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INTRODUCTION — PRÉCIS HISTORIQUE

8 ^. - PONTS ANTÉRIEURS A UÈRE ROMAINE La construction des ponts remonte à une très haute antiquité, car le ouwages construits

en Asie , en Egypte et

premier qui soit mentionné dans l'histoire, celui sur l'Euphrate à Babylone, en ci-éce. a dû nécessairement être précédé par beaucoup d'ouvrages moins importants, et correspond cependant lui-même à une date très ancienne. 11 a effectivement été édifié, soit d'après Diodore de Sicile sous le règne de Sémiramis (1900 ans environ avant l'ère chrétienne), soit d'après Hérodote sous le gouvernement de la reine Nitocris (150 ou 200 ans plus tard). Ce pont avait une très grande longueur et était formé de travées droites en bois, reposant sur des piles en maçonnerie bâties avec des briques cuites cimentées en asphalte, conformément à un système de construction employé dans le pays pour tous les ouvrages importants : d'après une autre version, qui paraît moins probable, les piles auraient été construites avec des pierres taillées d'avance

2 PRÉCIS IIISTOUIQUE.

et reliées ensuite entre elles par des crampons en fer scellés avec du plomb. Le tablier comprenait une ou plusieurs travées mobiles pour que le passage d'une rive à l'autre pût être facilement intercepté pendant la nuit. Afin de régulariser le régime du fleuve, on avait creusé à proximité un immense lac destiné à recevoir une partie des eaux pendant les crues, et conune, pouiremplir ce grand réservoir, on a pu y déverser pendant un certain temps toute l'eau débitée par l'Euphrate, on a profité habilement de ce que le lit naturel restait à sec pour fonder rapidement à de grandes profondeurs les piles du pont. C'est probablement l'exemple le plus gigantesque qui puisse être cité pour l'établissement de fondations au moyen d'une dérivation provisoire du cours des eaux.

Mais quelle que fût l'importance de ce grand ouvrage, ainsi que celle des applications faites sur d'autres points pour le môme genre de travaux, notamment pour le pont établi par Cambyse sur un des bras du Nil, le passage n'était encore obtenu qu'au moyen de travées en charpente, et l'emploi de voûtes en pierre pour la construction des ponts n'a été introduit que beaucoup plus tard. Les Grecs, qui apportèrent à la construction de leurs édifices tant d'art, tant de goût et tant d'habileté, n'ont jamais élevé de voûtes proprement dites, avec joints dirigés suivant des normales à la courbe intérieure. Ils se contentaient de bâtir par assises horizontales avec encorbellements successifs : cette disposition se retrouve dans un grand nombre pj de leui-s constructions et a également

été appliquée soit dans l'Asie Mineure, soit en Egypte, soit môme dans certaines cités pélasgiques en Italie, mais elle n'y était pas exclusive comme en Grèce. Le croquis (i), emprunté au Coui-s d'architecture de M. Reynaud, donne l'exemple le plus remarquable de ces constructions en encorf>ellement : il s'applique à la chambre souterraine connue sous le nom de Trésor d'Atacé, à Mycènes.

PONTS ANTÉRIEDRS A l'ÈRE ROMAINE. 5

Mais le principe des voûtes avec joints normaux à la doueWe était connu et appliqué aussi depuis très longtemps. Ainsi, à Ninive, on a trouvé une porte de ville de S". 40 d'ouverture avec voiUe en plein cintre, construite en briques dont les joints tendent vers le centre. On remarque des indications analogues sur des bas-reliefs assyriens de dates très anciennes et on a constaté également en Egypte, notamment dans plusieurs pyramides et dans un tombeau à Thèbes, l'existence de petites voûtes appareillées normalement.

Enfin on voit encore actuellement en Toscane, à Volterra, une porte de voaie ir*s indenne ville, encadrée dans des murailles . «.

cyclopéennes , dont la construction remonte à des temps inconnus et qui, d'après des bas-reliefs sculptés sur des sarcophages étrusques, semble reproduire exactement une porte et une partie des remparts de Troie, suivant une tradition rapportée par des émigrants venus d'Asie. Cette porte (a), qui dans la traversée du

rempart forme un passage voûté '^'

d'environ 9 mètres de longueur (a), :

se termine à ses deux extrémités par I

des arceaux en plein cintre, de 4'°.02 T'"

d'ouverture, qui avec leurs pieds- f

droits présentent des hauteurs sous i ""

clef d'environ 6 mètres. Chaque demi- 1

voûte est formée de 19 pierres tail- '"'"

lées en voussoirs et dont les deux l__IiS

premières assises ainsi que les clefs '*'

portaient des têtes sculptées devenues actuellement tout à fait frustes. Les pieds-droits sont terminés par une imposte d'un profil très régulier (*) et dont

4 PRËCIS HISTORIQUE.

les arêles sont encore parfaitement conservées sur la plus grande partie dé leur développement. Cet ouvrage, très remarquable par son extrême antiquité* son état de conservation et la régularité de sûn appareil, peut être considéré comme un spécimen adopté par les Romains pour la construction de leurs premières voûtes et étendu ensuite par eux aux arches de ponts (").

D'après ce qui précède, il paraît incontestable que la construction des voûtes a pris naissance en Asie, dans certaines parties de laquelle elle s'est développée d'une manière très remarquable, ainsi que vient de le constater, dans un récent voyage en Perse, M. Dieulafoy, ingénieur des ponts et chaussées. Mais d'un autre côté, c'est bien aux Romains que semblent réellement être dues les premières .applications des voûtes à la construction des ponts, ainsi que nous allons en citer successivement de nombreux exemples.

Le premier pont construit à Rome, sur le Tibre, et dont la description nous soit parvenue, était entièrement en bois et désigné sous le nom de pont Sublicius : sa construction remonte au règne d'Ancus Marcius (630 ans environ avant J.-C.). Il était situé dans la partie aval de la ville, au

pied du mont Aventin, et c'est pour défendre le passage de ce pont qu'eut Heu, un siècle après sa construction, le Irait d'héroïsme d'Horatius Codés. II se composait simplement de palées supportant des longrines, des poutrelles transver^ sales et un tablier, conformément aux croquis (s) déduits du dessin donné dans le Traité de chai-penlerie de M. le

(a) Les dessinD de celle porle ont élé relevés aur pince à deux époques difTérentes par HM. les ingénieurs Halibran et Choisy. La reproduclion, d'après des bas-reliefs étrusques, a élé signalée par M. Francis \\'ey, dans le Tour du Monde.

PONTS CONSTRUITS PENDANT L'ÈnE ROMArNE. 5

colonel Émy. Quelques parties des substructions de cet ouvrage existent encore dans le lit du fleuve.

Pendant de longues années, à la suite et malgré l'introduction de quelques ponts en maçonnerie, le bois continua à être employé de préférence, par exemple pour un ouvrage mentionné par Tite-Live et qui se composait de 5 travées de 12".50 environ, à Bassano, sur la Brenla ; la construction des ponts en charpente se multiplia donc beaucoup non seulement en Italie, mais aussi dans les pays voisins et on sait notamment qu'au moment de la guerre des Gaules, des ponts en bois existaient à Orléans, Poitiers, Melun, Paris, etc. Les commentaires constatent que, dans la campagne contre Vercingétorix, César fut obligé de faire reconstruire un pont sur l'Allier que les Gaulois avaient détruit à son approche. Il fil établir lui-même en dix jours un pont sur le Rhin pour le passage de ses troupes et il en a laissé une description très précise qui a permis d'en reconstituer le dessin. Celui qui figure dans le cours de M. Morandière est reproduit sommairement par les croquis (e).

Les plus anciennes voûtes bâties par les Romains furent celles des premiers égouts de Rome établis sous le règne de Tarquin l'Ancien (600 ans environ avant J.-C.) et dont le principal, qui subsiste encore [Cîoaca maxima) présente une ouverture d'environ 6 mètres. C'est à cette même époque que Gauthey fait remonter la con- l'i

struction du premier pont en maçonnerie , le pont Salaro , situé sur

l'Anio. à S kilomètres en amont de Rome. Ce pont a été renversé une première fois par Tolila, rétabli par Narsès, puis détruit de nouveau dans la guerre de 1867. Le dessin qui est donné dans Gauthey (7) se rapporte tout

au plus au pont de Narsès, et comprend même 2 petites arches surbaissées qui ont évidemment été ajoutées ou reconstmites beaucoup plus tard.

Parmi les ouvrages remontant à des dates anciennes, on doit également citer les premiers aqueducs établis pour conduire à Rome les eaux de sources prises à de grandes distances. D'après Pline, l'aqueduc de Marcia aurait été construit sous le règne d'Ancus Marcius (vers 620 avant J--C.), mais suivant la version qui paraît la plus probable à M. Belgrand («), celle de Strabon et Frontin, le premier aqueduc serait celui de la source Appia établi en 3H, et le second serait celui d'Anio Vêtus, construit en 272. Après avoir été ruinés par le temps, ces aqueducs ont été rétablis en 145 par le préteur Marcius Rex, qui en même temps aurait dérivé de nouvelles sources amenées par une conduite à laquelle fut attribuée, d'après son promoteur, le nom de Marcia. Dans ces divers aqueducs, les petits canaux donnant passage aux eaux étaient construits en maçonnerie et recouverts soit par une dalle plate, soit par deux

dalles, soit par de petites voûtes ayant 1^.70 d'ouverture au maximum, conformément aux croquis (s) ci-contre. Mais, dans les parties où ils dépassaient notablement le niveau du sol, ces petits canaux étaient supportés par des arcades ayant de 2 à 8 mètres d'ouverture , entre lesquelles se trouvaient au besoin intercalées de plus grandes arches pour la traversée des cours d'eau.

Marcia.

Appia.

Aiiio Vêtus.

Anio Novus.

Marcia Claudia, (aux Sources )

La figure i (PI. II) donne le type des arcades de Marcia. L'emploi de joints horizontaux a été conservé pendant très longtemps pour les voûtes de faible ouverture construites en petits matériaux irréguliers; mais on avait le soin de rendre les joints normaux à la douelle pour les voûtes construites en matériaux taillés ou en briques, ainsi que pour toutes lés arcades et à plus forte raison pour les arches de dimensions plus grandes.

A mesure que la population de Rome augmentait, de nouveaux aqueducs devenaient nécessaires et c'est alors que Ton amena successivement l'eau de

(a) Les Eaux de Paris. Inlioduclion (les aqueducs romains), 1875. — G^est h ccl ouvrage que sont omprunlés la plupart des renseignements qui suivent sur ce même sujet.

