DU MARCOTTAGE. 209 CHAPITRE VII
DU MARCOTTAGE (2), DE SES OPÉRATIONS, ET DFS APPAREILS (3) UTILES A LA RÉUSSITE DE PLUSIEURS ESPÈCES DE MARCOTTES. -
Dans les auteurs latins, l’action de marcotter ou de provigner est exprimée par le mot propagare, et le produit de cette opération par celui de mergus. Faire des marcottes où des provins, c'est déterminer, au moyen de procédés, d’opérations et d’une culture particulière , des bourgeons (4), des rameaux et des branches qui tien-
(1) Les personnes qui ont lu le quatrième et le cinquième mémoire de M. Thoüin, dans les Ænnales du Muséum d’histoire naturelle de Paris, retrouveront textuellement, dans ce chapitre , et dans le IX°., avec les additions faites par l’auteur, et quelques modifications , suites de nouvelles expériences, tout ce que contiennent les articles Marcottes et Boutures, ans l’intéressant recueil que je viens de citer. L’élève pourra , le livre à la main, consulter les exemples de l'École d'agriculture. (O. L.)
(2) Marcottage est le nom collectif de la chose ; marcotter est l’action de l’opérer, et marcotte est le nom du résultat de l'opération.
(5) On ne saurait croire combien les appareils servent à la réussite des opérations. Les physiciens, qui en connaissent le prix, les décrivent avec exactitude. Par la même raison, je suivrai leur exemple.
* (4) Les physiciens et les botanistes donnent le nom de
bourgeons, d'yeux, de boutons où de gemma, à des corps non
nent à leur souche , à pousser des racines, pour qu'ils puissent former de nouveaux pieds lorsqu'ils sont séparés de leur mère (1).
Cette voie de multiplication , indépendamment des propriétés qui lui sont communes avec les
développés ou renfermés sous leurs écailles, et à des rameaux qui ont quelquefois deux mètres de long, parce que ces dernières productions ne sont que le résultat de l’extension des premières, D’après cette manière de voir, ils ne devraient pas distinguer l’arbre de sa graine, parce qu'il n'en est que le développement, et qu’il existe en entier dans l'embryon, comme le rameau existe complet dans le bouton ou gemma. Mais comme les cultivateurs ont un grand intérêt à ne pas confondre ces diverses parties , dont ils font des usages très-différens , je crois devoir prévenir, par anticipation, que nous distinguerons ces deux modes du même être, et que nous ne donnerons le nom de bourgeons qu’à des rameaux développés, pris dans tous les états de leur croissance progressive, et jusqu’à ce qu'elle soit arrêtée ; ce qui arrive à la fin de chaque sève. Alors le bourgeon prend successivement, à mesure qu’il vieillit et en raison des positions qu'il occupe, les noms de rameau, de branche du quatrième, troisième, deuxième ou premier ordre, de é£ige et de tronc. Le nom de boutons et d’yeux sera réservé aux gemma non encore développés, ou couverts de leurs écailles et autres enveloppes extérieures.
(1) Comme on fait aussi usage de racines pour marcotter, je trouverais plus précise la définition suivante.
Une marcotte est une tige à laquelle on fait pousser des racines, une racine à laquelle on fait pousser une tige, avant de la séparer de l’individu dont elle fait partie, pour la planter ensuite, comme on plante les végétaux venus de se-
mis. (O. L.)
DU MARCOTÏTAGE. 301 autres , a l'avantage de donner des jouissances plus promptes que celle des semences , et souvent même que celle des greffes.
Sa théorie est fondée sur l'observation de beaucoup de faits qui prouvent que les tiges d’un très-grand nombre de végétaux renferment les germes de racines qui n’attendent que le concours de circonstances favorables , pour se développer et s'étendre, comme les racines ellesmêmes renferment des corculum qui deviennent des bourgeons lorsqu'elles sont déterrées dans certaines parties , ainsi que le démontre la réussite de certaines boutures (1).
(1) Des germes de nouveaux êtres sont donc répandus dans toutes Les parties des végétaux ou du plus grand nombre de leurs espèces , indépendamment de la vie générale et commune à chacun des individus en particulier. Cela est si vrai, que si l’on fait croître des bourgeons à une place où il ne se trouve aucun signe extérieur de leur rudiment, ce qui est aisé, et si l’on fait des bountures de ces bourgeons, on aura de nouveaux pieds, vivant de leurs propres moyens, et sans avoir diminué la vie de’leur mère.
Un physicien célèbre, Duhamel du Monceau , a comparé les gemma ou les yeux à des graines dont les bourgeons sont les développemens, et il considère chaque bourgeon comme un petit arbre enté sur un plus grand. Mais indépendamment de ces gemma visibles et qui sont distribués régulierement sur les arbres, suivant leur nature, il s’en trouve un bien plus grand nombre de cachés, qui sommeillent jusqu’à l’époque où il survient des circonstances favorables à leur
Mais comme les végétaux offrent plus ou moins de facilité à pousser des racines et à reprendre de marcottes, les cultivateurs ont dù employer divers moyens et différens procédés pour les faire réussir.
En raison de cette plus ou moins grande facilité des marcottes à s’enraciner , je les diviserai en deux sections, sous les titres de Marcottages simples et de Marcottages compliqués.
PREMIÈRE SECTION
MARCOTTAGES SIMPLES.
Toutes les espèces de marcottes comprises dans cette section se font naturellement ou n’ont besoin que d’être enterrées, et séparées de leurs mères lorsqu'elles sont suffisamment pourvues de racines pour vivre de leurs propres moyens,
et former de nouveaux pieds.
ExempLe ['. — Marcottage par stolons (1).
On donne les noms de coulans , de fouets et de stolones à des tiges grêles qui poussent du
développement. Dans le cas contraire, ils s’éteignent et s’annullent. La nature n’a pas été moins libérale de germes reproductifs envers les végétaux, qu’elle l’a été pour les polypes , les poissons et beaucoup d’autres animaux. (1) Chacun de ces exemples occupe, dans l'Ecole pratique *
de culture, d’un à trois mètres de long, sur deux mètres en largeur, de terrain disposé en planches,
DU MARCOITAGE. 303 collet de la racine des plantes vivaces rampantes , nommées , par cette raison, stoloniferes.
Les stolons poussent, d’un côté, des racines, des nœuds, et de l’autre des œilletons.
Ces plantes, qu'on pourrait appeler les voyageuses du règne végétal, se rencontrent dans plusieurs genres , tels que ceux du fraisier , des potentilles, des saxifrages , et dans beaucoup d’autres de la famille des graminées.
On sépare les stolons lorsque leurs œillétons, bien formés et assez forts pour se passer du secours des pieds-mères, sont pourvus de racines particulières, garnies de chevelu.
La préparation des coulans consiste à couper les fouets pres des œilletons, à supprimer les feuilles sèches et les plus grandes de celles qui sont vivantes.
On les plante en carrés, par planches ou en lignes, suivant les espèces et l’usage auquel on les destine.
