‹ Cours de culture et de naturalisation des végétauxChapitre 108 sur 135 · PE PR · texte numérisé non relu

PE PR

DU MARCOTTAGE. t 343 même de la plupart des rameaux plus âgés, dont l'écorce est épaisse, garnie de beaucoup de pores corticaux, et qui ont le bois tendre et spongieux; que ceux qui restent dans une position verticale ont besoin d’être ligaturés; que pour ceux dont l’âge des branches produites par les trois ou quatre précédentes sèves est de dixhuit mois à deux ans, et qu'on ne peut marcotter que verticalement, il convient de leur faire une section annulaire proportionnée en largeur au diamètre de leur grosseur. Un millimètre (une demi-ligne) de large suffit pour les branches qui n’ont que la grosseur d’une plume à écrire; et il en faut quatre ou six pour celles qui ont trois centimètres (un pouce et plus) de diamètre. Enfin les rameaux de deux à trois ans, dont l'écorce est mince, sèche, dénuée de pores corticaux, où sur laquelle ils ne sont pas sensibles, et qui ont le bois dur, doivent être couchés en anse de panier, incisés à la manière des œillets avec une double incision, dont l’étendue soit proportionnée à l’âge et à la grosseur des rameaux, depuis trois centimètres jusqu’à huit ( d’un à trois pouces ). Sur la plupart des individus de cette série, lorsqu'ils sont en pleine terre depuis plusieurs années, et qu’ils sont tresvigoureux, il est utile de ne laisser aucune branche ascendante , parce que, attirant à elles

seules toute la sève des branches de la cépée, elles feraient périr celles qui sont marcottées, ou au moins retarderaient leur reprise.

Ces données sur les espèces de marcottage et sur leur usage particulier ne sont qu'approximatives, et il est impossible de les préciser davantage : chacune d’elles a son mérite et ses inconvéniens. Il est difficile de déterminer la prééminence des unes sur les autres, et encore plus de les affecter plus particulièrement à une série d'arbres qu’à une autre : c’est au cultivateur à les connaître toutes, à suivre les résultats qu’elles donnent, à les mettre en pratique, seules à seules, ou combinées plusieurs ensemble, suivant la nature des végétaux qu'il veut multiplier, leur état de vigueur, l’âge de leurs rameaux, la consistance de leur bois, les localités ou l’on cultive et le pays dont ils sont originaires.

Les circonstances atmosphériques qui suivent l'opération du marcottage sont favorables, indifférentes ou nuisibles aux marcottes, à différens degrés. Les froids qui font tomber la sève, les hâles et les grandes chaleurs qui l’absorbent avec rapidité, sont très-contraires à leur réussite. Les temps chauds et couverts, pendant lesquels il se trouve pour l'ordinaire une grande quantité d'eau en suspension ou en dissolution dans l'air , et le voisinage des corps organi-

DU MARCOTTAGE. 345 ques en fermentation, qui répandent dans l’atmosphère des plantes du gaz acide carbonique,

sont des circonstances favorables à ja réussite.

des marcottes. La chaleur humide active la végétation, qui cicatrise les plaies; l’eau nourrit la marcotte, et les gaz lui fournissent les élémens de sa charpente ligneuse , à laquelle tiennent sa consistance et sa durée.

Aussi, pour diminuer les effets des chances contraires et augmenter ceux des chances favorables, on a la précaution de n’opérer le marcottage, surtout celui qui se fait par incision ou par sections annulaires , que iorsque les grands froids sont passés; de couvrir la terre dans laquelle les marcottes sont plantées avec de vieux famiers, des terreaux de couche, des feuilles d'arbres en décomposition , ou avec de la mousse, et de les arroser en raison du hâle et de la chaleur de la saison. Les plantes des zones chaudes et brülantes sont placées sur des couches tièdes, sous des châssis ou dans des baches, lieux dans lesquels on entretient une atmosphère chaude, vaporeuse, et riche en gaz fertilisans.

Enfin une dernière observation est de ne pas trop se presser de séparer les marcottes de leur mere ; d'attendre qu’elles soient bien enracinées, pour ne pas compromèttre leur existence. Il est même des circonstances où il est utile de faire

cette séparation à plusieurs reprises : d’abord en coupant la branche marcottée près la souchemère, dans un tiers de son épaisseur ; trois mois

. après, on approfondit l’entaille d’un autre tiers;

et si la marcotte n’a point été fatiguée des premières amputations, quinze jours après, on coupe l’autre tiers et on lève la marcotte, que l’on cultive comme l'individu qui lui a donné naissance, mais un peu plus délicatement pendant les premières années de son existence.

En général, la saison la plus favorable au sevrage des marcottes des plantes-mères, estlinstant où elles entrent dans leur première sève; ce qui arrive au premier printemps pour la plupart des végétaux qui passent l'hiver en pleine terre dans le climat de Paris. Le second printemps doit être préféré pour les plantes délicates qui sont sensibles aux froids de trois à quatre degrés ; et celles des végétaux des climats chauds et brülans

ne peuvent être sevrées avec sûreté qu'au commencement de l'été.

Page 1