Tepula en 126, celle de Julia en 34 et celle de Virgo 21 ans avant Tère chrétienne. Agrippa qui dirigea les travaux de ces nouveaux aqueducs, fit réparer en même temps ceux des premières sources. C'est également à cette époque que l'on dériva les sources Alsietina et Augusta. Enfin, sous les empereurs Calîgula et Claude, on établit de nouvelles prises d'eau importantes, celle de Claudia et d'Anio Novus, de sorte qu'à la fin de cette période, la longueur totale des conduites d'eau dépassait 436 kilomètres et celle des parties supportées par des arcades atteignait 55 kilomètres. Ces chiffres permettent d'apprécier l'immense développement donné à cette époque aux travaux d'alimentation d'eau. La figure 4 (PI. II) représente le type d'une partie des premières arcades de Claudia, et la figure 5 s'applique à la partie exécutée sous Néron.

I.a nécessité de soutenir les conduites d'eau à de grandes hauteurs pour le passage de vallées profondes obligeait fréquemment à construire d'importants ouvrages d'art. Ainsi l'aqueduc de Marcia, quoique l'un des plus anciens, a donné lieu à la construction du pont Saint-Pierre (PI. II, fig. 11) dont l'arche principale est très bien encadrée par un double bandeau et des contreforts. Le pont Saint-Antoine (fig. 12) servait à la fois aux deux aqueducs de Marcia et d'Anio Vêtus : il présente un double rang d'arcades, excepté au passage de la rivière au-dessus de laquelle l'arche au contraire s'élevait sur toute la hauteur, mais était appuyée par des contreforts et bien contre-boutée à la base : M. Belgrand cite cette même arche comme une des plus remarquables. On s'attachait généralement et avec raison à utiliser les principaux ouvrages pour le passage de plusieurs sources : ainsi aux abords de Rome les grandes arcades supportaient fréquemment trois ou quatre conduites superposées. La dérivation d'Anio Vêtus a donné lieu à la construction d'un pont contenant 35 arcades sur deux rangs (fig. 13), mais les variations dans l'ouverture des arcades montrent que son exécution était bien inférieure à celle des ouvrages déjà cités. Les arcades de Claudia dans la vallée Degli Arci (fig. 14) présentent au contraire des proportions très heureuses et l'aspect de ces ruines, dont la hauteur atteint 32 mètres, est très imposant.

Sous les règnes qui ont suivi celui de Caligula, on se trouva entraîné à établir

encore de nouveaux aqueducs, tels que ceux de Trajana, Hadrîana, Antonipa, Alexandrina, etc. La conduite d'Hadriana était celle qui traversait les ravins aux plus grandes hauteurs : elle a par conséquent nécessité de très hautes arcades et ses ruines sont extrêmement remarquables; les arcades qu'elle a motivées sont ail nombre de 602 et leurs ouvertures varient de 2". 12 à 5". 56; les phis élevées se trouvent près de Centocelle et comprennent deux étages dans d'excellentes proportions. L'aqueduc d'Alexandrina est représenté sur la figure 6 dans une de ses parties les plus élevées : cet ouvrage est très massif et loin de présenter l'élégance des arcs Néroniens. L'art romain avait déjà beaucoup dégénéré au troisième siècle de notre ère.

Ponu sur le Tibre, A l'époquc OÙ l'cmpire Romain avait atteint son plus vaste développement,

les ponts sur le Tibre à ou près de Rome étaient au nombre de 8, savoir en • suivant le cours du fleuve : le pont Milvius à 3 kilomètres en amont de la ville, le pont iËlius, le pont Triomphal, le pont du Janicule, le pont Cestius à droite de l'île et le pont Fabricius à gauche, le pont du Palatin et enfin le pont Sublicius. De ce dernier il ne reste plus que quelques substructions, ainsi que nous l'avons déjà mentionné, et il en est de même du pont Triomphal dont on n'a retrouvé aucune description : il est regrettable que l'on n'ait pas de renseignements sur ce dernier ouvrage qui, en raison de l'importance des cortèges auxquels il donnait passage, présentait peut-être une ornementation spéciale. Des 6 autres ponts, 5 subsistent à peu près intégralement, et le dernier est encore représenté par deux belles arches qui pennettent d'en apprécier les dispositions. Les dessins d'ensemble de ces ouvrages sont donnés Planche l, et nous y ajoutons seulement les renseignements ci-après :

poni Milvius. Le pont Milvius, actuellement désigné sous le nom de Ponte Molle, a été

construit 109 ans avant J.-C. par le préteur iËmilius Scaurus : il se compose de 6 arches dont les 4 principales offrent des ouvertures de 17 à 19 mètres; les tympans en sont évidés par des arceaux de dimensions variables. C'est aux abords de cet ouvrage qu'a été remportée, en 312 de notre ère, la victoire de Constantin sur Maxence et une partie du pont se trouve effecli-

vement figurée sur la célèbre fresque qui représente au Vatican cette bataille et qui a été peinte par Jules Romain d'après les dessins de Raphaël. Le pont, dégradé à plusieurs époques par les guerres, a nécessité des restaurations successives : la figure 4 le représente tel qu'il était vers le milieu du siècle dernier; depuis cette époque il a été décoré d'un portique et de statues à ses extrémités.

Le pont iElius (actuellement pont Saint-Ange) a été construit par Tordre d'Adrien, l'an 138 de notre ère, en face du monument colossal élevé pour la sépulture de cet empereur. Comme le montre la figure 5, le pont comprend 3 arches principales de 18 mètres et 18"'.30 d'ouverture^ deux autres de 6 mètres et une encore plus petite. Les piles sont épaisses et reposent sur de très larges empattements; les trois grandes arches sont ornées de belles archivoltes, les tympans sont décorés par des pilastres et les parapets sont formés de panneaux en treillages métalliques compris entre des dés sur les principaux desquels reposent des statues colossales. Cette partie supérieure date seulement du dix-septième siècle, mais tout l'ouvrage au-dessous de la plinthe est antique et présente un caractère très beau.

Pont JEMui,

Le pont du Janicule ou Aurelianus a été élevé vers l'an 260 et restauré au quinzième siècle sous le pontificat de Sixte IV, ce qui lui a fait donner son nom actuel de Ponte Sisto. 11 se compose de 4 arches de 17".60 à 20"i80 d'ouverture (fig. 6). Les têtes du pont sont décorées de belles archivoltes^ moins larges toutefois qu'au pont Saint-Ange, mais il n'existe pas de pilastres dans les tympans et un seul de ceux-ci est évidé. Ce pont sera conservé sans modifications dans les travaux de régularisation et d'endiguement que l'on exécute actuellement sur le Tibre, mais on augmentera le débouché en creusant sous les arches extrêmes qui sont encombrées de terres et de débris.

Pont du Janicule.

Des deux ponts qui établissent les communications de l'île avec les rives poms cesiius et

Fabricius.

du Tibre, le pont Cestius (aujourd'hui Santo Bartolommeo) est formé d'une grande

arche de 22".50 à laquelle sont accolées deux petites voûtes de 5 mètres (fig. 4). Il a été construit sous Auguste, d'après une inscription restaurée pendant le règne des empereurs Yalentinien et Gratien :' dans les travaux actuels pour le Tibre, une arche sera probablement ajoutée au pont Gestius. Siu* le bras gauche, le pont Fabriqius (ou dei qmttro Capï) a été construit en 62 avant J.-G. et comprend deux arches de 24". 50 : le tympan au-dessus de la pile qui les sépare forme une belle arcade avec pilastres. D'après le dessin donné dans le Traité d'architecture de M. Reynaud, ce pont comprenait à ses extrémités deux petites arches dont l'ouverture ne dépassait pas 3™.50 et qui sont probablement comprises dans des maisons dont les murs ont anticipé sur le lit du fleuve.

Pont du Palatin. ^^^^ ^^ P^^*^ ^^ Palatin, dont la construction paraît remonter à 181 ans

avant J.-C., a été détruit en grande partie par une inondation en 1598, et celte partie (fig. 2) est demeurée pendant longtemps isolée de la rive gauche, d'où est venu le nom de Ponte Rotto : en 1853, on a rétabli la communication au moyen d'une travée suspendue. Ge pont, quoique l'un des plus anciennement construits à Rome, est celui dont les dispositions présentent le plus d'élégance : les bandeaux ne forment pas archivolte, mais les tympans et les arcades audessus des piles sont décorés avec beaucoup de goût. On a laissé apparentes les assises sur lesquelles s'appuyaient les cintres et les saillies en sont soutenues par des consoles W. Les piles de cet ouvrage, comme celles des ponts déjà décrits, sont très épaisses et ont le grave inconvénient de gêner l'écoulement des eaux, mais ces épaisseurs étaient nécessaires, parce que les Romains, ne connaissant pas de procédés pour atteindre à de grandes profondeurs un sol incompressible, étaient obligés de faire reposer leurs piles sur des massifs formés de gros blocs de pierres, enchevêtrés et tassés avec le plus grand soin ; malgré ces précautions on n'aurait pas pu sans imprudence faire exercer

(a) 11 est malheureusement à craindre que Ton ne puisse pas conserver ces belles arches; une partie de Tancien débouché a déjà été obstruée par des constructions^ et c'e.^t cette circonstance, ainsi que la position oblique au courant, qui a déjà occasionné la chute des autres arches, de sorte que, dans rexénition des travaux de régularisation du Tibre, on établira probablement sur ce point un pont métallique.

PONTS CONSTRUITS PENDANT L'ÈRE ROMAINE. Il

de fortes pressions par unité de surface, ce qui a obligé à donner un très large empattement pour la base de chaque pile.

La planche I comprend trois autres ponts construits en Italie. Le pont Felice, Autres ponts en itaue. près Borghetto, qui franchit le Tibre à 70 kilomètres environ au nord de Rome, se compose de 4 arches de 18 mètres et de 15". 60 d'ouverture (fig. 8) et présente les mêmes caractères que les ouvrages précédemment décrits : il a été édifié sous Auguste et réparé par Sixte-Quint.