Une terre meuble, douce, substantielle et un peu humide convient à la plus grande partie de ces plantes, surtout aux fraisiers économiques. Ces derniers se mettent en terre au moyen du plantoir, et à la distance de 0",108 à 0,406 (quatre à quinze pouces), suivant les espèces.
Les saisons les plus favorables à ja plantation
des stolons sont le printemps, l’automne et les approches des équinoxes.
Les fraisiers propagés par la voie des stolons pendant plusieurs générations s’appauvrissent, leurs fruits deviennent moins suaves : il convient de les régénérer par les semis tous les quatre ou cinq ans.
ExEMPLe IL. — Marcottage par turion (1).
Beaucoup de plantes vivaces herbacées poussent du collet de leurs racines plusieurs bourgeons, qui s'étendent horizontalement à quelques centimètres sous terre, se relevent ensuite, et forment des tiges annuelles à quelque distance de leur touffe-mère. Ces plantes se rencontrent dans la famille des asperges, des apocinées, des corvinbiferes, des légumineuses, etc. Ce sont des marcottes naturelles qui n’ont besoin que d’être séparées de leur touffe, en temps convenable, pour former de nouveaux individus.
ExEempPLe [IL — Marcottage par drageons.
Les drageons sont des racines longues, qui tracent à quelques pouces sous terre, et se terminent par des bourgeons.
On sépare les drageons des mères racines lors-
(1) Thurio en latin.
DU MARCOTTAGE. 305 :
qu'ils sont suffisamment pourvus de chevelu.
Pour hâter ce moment, on a dü pincer les bourgeons entre les deux sèves d'été.
Le temps le plus favorable à cette opération, pour les végétaux qui se dépouillent de leurs feuilles, est depuis la fin de l'automne jusqu'au premier printemps.
Les drageons des arbres verts se séparent un peu avant les équinoxes de printemps ou d’automne , époques auxquelles ces végétaux entrent en sève.
Leur plantation diffère peu de celle des arbres qui leur ont donné naissance , et dont nous avons parlé précédemment.
Seulement, on doit apporter encore plus de soin à la conservation des racines et de tout leur chevelu; il faut choisir une terre plus meuble et plus substantielle, donner plus fréquemment les légers arrosemens qui conviennent à la délicatesse de ces nouveaux êtres, que, du reste, on plante en pleine terre ou dans des vases, suivant le climat d’où ils sont originaires.
Si les drageons proviennent d’arbustes ou d’arbrisseaux , il est souvent utile de rabattre leur tige à quelque distance de terre, pour les décharger et leur donner de la vigueur.
Les grands arbres venus de drageons s’élé-
vent moins, sont moins beaux, moins vigoureux que ceux de semis.
Beaucoup d’arbustes et d’arbrisseaux ainsi obtenus donnent de plus belles fleurs , mais aux dépens des parties de la fructification, qui finissent par s’annuler au bout de plusieurs générations : tels sont plusieurs rosiers, le lilas de
Perse, etc.
ExempLe IV.— Marcottage par æœilletons.
On nomme œæilletons des corps charnus qui croissent sur les grosses racines des plantes vivaces, dans le voisinage de leur collet. Ce sont de véritables bourgeons souterrains, propres à remplacer les racines-mêres.
Ce moyen est plus expéditif que celui des graines pour la multiplication des plantes vivaces de plusieurs divisions, telles que les artichauts , beaucoup de composées, plusieurs ombelliferes, etc.
C’est le seul qui convienne pour divers végétaux qui ne grènent pas ou ne grénent que très-rarement , comme les bananiers, les cannes à sucre, les ananas, les dattiers mâles.
Pour séparer les œilletons des mères-racines, on choisit le moment où ils entrent en végétation. Lors du repos de la sève, cette opération est souvent également nuisible à la mére et aux
DU MARCOTTAGE. 307
nouveaux individus qu'on veut en détacher: Ici surtout il faut n'employer que le moins possible d'instrumens métalliques , parce que leur oxide est nuisible au rétablissement des plaies : les mains suffisent souvent, et à leur défaut on se sert d’un couteau de buis, d'os ou d'ivoire, figuré PL 9, 12.5.
L'essentiel est d’œilletonner le plus près possible de la souche, afin que chaque œilleton ait un peu de chevelu, et de laisser les plaies se ressuyer à l'air et se cicatriser en partie avant de planter. Cette dernière opération s'effectue avec plus de succès sept à huit jours après que les plantes sont entrées en sève, que dans tout autre temps.
On met en pleine terre les œilletons de plantes vivaces rustiques, telles que les artichauts. On en forme, à la campagne et dans les jardins légumiers, de grands carrés, dans lesquels les individus sont plantés à un mètre les uns des autres, en échiquier.
Les plantes vivaces d'ornement sont plantées à o",271 (dix pouces) de distance, dans des planches, où elles séjournent jusqu’à l'époque où les individus, devenus assez forts, sont mis en place à leur destination. L
Souvént on fait reprendre dans des platesbandes, à l'exposition du levant, les œiiletons
308 COURS DE CULTURE. .# de plantes destinées aux jardins et aux école de botanique.
Les œilletons d’arbustes et de plantes de serres se mettent dans des pots, qu'on place au levant, sur une couche tiède, pour assurer leur reprise et activer leur végétation.
Les grands végétaux des tropiques et de la zone torride, tels que les cannes à sucre, les bambous , les bananiers, etc., se plantent dans des caisses ou dans les terre-pleins des serres chaudes.
La nature de la terre, sa profondeur, et les soins de culture doivent être appropriés aux diverses espèces de végétaux qui ont produit les œilletons.
ExemPLe V. — Warcottage par éclats.
On appelle éclats des parties de racines munies de bourgeons ou de leurs rudimens, séparés de souches-rnères dont ils ont l’organisation, mais qui ont peu de racines qui leur soient particulieres.
Sans racines ce seraient des boutures, et des œilletons, s’ils en étaient abondamment pourvus.
Trois individus d'espèces différentes sont destinés à fournir, dans l’École d'agriculture, cetexemple de multiplication. Le premier est une plante vivace à racine pivotante, semi-ligneuse, propre
DU MARCOTTAGE. UE à être fendue en plusieurs parties dans sa longueur, à l'effet de faire produire des racines et du chevelu à chacune de ces parties éclatées, et de pouvoir ensuite, lorsqu'elles en sont pourvues, les séparer de leur mere. Le second est une souche d’arbuste peu garnie de racines, dont toutes les tiges ont été coupées rez terre pendant l'hiver, pour lui faire pousser des différens points de sa circonférence plusieurs bourgeons, qui, à la sève descendante, se muniront de racines en suffisante quantité pour vivre séparément à la fin de l’année suivante. Le troisième est un arbre dont la tige de 0,108 (quatre pouces) de diamètre près de terre, et coupée à 0",160 (six pouces) de haut, doit pousser un grand nombre de racines de sa circonférence , en même temps que beaucoup de bourgeons de sa partie hors de terre. Lorsqu'il sera suffisamment pourvu des uns et des autres, ce pied sera tendu en quatre parties égales dans toute sa longueur, et laissé en place jusqu'à l’année suivante, pour lui donner le temps de se rétablir de cette blessure ; après quoi , chaque quartier sera levé pour en faire des pieds séparés (1).
