EN PLEINE RIVIÈRE
De 5 à 10 mètres de profondeur 40 à 50 fr.
De 10 à 15 mètres de profondeur 50 à 60
De 15 à 20 mètres de profondeur 60 à 80
Prix pour fondations Les fondatious par puits blindés ne reviennent pas à un prix élevé, même
par massifs isolés. ^«, !*••* #ii.
avec d assez grandes profondeurs, pourvu que le terram soit peu perméable, et c'est seulement dans ce cas qu'il y a lieu d'en faire application pour la construction des ponts : ce prix est de 50 à 60 francs par mètre cube. Dans les fondations effectuées avec massifs en maçonnerie, descendant graduellement, les prix par mètre cube au-dessous du sol ont été de 35 francs à Rochefort, de 45 à 50 francs à Lorient, de 30 à 40 francs à Bordeaux et de 57 francs pour le bassin de Penhouët à Saint-Nazaire.
D'après ces divers éléments, il convient d'admettre, pour le mètre cube de fondations sur massifs isolés, les prix ci-après :
Jusqu'à 10 mètres de profondeur 50 à 40 fr!
De 10 à 20 mètres de profondeur 40 à 60
En ce qui concerne les fondations à l'air comprimé, nous n'avons pas à considérer l'emploi de lubes qui actuellement n'est plus appliqué que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles. Les prix à prendre pour bases, dans les évaluations approximatives, sont donc seulement ceux qui s'appliquent aux fondations dans des caissons. Il y a 10 ans, le prix par mètre cube pour ces fondations variait de 80 à 200 francs et pouvait être évalué de 410 à 120 francs dans des conditions moyennes. Mais par suite de l'expérience acquise pour ce genre de travaux et surtout en raison de la concurrence qui s'est établie entre les entrepreneurs pour l'exécution des fondations à l'air comprimé, les prix ont beaucoup diminué. Ainsi, pour le pont construit en 1881 à Nantes, sur la Loire, pour le raccordement de la gare d'Orléans avec celle de la Prairie-au-Duc, le prix du mètre cube a été de 85 francs et pour le grand pont de Marmande, sur la Garonne, avec les viaducs aux abords, le prix s'est abaissé jusqu'à 70 francs. Des prix analogues avaient été précédemment obtenus pour plusieurs ponts importants en Allemagne et en Hongrie, notammment pour celui de Ofen-Pesth sur le Danube. Par suite il paraît convenable d'admettre, par mètre cube de fondation à l'air comprimé, les limites de prix ci-après :
Conditions favorables (superficie étendue, terrain consistant, etc.). . . 60 à 110 fr. Conditions défavorables (superficie restreinte, terrain vaseux, etc.). . . 110 à 160
La durée d'exécution des fondations par épuisement est extrêmement variable. Dès qu'il s'agit d'établir une pile en rivière et que, par conséquent, il est nécessaire de construire un batardeau ou un caisson étanche, on ne peut guère compter moins de deux mois pour la fondation de cette pile, et ce temps peut devenir beaucoup plus long si des accidents se produisent.
Lorsqu'on fonde sur béton immergé dans des enceintes, la marche du travail est en général très régulière; mais comme le battage demande toujours un certain temps, on peut admettre que la durée d'exécution sera de 1 à 2 mois, si toutefois il ne survient pas de forte crue ou d'autre circonstance exceptionnelle. Quand les enceintes sont remplacées par des caissons, l'exécution est générale-
prix poiir fondationfl par l*air comprimé.
Durée d'exécution.
576 FONDATIOiNS.
ment plus rapide, parce que ces caissons sont préparés d'avance sur les chantiers et que leur mise en place est effectuée très promptement, 11 en résulte que, même pour une pile de fortes dimensions, la fondation peut facilement être faite en un mois, à moins d'éventualités très défavorables.
Les fondations sur pilotis sont nécessairement plus longues ; leur durée dépend évidemment beaucoup du nombre de pieux, de la longueur de fiche, de la résistance du terrain et du nombre d'appareils dont on dispose pour le battage. Il est donc prudent de compter sur 2 ou 3 mois par pile, à moins qu'il ne s'agisse d'une fondation très restreinte ou d'un battage très facile.