Le pont d'Auguste, construit à Rimini sur la Marecchia (fig. 7) constitue un Pom de nimini. spécimen remarquable des ouvrages exécutés dans la plus belle période romaine et présente en outre l'exemple du premier pont biais connu : l'angle est seulement de 77^ et par suite les voûtes ont été sans inconvénient appareillées avec joints horizontaux. Les arches, au nombre de 5, ont seulement des ouvertures de 8".01 à 10".56. Toute la partie centrale du pont est horizontale, mais la chaussée présente des pentes prononcées, de part et d'autre des arches extrêmes. Les bandeaux sont unis, simples et forment seulement . une légère saillie sur les tympans qui sont ornés de niches d'un beau dessin. La plinthe, supportée par des consoles, est très remarquable par sa saillie, la richesse de ses moulures et sa belle exécution; le parapet, d'au moins l'".20 de hauteur, est à citer pour la grande dimension des blocs qui le composent : la partie du milieu s'élève jusqu'à l^'.OO et porte une inscription en grands caractères de la belle époque. En sonune, avec nos idées actuelles, l'entablement paraît avoir trop d'importance eu égard à la hauteur restreinte de l'ouvrage, mais on s'était évidenunent préoccupé de l'effet à produire pour les personnes passant sur le pont et on pensait qu'il serait au contraire très rarement vu d'en bas. Le pont sur le Bachiglione, près de Vicence (fig. 9), montre comment, dans une province éloignée de la capitale, on conservait les mêmes modes de construction et de décoration; les tympans y présentent de très belles niches, mais le style de leurs chapiteaux indique que la date de construction de cet ouvrage est notablement [moins ancienne que celle du pont de Rimini.

l'-j PRÉCIS inSTORIQUE.

Le pont d'Auguste, près de Narni, construit sur la Néra, à 100 kilomètres environ de Rome dans la direction d'Ancône, ne subsiste plus qu'en partie, mais constitue une des ruines les plus remarquables à étudier. Le croquis ci-<lessous (fl) est une réduction du beau dessin relevé et publié par M. l'ingénieur en chef ChoisyW.

La voie romaine passant sur ce pont était évidemment en pente et l'arche principale, dont l'ouverture atteignant 34 mètres est la plus grande qui ait été constatée dans les constructions romaines, devait être en voûte rampante d'après la difTérence de hauteur des impostes sur les piles entre lesquelles cette arcade est comprise. Les autres arches, dont les ouvertures sont de 20 mètres et 15 mètres, avaient leurs naissances à des niveaux plus élevés. La taille des voussoirs et des impostes est faite avec une grande précision et les autres parements, bien qu'étant construits avec des pierres à surfaces plus rustiques, dénolent une exécution excellente ; il en est de même des sections visibles dans les culées et les tympans. On 'voit que cet ouvrage appartenait bien à la grande époque, comme le pont de Rimini. Actuellement, le chemin de fer d'Ancône à Rome passe sous l'arche extrême de droite, dont la voûte, reconstruite pour protéger le passage, a été recouverte de lierre et autres plantes grimpantes ; de sorte qu'elle paraît tout à fait appartenir à l'ancien pont : cette adaptation a été faite avec beaucoup de goût par les ingénieurs italiens et ne nuit en rien à l'aspect des ruines dont elle permet au conti-aire aux voyageurs de constater l'effet saisissant.

Il existe encore en Italie d'autres exemples de ponts antiques et surtout on

(a) Art de bâtir cha les Romaint. Paris, 1874.

pouvait en compter bien davantage, tant que l'empire Bomain est demeuré prospère; mais la plupart d'entre eux ont été détruits dans les invasions des Barbares, ainsi que dans les guerres dont ce pays a été le théâtre pendant tant de siècles.

En outre des ouvrages ci-dessus décrits et qui appartiennent à l'Italie, les ouTrage» eonsirum Romains en avaient construit beaucoup d'autres de môme nature dans " diverses parties de l'empire. Ainsi dans la Gaule, presque immédiatement après la conquête, on établit à Metz une alimentation d'eau qui nécessita la construction d'une longue série d'arcades dont quelques-unes existent encore (PI. II, fig. 2) : les voûtes, de 6 mètres d'ouverture, reposaient sur des piles très épaisses avec retraites successives et la plus grande hauteur était de 21 mètres. A Lyon, où roccupation romaine fut beaucoup plus durable, plusieurs conduites d'eau très importantes furent successivement construites sous les règnes d'Auguste, de Tibère et de Claude : elles étaient principalement établies en souterrains ; toutefois, pour la traversée des vallées, on a eu à construire plusieurs ponts-aqueducs dont deux supportaient des siphons : le type des arcades (flg. 3) comporte des voûtes de 5 mètres d'ouverture, des piles à parements verticaux et une hauteur de 13 mètres seulement. Ou trouve encore aux environs de Fréjus des séries d'arcades très bien conservées et qui portaient les conduites pour l'alimentation de la ville : la principale série comprenait 14 arcades ayant chacune S". 30 d'ouverture et 12'".40 de hauteur sous clef; celles qui subsistent encore sont appuyées par des contreforts très prononcés dont la saillie à la base est égale à un quart de la hauteur, ainsi que l'indiquent les croquis ci-contre (lo) et (ii). Les douelles des voûtes sont construites en petites pierres de taille très bien appareillées et le reste des parements est

en moellons assises. Les voussoirs proprement dits sont entourés d'une couronne en moellons formant archivolte, disposition que l'on retrouve dans un grand nombre d'autres constructions romaines.

li PRÉCIS HISTORIQUE,

Pont-aqueduc du Gard. C'est également sur le territoire de Tancienne Gaule que subsiste le célèbre

pont-aqueduc du Gard, près Nîmes, qui, par sa hauteur et l'amplitude de ses arches, constitue le spécimen le plus remarquable de tous les monuments antiques de même nature; sa construction est attribuée à Agrippa, gendre d'Auguste. Ainsi que l'indique la figure 10, cet ouvrage est formé de trois rangs d'arches : les deux étages inférieurs, composés de voûtes dont les ouvertures vont jusqu'à 25 mètres sont entièrement construits en pierres de taille posées sans mortier, et, en outre, à partir des joints de rupture, les voûtes sont formées d'arceaux parallèles indépendants : cette précaution avait été jugée nécessaire pour de grandes voûtes construites sans mortier, parce que des différences de tassement, même légères, auraient pu suffire pour amener la rupture de pierres posées en liaison. L'ouverture des arcades supérieures est réduite à 4 ou 5 mètres, afin de rendre impossible tout tassement appréciable et surtout pour éviter les fissures que les différences de température produisent nécessairement dans de grandes arches; la cuvette seule a été construite en maçonnerie pleine, recouverte d'un enduit. L'excédent de largeur que l'étage d'en bas présente sur le reste de l'ouvrage tient à ce qu'en 1743 un pont donnant passage à une route a été accolé au monument antique. Ce magnifique ouvrage, dont la hauteur atteint 48 mètres et dont la longueur est encore de 260 mètres à Tétage supérieur, n'a jamais été complètement terminé : on n'y a pas fait de ravalements et les pierres formant corbeaux existent encore, ainsi qu'on en voit d'ailleurs dans un grand nombre de constructions romaines, parce que ces corbeaux étaient gardés à dessein afin de faciliter la pose d'échafaudages pour les réparations. Lorsque l'on considère le pont-aqueduc dans son ensemble, les pieds-droits de l'étage inférieur paraissent manquer de hauteur ; mais l'étage intermédiaire a des proportions très heureuses et l'aspect général de la construction est du plus grand effet.

Indépendamment des aqueducs précités, des ponts proprement dits avaient été également construits dans la Gaule par les Romains et il en subsistait encore, il y a quelques années, quatre exemples. Le pont de Saintes, sur la Charente, se composait dans l'origine de deux parties séparées par une pile culée sur laquelle un aie de triomphe avait été élevé à Germanicus : l'une de

ces parties, comprenant 6 arches, a été renversée par les eaux et reconstruire au dix-septième siècle; l'autre partie, formée de 4 arches (PI. I, flg. 10) a subsisté jusqu'à nos jours et a été démolie parce qu'elle donnait trop peu de débouché ("). Le pont de Sommières, sur la Virdoule, dans le département du Gard (flg. il), se compose de 8 arches de 9"".80 d'ouverture; les tympans en sont évidés par des arcades et les maçonneries en ont été appareillées avec beaucoup de soin. Le pont Julien, sur le Coulon près d'Apt (fig. 12) est formé de trois arches dont une de 16 mètres et deux de lO-.SO; les tympans sont élégis par des arcades ; la construction est faite en gros blocs de pierre taillés avec une précision extrême et posés sans ciment. Le pont proprement dit est entièrement de construction romaine ; les abords seuls ont été remaniés et le parapet antique n'existe plus ; cet ouvrage est attribué soit à l'époque de Jules César, soit à celle de l'empereur Julien, mais le soin remarquable avec lequel il a été construit porte à adopter de préférence la première hypothèse. Enfin le pont Flavien, près de Saint-Chamas (Bouches-du-Rhône) (fig. 15), est formé par une seule arche de 12 mètres d'ouverture, dont la voûte est très légèrement surbaissée ; il est terminé à ses deux extrémités par des arcs de triomphe qui sont encore en excellent état de conservation.

C'est dans la péninsule Ibérique que l'on rencontre peut-être le plus d'où- ^^^ ^^ consuuits vrages de construction romaine, et cette circonstance paraît devoir tenir prin- et^en^laTue cipalement à ce que cette province de l'Empire était la plus éloignée des peuplades barbares et que, quand l'invasion y a pénétré, les conquérants avaient, par leur passage et leur séjour dans des pays civilisés, perdu déjà beaucoup de leur ardeur et de leur férocité. Parmi les ponts romains qui subsistent encore en tout ou en partie, on doit citer principalement celui de Salamanque, sur le Termes, comprenant 27 arches de 10 à 11 mètres d'ouverture (flg. 14) et celui de Mérida, sur la Guadiana, formé de 64 arches, avec une longueur de 780 mètres; le pont de Cordoue, sur le Guadalquivir et qui est formé de 16 arches, a été fondé et bâti d'abord par les Romains, mais il

(a) y arc de triomphe a élé reconstruit avec soin à proximité du pont, après la démolition des anciennes arches.

a été reconstruit en grande partie plus tard par les Maures. Les archivoltes de certaines arches, les couronnements de quelques piles et l'appareil de plusieurs parties de l'ouvrage, appartiennent encore à la construction romaine; le même caractère, à la fois romain et arabe, se retrouve dans la forteresse qui défend l'entrée du pont.

pont d'Alcantara.