(x) Ce dernier moyen, plus extraordinaire qu’utile, est employé à Gênes pour la multiplication des orangers, des citronniers, des oliviers et autres arbres. On doit avoir soin
Ce mode de multiplication se pratique, à la sève montante, sur des ombellifères, des lonicères, des. cäpriers, des orangers , des sophora, etc.;, dans plusieurs jardins de botanique de l’Europe.
Exempce VI — Marcottage par racines.
Cette sorte de multiplication s’opere de deux manières.
On peut lever des racines hors de terre d’environ 0",060 ( un à deux pouces) par leur petit bout, afin de leur faire pousser des bourgeons de la partie déterrée , et de pouvoir, par ce moyen, en les coupant plus tard pres de la souche, obtenir de nouveaux pieds. Plusieurs espèces de pelargonium, et le volkameria du Japon, se propagent de cette maniere.
Le second individu présenté comme exemple est un jeune arbre dont les racines supérieures ont été blessées à leur surface avec la bêche, à la sève montante. Chaque plaie offre des nodosités qui ont poussé de leur partie supérieure des bourgeons , et des racines de leur partie inférieure , comme cela arrive communément aux racines d'ormes des grands chemins , déchirées
d’envelopper de mousse et de paille longue les tiges fendues, ou de les couvrir d’onguent de Saint-Fiacre,
DU MARCOTTAGE. 311T par la charrue, aux vernis du Japon dans les jardins, et à beaucoup d’autres arbres.
EXEMPLE VIL — Marcottage par butte.
Trois touffes d’arbustes, de sous-arbrisseaux et d’arbrisseaux sont consacrées à cette démonstration.
La premiere offre un individu dont toutes les tiges trop boiseuses, de läge de trois ans, ont été supprimées au niveau de la souche, sur laquelle on n’a laissé subsister que des bourgeons bien sains de l'avant - dernière et de la derniere année. Ces bourgeons ont été buttés avec une terre argileuse et forte, dans une circonférence d’un mètre, sur 0®,406 ( un pied trois pouces ) d'élévation, disposée en forme conique tronquée et creusée en godet par le haut. Cette butte à été gazonnée tout autour pour maintenir sa forme et conserver l’humidité.
La seconde touffe est buttée l’année d’après, de la même manière que la première, laquelle alors est démolie pour en séparer les marcottes enracinées.
La troisième touffe remplace l'exemple de la seconde, lorsqu'on la décharge de ses marcottes, tandis que la prèmière se repose une année pour former de nouveaux bourgeons propres à être buttés l'année suivante.
Ce marcottage est pratiqué dans les pépinières de Paris et des environs pour la multiplication d’arbustes à écorce épaisse et à bois mou, tels que les ketmies en arbres, plusieurs vitex, etc.
Exempre VIII — Âfarcottage en archet.
On donne aussi les noms de courbage, de marcottage en anse de panier, ou en arc, à ce moyen de propagation.
Il consiste à faire choix , dans une touffe d’arbrisseaux, de bourgeons d’un à deux ans, vigourreux et longs de 0”,650 à un mètre (deux à trois pieds ); à les courber dans de petites fossettes pratiquées dans la circonférence de la touffe; à laisser sortir hors de terre l'extrémité des bourgeons de 0,135 (cinq pouces, environ, et à remplir les fossettes avec de la terre riche en humus. Ces marcottes poussent assez de racines pour pouvoir être séparées dans l’espace d’un à trois ans.
Ce marcottage est pratiqué dans les pépinières , chez les jardiniers fleuristes et dans les jardins de toutes les parties de l’Europe, pour la multiplication des végétaux ligneux, dont l’écorce est plus mince et le bois moins mou que ceux de la série précédente.
DU MARCOTTAGE. 1918 ExemPLe IX. — Marcotiage en provins.
On donne le nom de provignage ou de couchage à cette manière de marcotter, et celui de provins aux marcottes enracinées qui en résultent.
Ce marcottage se fait en choisissant dans un cep de vigne, ou sur une cépée, des sarmens ou des bourgeons de plusieurs mètres de long, jeunes, sains et vigoureux , que l’on couche horizontalement dans des rigoles de 0,135 à 0,217 (cinq à huit pouces } de large sur autant de profondeur, et une longueur déterminée par celle des rameaux, dont on relève l'extrémité supérieure d'environ quatre doigts hors de terre. Ces bourgeons , étant suffisamment enracinés , sont séparés de leurs souches, et le plus ordinairement laissés en place.
Ce moyen de propagation est employé pour regarnir et même renouveler les vignes dans certains pays; pour repeupler les clairières des bois taillis dans beaucoup d’autres ; dans les jardins, pour donner plus de vigueur aux treilles, et chez les pépiniéristes, pour multiplier beaucoup d'espèces d'arbres et arbustes tant indigènes qu étrangers.
ExemPpLe X.— Marcottage en serpenteaux.
Des sarmens de trois à cinq mètres et plus de long, tres-flexibles et fournis par un pied vigoureux, sont couchés de om,650 en 0,650 (de deux pieds en deux pieds), et fixés dans des fossettes en anse de panier, de manière qu'il se trouve autant de longueur de sarment enterrée qu'il y en a hors de terre à chaque place et dans toute l'étendue du rameau, dont l'extrémité doit sortir de 0®,054 à 0",108 ( de deux à quatre pouces) au-dessus du sol. L'essentiel de cette opération est qu'il se trouve sur chaque portion de cercle que décrit ie sarment hors de terre plusieurs bons yeux propres à fournir de nouveaux bourgeons.
Les vignerons, les pépiniéristes et les jardiniers emploient ce marcottage pour tirer d’un même sarment, suivant sa longueur, six,ou huit marcottes, dont ils font autant d'individus séparés. Les vignes, les chèvrefeuilles, le jasmin officinal, les viornes, les periploca, les glycinés grimpans et autres arbrisseaux de cette nature se multiplient abondamment par ce procédé.
ExEMPLE XI. —— Marcottage en berceau.
Pour effectuer cette sorte de marcottage, on courbe en demi- cercle de longs bourgeons de
DU MARCOTTAGE. 319 la dernière'et de l’avant-dernière pousse, et l’on enterre leur extrémité supérieure dans des fossettes de 0,160 à 0",217 (six à huit pouces) de profondeur, et cela dans le plein de la sève. Bientôt ces rameaux s'enracinent par la partie enterrée, et donnent naissance à de jeunes bourgeons, qui s'élèvent verticalement et forment une touffe qui vit de ses propres moyens.
Ce mode de multiplication est employé avec succès pour toutes les espèces de ronces, pour les vignes et autres arbrisseaux sarmenteux. Il est encore peu répandu parmi les cultivateurs de
Paris et des environs; on le pratique depuis longtemps au Muséum.
DEUXIÈME SECTION
MARCOTTAGES COMPLIQUÉS.
