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G LK POÈME SYMPHONIOUE ET LA FANTAISIE

Ernest CHAUSSON (voir ci-dessus, p. 176) est l'auteur de deux Poèmes Symphoniques : Viriaiie (i883) et Soirs de Fête (1897) dont l'adaptation au « programme » a pour conséquence que la fin n'est pas dans la tonalité initiale.

Paul DUKAS (1) est l'auteur d'un véritable Poème Symphonique, L'Apprenti Sorcier (1897). qu'il qualifie Scherzo parce qu'il est effectivement dans cette forme, bien qu'il suive très ingénieusement les péripéties de la Ballade de Gœthe sur ce sujet ; nouvelle vérification de la tendance constructive et logique de toute cette Ecole contemporaine, en réaction contre Berlioz., Liszt et leurs successeurs.

Vincent d'INDY (2), qui dans IValleustein a utilisé la forme Ouverture, comme Dukas la forme Scherzo pour son Apprenti Sorcier, a abordé aussi le genre Poème Symphonique pur dans plusieurs œuvres :

r La Forêt enchantée, Ballade Symphonie, op. 8 (1878) ;

1° Saugefleurie, Légende pour orchestre, sur une poésie de Robert de Bonnières, op. 21 (1884) ;

3° Jour d' Eté à la Montagne, Triptyque Symphonique, d'après des poèmes en prose de Roger de Pampelonne, op, Gi (iQoS) ;

4° Souvenirs. Poème pour orchestre (3), op. 62 (1906);

5° Poème des Rivages, Suite Symphonique en quatre parties, op. 77 (1919-1921);

6° Diptyque méditerranéen, pour orchestre, op. 87 (1925-1926).

A titre de spécimen de deux conceptions assez différentes de ce même genre, nous donnons ci-dessous, en terminant, l'analyse du deuxième de ces six poèmes, SaugeJIeurie, et celle du troisième, écrit trente ans plus tard. Jour d' F lé à la Moiilagiie.

SAUGËFLEURIE : Pocme Symphonique, divisé en six sections :

I. Introduction représentant, d'après le poème, un paysage avec un lac ; on entend des accords évoquant \a fatalité qui voue la Fée Saugefleurie à un destin tragique, à la suite de ses amours avec un être humain, un certain Prince dont on entend au loin les fanfares de chasse, tandis que s'esquisse le thème affecté à la Fée elle-même : ton principal LA 1» ; — cette Introduction se répète en FA, avec les mêmes éli-ments orchestrés ditréremment (thème de la Vée aux flûtes) et revient

(i) Voir ll"'liv., l'" partie, p. 4M. ■■

(2) Voir ll"liv., I"= partie, p. 42.S.

(3) Pour une raison personnelle, cette œuvre évoqu; le thème principal d'une auire œuvre Le Poème des Montagnes, op. i5 (uS82), laquelle n'est pas autre chose qu'un véritable Foème Symphonique pour piano. On doit ranger aussi dans la même catégorie les pièce, deicriptives iiuituléis Tableaux Je Voyage, op. '}'•' (1SS9), dont quelques-unes Turent orchestrées ullèrieU'ement, op. % (iSgi).

LE poèml; sVxMPHon'ioue nnr,i[i-:sTHAL 3*7

à la Dom. de la b ; les harmonies du paysage reparaissent dans cette tonalité, tandis que les fanfares de chasse se rapprochent ;

II. Exposition en UT : le thème A est celui de la Chasse, le thème B celui du Prince ; mais tous les deux, contrairement aux règles de la Sonate, sont dans la même tonalité ; — le thème A s'expose de nouveau en Ml b suivi du thème B en ur )> [Sli,); — un petit développement des deux thèmes termine cette partie ;

III. Rencontre du Prince et de la Fée : exposition complète de la troisième idée, esquissée dans l'Introduction, et formant une grande phrase lied, suivie des accords de \a fatalité ;

IV. Duo d'amour des deux personnages : développement des deux thèmes .\ et B, dans les tonalités de LA i elUT\> (sm) ; — réapparition du thème C (la F"ée) sous une forme plus passionnée, au ton de FA l> {MI li) qui se rattache aux deux tons du développement précédent ; — conduit très court (remplaçant un véritable développement symphonique qui, paraissant beaucoup trop long à cette place, fut pour cette raison supprimé par l'auteur) ;