Enfin le pont d'Alcantara, sur le Tage, est certainement le plus remarquable par son élévation et par l'amplitude de ses arches (flg. 15) : la hauteur entre le niveau ordinaire des eaux et la chaussée est de 48 mètres ; elle atteint près de 60 mètres depuis le fond du lit jusqu'au niveau du parapet. L'ouvrage comprend 6 arches en plein cintre dont 2 atteignent des ouvertures de 28 à 30 mètres et qui, à une aussi grande hauteur, ont présenté pour l'établissement des cintres des difficultés très sérieuses ; les fondations ont dû nécessiter des travaux importants par suite de la grande profondeur d'eau. Ce superbe travail, entièrement exécuté en pierres de grande dimension posées sans mortier, a été construit en 98 par les ordres de Trajan ; il porte en son milieu un bel arc de triomphe qui a été restauré en 1543 par Charles-Quint.

Aqueducs.

L'Espagne, sous la domination romaine, a aussi donné lieu à l'établissement de grands aqueducs pour l'alimentation d'eau de plusieurs villes. A Mérida, en outre du grand pont déjà mentionné, on remarque deux aqueducs, dont l'un, de 6 kilomètres de longueur, comprend 140 arcs et sert encore pour l'approvisionnement d'eau de la ville; l'autre, qui a dû comporter un très grand nombre d'arches, parce qu'il avait plus de hauteur que le premier, ne subsiste plus qu'en partie; la figure 7 (PI. II) en donne le spécimen. L'ouvrage a 25 mètres de hauteur et ses piles sont contre-boutées par des arceaux inférieurs, de manière à figurer trois étages. L'aqueduc de Tarragone (fîg. 9) comprend 2 rangs d'arches; l'étage inférieur est formé de 11 voûtes de 6".30, tandis que l'étage supérieur en comporte 25 ayant la même ouverture : les unes et les autres reposent sur des piles à parements verticaux. Enfin l'aqueduc de Ségovie, à la suite d'un mur plein de 772 mètres supportant la conduite d'eau, comprend 119 arches qui, sur une étendue de 818 mètres, traversent la vallée, un

faubourg et une partie de la ville. Cette étendue est divisée en deux sections dont Tune de 542 mètres correspond à un seul étage d'arcades et dont l'autre de 276 mètres en comporte deux (fig. 8). Les ouvertures des arcades sont de 5".50 au rang inférieur et de 6 mètres au rang supérieur ; les piles sont à parements verticaux, mais présentent des retraites successives décorées par des moulures saillantes. L'aspect de cet ouvrage, dont la hauteur atteint 34 mètres et qui, conmie les précédents, a été construit sans mortier, avec des pierres de bonne qualité parfaitement taillées, est extrêmement élégant. 11 a été édifié vers Tan 98, sous le règne de Trajan, auquel on attribue la plupart des autres grands ouvrages construits dans la péninsule.

C'est également à cet empereur que certains auteurs ont voulu rapporter la construction d'un aqueduc beaucoup plus élevé que les précédents, celui de Lisbonne, mais en réalité Trajan avait seulement fait rechercher les sources et conmiencer les travaux de la conduite d'eau : le grand aqueduc n'a été bâti qu'au siècle dernier.

Les Romains avaient construit aussi des ponts et des aqueducs en Afrique où non seulement on a retrouvé des restes de ces constructions antiques, mais encore on a pu, avec quelques travaux de réparation, utiliser plusieurs conduites d'eau, notamment près de Carthage.

D'après les ordres de Trajan, un pont très remarquable a été établi sm' le ^^^^ ■"** '^ '^^""'^ Danube, par le célèbre architecte ÂpoUodore de Damas. Suivant une description de Dion Cassius qui a servi de base au dessin donné par Gauthey, ce pont aurait été entièrement construit en maçonnerie, formé d'arches en plein cintre d'une très grande ouverture et élevé à 50 mètres de hauteur au-dessus des eaux du fleuve. Mais en réalité, et ainsi que l'a établi M. l'Inspecteur général des ponts et chaussées Lalanne W, ce grand ouvrage, dont les ruines existent encore à 21 kilomètres en aval d'Orsova, se composait de 21 travées en charpente ayant chacune 36 mètres de portée et reposant sur des piles en maçonnerie

(a) Rapport du 30 décembre 1879 de M. Lalanne, délégué de la France dans la Commission technique européenne appelée à examiner diverses questions relatives à l'application du traité de Berlin et notamment à rétablissement d'un nouveau ponl sur le Danube, près de Silistrie

de 18 mètres d'épaisseur. I^es bas-reliefs de la colonne Trajane, constmile également d'après les dessins d'Apollodore, indiquent d'une manière précise que les travées étaient en bois et formées de trois cours de pièces courbes reliées par des moises dirigées dans le sens des rayons, ainsi que l'indique le croquis (n). Cette disposition fréquemment employée depuis, même de nos jours, est très rationnelle; seulement le mode d'appui au-dessus des piles laisse à désirer et, ainsi que l'a fait justement remarquer M. Lalanne, il est très probable que l'artiste chargé de sculpter les bas-reliefs de la colonne a altéré à

cet égard les formes données par l'architecte, de même qu'il l'a fait pour les proportions entre les bois et les maçonneries : ces proportions ont été rétablies dans les deux figures ci-contre. Pour que les extrémités des arcs supérieurs fussent bien contrebutées, il sufTu^it d'ailleurs que les pièces de bois sur les appuis présentassent une disposition telle que l'indique la partie gauche du croquis (ts) d'après un dessin de M. Choisy, ou bien que l'on adoptât la disposition indiquée à droite de la même ligure et d'après laquelle un sommier très résistant se trouverait opposé à la poussée des arcs. I^e nombre des moises normales aurait dû également être augmenté, ainsi que le montre ce dernier croquis.

Les bas-reliefs ne donnant que la partie supérieure des piles, ne permettent pas d'apprécier la hauteur de l'ouvrage; mais comme l'emplacement a été choisi, très judicieusement d'ailleurs, en aval des cataractes des Portes-de- Fer, dans une partie du fleuve où le courant est modéré et où la plaine présente une grande étendue, il n'existait aucun motif pour placer le tablier à 50 mètres de hauteur. D'après des vues de ce passage, les massifs des culées, dont une partie importante subsiste encore, présentent l'un et l'autre, à 10 ou

15 mètres de hauteur au-dessus des basses eaux, une sorte de plate-forme en arrière de laquelle se trouvent des restes de murs beaucoup plus élevés : il paraît donc probable que les naissances des arcs correspondaient à peu près au niveau supérieuf des plates-formes et que le passage sur le pont devait se trouver tout au plus à 20 ou 25 mètres au-dessus de l'étiage. A l'époque des basses eaux, les bases de la plupart des piles sont encore très apparentes, ce qui a permis d'apprécier leur épaisseur et de constater leur construction en maçonnerie.

Ce pont faisait partie d'une voie romaine qui suivait, sur un assez long parcours, la rive gauche du Danube et dont la construction, pratiquée en grande partie sur le flanc de roches escarpées, a dû nécessiter des travaux considérables. Dans un de ces passages, à 12 kilomètres à peu près en amont d'Orsova, une inscription gravée sur un rocher constate que cette route a été ouverte par les ordres de Trajan, lors de sa première campagne de Dacie (103 ans après J.-C), ce qui précise en môme temps la date de construction du pont ci-dessus décrit.

Un autre grand pont sur le Danube a été établi sous le règne de Constantin entre Widdin et Nicopoli ; mais il était entièrement construit en bois, de sorte qu'il n'en reste plus de traces apparentes; toutefois en 1672, par des eatix exceptionnellement basses, on a pu constater à cet emplacement l'existence des parties inférieures de puissantes palées. Ce pont, qui a dû être élevé vers Tannée 523, est mentionné sur une médaille de Constantin («).

Des travaux d'une aussi grande importance, s'étendant jusqu'aux parties les caractères principaux

1 1^ 11* • «i« l'i* • é t .i*. à^ ponU construits

plus reculées de 1 empire et dont maigre les mvasions et les guerres il existe par les Romains. encore de si remarquables exemples, donnent des preuves incontestables, d'abord de l'immense développement donné par les Romains aux travaux publics et ensuite de leur prodigieuse habileté comme constructeurs. Si les dimensions données à leurs plus grands ouvrages ont été dépassées de nos jours, il est juste de reconnaître que les Romains étaient loin de posséder les

(a) Rapport précité de H. I*inspecteur général Lalanne.

mêmes connaissances et les mêmes moyens d'action que nous. Ils n'ont pu, à l'origine, se guider que sur des exemples à très petite échelle, et chacun sait combien les difficultés augmentent dans une forte progression avec les dimensions des ouvrages ; leurs outils étaient d'ailleurs très imparfaits et ils ne possédaient que des machines élémentaires. C'est précisément ce défaut de machines qui, ne leur permettant ni de battre des pieux très longs, ni de déblayer dans l'eau à de grandes profondeurs, les a conduits, toutes les fois qu'ils ne pouvaient pas fonder directement sur un sol incompressible, à faire reposer sur des massifs très étendus la base de leurs piles. Dans la construction de leurs maçonneries, ils employaient deux dispositions bien différentes: l'une, applicable aux petits ouvrages, se composait de matériaux irréguliers de faible dimension, rendus solidaires par un mortier d'excellente qualité, et en outre les différentes parties de cette maçonnerie étaient reliées par des chaînes en briques ou en pierres plates disposées dans le sens des principaux efforts; l'autre maçonnerie, applicable aux ouvrages importants, se composait de blocs de forte dimension, dont les lits surtout étaient taillés avec beaucoup de précision et qui reposaient les uns sur les autres sans intermédiaire de mortier, ainsi que nous en avons déjà cité divers exemples. L'emploi de ces deux natures de maçonnerie était généralement réparti avec beaucoup de discernement, en tenant compte des circonstances spéciales aux diverses parties des ouvrages. Les principaux caractères des ponts Romains en maçonnerie consistent dans l'emploi de pleins cintres ou d'arcs très peu surbaissés, reposant sur des piles épaisses, au-dessus desquelles les tympans sont fréquemment é vidés pour diminuer les pressions sur le sol, tout en fournissant des motifs de décoration. Les bandeaux des voûtes sont souvent taillés en forme d'archivoltes; les piles sont couronnées par des impostes ou cordons bien dessinés ; les tympans, quand ils ne sont pas élégis par des arceaux, sont souvent ornés dans les villes par des couronnes, des trophées et des statues; les pUnthes et parapets, toujours traités avec goût, présentent généralement des moulures très heureuses. Dans leur ensemble, les ponts et aqueducs Romains montrent comment, pour les ouvrages élevés, on peut obtenir de grands effets avec des moyens très simples, et comment, pour les ponts de dimensions ordinaires placés dans les villes,

on peut, avec une ornementation sobre, mais étudiée avec goût, donner à ces constructions un très bel aspect. Les profils de leurs archivoltes et de leurs corniches sont encore aujourd'hui suivis comme modèles; et, sauf en ce qui concerne l'épaisseur des piles, les proportions des ouvrages Romains peuvent servir encore très utilement d'exemples pour nos ingénieurs.