Quand la fondation consiste en massifs isolés, on obtient quelquefois des avancements de 1 mètre par jour, mais généralement on ne peut compter que sur 0™.50 en moyenne pour des blocs de dimensions restremtes ; si les blocs sont plus grands, il faudra prendre plus de précautions pour éviter les déversements et par suite l'avancement sera moins rapide. En résumé, il paraît prudent de compter sur 40 jours pour une fondation à 10 mèlres de profondeur et sur 2 mois pour un enfoncement à 15 mètres.
Les fondations par l'air comprimé exigent presque toujours d'assez longues installations ; mais lorsque celles-ci sont terminées, le fonçage peut quelquefois être opéré promptement. Ainsi, à Nantes, on est parvenu à fonder en deux mois chaque pile, aune profondeur moyenne de 17 mètres. Néanmoins on arrive souvent à des durées beaucoup plus longues ; ainsi la fondation de Tune des piles du pont de Lorient, à 21 mètres au-dessous des hautes mers, dans des conditions très défavorables il est vrai, a duré 6 mois. Au pont de Saint-Louis, sur le Mississipî, le fonçage de la culée de l'Est et de la pile du même côté a exigé respectivement 115 et 133 jours, mais les superficies de ces fondations étaient très considérables.
Pour le pont sur la rivière de l'Est à New-York, où l'empattement des fonda-? lions était encore beaucoup plus grand, le fonçage de la pile, du côté de Brooklin, a été interrompu par plusieurs accidents et a duré très longtemps ; mais pour celle du côté de New-York, il n'a exigé que 5 mois, ce qui est peu, en raison du cube de 20,000 mètres de déblais qu'il a fallu enlever. Enfin, en revenant à des dimensions ordinaires de piles, il résulte du mémoire précité de M. Séjourné;
qu'à Marmande les durées d'exécution ont été : l"" Pour chacune des 6 fondations du pont proprement dit, 67 jours pour le travail effectif et 148 en tenant compte des interruptions ou perles de temps; 2° pour chacune des 15 fondations du viaduc de la rive gauche, 69 jours de travail effectif et 152 jours avec les pertes de temps. La durée moyenne a donc été de 5 mois par pile ; mais il faut reconnaîtiH? que, par suite de circonstances spéciales, la durée des interruptions a été beaucoup plus grande qu'à l'ordinaire.
Il résulte de ces considérations que, même pour des piles de dimensions ordinaires et de profondeurs modérées, il est prudent de compter sur 3 mois au moins, pour la durée de chaque fondation de 12 à 15 mètres de profondeur; mais l'emploi de l'air comprimé présente le grand avantage de permettre l'exé- (iution des fondations en toute saison et avec des hauteurs d'eau variables, pourvu qu'elles n'arrivent pas à celles des fortes crues qui obligeraient à garer les appareils et par suite à interrompre les travaux.
Les fondations par épuisement sont celles qui présentent le plus de garanties caianues dé solidité. de solidité, pourvu que le fond ne soit ni affouillable ni compressible ; ces fondations sont en effet les seules où Ton puisse, à l'air libre, reconnaître la nature du sol inférieur, le déraser, le nettoyer et enfin exécuter avec tous les soins désirables les maçonneries ou le béton des massifs de fondation.
Les massifs de béton immergé sont d'une exécution rapide et économique, mais, pour qu'ils soient durables, il faut que l'incompressibilité du fond soit certaine, que le régime ne soit pas torrentiel, que les eaux ne soient pas vaseuses, que le béton ne soit pas délavé et ne contienne pas de laitances, qu'enfin le sol soit bien défendu contre les affouillements. Avec du béton hydraulique ordinaire, il faut limiter la charge à 6 kilogrammes par centimètre carré ; pour des charges plus fortes, il est nécessaire d'y ajouter du ciment et d'en augmenter graduellement les proportions, jusqu'à arriver au béton de ciment pur, si la pression par unité de surface devient considérable.