Indépendamment des soins que demandent les marcottages de la première section , lesquels se réduisent , ainsi qu'on l’a vu, à enterrer les parties de végétaux qu'on veut marcotter, et à séparer les marcottes lorsqu'elles sont pourvues de racines, ceux-ci exigent de plus des opérations préparatoires, et souvent des appareils plus ou moins compliqués.
Les marcottages de cette section ont plus particuliérement pour objet des végétaux étrangers
de consistance boiseuse, dure et seche, et ceux du pays qui réussissent rarement par le marcottage simple. |
On les pratique dans les pépinières et les jardins affectés à la multiplication et à la culture des végétaux étrangers.
ExEempLze I.
Marcottage par torsion.
Celui-ci est un des plus anciennement pratiqués ; il est décrit par Palladius. Son procédé consiste à tordre une branche, un bourgeon ou un sarment, de manière à déplacer ou disjoindre faiblement les fibres ligneuses dans la longueur d'environ 0,080 (trois pouces); à enterrer cette partie tordue de 0",160 (six pouces ) environ de profondeur, dans une terre substantielle, susceptible de garder long-temps l'humidité, et à tenir dans une direction verticale la partie de la branche qui sort de terre d'environ 0,217 (huit pouces ).
Ce marcottage, rarement employé à présent, peut être pratiqué sur des bois durs qui restent plusieurs années en terre sans pousser de racines, comme diverses espèces de chênes, de châtaigniers, de charmes, etc. , qu’on désire multiplier, ou dont on veut se servir pour regarnir de petites clairières qui se trouvent dans des bois taillis. |
DU MARCOTTAGE. 31 7
ExempLe Il. — Marcottage par étranglement.
Ces étranglemens se pratiquent sur des bourgeons où rameaux, qui, couchés en terre sim-° plement, ne produiraient pas de racines, et surtout sur ceux qu'on est obligé de laisser dans leur position verticale, comme beaucoup d’arbustes cultivés dans des vases et qu'on rentre l'hiver dans les serres. On pratique les étranglemens avec des ligatures, pour déterminer la formation de bourrelets, desquels il puisse naïtre des mamelons propres à devenir des racines.
Le choix de ces ligatures n’est point indifférent pour la réussite de l'opération : ik faut les approprier à la nature des bourgeons, rameaux ou branches auxquels elles sont appliquées, à l’espace de temps qu'ils emploient à s'enraciner, et à la difficulté qu'ils ont à reprendre. On emploie à cet usage le jonc, le sparte, l’osier, les fils de chanvre, de soie, de fer, de laiton, et la ficelle cirée. Les unes s’établissent sur les branches dans la largeur de o",002 (une ligne ), et les autres occupent graduellement, suivant les espèces, jusqu’à 0,027 (un pouce) d’étendue : quelquesunes se font en spirale, de manière que les tours de la ligature sont écartés les uns des autres de deux millimetres ou plus, pour multiplier les bourrelets, et par ce moyen les chances de la
réussite; dans d’autres, les tours sont très - rapprochés et ne laissent entre eux aucun intervalle.
Exempre IIL — Marcottage par plaies annulaires.
On donne le nom de plaie ou de section annulaire et d’anneau cortical à des solutions de continuité formées par l'enlèvement, depwis l’épiderme jusqu'a l’obier exclusivement, d’une lanière d’écorce, dans toute la circonférence d’un bourgeon, d’un rameau, d'une branche, d’une tige et méme d’un tronc d'arbre. Elle à pour objet, soit de diminuer la vigueur d’une branche gourmande, d'arrêter la sève dans les parties supérieures, et de les forcer à donner des fruits, soit de les déterminer à former des bourrelets propres à produire des racines pour faire dés marcottes. On donne à ces anneaux différentes largeurs , en raison de la nature des branches, de celle des espèces de végétaux et des vues qu'on se propose. Elles ont en général depuis 0,002 jusqu’à 0,027 ( une ligne à un pouce) de large. On les pratique sur des bois durs d’un à cinq ans, qui doivent être marcottés verticalement.
Cette opération est pratiquée dans les pépinières pour la multiplication d’arbres fruitiers
IDU MARCOTTAGE. 319 qu'on veut avoir francs de pied, et, dans les jardins, pour celle des végétaux étrangers.
ExemPLe IV. — Marcotiage par incision.
On nomme aussi cette sorte d'opération marcottage à œillets. Elle consiste en deux incisions: lune, horizontale, qui coupe le quart, le tiers ou la moitié du diamètre de la branche, et l’autre, qui, perpendiculaire à la première, fend cette même branche en remontant, dans la longueur de 0®%,027 à 0,040 ( un à deux pouces) environ , suivant la hauteur du rameau, la nature de son bois et celle de l’individu. Cette plaie doit être faite à l'opposé de la tige de l’arbuste, et un peu au-dessus d’un nœud formé, soit par une feuille, soit par un bourgeon. On l’ouvre de manière qu'elle prenne la figure d’un i grec x renversé ; et pour empêcher le rapprochement des parties et la soudure de la plaie, on y place un corps étranger.
Cette sorte de marcottage est fort employée par les fleurimanes, pour la multiplication des belles variétés d’œillets de théâtre, et chez les fleuristes pour celle des arbres et arbustes étrangers.
a" . * ExEMPLE V. — Marcottage par double incision.
Cette sorte de marcottage se distingue de la précédente, avec laquelle elle à beaucoup de rapport, en ce que sa languette ou la partie séparée de la tige est fendue en deux portions. . égales dans toute sa longueur, et en ce que ces deux portions sont maintenues écartées par un corps étranger placé entre elles. Quelquefois on sesert de deux petits morceaux de vieilleséponges de mer pour maintenir l’écartement de la languette avec sa branche, et pour séparer les deux parties de la languette. Cette double incision a l'avantage de multiplier l'étendue des bourrelets; les éponges ont celui d'entretenir une humidité utile, et de favoriser la formation des mamelons qui doivent fournir les racines.
On emploie ce marcottage pour la multiplication des arbres à bois dur, qui sont plusieurs années à s’enraciner par d’autres moyens, tels que les sophora du Japon, des robiniers, des micocouliers, des podocarpus, etc. Lorsqu'il est pratiqué entre deux sèves, les marcottes poussent assez de racines pour pouvoir être sevrées de leur mère dix-huit mois après l'opération.
ExEMmMPLE VI. — Marcottage en l'air.
Ce marcottage est affecté spécialement à des
LE | . DU MARCOTTAGE. 3at
individus-d’arbres et arbustes dépourvus de rameaux à la base de leur tige, susceptibles d’être couchés en terre, et à tous les végétaux étrangers des élimats chauds , qu'on est obligé de rentrer l'hiver dans les serres, et que, pour cette raison , On cultive dans des vases.
Les appareils pour effectuer cette espèce de marcottage sont très- variés, et l'École d'agriculture pratique en offre les exemples suivans, qui répondent à tous les besoins.
EXEMPLE DE LA VARIÉTÉ PREMIÈRE. — WMarcottage en paniers.