Les invasions des Barbares dans les contrées ou provinces qui formaient l'Empire d'Occident amenèrent nécessairement la destruction d'un grand nombre de ponts et aqueducs ; puis les conséquences de ces invasions, guerres incessantes, ruines, disettes, etc., empêchèrent pendant longtemps de construire de nouveaux ouvrages d'utilité publique dans cette partie de l'ancien

monde Romain.

Mais pour l'empire d'Orient, qui subsista encore pendant bien des siècles, ouvrages coostruiis les travaux publics, sans jamais présenter une aussi grande activité qu'en lempireTorient. Occident, furent continués encore pendant un certain temps et notamment on exécuta, sous le règne de Juslinien deux importants ouvrages, l'aqueduc de Bourgas et le pont sur le Sangarius.

L'aqueduc (PI. IV, fig. 15) est le plus remarquable des trois ouvrages de même nature qui existent dans la vallée de Bourgas, à 14 kilomètres environ de Constantinople, et qui portent les eaux à cette ville. 11 a été construit au sixième siècle; sa longueur à la partie supérieure est d'environ 240 mètres et sa hauteur atteint 35 mètres; la partie centrale est formée de 2 étages dont les voûtes sont en ogive; les piles sont élégies par des arcades, de part et d'autres desquelles existent des contreforts. Cette construction, de formes très robustes et compliquées, est lourde d'aspect.

Le pont sur le Sangarius (fig. 14), situé près de Brousse, dans la Turquie d'Asie, a été également construit au sixième siècle ; il se compose de 7 arches

de 23 mètres d'ouverture en arc de cercle surbaissé à Vs.s ^t de 4 petites arches aux abords ; les piles ont des avant-becs triangulaires peu saillants et des arrière-becs demi-circulaires. Les voûtes présentent des bandeaux formant archivoltes et dont les pierres sont posées à sec, tandis que les maçonneries de remplissage sont construits en moellons avec mortier. Le pont, disposé en vue de la défense, présentait à Tune de ses extrémités une porte aujourd'hui détruite et à Tautre extrémité un fort dont l'intérieur servait de chapelle en temps ordinaire W.

Ouvrages construits Lc uombro de pouts édifiés au moyen âge, sur le territoire de la France

actuelle, est très considérable : leurs formes sont très variées ; ils sont fréquemment construits avec hardiesse et leurs voûtes ont atteint sur quelques points des dimensions considérables.

pontdAibi. Le pont d'Albi, sur le Tarn, est certainement un des plus anciens : d'après

un document authentique, la construction en a été décidée au commencement du onzième siècle, en 1035, par une assemblée composée du Vicomte, des Dignitaires ecclésiastiques et d'un grand concours de peuple. Il se compose de 7 arches en ogive, dont les ouvertures varient de 9". 75 à 15 mètres, et de deux petites arches en plein cintre dont l'une, sur la rive droite, a remplacé un pont-levis (PI. III, fig. 1). Les piles, dont les épaisseurs varient de 5".50 à 6".75, offrent des avant-becs très aigus : l'un d'eux, par exemple, présente au courant un angle de 41 degrés, tandis que les arrière-becs étaient au contraire rectangulaires et peu saillants. Cinq des piles portaient des maisons en bois, représentées sur la figure et qui ont été détruites seulement au siècle dernier. Des évidements ont été ménagés dans les maçonneries des piles et des tympans : ces vides servaient de caves ou de magasins pour les habitants des maisons. La construction est grossièrement faite et les têtes du pont présentent chacune plusieurs plans différents. Ce pont, dont la largeur au moyen âge était seulement de 4".40 entre parapets, a été

(fl) Le dessin de cet ouvrage a été relevé par M. l'ingénieur en chef Choisy.

élargi, vers 1820, en prolongeant les voûtes du côté d'aval et en faisant reposer ces prolongements sur la saillie des arrière-becs.

La forme ogivale des grandes voûtes du pont a fait soulever des doutes sur l'époque de son achèvement. Les travaux ont été incontestablement commencés aussitôt après l'assemblée de 1035, mais peut-être, par suite des guerres partielles si fréquentes à celte époque, l'achèvement du pont aurait-il été retardé pendant longtemps. C'est seulement à la date de 1178 que l'on signale le passage d'un corps de troupes sur le pont d'Albi : l'emploi des ogives pour les voûtes du pont s'expliquerait alors naturellement. Une autre hypothèse consiste à admettre que les arches construites en plein cintre vers 1035 seraient devenues hors de service, soit par suite de vices de construction, soit par l'effet de crues exceptionnelles, et leur reconstruction dans le style ogival serait alors admissible; mais on objecte avec raison qu'une reconstruction semblable aurait été constatée, soit dans les archives de la commune, soit dans celles de l'évêché, et les recherches les plus minutieuses n'en ont fait retrouver aucune trace. Les archéologues du pays adnaettent donc que c'est bien vers 1035 que le pont a été construit avec ses arches actuelles : il faut remarquer d'ailleurs que, d'après M. Mérimée, l'ogive à large base se trouve exister dans beaucoup de monuments du Midi de la France, à côté du plein cintre roman, et que, suivant M. Du Mège, l'ogive était employée dans ces provinces dès le conunencement du douzième siècle, peutêtre même plus tôt(«). Nous avons cru devoir nous étendre assez longuement sur ce sujet dont le pont d'Espalion va fournir un nouvel exemple; mais avant d'abandonner celui d'Albi, nous devons appeler l'attention sur les évidements réservés au-dessus des piles : ces évidements ont pour effet de diminuer très notablement les pressions et constituent un progrès réel qui a été abandonné plus tard, maïs auquel on est revenu de nos jours lorsque l'emploi des grandes arches et des viaducs élevés a obligé de s'attacher avec beaucoup de soin à réduire autant que possible les pressions.

Presque exactement à la même époque, un pont a dû être construit sur

(a) Les renseignements relatifs au pont d'Albi résultent de recherches approfondies faites avec beaucoup de soin par )l. Tingénieur en chef Âbrial.

la Loire à Tours, car le comte Eudes qui l'avait fait bâtir défendit en 1036 de percevoir sur ce pont des droits d'aucune espèce. Quelques années auparavant, en 1026, un comte de Sens avait fait construire, au confluent de la Seine et de l'Yonne, un pont traversant les deux rivières : la défense du passage y était assurée par un donjon carré très fort, établi sur la pointe entre les deux cours d'eau, et les extrémités du pont étaient protégées par deux portes fortifiées*").

Le pont d'Espalion, sur le Lot, dont nous donnons ci-contre le croquis d'ensemble (i), présente un caractère tout spécial : il se compose de 4 arches dont les 5 principales constituent le pont proprement dit et ont respectivement des ouvertures de 12-.50, 15".20 et 12-.75.

Les voûtes ont la forme d'ogives très aplaties dont le bandeau est une archivolte sur laquelle s'appuient des encorbellements supportant les parapets : les croquis (a) et (s) donnent, à grande échelle , le milieu de l'élévation de la grande arche et une coupe à la clef qui fait bien ressortir le profil de l'archivolte et des encorbellements. Cet ouvrage est construit entièrement en grès rouge, à l'exception du couronnement du parapet qui est en calcaire et qui a probablement été refait à une époque récente. Sans l'angle formé à la clef par l'ogive centrale, car il n'est pas sensible sur les deux autres arches, on se croirait incontestablement en présence d'un ouvrage du style roman. Or, il résulte de divers manuscrits, que Charlemagne, soit en allant, soit

[a) Dictionnaire d'arcliUectwe i\c M. Viollel-le-Dut. Paris, 1861.

en revenant d'Espagne, donna l'ordre de faire construire sur le Lot un pont et de bâtir une ville à laquelle il donna le nom d'Espalion. C'est donc vers 780 que le pont aurait été construit et cet ouvrage serait réellement le plus ancien de ceux établis en France au moyen âge. La seule objection à faire porterait sur la forme ogivale de la grande arche; mais puisque dès le sixième siècle Togive était employée près de Constantinople pour Taqueduc de Bourgas, on peut bien admettre que cette forme a été rapportée d'Orient à une époque où Charlemagne était en relations avec les souverains asiatiques et recevait une ambassade du calife Haroun-al-Raschid. Quoi qu'il en soit, le pont d'Espalion a été pendant longtemps considéré comme l'ouvrage le plus remarquable construit dans cette partie de la France, et il présente évidemment par ses formes et par son exécution un type hors ligne pour cette époque (<»).

Le pont d'Avignon, sur le Rhône, fut construit, de 1177 à 1187, par ponts sur le Rhône. l'inspiration et sous la direction de Saint-Benazet qui mourut quatre ans avant l'achèvement de son œuvre; il fut terminé par la corporation des frères pontifes d'Avignon. Ces corporations, dont l'une avait déjà établi le pont de Bompas, sur la Durance, se multiplièrent beaucoup et rendirent de très grands services, tant en France qu'en Italie et dans les Pays-Bas. En effet, au moyen âge, c'est presque uniquement dans les monastères que l'on conservait la science et les traditions nécessaires pour l'exécution des grands travaux publics : il était naturel que les hommes qui élevaient de si belles églises fussent également les plus capables de construire des ponts sur de larges cours d'eau. Toutefois, ils étaient généralement loin d'apporter à la construction des ponts le môme goût et le même sentiment d'art qu'aux bâtiments religieux.