L'emploi des pilotis présente des éventualités défavorables, parce que les pieux peuvent casser, fléchir ou s'enfoncer irrégulièrement et que l'ensemble peut se déverser dans certains cas. Mais avec de grandes précautions, en
plaçant très bas le plan de recépage des pieux et en les protégeant avec soin contre les affouillements, on peut obtenir par ce procédé des fondations très durables. Dans le cas où les pîeux arrivent sur un sol incompressible et où ils sont suffisamment soutenus latéralement par le terrain traversé, il convient de limiter les charges à supporter par chacun d'eux, de telle sorte que la superstructure de l'ouvrage corresponde à 6 kilogrammes par centimètre carré de plate-forme, ce qui, pour des pieux de O^.SO de côté, espacés de 0".70 d'axe en axe, limite à 50,000 kilogrammes la charge totale à porter par chacun d'eux. Lorsque le terrain à la base des pieux n'est pas incompressible, il faut régler la charge de chacun de ces pieux d'après la formule hollandaise et faire varier leurs écartements en conséquence.
Les massifs isolés ne réussissent sûrement comme fondations que s'ils ont été établis dans des puits blindés, au fond desquels on ait pu s'assurer de la nature du sol avant de commencer les maçonneries ; c'est seulement ainsi, en effet, que l'on peut être certain de donner aux massifs des bases parfaitement stables. Pour les massifs descendus graduellement par havage intérieur, il existe trop de chances de déversement et trop peu de certitude d'une bonne assiette à la base, pour qu'il soit prudent de fonder une pile dans ces conditions-là.
L'emploi de l'air comprimé permet d'aller chercher le terrain solide à dès profondeurs plus grandes que tout autre procédé (à l'exception toutefois des plates-formes avec compartiments remplis de béton comme aux États-Unis), mais le travail n'y est pas effectué dans d'aussi bonnes conditions qu'à l'air libre. Non seulement la surveillance y est plus difficile, mais on y est souvent gêné pour la préparation du sol de fondation ; on est moins libre d'approfondir les fouilles suivant les indications qui se révèlent en cours d'exécution, la prise du mortier y est moins rapide qu'à l'air libre, enfin on n'est pas assuré, en général, que le remplissage au-dessous du toit de la chambre de travail ait été complet. Mais, d'un autre côté, les moyens d'exécution se perfectionnent tous les jours, de nouvelles dispositrons, telles que les fondations sur rouet, ou les caissons-batardeaux, permettent de supprimer toute solution de continuité entre les maçonneries^ et enfin, dans les applications devenues extrêmement nom-
breuses, le nombre des accidents survenus après rachèvement des travaux est extrêmement restreint.
Les fondations par épuisements sont celles qui présentent le maximum de Résumé des «vanuige
et des inconvénients.
garantie de solidité, pourvu qu'elles soient établies sur un terrain incompres- Épuisement. sible et défendues au besoin contre les affouillements. Elle conviennent donc essentiellement pour les ouvrages qui exercent sur leurs bases de très fortes pressions. Elles sont en outre les plus économiques, quand la profondeur est faible ou quand le terrain est peu perméable.
En regard de ces avantages, elles offrent l'inconvénient de donner lieu à beaucoup d'éventualités pour la durée d'exécution et pour les dépenses. Enfin elles cessent d'être applicables, quand la profondeur est très grande et même pour les profondeurs moyennes, lorsque les eaux arrivent en abondance par le fond.
L'emploi du béton immergé procure une exécution prompte et maintient les dépenses dans des limites modérées. Les caissons sans fond doivent être préférés aux enceintes, lorsque le fond n'est pas affouillable et leur emploi devient indispensable lorsque le sol ne peut pas être pénétré par les pieux. Avec les caissons à compartiments employés aux États-Unis, le béton immergé permet d'atteindre les profondeurs plus grandes que dans tout autre procédé.
