine de la composition musicale. On y retrouvera certains jalons entrevus déjà à l'occasion dts fonctions tonales et des modulations. L'analyse harmonique [i) nous a appris, en effet, que les trois fonctions [tonique, dominante, sousdominante) se retrouvent à la base des agglomérations de sons en apparence les plus compliquées.

L'ordre dans lequel se succèdent ces fonctions, dans un Thème donné, fournit à Vamplification une sorte d'arwa/z<re assez résistante pour la maintenir à l'état de Variation, tant que cet ordre reste semblable à celui qui est apparu dans le Thème lui-même : l'étude des schèmes harmoniques est donc des plus utiles pour la Variation amplificatrice.

On peut tirer aussi de l'analogie déjà signalée (p. 247 et suiv.) entre les modulations et les notes mélodiques un moyen d'interprétation du Thème, qui appartient au même ordre de Variation : dans le Thème amplifié, la broderie se change alors en modulation ornementale accidentelle,lanote de passage en harmonie modulante passagère, tandis que les notes réelles indiquent seulement certaines modulations définitives.

La plupart de ces moyens n'avaient été indiqués jusqu'à présent

(ij Voir I" I.V., p. 17.

qu'en matière de développement ; mais le développement, alors même qu'il procède par amplification (voir ci-dessus, p. 243), ne doit point être confondu avec la Variation amplificatrice. Dans le développement, en effet, un Thème agit : il se démembre et module ; il est en marche pour arriver à un autre état ou à une autre tonalité. Dans la Variation, au contraire, un Thème s'expose : il peut se compléter et revêtir des ornements nouveaux ; mais ces modifications, si profondes qu'elles soient, ne le mettent pas en mouvement ; il demeure en repos au point de vue tonal, et c'est la raison pour laquelle la plupart des Thèmes avec Variations, même les plus beaux et les plus complexes, s'éloignent très peu du ton principal.

Les transformations cycliques d'un Thème, tout à fait distinctes, elles aussi, du développement, ainsi que nous l'avons constaté (p. 379), tiennent souvent beaucoup de V ampli fication thématique, et c'est pourquoi 1 étude de ces transformations devait être suivie immédiatement dans cet ouvrage de celle de la Variation.

Développement et amplification constituent donc, en définitive, pour la Symphonie comme pour la Littérature, les principaux moyens mis en oeuvre dans l'art delà composition.

Mais, pas plus chez l'écrivain que chez le musicien, la connaissance technique de ces moyens ne peut yamais suppléer, ni au don créateur qui, seul, fait naître les idées, ni à la conscience artistique qui les discerne.

HISTORIQUE

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