LE CONCEKT PRIMITIF
LuDovico Grossi da ^'I.\F)AXA. . . 1564. ■] 1645
GiusEPPE ToPELLi i65o f 1709
Arcangelo Coreli.i i653 f 1713
GlUSEPPE TaRTINI 1692 f 1770
Antonio Vivaldi 1678 f 1743
Johann Sébastian Bach i685 f 1750
LE CONCERT PRIMITIF 8i
Ludovico GROSSI da VIADANA, de même que le célèbre Pierluigi da Palestrina, est universellement désigné parle nom de sa ville natale. Né à Viadana, près de Mantoue^ élève du franciscain Costanzo Porta, il fut maître de chapelle à Mantoue, à Fano, puis à Venise. A tort ou à raison, le nom de cet auteur est resté lié à deux innovations dont les conséquences devaient être également déplorables pour l'art musical : l'emploi de la voix en 50/0, dans le Concert d'Église qui devait prendre la place du Motet polyphonique, et l'usage des chiffres placés au-dessus de la partie de basse pour indiquer les intervalles complémentaires, première manifestation de ce qui allait devenir la néfaste basse continue, laissée à la réalisation bonne ou mauvaise de l'exécutant. On ne peut vraiment rendre Viadana responsable de toutes les erreurs qui devaient découler de l'abus du solo, cher au virtuose, et de l'abus plus grave encore de la basse continue, chère aux harmonistes, à qui elle donne l'absurde illusion que la musique ne consiste qu'en une succession d'accords numérotés, alors qu'en réalité elle est faite de dessins mélodiques superposés.
Le Concert d'Eglise, dont Viadana passe pour avoir été le créateur, n'a de commun avec le Concert instrumental dit Concert de Chambre dont il s'agit ici, que le principe de l'alternance entre le solo et le tutti : mais ce dialogue, où l'on peut voir, à la rigueur un embryon de ce qui allait devenir, près d'un siècle après, le véritable Concert des instruments récitants et accompagnants, s'établit, dans le Concert d'Église, entre le chant et les instruments accompagnants. Et comme l'élément vocal y est prépondérant, ce sont les formes en usage dans la musique chantée (airs, duos, récitatifs, etc.) qui y sont employées presque exclusivement par Viadana et ses imitateurs. C'est pourquoi, cette forme cesse bientôt d'offrir la moindre analogie avec celle du Concert de Chambre, pour contribuer au contraire à la formation de la Cantate d'Église et de VOratorio, genres dramatiques dont il sera question au Troisième Livre du présent Ouvrage.
Seuls les usages du 50/0 et peut-être aussi de la basse continue semblent avoir été légués par Viadana aux auteurs de Concerts de Chambre.
Giuseppe TORELLI (i), dont nous avons cité le nom déjà, à propos de la Suite, est généralement considéré comme le promoteur, sinon l'inventeur, du Concert de Chambre [Concerto da Caméra, dit aussi Concerto grosso) : sa première œuvre de cette forme, datée de 1686, est cependant postérieure aux premiers Concerti grossi de son contemporain Corelli. Nous sommes alors au moment où s'organise en Italie
(i) Voir II« liv., I'« partie, p. 128.
Cours de composition. — t. 11, 2. 6
8î LE CONCERT ET LE CONCERTO
la forme Suite : mais tandis que celle-ci (qualifiée « Sonate » par ses auteurs) est écrite pour un seul instrument, le Concert en comporte toujours plusieurs, deux ou trois au moins, qui dialoguent et « concertent » entre eux, de même que dans le Concert d'Eglise les voix « concertaient » avec les instruments, au temps de Viadana. Désormais, les voix ayant été reléguées dans la Cantate et ses succédanés, le Concert sera exclusivement instrumental ; son caractère distinctif consistera plutôt en une sorte de broderie ou d'enluminure ajoutée par les instruments concertants à un fond thématique donné, tandis que, dans la Suite comme plus tard dans la Sonate, c'est l'instrument lui-même qui exprime toute la musique.
Le premier Concert connu de Torelli (1686) est écrit pour deux violons avec basse continue. En 1709, on publia du même auteur un assez grand nombre d'autres Concerts, dits Concet-ti grossi, toujours pour deux violons concertants, mais avec un groupe accompagnant formé de deux autres violons, d'une viole (alto) et de la basse continue : dès lors, le principe des deux catégories distinctes d'instruments est établi et il restera la caractéristique du Concert.
Arcangelo CORELLI ( i ), dont nous avons rencontré le nom déjà à diverses reprises, composa également un certain nombre de Concei-ti grossi : les premiers, datés de 1682, sont antérieurs à ceux de Torelli et semblent bien constituer les plus anciennes compositions de cette espèce. La plupart des Concerts de Corelli sont écrits pour trois instruments concertants, trois violons le plus souvent, ou parfois deux violons et une viole de gambe, ou encore pour flûte, violon et viole de gambe. La partie d'accompagnement y est confiée à un quatuor à cordes (deux violons, viole et basse) et cette disposition devient dès lors à peu près constante.
Giusèppe TARTINI (2), qui nous est connu aussi, tant comme théoricien que comme compositeur, a écrit plusieurs Concerts, analogues comme forme et comme disposition aux précédents : c'est à son époque que l'on assiste à la transformation rapide du Concert, grâce à l'ingéniosité et à la fécondité de son contemporain Vivaldi.
Antonio VIVALDI, originaire de Venise, où il passa la plus grande partie de sa vie, est connu par une anecdote assez curieuse, tout autant que par ses œuvres musicales. On raconte que ce singulier « prêtre roux », comme on l'appelait en raison de la couleur de sa chevelure,
(1) Voir II' liv., \" partie, p. 1711.
(2) Voir II" liv., 1" partie, p. 1.S2, et aussi 1" liv., p. iSy.