Mais dans ce dernier cas, la dépense devient très grande ; dans les circonstances ordinaires les fondations en béton immergé ont besoin d'être défendues très énergiquement contre les affouillements, et dans les rivières torrentielles, l'emploi du béton immergé est très dangereux. En outre le béton, ainsi employé, ne se prête pas à supporter de très fortes pressions, même quand il est fait avec ciment.
Béton immergé.
Les pilotis offrent l'avantage d'aller chercher le terrain solide à de grandes profondeurs et d'utiliser la résistance latérale du sol dans lequel ils sont battus. Leur emploi est économique dans des eaux calmes, lorsque la profondeur atteint au moins 5 mètres, et il ne conduit jamais à des dépenses exagérées
Pilotis.
dans les eaux courantes. Enfin c'est le seul procédé qui puisse réussir efficacement dans des terrains indéfiniment compressibles.
Mais il présente des éventualités d'affaissement, de dévei^ement et d'affouillement contre lesquelles de très grandes précautions sont nécessaires. Enfin il ne se prête qu'à des pressions très limitées par unité de surface.
Les pieux à vis en métal, principalement lorsque les vis sont en acier, conviennent dans les terrains de sable et gravier, surtout lorsqu'ils sont destinés à supporter des ouvrages légers, comme des estacades, des passerelles et même des travées métalliques à portées restreintes.
Massifs isolés.
Les fondations sur massifs isolés ne peuvent réellement être utilisées avec sécurité pour des piles de ponts que lorsqu'elles sont exécutées au moyen de puits blindés. Les massifs descendant graduellement avec déblais intérieurs ne présentent pas en général des garanties suffisantes pour être employés dans la construction des ponts.
Air comprimé.
L'air comprimé donne le moyen d'atteindre de très grandes profondeurs, de reconnaître le sol et d'y établir directement la base des massifs de fondations. Les installations nécessaires pour la mise en œuvre sont assez longues, mais ensuite le travail marche régulièrement en toute saison, excepté pendant les grandes crues ou les tempêtes.
En regard de ces avantages, l'emploi de l'air comprimé donne toujours lieu à des dépenses élevées, entraîne assez fréquemment des solutions de continuité dans les massifs, présente des dangers pour les ouvriers, est d'une surveillance difficile et rend les modifications presque impossibles en cours d'exécution.
Considéré dans son ensemble, le procédé de fondation à l'air comprimé, dont les moyens d'application se perfectionnent tandis que les dépenses deviennent peu à peu moins élevées, constitue une ressource extrêmement précieuse, mais dont il importe de n'user qu'avec réserve et quand on s'est assuré qu'il présente, dans chaque cas, des avantages certains sans augmentation de dépense trop notable.
Pour faire de justes appréciations des divers procédés successivement décrits, AppiîcaUons
•1 r 4 *A' A u jo ¥ -1 A- j 1» • ij aux différentes natures
u faut considérer dans chaque cas : 1 La situation de 1 ouvrage au point de vue de terrains. hydraulique ; 2!" La nature du sol sur lequel doit reposer la fondation ; 3° La nature du terrain à traverser jusqu'à ce sol ; 4" La profondeur à atteindre ; 5' Enfin la valeur des pressions à exercer sur le sol de fondation.
Les combinaisons auxquelles on arriverait, en faisant varier chacun de ces divers éléments pour chaque sorte de fondation, seraient extrêmement nombreuses. Mais nous ferons observer, tout d'abord, que dès qu'on atteint une profondeur de 8 à 10 mètres au-dessous des basses eaux, il n'y a plus en réalité à employer que Tair comprimé, les pilotis et, dans quelques cas, des puits blindés OU des caissons à compartiments analogues à ceux employés au pont de Pougkeepsie sur l'Hudson. Dès lors, dans les exemples qui vont suivre, nous ne considérerons d'abord que ceux qui s'appliquent à des profondeurs moindres, et nous en limiterons le nombre de manière à faire principalement ressortir les conditions différentes de leur emploi ; ces exemples seront d'ailleurs divisés en plusieurs catégories, qui correspondront à la classification des terrains donnée au commencement du chapitre II.
