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LA SYMPHONIE PROPREMENT DITE

Technique. — I. Définitions. — 2. Origines de la Symphonie : les .Madrigaux transcrits pour instruments ; élimination des instruments accompagnants dans le Concert ; adjonction des instruments à vent. — 'i. Caractères distinctifs de la Symphonie relativement à la Sonate. — 4. La Symphonie beethovénienne.

Historique. — b. La Symphonie avant Beethoven. — - 6. Les neuf Symphonies de Beethoven.— 7. Les Romantiques. — 8. Les modernes Allemands et Russes. — g. Les Français modernes.

TECHNIQUE

Le mot Symphonie (du grec a'j;j.9a)v'a) est lié ét3aiiologiquement à ridée de sons (ouvr,) mis ensemble (ojv). Nous avons dit^ dans l'Introduction à la Première Partie du présent Livre (i), par quelles acceptions assez différentes ce mot avait passée depuis l'Antiquité, où il correspondait à peu près à ce que nous appelons aujourd'hui consojuiance parfaite, jusque vers la fin du xvii^ siècle, où il commence à être réservé aux pièces instrumentales consistant uniquement dans le groupement esthétique des sons, sans aucune intention d'application à des paroles : et c'est en ce sens que nous avons opposé le mot symphonique au mot dramatique, dont nous nous servons pour spécifier tout ce qui, dans l'art musical, est lié à l'expression des vocables par les sons. Ainsi, tout ce Deuxième Livre du Cours de Composition est consacré à la Musique symphonique, tandis que le Troisième Livre concernera la Musique dramatique.

(i) Voir II' liv., I'= partie, p. 6.

LA SYMPHONIE

Toutefois, parmi les différents genres de musique instrumentale auxquels le qualificatif « symphonique » peut être légitimement appliqué, celui qu'un usage courant désigne sous le nom de Symphonie proprevient dite se distingue spécifiquement de tous les autres par le fait que tous les instruments essentiels à Forchestre y participent dans une proportion équivalente en qualité, sinon toujours égale en quantité.

La Symphonie dont il est ici question consiste donc en une composition exclusivement orchestrale, oit chaque instrument, suivant sa nature, joue un râle d'importance égale aux autres.

La Symphonie étant exclusif ement orchestrale s oppose par cela même i\ toute idée de programme littéraire ou poétique, de représentation scénique ou mimée, de diction ou de déclamation de paroles quelconques ( i),en quoi elle réalise la forme musicale la plus totalement opposée à celle du Drame, comme le montre le tableau schématique figurant la classification générale des formes musicales (2). Sans doute, on verra par la suite que les cas de compénétration ou même de combinaison de ces deux genres opposés se rencontrent assez souvent : mais ces exemples feront ressortir plus clairement encore la nécessité de discerner nettement ce qui appartient en propre à chacun d'eux.

L'égalité du l'équivalence du rôle de chaque partie instrumentale dans la Sfviphonie exclut la division de l'orchestre en deux catégories distinctes d'instruments, accompagnants et récitants, qui faisait la caractéristique de la forme Concert ou Concerto. Ici, tous les instruments participent à l'œuvre au même titre : ils sont en quelque sorte égaux eu dignité, mais non pas en fonctions, car ils sont traités, avons-nous dit, suivant leur nature, c'est-à-dire conformément à leur rang dans la hiérarchie de l'orchestre et au bon ordre de l'ensemble.

Comme on le voit, l'idée d'ensemble ou de fusion dans l'unité est impliquée dans le mot» symphonie », de même que l'idée de lutte ou de suprématie parle combat est impliquée dans le mot «concert» : et c'est bien là, en effet, la distinction radicale, logique et étymologique, qui différencie, dès l'origine, ces deux genres l'un de l'autre.

Toutefois, la forme Concert est très antérieure en date à la forme Symphonie proprement dite, mais non pas au mot lui-même.

Sans parler de l'ancienne acception des Grecs, à peu près oubliée au XVI® siècle, on trouve à cette époque, sensiblement contemporaine des premiers Concerts de Viadana, le nom de Symphonie appliqué, ainsi

(1) L'adjonction des Chœurs, dans l.i IX" Symphonie de Beethoven et dans quelques autres, loin d'infirmer ce principe, apparaît au contraire comme un moyen orchestral supplémentaire, par l'emploi du timbre des voix humaines se combinant avec les timbres instrumentau.\ : l'ensemble demeure exclusivement symphonique.

(2) VoirU^liv., I"' partie, p. i3.

DÉFINITIONS loi

que nous l'avons dit, à de véritables Polyphonies vocales : telles les Svmphoniae sacrae de Giovanni Gabrieli (i595) et de Heinrich SchOtz (1629, 1647), sorte de Motets d'une écriture plus plaquée (i). Mais cette anomalie ne devait pas avoir de suite, car, dès le siècle suivant, l'acception exclusivement instrumentale du mot Symphonie demeure la seule : on désignait ainsi alors la simple ritournelle, ordinairement de seize à vingt-quatre mesures, qu'on jouait au théâtre avant le lever du rideau et l'entrée des chanteurs.

L'application du même nom à toutes sortes d'Ouvertures, surtout en Italie au xviiie siècle, n'est pas différente, car on peut dire que c'est cette r;7oMr«eZ/e d'introduction qui est devenue elle-même V Oui'erture : e\\& est toujours instrumentale, mais il arrive parfois qu'elle n'est pas exclusivement réservée au théâtre. On la trouve aussi au concert, et Haydn lui-même, qui pourtant, comme nous allons le voir, devait être le père incontesté de la véritable Symphonie, donne encore ce titre au Largo et Fugue qui sert d'Ouverture à l'un de ses Oratorios. Mais c'est bien là le dernier emploi connu du mot Symphonie pour désigner autre chose que ce qu'il désigne encore aujourd'hui.

2. ORIGINES DE LA SYMPHONIE. LES MADRIGAUX TRANSCRITS POUR INSTRUMENTS. —

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