Cet appareil est le plus anciennement connu ; Palladius l'indique comme employé de son temps pour multiplier à volonté et très-süre-
ment les différentes espèces de vignes, et se pro-
curer des raisins beaucoup plus tôt que par les moyens usités alors. Il consiste à faire passer à travers une corbeille de 0”,320 ( près d’un pied) de diametre sur autant de profondeur , un sarment de vigne de l’âge de deux à quatre ans, et susceptible de donner des fruits. Il recommande de le tordre dans la partie qui doit se trouver au milieu de l'intérieur du panier ( une ligature, une plaie annulaire, ou une incision produisent le même effet ) ; de remplir ia corbeille de bonne
terre , et ensuite de l’attacher au support qui
soutient le cep. Dans l'espace d’un an, le sarment est assez pourvu de racines pour être séparé : on le coupe sous la corbeille, et on le plante avec elle à sa destination.
EXEMPLE DE LA VARIÉTÉ DEUXIÈME. — Marcottage
er SACS.
On a pris un morceau de toile de 0°,490 (un pied six pouces ) de large sur un mètre de long, dont on a formé un cylindre de 0",270 (dix pouces) de diamètre dans les deux tiers de sa hauteur, lequel est fermé par le bas et ouvert par le haut. On a fait passer un bourgeon ligaturé en fil de laiton à travers ce cylindre, qui
‘ensuite a été rempli de terre franche, mêlée avec un quart de terreau de couche, pour maintenir
humidité plus long-temps autour du rameau ,
et fournir à ses premières racines l’humus nécessaire à leur extension. Tel est l'exemple de cet appareil, présenté par un arbrisseau.
Ce marcottage, imaginé par Fusée-Aublet, voyageur aussi infatigable que botaniste instruit, et dont il fit usage à Cayenne pour multiplier les deux seuls pieds de mangliers (rhëzophora mangle) qui existassent dans cette colonie, remphit complétement son attente. 11 obtint de ses
deux arbrisseaux, dans l’espace de neuf mois,
vingt-quatre individus de cinq mètres de haut,
DU MARCOTTAGE. 323 suffisamment enracinés pour être sevrés de leurs mères et composer une allée, qui occasionna la surprise des colons. Mais il faut ajouter que ce marcottage s’effectua pendant la saison des pluies, qui dure pres de trois mois dans cette partie de la zone torride, et que, lorsqu'elle fut passée , un nègre était chargé d’arroser ces marcottes toute la journée, et à mesure que la terre des sacs se desséchait : aussi, des le sixième mois, leurs racines traverserent-elles de toutes parts les sacs qui furent mis en terre avec elles. Il n’est pas douteux qu'on ne puisse, par ce moyen, multiplier beaucoup d'arbres à bois mou dans le même pays, et surtout l'arbre à pain des iles de la mer du Sud. ic DIE
ÉxEMPLE DE LA VARIÉTÉ TROISIÈME. — Marcottage
en pots ordinaires. ,
Trois bourgeons où rameaux d’un an à trois ans, ayant été ligaturés avec des feuilles de sparte, ont été placés dans des pots à basilics et à œillets, sciés en deux parties égales dans leur longueur.(Woy. PL 12, fig. 18.) Les portions, rapprochées apres l'introduction des branches dans l'intérieur de ces pots, ont été maintenues dans leur première position par des liens de fil de fer. Les vases ensuite ont été remplis de terre
franche, qui a été recouverte de 0"%,002 à
0%,003 (une ligne à une ligne et demie ) d'épaisseur, de mousse longue, qu'on entretient humide pendant les temps secs.
Ce marcottage est employé fréquemment par les jardiniers dans toutes les parties de l’Europe, pour la multiplication des arbustes d’orangerie.
EXEMPLE DE LA VARIÉTÉ QUATRIÈME. — Marcottage en pots troués.
Des pots faits exprès pour cette opération (voy. PL 12, fig. 19), percés à leur fond d’un trou de 0”,027 (un pouce) de diamètre, et dont les bords font un bourrelet saillant dans l'intérieur de o",o1r (cinq lignes ) de haut, contiennent des rameaux d’arbustes ligaturés avec du jonc dans la largeur de 0”,002 à 0”,009 (une ligne à quatre ). La terre dont on s’est servi pour remplir ces vases est du terreau de feuilles d’arbres estivaux, mêlé avec partie égale de terre franche, et couvert, comme dans les vases précédens et les suivans, de l’épaisseur d'environ 0,030 (un pouce) de mousse longue, pour maintenir la fraicheur de la terre ; chose qui. avec la chaleur et la lumière, est essentiellement nécessaire à la réussite des marcottes.
Ce marcottage offre plus de solidité que les précédens ; il est employé dans plusieurs jardins de Paris.
DU MARCOTTAGE. 325
ExEMPLE DE LA VARIÉTÉ CINQUIÈME. — Marcottage en pots fendus.
Ces pots, fabriqués en terre cuite, comme les précédens, sont fendus de diverses manières, ainsi qu'on peut le voir PL 12, fig. 17,A, B, C! C’est par l'ouverture pratiquée à leur fond ou sûr leurs côtés, qu’on fait passer les rameaux qu’on veut marcotter. Trois de ceux de larbrisseau destiné à fournir cet exemple d'appareil ont été ligaturés avec de la brindillé d'osier, et introduits dans ces vases; ils ont depuis 0,135 jusqu'à 0,190 (de cinq à sept pouces environ ) de large sur une hauteur de 0,160 à 0%,244 (six à neuf pouces) : on les a remplis d’un mélange à parties égales de terre franche, de terreau de feuilles, d’humus pris dans le tronc des saules , et ils ont été recouverts de mousse , comme dans les exemples précédens.
Ce procédé, en usage dans quelques jardins de botanique, est plus spécialement employé pour la multiplication des arbrisseaux des tro-
piques.
EXEMPLE DE LA VARIÉTÉ SIXIÈME. — Marcottage
en pots a oreilles.
Ces pots, fabriqués de la même matière que les précédens, ayant, comme eux, soit un trou,
soit une fente, n’en diffèrent que parce qu'ils” ont deux ou quatre oreilles, placées à l'extérieur et à l'opposé les unes des autres. (oy. PL. 12, fig: 19.) Lorsqu'on veut marcotter des rameaux d'arbres faibles, qui ne pourraient pas supporter le poids des vases à marcottes, on se sert de ces sortes de pots, qui sont soutenus en l'air par des piquets plantés en terre et maintenus par leur extrémité supérieure dans les oreilles des vases.
L'École d'agriculture pratique présente trois de ces pots qui renferment un égal nombre de bourgeons , lesquels ont été ligaturés avec de gros fil ciré et de la soie. La terre qui les entoure est composée par tiers de terre franche, de terreau de fumier et de sable de bruyere.
Ce procédé convient à la réussite des marcottes d’arbustes à écorce mince et à bois dur, et particulièrement à ceux du cap de Bonne- Espérance.