Lorsqu'on peut arriver jusqu'à des terrains incompressibles et inaffouillables, et que, par suite, le sol de fondation est à l'abri de toute cause de destruction, il s'agit seulement de déterminer comment on pourra asseoir le plus sûrement et le plus économiquement possible la construction sur ce sol.
Fondations
à des profondeurs
restreintes.
Terrains
incompressibles
et inaffouillables.
L — Supposons d'abord que Ton opère à l'abri des eaux courantes, et admettons, comme premier exemple, que le terrain à traverser soit perméable (sable, gravier, cailloux, etc.), et que la pression à exercer sur le sol de fondation reste dans des conditions ordinaires, c'est-à-dire ne dépasse pas 6 kilogrammes par centimètre carré. Si la perméabilité est faible et si le terrain présente de la consistance, il conviendra d'attaquer directement la fouille avec épuisements, sauf à blinder les parois à partir d'une certaine profondeur pour éviter un cube de déblais trop considérable. Si au contraire le terrain est très perméable ou peuconsistant, on draguera jusqu'au sol incompressible, et on fondera sur béton
immergé soit dans une enceinte, soit dans un caisson sans fond, suivant que les pieux pourront pénétrer ou non dans le sol inférieur. Sous cette réset^e, généralement on pourra, dans les conditions ci-dessus, conduire les fondations jusqu'à 8 mètres au-dessous de Tétiage.
Pour de petits ouvrages et lorsque la profondeur de fondation dépasserait
5 mètres, l'emploi de pilotis serait généralement plus économique, mais il faudrait s'assurer que le terrain ne renferme pas de gros graviers ou de débris de rocher sur lesquels les pieux se briseraient.
Si la pression sur le sol de fondation doit être forte, c'est-à-dire dépasser
6 kilogrammes par centimètre carré, les autres circonstances restant les mêmes, il conviendra généralement de renoncer à l'emploi du béton immergé et de pratiquer la fouille par épuisements dans des batardeaux ou des caissons étanches, après avoir dragué toutes les couches perméables. Dans les cas exceptionnels où Ton recourrait à l'emploi du béton immergé, il faudrait qu'il fût fabriqué avec mortier de ciment.
II. — Lorsque le terrain à traverser est étanche (terre franche, argile, sable argileux, etc.), il convient de pratiquer d'abord une première fouille peu profonde avec talus, puis de descendre jusqu'au sol de fondation dans des parois blindées : on peut arriver ainsi jusqu'à 8 ou 10 mètres de profondeur. Mais pour des ouvrages dont les pressions sont modérées, comme ceux auxquels s'applique cet exemple, on réalisera presque toujours une économie importante en employant des pilotis après compression du sol lorsque la profondeur dépasse 5 mètres, et dans ce cas on ne sera pas exposé à voir les pieux se briser, comme dans une partie des terrains auxquels s'applique l'exemple précédent.
Si la pression sur le sol doit être forte, il faut renoncer aux fondations sur pilotis et, par conséquent, pratiquer directement des fouilles avec parois * blindées.
III. — Supposons maintenant ^ju'au lieu d'être faite à l'abri des eaux courantes, la fondation doive être effectuée en pleine rivière, que le terrain à traverser soit perméable et que la pression soit modérée. La disposition la plus
prompte et la plus économique, lorsque le régime du cours d'eau ne sera pas torrentiel, consistera à fonder sur béton immergé ; seulement il faudra, dans ce cas, prendre toutes les précautions nécessaires pour défendre la base du massif contre les affouillements. Si le régime était torrentiel, il faudrait recourir à un . caisson étanche, descendu sur le rocher après dragage, ou à l'emploi de batardeaux, mais la fondation serait plus difficile et sujette à plus d'éventualités. Il ne conviendrait pas de la tenter à plus de 8 mètres de profondeur.
Dans le cas de fortes pressions sur le sol, il y a lieu de renoncer à remploi du béton immergé, ou tout au moins de n'y recourir que sur une faible épaisseur, coname moyen d'étanchement à la base des caissons, et dans ce cas le béton devrait être avec mortier de ciment : la fondation entièrement en maçonnerie doit être employée de préférence.