V. Réexposition, corrélative de la section 11 ; thème A en IJT (la Chasse, qui s'éloigne peu à peu) ; — fragments du thème C (la Fée) devenu douloureux, en SI ; — derniers échos du thème A au loin ; VI. Réexposition complète du thème C, corrélative de la section m : les trois périodes de la phrase lied sont coupées par les accords de la fatalité :1e thème est devenu froid et comme indifférent : la Fée est devenue folle et changée en tleur.

Cette sorte d'allégorie musicale avec personnages thématiques se ressent un peu des habitudes du temps où elle fut composée : de 1884 à 1906, beaucoup de choses ont changé sous ce rapport, comme on pourra s'en rendre compte par l'analyse des trois « panneaux » descriptifs qui constituent le n triptyque symphonique » du Jour d'Hleàla Montagne ( 1 ).

I. AUKORE. L'unité tonale de ce premier tableau est réduite à l'équivoque de ia tierce modale mi b, dans le ton d'uf naturel mineur (La Nuit), avec le ré ;, tierce modale de si n.iturtrl majeur ou UT b (Le JoLir). La construction est neitement binai' e, comme un morceau de Suite allant dans sa première moitié d'ut à UT, et d'rrà SI dans la seconde, sans retour au thème initial :

a) La Nuit : tenue générale d'UT à toutes les octaves du quatuor divisé, pianissimo ; un arpège ascendant, sans tierce, fait prévoir la clarté prochaine, tandis qu.: l'oiseau de nuit (basson et clarinette) jette son cri sinistre ;

(i) La présence à cette place d'une étude sur le Jour d'Eté à la Montagne pourrait surprendre ceux de nos lecteurs et amis qui savent que les leçons de notre Maître sur le foeme Symphonique sont antérieures de cinq ans au moins à la composition de cette œuvre. Nous tenons à rappeler ici que cette adjonction a été L.ite sur la demande formelle de l'Auteur, lorsque nous avons arrêté ensemble les détails de la réJaction de ce Chapitre final, au cours de notre dernière entrevue, dans sa résidence d'Agay, le i'3 septembre wh. moins de trois mois avant sa mort, survenue le 2 décembre suivant. A. S.

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h) Développement du motif « nuageux », modulant progressivement vers la lumière :

Quatuor

on entend des chants d'oiseaux (flûtes, hautbois) tandis que l'agogique se resserre jusqu'à la fin de cette première partie du morceau de Suite ;

c) Le Jour : le " thème du Soleil » se précise peu à peu par des entrées en canon aux instruments à vent, procédant dans l'ordre des quintes, en UT, SOL, BË, LA et MI ;

d) le ton de S/ éclate dans un fortissimo d'orchestre avec le « thème du Soleil » aux trompettes :

Tromp

une sorte de développement terminal fait lutter ce thème victorieusement contre un dernier retour du thème « nuageux », tandis que les chants d'oiseaux redoublent.

II. JOUR [Après-midi sous les Pins) : Pièce Lente en MJ {Sous-Dom. du ton du Soleil) dont le milieu est fait par un véritable Sclier^o en UT, ton initial changé de mode :

a) Phrase lied (a, b, a,) aux violons, exprimant le caime à la chaleur du jour:

cette phrase s'éteint peu à peu, et l'on entend dans le lointain le rythme de danse populaire qui deviendra le Schenfo, tandis que les oiseaux de nuit, dérangés dans leur sommeil diurne, font entendre leur cri lugubre (flûtes) interrompu par des rappels fragmentaires du thème initial ; b) Scherzo en UT: sur le rythme de danse déjà préparé, on entend une chanson scandée parles trompettes et les trombones :

Tromp. et Tromb

c) Trio du Sclierr;o, sur une autre chanson, en flÊ I», avec un rythme nouveau; puis réexposition très abrégée de la Chanson du Scherzo sur un troisième rythme (tambourins) ;

d) Réexposition de la phrase lied du mouvement lent en A//, avec des rappels du Scherzo, pour finir.

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