EXEMPLE DE LA VARIÉTÉ SEPTIÈME. — Marcottage en terrines percées. k
Ces terrines, en terre cuite, ont la même forme extérieure que celles que l’on destine aux semis de graines d'arbres étrangers délicats; mais au lieu de trous à leur fond, elles ont cinq fentes placées à égales distances dans la circonférence , lesquelles ont.0",050 ( près de deux
DU MARCOTYAGE, 327 pouces) de long , dont la moitié se trouve à la base de la terrine, et l’autre moitié dans la largeur du fond. (Foy. PL. 13, fig. 3.) Le milieu de cette partie offre une ouverture ronde de o",108 (quatre pouces ) de diamètre, garnie d’un rebord de 0",150 (six pouces quelques lignes ) de haut dans toute sa circonférence, et formant un léger bourreiet à son bord supérieur, qui se trouve être un peu moins élevé que celui de la terrine.
C’est par cette ouverture, formant un tuyau, qu’on fait passer la tête de l’arbuste dont on veut marcotter la plupart des rameaux. La terrine étant assujettie solidement sur des piquets à la hauteur convenable, après avoir rempli de terre franche, au tiers de sa hauteur, la partie qui se trouve entre le tuyau du milieu et le bord extérieur du vase, on ligature les rameaux à marcotter , ou on les incise suivant le besoin ; on les fixe à leur place au moyen d’un crochet, et on les entoure de l'espèce de terre qui convient à leur réussite. Cette terre, ayant été affermie , est couverte d’une couche de mousse longue, pour maintenir l'humidité.
Cet appareil, de moderne invention, n’est pas encore employé dans beaucoup de jardins de Paris : il peut servir à la multiplication d’ar bustes rares, dont les marcottes sont plusieurs
années à s’enraciner, et qu'on est obligé de changer de place dans différentes saisons. (Foy.
PI. 5x, fig. 3.)
EXEMPLE DE LA VARIÉTÉ AUITIÈME. — Marcottage en terrine à godets.
Pour des végétaux rares et très - délicats, M. Noisette a inventé une autre espèce de terrine dont la forme est à-peu-près la même que celle de la précédente. ( 7oy. PL. 13, fig. 4.) La différence la plus notable consiste en ce qu’au lieu de remplir de terre la partie circulaire comprise entre le tuyau A et les parois extérieures de la terrine , on place, les uns à côté des autres, autant de petits pots qu’on peut en faire tenir. On conçoit que, par ce moyen, on ne peut marcotter que des rameaux très-flexibles ; mais aussi les racines une fois formées dans les pots, on peut, sans nuire à ses voisins, séparer chacun des individus.
EXEMPLE DE LA VARIÉTÉ NEUVIÈME. — Marcottage en Caisse.
C'est encore un moyen qu'on peut employer pour multiplier de marcottes un individu dont les rameaux élevés ne peuvent être courbés sur le sol même. On élève sur quatre
DU MARCOTTAGE. 329 piquets ; à la hauteur voulue et près du tronc, une caisse , dans laquelle on marcotte, les uns à côté des autres , plus de rameaux et avec plus de facilité que dans les terrines. Les caisses ont, sur tous les autres vases dont je viens de parler, l'avantage de contenir assez de terre pour conserver quelque temps, sans le secours de mouillages. aussi fréquens, l’humidité indispensable au développement des nouvelles racines.
EXEMPLE DE LA VARIÉTÉ DIXIÈME. — Marcottage en entonrotr.
Les entonnoirs sont de petits vases qui ont la figure d’un cône renversé, et dont les dimensions sont depuis 0,130 ( quatre pouces dix lignes ) de long sur 0,080 ( trois pouces) de large, à la partie la plus évasée du cône, jusqu’à 0®,240 ( près de neuf pouces ) de long sur 0,160 (environ six pouces ) de large.
Ils sont plus particulièrement affectés à la multiplication des végétaux rares et fluets, qu’on cultive dans des vases pour être rentrés l'hiver dans les serres chaudes et sous des baches.
On construit les entonnoirs en plomb, en ferblanc et en verre de diverses sortes. Ayant des propriétés et des usages différens, en raison de la malière dont ils sont formés, de sa densité, de son opacité ou de sa diaphanéité, on a cru devoir
en présenter des modèles. Ils forment les exemples des sous-variétés d'appareils indiquées ciaprés.
EXEMPLE DE LA SOUS-VARIÉTÉ PREMIÈRE. — Marcottage en entonnoir de plomb.
Une pièce de plomb laminé:(7oy. PL, 15, fig. 1), d’un millimètre d'épaisseur environ, est coupée en triangle, de manière que lorsque les deux petits côtés sont rapprochés et se recouvrent l’un l’autre de 0,010 ( quatre à cinq lignes ), elle prenne la figure d’un cornet, dans lequel le rameau qu’on veut marcotter se trouve serré à sa base et placé au milieu de la circonférence du vase dans sa partie supérieure. Ce cornet est supporté par une baguette, qui le fixe solidement à la place qu’il doit occuper. Quand il a été fermé sur le côté, au moyen de deux attaches de fil de fer, on le remplit de terre propre à la réussite de la branche opérée, soit par ligature, soit par incision, soit par la section annulaire, et on le couvre de mousse. Il ne s’agit plus alors que d’arroser la terre du vase toutes les fois qu’elle se dessèche. Il en est de même de toutes les autres sous-variétés de ce senre de marçottage.
DU MARCOTTAGE. 334
ExEMPLE DE LA SOUS-VARIÉTÉ DEUXIÈME. — Maicottage en entonnoir de fer-blanc.
Ce vase (Z’oy. PL. 19, fig. 20 et 21, AetB) se distingue du premier par sa matière, et parce qu'il est à double charnière; ce qui permet de l'ouvrir dans sa longueur en deux parties égales, et de le fermer exactement, au moyen dune clavette en fer A, jêg. 20, qui passe dans des agrafes placées sur les deux bords latéraux de la partie ouvrante. Une petite douille, soudée à l'opposé, ou sur le côté, sert à fixer l’entonnoir au support qui doit le maintenir à sa place.
Ce vase, quoiqu’un peu plus cher que le précédent , doit lui être préféré pour la facilité et la süreté de la réussite de l'opération.
EXEMPLE DE LA SOUS-VARIETÉ TROISIÈME. — Marcottage en entonnoir de verre.
Les entonnoirs de verre blanc qui sont employés dans les laboratoires de chimie et qui ont depuis 0",130 jusqu’à 0%,220 (quatre pouces dix lignes à huit pouces et plus) d'ouverture par le haut, sont très-propres à cet usage; seulement on en casse le goulot à l'endroit où il se rétrécit au-delà de 0”,020 (meuf lignes ). { Foy.
PL. 13, fig. 2.)
Pour s’en servir, on commence par opérer le
rameau qu'on veut marcotter ; on en introduit le sommet par le goulot du vase, que l’on fixe à un soutien qui maintient horizontalement son bord supérieur. Ensuite on fait couler dans le fond du goulot du menu gravier pour fermer à-peuprés l’espace qui se trouve entre ses parois et le rameau, et l’on finit par remplir de terre le vase, de manière que le rameau se trouve au milieu de son diamètre , et la partie opérée aux deux tiers supérieurs de sa hauteur.