Ce pont d'Avignon (PI. III, fig.2), dont la longueur totale atteignait 600 mètres était formé de vingt-deux arches dont les plus grandes avaient 33 mètres d'ouverture; les voûtes de ces arches, en arcs de cercle surbaissés au tiers environ, étaient formées de zones parallèles indépendantes, comme au pont du Gard ;

(a) C*est à M. Tingénieur en chef Lefranc que sont dus les renseignements relatifs aux vieux ponts du département de TAvevron.

des arceaux d'évideraent étaient pratiqués au-dessus des piles : on retrouvait donc là l'influence des méthodes romaines. Ce pont avait été établi suivant

une ligne brisée en plan, soit pour trouver de meilleurs emplacements pour les fondations des piles, soit parce que Ton supposait que cette forme, avec convexité du côté d'amont, augmentait la résistance de l'ouvrage. Il a été détruit en grande partie pendant des guerres et surtout par une grande débâcle survenue en 1670. Il ne reste plus actuellement de cette remarquable construction que quatre arches qui sont conservées comme monument historique : la deuxième pile supporte une petite chapelle où repose le corps de saint BenazetW.

Parmi les grands ponts sur le Rhône, on doit citer aussi celui de la Guillotière, fondé en 1245, et le pont Saint-Esprit. Le premier de ces ouvrages (fig. 5) comprend dix-huit arches en plein cintre ou légèrement surbaissées, dont les ouvertures vont jusqu'à 33 mètres; le second, construit de 1265 à 1507, est formé de dix-neuf grandes arches dont les ouvertures varient de 24 à 33 mètres et de 6 petites arches (fig. 4) : elles sont les unes et les autres en arcs peu surbaissés. A cause de la rapidité très grande du courant, on a été obligé de prendre beaucoup de précautions pour les fondations, notamment en faisant reposer les piles sur des massifs extrêmement larges suivant la méthode romaine. Mais cette méthode avait été perfectionnée dans le cas actuel par l'emploi de plates-formes en troncs d'arbres, très gros et croisés, supportant deux fortes assises de pierre de taille, au-dessus desquelles se trouvait une seconde plate-forme recevant directement la maçonnerie des piles. En plan, le pont Saint-Esprit se trouve établi sur trois alignements.

Pont de carcassonne. L'ancicu pout dc Carcassoune, sur l'Aude, date de la fin du douzième siècle

(1180). II se compose de onze arches très légèrement surbaissées (PI. III, fig. 5) dont les ouvertures varient de 11". 40 à 14'".05 : la base d'une partie de ces arches est actuellement obstruée par des atterrissements ; les avant et arrièrebecs sont triangulaires, mais les arêtes ont été abattues à la partie supé-

(fl) Le pont d'Avignon a donné lieu à une notice très intéressante de M. Tlnspectenr général liOfort.

rieure, en paii coupé; les parapets font saillie, sur le nu des têtes en formant des séries de modillons d'un bon effet. Le croquis (*) fait ressortir cette disposition en élévation et en coupe. La laideur entre les têtes est d'environ 6 mètres. Le dessus du pont est horizontal sur les cinq arches centrales et s'abaisse ensuite vers les deux rives par des pentes assez fortes. Cet ouvrage conslilue un spécimen très intéressant des ponts construits à la fin du douzième siècle dans cette partie de la France : les ogives n'y avaient pas encore fait leur apparition. Le vieux pont de Béziers, construit à peu près à la même époque que celui de Garcassonne, présentait des dispositions analogues ; seulement des arceaux d'évidement étaient, ménagés au-dessus des piles et les avant^becs s'arrêtaient à la base de ces arceaux.

A peu près à la même époque fut construit sur la Seine à Paris, le Petit Pont (1174) : après avoir été renversé trois fois par des crues il fut rétabli plus tard en 1409 et a subsisté jusqu'à l'époque actuelle où il a été remplacé par une seule arche de 31 mètres d'ouverture en meulière et ciment. Ce pont était bordé de maisons, ainsi que l'ont été successivement un grand nombre d'ouvrages de même nature, notamment le pont Notre-Dame à Paris et celui de Saint-Sauveur à la Rochelle dont un croquis est donné dans le grand ouvrage : Les Travaux publics de la France; seulement, au lieu d'être isolées sur les piles comme au pont d'Albi, les maisons étaient généralement contiguës les unes aux autres et formaient de véritables rues : elles convenaient surtout pour l'établissement de boutiques qui se trouvaient très favorablement placées sur les ponts, alors peu nombreux, où alUuait nécessairement la circulation.

Le pont Notre-Dame, dont la construction était également assez ancienne, menaçait ruine en 1440 et le Parlement décida qu'il serait entièrement reconstruit. Mais cette décision ne fut pas exécutée et le pont s'écroula en 1498 avec toutes

les maisons qu'il supportait. Cet ouvrage était en bois et bâti sur pilotis; d'après la chronique, il avait 18 pas de largeur et était soutenu sur 17 rangées de pieux dont chacune en contenait 30 ; ces pieux avaient 42 pieds de hauteur et un peu plus d'un pied de diamètre ; cet exemple est le plus ancien en France de l'emploi des fondations sur pilotis qui, par suite, se trouveraient remonter vers le milieu du quatorzième siècle, mais il paraît certain que d'autres fondations de même nature avaient été déjà pratiquées auparavant.

Dans d'autres villes, on a établi des travées en charpente reposant sur des piles en maçonnerie et dans ce cas des maisons étaient souvent bâties sur leis piles, ainsi que cela existait au pont de Pirmil sur un bras de la Loire à Nantes, d'après une ancienne gravure reproduite dans les Travaux publics en France.

Ponts sur la Vienne. Daus Ic coumciencement du treizième siècle, de nombreux ponts ont été

construits sur la Vienne. Deux d'entre eux, le pont Saint-Martial et le pont Saint-Étienne, existent encore à Limoges; un autre, tout à fait analogue, se trouve à Noblat, à 40 kilomètres en amont. Le croquis (s) représente le pont

Saint-Martial avec lequel les deux autres ont une très grande analogie. Celui-ci était formé de 7 petites arches en ogive aplatie dont les ouvertures variaient de 8"'.20 à IS^.SO ; les abords étaient submersibles, ce qui explique comment on a pu se contenter d'arches aussi basses. Cette disposition était fréquemment adoptée; car, aux époques où la circulation était très peu active, une interruption du passage pendant les crues avait peu d'importance, et la dépense de construction se trouvait réduite dans de fortes proportions. Les avantbecs des deux ponts à Limoges étaient aigus, avec section ogivale, tandis qu'à Noblat, leurs sections étaient triangulaires ; ils s'élevaient sur toute la hauteur de chaque pile et constituaient à leur sommet des refuges. Les arrière-becs, de forme rectangulaire, s'élevaient aussi jusqu'au niveau supérieur du pont. Ces

ouvrages, construits en pierre granitique du pays, ne présentaient pas d'appareil régulier et étaient d'une exécution très imparfaite. D'après des chroniques locales, le pont Saint-Martial aurait été reconstruit sur les fondations d'un ouvrage gallo-romain détruit en 1182, pendant les guerres de Henri II d'Angleterre avec ses fils. D'autres ponts de la même époque existent sur la Vienne, à Aire et à Saint-Junien, ainsi qu'à Montmorillon, sur la Gartempe.

Les ponts constniits à Metz, pendant la deuxième partie du treizième siècle et le cours du quatorzième, présentaient un mode de construction particulier ; chaque voûte était formée de 4 arceaux en pierre de taille formant arcs-doubleaux et de massifs intermédiaires en maçonnerie de moellon brut, qui se trouvaient en retraite de 0".25 à O^.SO sur les arcs; la largeur des ponts variait de 6 à 10 mètres et les voûtes étaient en plein cintre ou en arcs très peu surbaissés : la plus grande ouverture pour les arches atteignait 16 mètres. Ce mode de construction avait dû être emprunté à des ouvrages romains, mais il était loin d'être aussi bien appliqué. Les ponts de Metz, au nombre de 5, étaient en effet sinueux en plan et gauches en élévation ; les bandeaux de leurs voûtes étaient irréguliers ainsi que les douelles, et ces ouvrages dénotaient de nombreux vices de construction.

D'après M. VioUet-le-Duc, quelques arches de ponts en Poitou ont été construites également au moyen d'arcs-doubleaux ; seulement les intervalles entre ces arcs étaient simplement couverts par des dallages.

Le pont de VaIentré(ou de la Calendre) à Cahors(Pl. III, fig. 6), est certaine- pom de vaieniré ment l'exemple le plus remarquable et le mieux conservé des ponts construits en France au treizième siècle : il comprend 6 arches principales en ogive, dont les ouvertures sont de 16".50 en moyenne, et 2 petits arceaux sur les rives ; les avant et arrière-becs sont triangulaires et forment refuges à leur sommet ; vers le niveau des naissances ils sont percés de petits arceaux pouvant servir de passage et sur la base desquels on pouvait appuyer les extrémités de pièces de bois au moyen desquelles on établissait très facilement des échafaudages pour les réparations ou même des passerelles continues. La pile centrale et les piles extrêmes supportent des tours fortifiées à l'aide desquelles on pouvait défendre suc-

30 PRÉCIS UISTORIQUE,

cessivement plusieurs points du passage et prolonger ainsi beaucoup la résistance.

Le pont d'Orthez, sur le Gave de Pau, se composait d'abord seulement d'une arche en ogive de 15 mètres d'ouverture, très solidement assise sur les rochers des deux rives : la construction de cette arche paraît remonter au milieu du douzième siècle; elle était défendue par unetour sur la rive droite. Plus tard, après de grandes inondations survenues au quatorzième siècle et qui avaient inspiré des craintes sur la résistance du pont, on a ajouté plusieurs petites arches qui ont pour effet de diminuer la hauteur des crues et complètent l'ouvrage tel qu'on le voit actuellement (PI. 111, ûg. 8). Le couronnement du pont et la tour ont été restaurés il y a quelques années ; l'aspect en est très pittoresque.

L'ancien pont de Sauveterre, situé également dans le Béarnet construit sur le Gave d'Oloron, paraît avoir eu en plan uneformecombe.aumoyende laquelle il pouvait traverser à peu près normalement les deux bras de la rivière (e). Une arche seule subsiste contre la rive droite, mais on trouve près du bras gauche quatre piles renversées et une palée en bois. Le croquis {^) donne Télévation de

l'arche actuelle et figure dans le sens perpendiculaire le grand côté de la pile ainsi que la tour qui la surmonte. D'après une autre hypothèse, cette tour serait restée isolée de la rive gauche et aurait seulement eu pour but de flanquer la défense du château de Sauveterre : dans ce cas, les piles dans l'île se rapporteraient à un autre pont. La première interprétation, d'après laquelle le pont aurait été courbe ou plutôt polygonal, parait plus probable.