IV. — Quand, avec une fondation en pleine rivière, le terrain à traverser pour atteindre le sol incompressible est étanche, et si la profondeur est faible, il faut de préférence procéder par épuisements dans des batardeaux ou des enceintes blindées. Mais si le niveau de ce sol dépasse 4 ou 5 mètres au-dessous de l'étiage, il y a grand avantage, pour le cas de pressions ordinaires, à recourir à l'emploi de pilotis dont les têtes seront enveloppées dans des massifs en béton.
Lorsque, au contraire, les pressions doivent être fortes, il faut procéder comme au second paragraphe du n^ III ci-dessus. On pourrait aussi, en cas de difficultés graves, recourir aux caissons-batardeaux du système Montagnier, mais jusqu'à présent ils ne paraissent applicables que jusqu'à 7 mètres environ sous l'étiage.
V et VI. — En ce qui concerne les terrains incompressibles et affouillables, Terrains tant qu'il s'agit de fonder en dehors des eaux courantes, les procédés à employer et affouiuabies. sont les mêmes que ceux indiqués aux n""" I et II, puisque dans ce cas le sol de fondation n'est pas exposé à être affouillé. Toutefois, il faudrait prendre garde au cas où l'emplacement du pont à construire serait seulement protégé par une digue, puisque, en cas de rupture de cette digue, la fondation pourrait être
exposée à un fort courant; dans cette circonstance spéciale on procéderait comme pour les fondations en pleine rivière.
YII et VIII. — Les moyens à employer dans cette dernière situation ne diffèrent pas, en général, de ceux qui viennent d'être indiqués aux n^* III et lY, seulement ils ont besoin d'êlre complétés. Ainsi, il faut apporter un soin spécial à reconnaître et à constater très exactement la nature du sol de fondation, attendu que les argiles fermes, les marnes et les tufs ne peuvent supporter que des charges limitées. Si la résistance du terrain dont il s'agit était inférieure aux pressions à la base de l'ouvrage, il faudrait évidemment, ou bien enlever les couches supérieures de ces terrains, jusqu'à des assises plus résistantes, ou bien les faire traverser par des pilotis. D'un autre côté, comme le sol de fondation est affouillable, il est nécessaire de le défendre très énergiquement, contre l'action des courants, au moyen d'enrochements, de crèches basses, de blocs naturels ou artiticiels ou de plates-formes en fascines, en appliquant chacun de ces moyens d'après la nature du terrain, la profondeur de fondation et la force des courants.
Terrains compressibles Lorsquc le sol dc foudatiou est comprossible et affouillable, ce qui le place
dans les plus mauvaises conditions possibles, il faut renoncer complètement à y faire reposer des ouvrages dont la pression par unité de surface dépasserait 6 kilogrammes. On a donc seulement deux cas spéciaux à considérer.
IX. — Si l'on opère en dehors des eaux courantes, il convient de charger préalablement le terrain par des remblais provisoires, de manière à le comprimer le plus possible, et d'y enfoncer des pieux dont les écartements varieront en raison de la charge à supporter. On peut encore procéder quelquefois avec avantage au moyen de puits blindés , lorsque la résistance du terrain augmente notablement avec la profondeur et que, par suite, il est possible d'atteindre une couche où les tassements ne sont plus à craindre.
X. — Lorsque les fondations doivent être exécutées en pleine rivière, on
ne peut plus faire tasser préalablement le sol, et le procédé le moins onéreux consistera à battre directement des pilotis suffisamment rapprochés et à enchâsser leur partie supérieure dans des massifs de béton de forte épaisseur ; ces fondations devront être défendues avec beaucoup de soin contre les aflbuillements.
Dans des terrains de sable ou de gravier on pourra souvent employer avec avantage des pieux en fer, avec vis en acier, pour soutenir des ouvrages dont la charge par unité de surface est peu considérable.