Cet appareil est très-propre à la multiplication des arbustes délicats de la zone brülante, qu’on cultive dans les tannées des serres chaudes et sous des baches. La couleur blanche du verre, réflétant les rayons du soleil, les empêche de dessécher la terre trop promptement, et y laisse séjourner une humidité favorable à la réussite des marcoittes.
EXEMPLE DE LA SOUS-VARIÉTÉ QUATRIÈME. — Marcottage en bouteille.
D'une bouteille il est aisé de former un entonnoir, en coupant avec un diamant de vitrier ou en cassant son fond à 0,010 ( cinq lignes } de sa base, choisissant celle dont le goulot est le plus court et le verre le plus noir et le plus épais.
On emploie, pour se servir de ce vase, les mêmes moyens et les mêmes procédés que ceux
DU MARCOTTAGE. 333 qui ont été indiqués à l’article précédent ; mais sa nature exige que les arrosemens soient plus multipliés, pour assurer la réussite de ka marcotte qu'il renferme.
Les bouteilles de verre noir absorbant les rayons du soleil, la terre qu'elles renferment s’en pénètre , conserve la chaleur pendant longtemps, échauffe l’eau qu'elle contient, et la dispose à être plus aisément absorbée par les organes des végétaux.
On peut s’en servir avec succès pour le marcottage des arbrisseaux de pleine terre des zones tempérées, dont les rameaux peuvent s’enraciner dans l’espace de temps compris entre la fin d’un hiver et le commencement de l’autre. Ce vase, se trouvant assez communément partout, peut tenir lieu des autres entonnoirs et les remplacer avantageusement dans beaucoup de circonstances, pourvu qu'on surveille avec attention les arrosages pendant la présence du soleil.
EXEMPLE DE LA SOUS-VARIÉTÉ CINQUIÈME. — Marcottage en lanterne.
Cet entonnoir , au lieu d’être rond, est carré et de figure pyramidale renversée. Il est formé de quatre pièces de verre blanc ajustées sur un bâtis de fil de fer avec des lames de plomb laminé. (Voy. PL 13, fig. 5 et PL. 50, fig. 4.)
Un de ses côtés s'ouvre et se ferme à volonté au moyen d'une charnière et d’une agrafe.
Ce vase, iqui peut être employé aux mêmes usages que les précédens et avec les mêmes procédés, offre de plus la facilité de voir les progrès que font les racines, de s'assurer plus exactement du moment où elles se trouvent en assez grand nombre pour qu'on puisse séparer les marcottes sans compromettre leur existence en les sevrant trop tôt. Cet avantage important fait le mérite essentiel des entonnoirs de verre, et celuici le possède à un degré plus éminent que les autres, parce qu’on peut voir et toucher les racines.
Mais tous ces marcottages en l'air, dans des vases de toutes les espèces, ne contenant que de petites quantités de terre, dont l'humidité est promptement dissipée par le soleil ou absorbée par. les courans d’air, réussissent mal s'ils ne sont arrosés souvent, et même plusieurs fois par jour, à l’époque des chaleurs de l'été et des temps de hâle. Comme le défaut d’arrosement pendant une seule journée peu faire périr les marcottes, enlever le fruit d’un long travail et l'espérance d’une jouissance à laquelle on attache du prix, on a imaginé un moyen qui, en dispensant d’une surveillance continuelle, remédie à cet inconvénient grave, et assure la réussite des marcottes : c’est une espèce de siphon que l’on établit de la
DU MARCOTTAGE. 335 maniéresuivante. On prend une carafe à col trèsrétréci, mais assez grande pour contenir plusieurs pintes d'eau (Voyez PI 13, fig. 6, et PI 5o, fig. 5), et on lattache solidement un peu au-dessus du vase ou des vases où sont renfermées les marcottes. Le rétrécissement du col de cette carafe est nécessaire pour empêcher la trop grande évaporation de l’eau; si le vase est diaphane, il n’en sera que meilleur, parce qu’on verra plus aisément la diminution du liquide, et qu'on pourra toujours le remplir à temps. On introduit dans ce vase des fils de laine , des lanières d’étoffes, que l’on fait descendre au fond de l’eau par le moyen de petits cailloux attachés à leur extrémité; l’autre bout reste hors du vase, dans une longueur assez considérable pour venir, sous la couche de mousse qui couvre la terre, faire plusieurs tours peu serrés autour de la branche marcottée. Si les fils de laine ont été bien imbibés , le siphon est établi, et ces fils tirent l'eau du vase jusqu'à ce qu'il n’en reste plus, pour la répandre sur la terre. Il n’y a qu'un hâle considérable, qui, desséchant, à son passage dans l'air, le fil de laine, puisse interrompre la communication de l’eau avec la terre de la marcotte : dans ce cas, il convient de rétablir cette communication en imbibant d’eau le fil desséché et le remettant à sa place. S'il se trouve plusieurs
vases à marcottes dans l’espace de 0,355 à 0,650 (un à deux pieds) environ, le même siphon peut servir à les arroser : il ne s'agit que d'y placer autant de fils de laine qu'il se trouve de pots dans son voisinage.
IL est bon de proportionner ia grosseur des fils à la quantité d’eau dont les marcottes ont besoin ; il est utile même dans les temps humides, par la pluie, et surtout pendant l'hiver, de retirer les fils qui entourent le pied des marcottes, pour les préserver d’une humidité surabondante et par conséquent dangereuse.
A défaut de ce moyen, qui est sûr, mais peutêtre un peu compliqué, on peut en employer un plus simple et qui en approche beaucoup, c'est de prendre un sabot de bois ordinaire, que lon perce à l'extrémité avec une petite vrille; on bouche le trou avec quelques brins de paille solidement arrêtés, et l’on remplit d’eau ce sabot, que lon suspend à environ 0"%,080 ( trois pouces) au-dessus du bord du vase à marcottes. L'eau tombe goutte à goutte dans ce vase, et y entretient une humidité convenable. Il n’y a d'autre précaution à prendre que celle de remplir le sabot toutes les fois qu'il en est besoin; mais sil est un peu grand, il contiendra assez d'eau pour fournir à l’arrosement continu de deux jours d'été. Cet appareil, d’une grande
DU MARCOTTAGE. 337 simplicité, est employé dans plusieurs jardins des environs de Bonn, sur les bords du Rhin.
L'École d'agriculture pratique offre des modèles de tous ces marcottages en l'air, de leurs variétés, sous-variétés et des divers appareils indiqués ci-dessus. Je les ai réunis presque tous dans un même dessin. ( PL. 5o, fig. 5.)
ExemPLe VII — Marcottage d'arbres toujours verts.
Celui-ci n'a d'autre objet que de faire voir que les arbres de cette série peuvent se multiplier par cette voie, comme les végétaux qui perdent leurs feuilles l'hiver; qu’on peut employer les mêmes moyens et les mêmes appareils, suivant la nature de leur écorce et celle de leur bois, et qu'ils reprennent aussi facilement que les autres. ;
Cet exemple est fourni par trois espèces d’arbrisseaux toujours verts, dont les branches sont marcottées en pleine terre dans toute la circonférence de leurs pieds, et opérées de différentes manières.