Ponts dEiiLaigues. Pamù ics ponls construits au treizième siècle dans le Rouergue, il y a lieu de

citer ceux qui ont été établis sur le Lot et sur la Trueyi'e à Entraigues. Le premier (s) se compose de 3 arclies de 13 à 15 mètres d'ouverture, plus une autre très petite, et il résulte d'un document

ancien que les fondations en auraient été exécutées en 1269. Il est à remarquer que les ogives sont extrêmement aplaties et se rapprochent beaucoup de celles du pont d'Espalion,

de môme qu'elles présentent également des archivoltes, de sorte qu'on serait porté à attribuer au pont d'Entraigues une date plus ancienne; mais d'autre part il faut considérer que le pont d'Espalion, cité comme un modèle dans le pays, a dû être imité pendant longtemps, et que l'exécution de celui d'Entraigues est bien inférieure. La même observation s'applique au pont sur la Trueyre, dont les arches, au nombi*e de 5, ont des ouvertures de 8 à 16". 70 et dont le mode de construction est sensiblement le même que pour le pont sur le Lot : sur l'un et l'autre de ces ouvrages, le bandeau supérieur des voûtes est en saillie de O-.SO sur le bandeau principal, ce qui dépasse notablement les proportions usitées dans les archivoltes ordinaires.

Conmie exemples de

Ponts è pelilei «rdm.

ponls à petites arches

construits au moyen âge

dans des parties plus

septentrionales de la

France, il convient de mentionner le Pont de l'Arche sur la Seine, comprenant

24 voûtes dont les ouvertures varient de

3 à 12 mètres (9). M. Viollet-le-Duc le considère comme ayant été construit à la fin du treizième siècle, bien qu'il ait été coupé et réparé plusieurs fois pendant les quatorzième

et quinzième; plusieurs moulins étaient éta- i

blis sur ce pont qui subsistait encore il y a peu d'années. Celui de Pontoise (io) était formé de 12 arches de 2 mètres à

'UOi

11 mètres d'ouverture; il comprenait, comme le précédent, plusieurs moulins et, en outre, un grand nombre de maisons, appuyées sur les avant et arrière-

becs des piles comme au pont d'Albi : il est probable que ces constructions ont été établies successivement, à mesiu'e que les guerres étaient moins fréquentes et que le commerce se dé- (I )

veloppait. Enfin le pont d'Ouilly,

sur rOrne (ii) donne un spécimen intéressant des ponts construits à la fin du treizième siècle ou au commencement du quatorzième. Ces ponts présentaient des rampes très prononcées et, par suite, les ouvertures des arches allaient en augmentant graduellement vers le centre. Au pont d'Ouilly, cette graduation n*est pas aussi bien observée que dans d'autres ouvrages analogues, mais l'épaisseur des piles surmontées de chaperons très pointus est assez modérée et l'ouvrage est d'un bon aspect dans son ensemble.

Pont de Moiitauban. Huc charto dc 1144, autorisaut la fondation de la ville de Monlauban sur les

bords du Tarn, contenait l'obligation pour les habitants d'établir un pont sur cette rivière, mais en réalité c'est seulement vers la fin du treizième siècle que ' la municipalité a commencé à prendre des mesures pour l'exécution du pont qui a été terminé seulement en 1335. Ce pont, entièrement construit en briques, se compose de 7 arches en ogive de 21 mètres d'ouverture; les piles ont 8".30 d'épaisseur et sont munies d'avant et arrière-becs, en forme de triangles équîlatéraux, qui s'arrêtent horizontalement un peu en contre-bas des plus grandes crues et au-dessus desquels sont pratiqués des arceaux élevés de forme ogivale. La hauteur de la chaussée au-dessus de Tétiage est de 18 mètres. Le passage était défendu par des tours, dontuneau milieu etdeux sur les culées: la tour du côté de Toulouse, après avoir servi d'abord à la défense, avait été convertie en un arc de triomphe et la tour centrale, élevée sur l'arrière-bec, contenait une chapelle dite de Notre-Dame. Au delà de la culée rive gauche, la voie descendait par une rampe supportée par plusieurs arcades. Le pont n'avait que 7". 60 entre parapets, de sorte que, pour élargir le passage, on a, versl850,remplacé lespara-

pets par des garde-corps en fer reposant sur des dalles formant trottoirs et supportées elles-mêmes par des consoles en fonte. La largeur entre garde-corps s'est trouvée ainsi portée à 9 mètres, mais Teffet de ces maigres consoles, ainsi que des simples garde-corps à croisillons, est déplorable sur un pont aussi monumental, aussi bien conservé et aussi remarquable à beaucoup d'égards ; il aurait fallu mettre le nouveau couronnement en rapport avec le style de l'édifice, iet l'excédent de dépense, peu considérable d'ailleurs, qui en serait résulté, aurait été bien motivé dans de semblables circonstances. La fig. 9, pi. III, représente la plus grande partie du pont tel qu'il était avant la démolition de la chapelle Notre-Dame et le remplacement du parapet par un garde-corps en fer.

Un autre ouvrage, terminé à la môme époque, essentiellement différent Pontdecéret. par sa forme et son mode de construction, mais qui mérite à d'autres titres d'être remarqué, c'est le pont de Céret, sur le Tech. Il se compose d'une seule arche en plein cintre de 45 mètres d'ouverture (fig. 7). Le sommet de l'arche se trouve chargé d'un petit massif de maçonnerie, les rampes de la chaussée sont fortes de part et d'autre de la clef et les tympans, ainsi que les murs en retour, sont évidés par plusieurs arceaux de grandeurs diverses : malgré l'irrégularité regrettable qui en résulte, l'ensemble de l'ouvrage est imposant, à cause de sa large ouverture et surtout de l'élévation de la voûte. Le mode de construction est grossier, les pierres, même pour le bandeau, sont imparfaitement taillées et il est probable qu'avant de décintrer la voûte on aura dû la laisser pendant longtemps sur ses supports. Quoi qu'il en soit, ce pont dénote une grande hardiesse de la part des constructeurs, eu égard aux moyens imparfails dont ils pouvaient disposer. L'établissement d'un chemin de fer entre Elne . et Arles-sur-Tech va entraîner l'exécution d'une nouvelle arche de même ouverture, à 100 mètres environ en amont du pont actuel, et la différence des procédés de construction ainsi que des résultats obtenus se trouvera ainsi mise en relief.

Le pont de Saint-Affrique, sur la Sorgues, se compose de 3 arches dont la Pom de saint-Arrrique. principale a 21".50 d'ouvorlure (12). Cet ouvrage existait déjà en 1368 et par

conséquent doit se rapprocher beaucoup des deux précédents, en ce qui concerne la date de construction : ses voûtes sont en plein cintre comme au pont sur le Tech; celle de Tarche principale est remarquable par sa faible épaisseur

à la clef (0".50), et comme cette épaisseur se trouve être de 0".70 à l'arche suivante dont l'ouverture est seulement de i5"-40, on est fondé à en conclure que cette arche a été reconstruite ultérieurement. Ce pont, entièrement construit en grès de diverses teintes, est bien conservé, mais sa largeur entre les têtes est seulement de 3"'.50, et comme en outre les rampes aux abords sont de G". 14 à G". 15 par mètre, les charrettes passaient de préférence à gué, tant que Tétat des eaux le rendait possible. Actuellement la circulation se fait à peu près entièrement par un nouveau pont dans une direction un peu différente.

Pont de BidaiTay.

Le pont de Bidarray sur la Nive, près de Saint-Jean-Pied-de-Port (is) doit appartenir également au quatorzième siècle. 11 comprend une arche en plein

cintre de 17 mètres d'ouverture, comprise entre 2 arches en ogive de 8".5G d'ouverture et 8 mètres de montée; une arche de décharge en plein cintre de 8".00 existe en outre sur la rive gauche. Ce pont est dans un bon état de conservation et assez élégant d'aspect, à cause de l'épaisseur relativement restreinte des piles et de celle des bandeaux : celui de la grande arche n'a effectivement que G°.6G. En plan , le pont présente cette particularité qu'au-dessus de la grande arche la largeur entre parapets est réduite à 2". 35, tandis que sur le reste de l'ouvrage elle est de 2".8G : on serait porté à en conclure que les parties latérales ont été reconstruites après coup. Un autre pont, formé d'une seule arche en plein cintre de 15".3G d'ouverture, existe à peu de distance sur le ruisseau du Bastan, affluent de la Nive, et doit remonter à la même époque que le pont de Bidarray.

A Olarçues, dans le département de l'Hérault, existe, sur la rivière du Jawr, Pont d-oi»gues. un ancien pont remarquable par sa hauteur et l'amplitude de son arche principale (14). Cette arche, en plein cintre, a 31"°. 70 d'ouverture et son bandeau n'a que 0".55 d'épaisseur, ce qui dénote une hardiesse exceptionnelle. De part et d'autre sont construites deux petites voûtes, l'une de 7".65 et l'autre de 9". 90 d'ouverture, réposant sur des piédroits élevés; ces abords de l'arche principale ont été remaniés à plusieurs reprises. La seule pile existante présente à gauche du dessin un avant-bec irrégulier et très saillant, comme le montre la coupe, tandis qu'à droite, des contreforts paraissent indiquer les restes d'une fortification. Enfin, au sommet de la grande voûle, ime niche en encorbellement est terniinée par une croix. La séparation des anciennes et des nouvelles maçonneries, pour la partie supérieure du pont, est indiquée très nettement par la différence de nature de ces maçonneries. En résumé, le pont d'Olargues, dont la grande arche est très belle, mériterait d'être restauré avec soin.

Le pont de Castellane, sur le Verdon (PI. III, fig. iO), a été bâti en 1404; ponts digéra couttruiu

au XT* siècle.

il est situe près de Sisteron et comprend une seule voûte en arc de cercle, de 28 mètres d'ouverture, surbaissée à un quart environ : c'est un des premiers exemples d'un surbaissement aussi marqué, bien qu'il le soit encore très peu relativement à ce qui a été fait depuis. La voûte est de part et d'autre appuyée sur le rocher.

Les voûtes du pont de Romans sur l'Isère (lîg. H) sont également en arc de cercle, mais surbaissées à un tiers seulement; l'épaisseur des piles est très forte, car elle atteint 9 mètres pour des ouvertures qui varient de 21 à 28 mètres.