Enfin, dans des terrains compressibles on peut, comme dans tous les autres sols de fondation, recourir à l'air comprimé, mais pour qu'il soit réellement avantageux, il faut que l'on puisse arriver à une couche notablement plus résistante que les précédentes; autrement les pilotis, qui développent plus de frottement latéral, devront être préférés-
Toutes les applications qui viennent d'être énumérées ne s'appliquent qu'à Fondations
à de
des profondeurs de 8 à 10 mètres au-dessous des basses eaux; car, ainsi que grandes profondeurs, nous l'avons signalé page 381 , dès qu'on atteint une profondeur plus considérable, on ne peut en réalité employer, pour fonder des piles de pont, que Tair comprimé, les pilotis et, dans certains cas, des puits blindés ou des caissons à compartiments comme à Pongkeepsie. C'est donc seulement à ces procédés qu'il faut recourir pour les fondations à de grandes profondeurs.
Or les puits blindés, qui ont donné de bons résultats avec des dépenses modérées et pour des profondeurs quelquefois considérables, ne sont praticables qu'en dehors des eaux courantes, et leur emploi est nécessairement très restreint; d'un autre côté, les caissons à compartiments n'ont encore été essayés que dans un pays où le bois est très aDondant. On se trouve donc réduit, presque toujours, à choisir entre les fondations sur pilotis et celles à l'air comprimé.
Dans la plupart des cas, l'usage de l'air comprimé est préférable pour la solidité, parce qu'il donne à la fondation une superficie beaucoup plus grande, mais généralement il coûte plus cher. Lorsque la charge par unité de surface de l'ouvrage à construire est modérée, que Ton opère dans un terrain où le battage des pieux est facile, et qu'enfin les pilotis peuvent être bien contenus
latéralement, il y a presque toujours économie à employer cet ancien mode de fondation, avec les précautions et les perfectionnements apportés de nos jours dans son emploi. Enfin, cet emploi doit être préféré, indépendamment même de la dépense , lorsque la compressibilitô du sol reste très notable, même à de grandes profondeurs, attendu que l'ensemble des pieux développe beaucoup plus de frottement latéral que le périmètre du massif de maçonnerie correspondant, et qu'en outre le terrain devient bien plus compact, puisqu'on n'en enlève aucune partie, tandis que le fonçage à l'air comprimé nécessite l'extraction d'un volume important de ce terrain.
Mais dans un grand nombre de cas ce danger n'est pas à craindre, parce que les couches inférieures sont rendues plus denses par le poids des couches qui les surmontent, et c'est ce qui explique comment, môme dans des sols indéfiniment compressibles, on a pu arréler avec succès des fondations à l'air comprimé à des profondeurs de 15 à 20 mètres.
En résumé, pour les fondations de piles de ponts à exécuter à de grandes profondeurs, nous pensons qu'il convient : 1° d'employer des puits blindés en dehors des eaux courantes , lorsque la nature du terrain le permet et qu'on a acquis la certitude de pouvoir épuiser à la l)ase ; S"" de fonder sur pilotis quand la charge de l'ouvrage, par unité de surface , est modérée et lorsque le battage des pieux peut être effectué régulièrement, en prenant d'ailleurs toutes les précautions nécessaires pour éviter les déversements et les affouillements ; 3° enfin, d'avoir recours à l'air comprimé dans tous les autres cas, à condition d'augmenter beaucoup l'empattement à la base dans les terrains indéfiniment compressibles.
Principaux cas Après avoir considéré, comme nous venons de le faire, d'une manière dé-
de chlqSTo^dé. taiUéc qucls sont les procédés à appliquer pour chaque nature de terrain, dans
les diverses circonstances qui se présentent pour la fondation des ponts, il peut y avoir intérêt à rappeler dans quels cas chacun des procédés peut être utilisé avec le plus d'avantages. Ce résumé paraît pouvoir être présenté ainsi
qu'il suit :
Les épuisements peuvent et doivent être appliqués de préférence au moyen
Jilir*'"
'Tir-'
^^'^ de fouilles, d'enceintes blindées ou de caissons étanches, toutes les fois que
*^ Ton peut arriver au sol incompressible sans difficultés trop grandes et sans
dépenses trop considérables. Leur application est généralement restreinte à
''^- 't- 8 mètres de profondeur au-dessous du niveau des eaux, et on éprouve souvent
^ 1^ de grandes difficultés à atteindre jusque-là.