Exemeze VIII. — Marcottage d'arbres résineux.
Les arbres résineux toujours verts, particulièrement ceux qui appartiennent à la belle fa-
mille des coniferes, ont été regardés pendant 2. 22 F
long-temps comme peu propres à se propager par cette voie de multiplication. Des expériences, répétées un grand nombre de fois et dans beaucoup de lieux différens, mettent hors de doute que la plupart d’entre eux reprennent par ce moyen ainsi que par ceux des boutures et des greffes, comme on pourra s’en convaincre par divers exemples. Mais en même temps, il est constaté que les individus obtenus par ces moyens n'ont ni un aussi beau port, ni une aussi grande élévation, ni une aussi longue vie que les individus obtenus de semence, et cela est plus sensible dans les végétaux de cette
série, que dans ceux de Ja plupart des autres,
comme nous l'avons annoncé au commencement de ce chapitre.
Trois espèces de genres différens, choisies.
parmi les arbres de cette famille, fournissent les exemples de ce marcottage, suivant divers modes appropriés à chacune d'elles.
Ici finit la description des exemples de marcottage exposés dans l’École pratique du Muséum. Je terminerai cet article par quelques observations générales sur l’art de marcotter. ”
La réussite des marcottes dépend de cinq choses principales; savoir, 1°. de l'état dans lequel se trouvent les sujets, les rameaux ou bourgeons sur lesquels on opère le marcottage; 2°.
DU MARCOTTACE, 339 de la saison et de l'état de l'atmosphère pendant lesquels on l’effectue ; 3°. des procédés qu’on emploie pour lopérer; 4°. des circonstances exté-' rieures ou atmosphériques qui suivent l’opération ;.5°. et enfin de la culture habituelle et journalière qu'on leur donne.
Ün sujet jeune, sain et vigoureux offre des chances beaucoup plus nombreuses pour la réussite de ses branches marcottées, qu’un individu vieux, malade et qui pousse faiblement. Il en est de même des branches d’un même pied: les plus vives, les plus vigoureuses sont celles qui reprennent le plusaisément et leplus promptement.
En général, le premier printemps (1) doit
(r) Les cultivateurs divisent le printemps entrois parties : c'est pendant la durée de la première que pousse le chevelu des racines d’un grand nombre de végétaux ; ce premier printemps est le précurseur de l’ascension de Ja sève, et le moment où elle commence à se mettre en mouvement dans les parties souterraines des plantes. Il arrive pour le plus grand nombre d’espèces, dans les zones tempérées , depuis la fin de janvier jusqu’à la mi-février. Le second printemps est celui pendant lequel la sève commence à monter dans le tronc, dans les branches du premier ordre et les rameaux et ramilles de ces mêmes branches: Elle fait gonfler leurs boutons ou gemma, et distendre les écailles qui les couvrent. Quelquefois ce mouvement de la sève se fait voir à l’extrémité des grands ligneux ; lorsque la couche d'air dans Jaquelle elle se trouve est plus échauffée que celle où sont les basses branches des arbres. Cetie seconde di-
être préféré pour le marcottage des végétaux ligneux des zones glaciales et froides; le commencement du second printemps, pour ceux des zones tempérées; le milieu du troisième, pour ceux des zones chaudes, et le commencement de l'été, pour le marcottage des plantes des zones brülantes: c’est-à-dire que le marcottage doit toujours précéder de quelques jours l'ascension de la sève dans les tiges des végétaux, principalement pour ceux dont on opère les marcottes au moyen des ligatures, des incisions et des plaies de diverses sortes. Cette attention, fondée sur les lois de la physique végétale, assure et accé: lère la réussite des marcottes , en ce qu’elle fournit, dans le courant de l’année, quatre chances également propres à produire le développement des racines et de leurs rameaux. Ces quatre chances sont les deux sèves montantes et
nette bre
vision commence dans notre zone, à l'époque où finit la première, et se continue, année Commune, jusqu’à la fin d'avril, temps où la terre entre en fermentation ou en amour, suivant l'expression des jardiniers , et annonce l’arrivée, du troisième et dernier printemps. Pendant celui-ci se développent les germes des semences des plantes des zones chaudes. Sans cette exactitude dans la division du temps le plus précieux à la culture, il est difficile de s’entendre, d’être compris des cultivateurs, et d’avancer les progrès de l’agriculture.
DU MARCOTTAGE. 341 les deux sèves descendantes, qui ont lieu dans un très-grand nombre de végétaux, surtout parmi ceux à boutons écailleux. Les deux premières , qui passent par l'étui médullaire ou par les couches ligneuses, se portent, par les irradiations médullaires, du centre à la circonférence des tiges sur les plaies, pour les cicatriser et y former des bourrelets, qui se garnissent bientôt de mamelons. Les secondes, ou les sèves descendantes , font grossir ces mamelons, qui, par leur prolongement, deviennent des racines. Cela est si évident, que lorsqu'on observe les marcottes par incision, munies de leurs racines, et qu'on nomme vulgairement marcottes à œillets, on voit que ces racines partent des bords de la plaie, et qu’elles sont en bien plus grande quantité sur la partie de cette même plaie qui a été détachée de la branche, parce qu’elle fait une espèce de bourse; les sèves descendantes s'y étant introduites n’ont pu en sortir, et ont été obligées de former des racines. Ce seul fait suffirait pour constater l'existence de la sève descendante, destinée à nourrir les racines, si elle n'était déjà démontrée, aux yeux des praticiens, par beaucoup d’autres observations.
Lorsqu'on opère des marcottes pendant ie repos de la sève, il arrive souvent que les plaies n'étant pas abreuvées par le cambium qui suinte
par les prolongemens médullaires , et qui forme à leur surface une espèce de vernis, qui les préserve de l'humidité putride de la terre, se chancissent, se pourrissent, et portent de proche en proche la maladie et la mort non-seulement dans les branches marcottées, mais quelquefois dans tout l'individu. La même chose arrive, mais par une autre cause, lorsqu'on marcotte par incision un trop grand nombre de rameaux sur un individu fluet et délicat. Tous les sucs propres de la plante qui se portent vers ces différentes plaies, comme cela arrive pour celles des animaux, sont absorbés par elles; il n’en reste plus pour l'entretien de l’organisation végétale , et les plantes périssent d’étisie. Le plus ordinairement, deux ou trois marcottes suffisent pour un pied garni de six à huit branches, à moins que ce nesoitunarbuste à larges feuilles, qui peut alors en nourrir un plus grand nombre sans s'appauvrir. Ces sortes d’arbustes ont des
organes plus étendus, qui, développés dans lat-.
mosphère, viennent au secours des racines pour sustenter leurs individus.
Quant au choix des procédés pour effectuer le marcottage, ce qu'on peut dire de général, c'est que les bourgeons en état de croissance n’ont besoin que d’être couchés et enterrés pour fournir des marcottes bien enracinées; qu'il en est de