Le pont de Villeneuve d'Agen (fig. 12) est formé principalement par une grande et belle arche de 35", 10 d'ouverture en plein cintre; elle est pré-

cédée par trois petites dont une de 1".80 et les deux autres de 9 mètres environ; les piles ont 6 mètres d'épaisseur et les avant-becs s'élèvent jusqu'à la chaussée du pont où ils forment refuges.

Enfin le pont de Vieille Brioude sur T Allier (fig. 13) consistait en une seule arche en maçonnerie de 54".20 d'ouverture, la plus grande qui ait été exécutée en France jusqu'à présent. La flèche de 21 mètres montre que la courbe était légèrement surbaissée. L'ouvrage était très grossièrement construit et il s'y était formé quelques lézardes qui inspiraient des craintes sur sa durée; en outre, les rampes aux abords étaient rapides et on résolut en 1750 de dévier la route en établissant, à 2 kilomètres en aval, un nouveau pont sur l'Allier : celui-ci était formé de 3 arches de 21 et 23 mètres d'ouverture ; on avait donné 1".46 d'épaisseur à la voûte de la grande arche, mais comme on y avait employé de la pierre trop tendre, la voûte s'écroula immédiatement après le décintrement ; on la reconstruisit avec de meilleurs matériaux et on porta son épaisseur à 1".62 : elle résista cette fois, mais conmae les piles avaient été fondées sur pilotis dans un gravier affouillable, le pont fut emporté par une crue, et l'habile ingénieur Gauthey, qui fut chargé d'examiner la question, conclut qu'il fallait en revenir à l'ancien pont dont les fondations étaient excellentes, à la seule condition de faire quelques réparations aux maçonneries et d'améliorer les abords. Ce parti très sage fut adopté, et le vieux pont a subsisté jusqu'au milieu du siècle actuel, époque de sa reconstruction. Indépendamment des ponts que nous venons de décrire, on en avait construit en France au moyen âge un grand nombre d'autres, notamment à Roanne, Orléans, Blois, Tours, Poitiers, Nevers, Tonnerre, Sens, Mâcon, etc., mentionnés par M. Viollet-le-Duc ; mais on ne les connaît que par d'anciennes gravures ou parce qu'ils sont cités dans les chroniques.

Ouvrages construits Parmi les pouts coustruits au moyen âge en Italie, celui sur le Serchioprès — '^' Lucques paraît être le plus ancien. C'est en effet à la fin du dixième siècle, vers l'an 1000, que cet ouvrage aurait été édifié : il comprenait une grande arche en plein cintre de 36"". 80 d'ouverture et 4 petites arches de 14".40 à 5".50 (PI. IV, fig. 12). Le régime du Serchio est tout à fait torrentiel et le pont

Ponl sur le Serchio.

dont il s'agit est le seul qui subsiste parmi tous les anciens ouvrages constniits sur cette rivière. La coupe transversale montre que la largeur entre les têtes est de S^.G? seulement. Les avant-becs

des piles ont reçu une forme spéciale (is) afin ^

de faciliter l'écoulement des eaux. La durée ^

Pont de Pavic.

remarquable de cet ouvrage est attribuée à l'ex- = cellente qualité du mortier.

Le pont de Pavie, sur le Tessîn, comprend 6 arches d'ouverture très variable dont la plus grande atteint 50 mètres. D'après l'ouvrage de Gauthey, les arches seraient égales et de forme ogivale avec tympans évidés, mais le dessin dont a été extrait la figure 3, PI. IV, a été relevé sur place par M. l'ingénieur Malibran : c'est un type intéressant des ponts couverts dont on faisait un grand usage au moyen âge et qui présente bien les caractères de cette époque en Italie, où l'ogive n'a presque pas reçu d'applications pour la construction des ponts.

Suivant ce traité de Gauthey sur la construction des ponts, l'aqueduc de ^^"«^"<^ ^"^ ^p^^*^- Spolète aurait été construit en 741 par Théodoric et serait formé de 10 arches gothiques de 21".44 d'ouverture, reposant sur des piles de 3".57 d'épaisseur, dont la hauteur au-dessus du fond de la vallée dépasserait 100 mètres; enfin l'élévation totale de l'aqueduc serait de 135 mètres environ. Dans ces conditions ce serait un merveilleux ouvrage, dépassant beaucoup, comme hauteur et comme légèreté, tout ce qui a jamais été fait. Mais des conditions aussi exceptionnelles étaient de nature à inspirer des doutes très sérieux sur l'authenticité du dessin, et en effet, d'après les renseignements que nous avons fait prendre en Italie, l'ouvrage existant est loin de répondre au dessin et à la description donnés par Gauthey. En réalité, l'ouvrage n'a pas été construit en 741 , mais seulement au treizième siècle ; il n'a pas été érigé par un empereur, mais bien par la commune de Spolète seule ; sa plus grande hauteur est de 76".85 et non de 135 mètres; les arches, au lieu de présenter des ouvertures de 21 mètres, n'ont que 9". 80 au maximum, et les piles, loin d'être légères, ont

des épaisseurs qui dépassent l'ouverture des arches; enfin la construction est très grossièrement faite et a même été tellement négligée, que dans plusieurs des arches on a été obligé de placer après coup, à demi-hauteur, des arceaux pour contre-buter les piles. Le dessin actuel, dont l'authenticité est garantie par

une photographie, est reproduit à une échelle réduite par le croquis (te) cidessus. Il en résulte que non seulement l'aqueduc de Spolète ne peut pas être considéré comme modèle, mais de plus qu'il constitue seulement un ouvrage extrêmement lourd et mal construit dont il faudrait bien se garder d'imiter les dispositions.

Pont de lAmirai. Lc ponl do l'Amiral, élevé en 1H3 "sur l'Oreto, près de Palerme, par Georges d'Antioche sous le roi Roger, est un ouvrage de petites dimensions, mais qui présente des proportions excellentes et dont l'exécution a été extrêmement soignée (PI. IV, fig. 9). Il se compose principalement de 5 arches en ogive, dont les ouvertures croissent de 5". 60 jusqu'à 9". 30 en allant des extrémités vers le centre. Entre ces arches ogivales et à leiu-s extrémités sont intercalés des arceaux en plein cintre de 2°.20 à 1°.25 : une autre petite arche de 5 mètres

est ménagée du côté de Palerme, pour donner passage à la faible quantité d'eau qui coule habituellement sous le pont ; toutes les autres ouvertures sont réservées pour l'écoulement des eaux pendant les orages, car le régime de rOreto est essentiellement torrentiel, comme pour la plupart des cours d'eau en Sicile. Le dessus du pont est en dos d'âne à fortes déclivités, ce qui n'offrait pas grand inconvénient dans un temps oîi l'on ne voyageait qu'à cheval ; la plupart du temps on passe sur le terrain naturel au bas du pont. Pour permettre d'apprécier le mode de construction de cet élégant ouvrage, nous donnons cicontre le croquis [ti) de l'arche principale et des deux arceaux qui l'accompagnent, ainsi qu'une coupe en travers prise au milieu du pont. On remarquera sur cette coupe que le bandeau supérieur formant archivolte de la voûte est seul en saillie et que les tympans ainsi que leurs parapets sont exactement à l'aplomb du bandeau inférieur. La largeur totale du pont est 7"". 55.

Le vieux pont de Vérone, sur l'Adige, construit en 1354, est un ouvrage fortifié qui commandait, au moyen âge, l'une des entrées de la ville. Il comprend une arche de 48"". 70 d'ouverture, qui est une des plus grandes construites en Italie et qui fournit un des premiers exemples de voûtes en anse de panier surbaissées au tiers (flg. 5).

PoBl iù Vérone.

Dans les contrées méridionales où l'irrigation est indispensable pour un pom-mii»! de Ficsmi grand nombre de cultm-es, on jiaj

a été amené depuis longtemps „ - ■ — i — — —

à construire des ponts-canaux pour la traversée des vallées.

Parmi ceux bâtis au moyen âge, un des plus anciens et des mieux conservés est celui qui traverse le vallon du torrent de Ficarazi en

Sicile (i8). Il paraît avoir été construit vers 1400 ; il est formé de 17 arches dont 15 en ogive présentant des ouvertures de 5". 10 à 7".45; la hauteur de

Touvrage est de 22 mètres au maximum.

Pont d'Alexandrie L^ pout d' Alexandrie sur le Tanaro et le Ponte Vecchio sur l'Arno, à Florence

et

Pont Vieux à Florence. (Ag- 4 et 6), out été coustruits tous deux au quatorzième siècle et fournissent

de nouveaux exemples de ponts couverts ; en les comparant au pont de Pavie, on voit combien la construction de ce genre d'ouvrages avait fait de progrès dans l'intervalle d'un siècle. Celui d'Alexandrie, dont 4 arches ont été rebâties en 1487 à la suite d'une très forte crue, est formé de 10 arches en arcs de cercle peu surbaissés, dont les ouvertures varient de 16 à 29 mètres; la partie supérieure forme une galerie couverte de 7 mètres de largeur dont le toit est soutenu par de petites arcades. A Florence, le Ponte Vecchio comprend seulement 3 arches d'environ 30 mètres d'ouverture en arcs de cercle surbaissés au 6' et constitue une des premières applications de cette forme de voûte. Il porte à son sommet une galerie couverte notablement plus élevée que celle d'Alexandrie : le bas en est occupé en grande partie par des boutiques et dans le haut existe un passage spécial qui sert à faire communiquer la galerie des Offices avec le palais Pitti.

Pont Nomentano.

Au moyen âge, les guerres incessantes obligeaient à défendre le mieux

possible le passage des cours d'eau, et dans ce but beaucoup de ponts étaient fortifiés. Comme un des exemples les plus curieux de ce genre de défense nous donnons ci-contre (lo) le croquis du pont Nomentano sur l'Anio, près de Rome. La fortification est ici beaucoup plus importante que le cours d'eau et l'aspect en est très pittoresque.

Pont de Trczzo, sur l'Adda.

La plus grande ouverture d'arche qui ait été atteinte jusqu'à ce jour, avait été réalisée au pont de Trezzo, sur l'Adda. Ce pont, construit par Barnabe Visconli et terminé en 1377, fut détruit en 1416 dans une guerre locale. H

défendait les approches du château de Trezzo et était fortifié. La partie qui subsiste encore est celle figurée en traits plus foncés sur le croquis (20) cidessous, déduit d'un dessin relevé par M. l'Ingénieur en chef de Dartein :

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(Restauration de N. de Dartein.)

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(Restauration par des ingénieurs anglais.)

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