Le béton immergé, dont remploi est rapide et économique, s'applique principalement aux ouvrages qui n'exercent sur leurs fondations que des pressions modérées. Les massifs doivent être défendus avec beaucoup de soin contre les affouillements, et le procédé ne doit pas être appliqué dans les rivières torrentielles. Les caissons à compartiments, employés sur l'Hudson, ne sont applicables qu'à travers des terrains peu consistants; mais, dans ce cas, ils permettent d'atteindre des profondeurs plus grandes que par tout autre procédé, et on pourrait en faciliter l'essai dans notre pays, en remplaçant par de la tôle tout ou partie des cloisons en bois.
Les pilotis s'appliquent très économiquement aux fondations dfes ouvrages dont les pressions sont faibles; leur emploi, pour de grandes profondeurs, est plus économique que celui de l'air comprimé, et ils donnent plus de sécurité dans les terrains indéfiniment compressibles ; mais il est indispensable de les défendre avec énergie contre les affouillements, et quand il s'agit d'ouvrages importants, il est très utile de rendre tous les pieux solidaires en enchâssant leurs parties supérieures dans des massifs épais en béton. Les fondations sur pilotis ne peuvent supporter que des pressions modérées.
Les massifs en maçonnerie descendant graduellement par déblaii> intérieurs ne présentent pas de garanties suffisantes pour la fondation de piles de ponts ; mais au moyen de puits blindés, dans lesquels la maçonnerie est commencée à partir du fond, on peut donner aux massifs une assiette très stable et établir ainsi des fondations en dehors des eaux courantes jusqu'à 18 ou 20 mètres de profondeur.
Enfin, l'air comprimé constitue le moyen d'action le plus précieux et rend les plus grands services dans les circonstances difficiles. Il permet aux fondations de supporter des pressions très fortes et il donne des garanties certaines contre les affouillements par les grandes profondeurs qu'il permet d'atteindre ; mais
dans les terrains indéfiniment compressibles, il offre, contre les tassements, moins d'efficacité que les pilotis. Son mode d'application a déjà reçu des perfectionnements importants, notamment par le système Montagnier, et il tend à en recevoir de nouveaux, en môme temps' que le prix de revient diminue de plus en plus.
observauons générales. Lps règlcs qui précèdent ne doivent pas être prises dans un sens trop absolu,
parce que les définitions des divers terrains ne peuvent pas être très précises et que l'exécution est soumise à un grand nombre d'éventualités. Il en est presque toujours ainsi pour les travaux ; mais c'est surtout pour les fondations qu'il faut savoir tenir compte, le plus judicieusement possible, des circonstances spéciales où l'on se trouve placé. La nature du terrain, le régime des eaux, la disposition des lieux, enfin les dimensions, le mode de construction et la destination de chaque ouvrage, constituent des éléments très variables, qui donnent lieu à un nombre presque infini de combinaisons. Les règles doivent donc être interprétées dans leur esprit plutôt que suivies littéralement dans leur texte : c'est aux Ingénieurs chargés de l'exécution des travaux qu'il appartient surtout de se bien rendre compte de toutes les circonstances et de proposer les dispositions qui s'appliquent le mieux à leur ensemble, tout en ayant soin de ne pas s'écarter des principes ci-dessus développés. Enfin, dès le commencement des travaux, ce sont ces mêmes Ingénieurs qui assument toute la responsabilité de l'exécution: ils doivent donc la surveiller avec la plus grande sollicitude, multiplier les précautions, prévenir autant que possible les accidents, y parer énergiquement dès qu'il en est survenu, et s'attacher de plus en plus à leur œuvre à mesure que les difficultés augmentent. Il en résulte souvent pour les Ingénieurs de grandes préoccupations et de sérieuses inquiétudes, mais ils en sont largement récompensés par l'intérêt qui s'attache à cette lutte et par le succès qui vient couronner leurs efforts.