OBSERVATIONS GÉNÉRALES
Historique. La découverte de l’art de la greffe remonte à la plus haute antiquité, on n’en connaît point l'inventeur. Les Phéniciens l'ont transmis aux Carthaginois et aux Grecs; les Romains l’ont recu de ces derniers, et l’ont répandu en Europe, où il est devenu ce qu'il est aujourd'hui.
Les anciens n'étaient guidés par aucune théorie fixe dans les expériences sur les greffes ; ils essayaient souvent au hasard de réunir les arbres les plus différens par leur organisation; et si
(1) Ce chapitre peut être considéré comme une seconde édition de la Monographie des greffes , ou Description technique des diverses sortes de greffes employées pour la multiplication des végétaux , publiée en 1821, par M. Thoüin , avec cette épigraphe :
Miraturque novas frondes et non sua poma.
. GEORGIQUES de Virgile.
Il s’étonne de porter un nouveau feuillage , et des fruits qui ne sont pas les siens.
La première édition est depuis long-temps épuisée. Celleci est augmentée d’un petit nombre de greffes nouvelles.
quelques-uns de leurs auteurs avaient entrevu la nécessité d’une certaine conformité dans les écorces et les fruits des végétaux susceptibles de se greffer entre eux, beaucoup d’autres soutenaient avec assurance que tous les arbres pouvaient reprendre indifféremment les uns sur les autres. Dans les temps modernes, on découvrit peu-à-peu la fausseté de cette dernière opinion ; ladmirable création des familles naturelles vint, pour ainsi dire, marquer les limites des expériences que l’on pouvait tenter avec succès, et ces expériences ne laissèrent plus aucun doute.
Quoique les limites de art de la greffe aient été beaucoup reculées, et qu'il ait subi d’importantes modifications, il est cependant encore susceptible d’être perfectionné, tant dans sa théorie que dans sa pratique.
Théophraste, Aristote et Xénophon chez les Grecs ; Magon parmi les Carthaginois; Varron, Pline, Virgile, Columelle et Constantin César chez les Romains; Kuffner, Agricola et Sickler en Allemagne; Miller, Bradley et Forsyth en Angleterre; Olivier de Serres, La Quintinie, Duhamel, Rozier, Cabanis, et récemment le baron Tschudy parmi les Français, sont les auteurs qui, jusqu'à présent, ont traité de l’art de la greffe avec quelque étendue.
Définition. La greffe est une partie végétale
DES GREFFES. | 349 vivante, qui, unie à une autre, s’identifie et croit avec elle, comme sur son propre pied, lorsque l’analogie entre les individus est suffisante. |
Buts d'agrément et d'utilité. Les avantages de cette voie de multiplication sont entre autres : 0. de conserver et de multiplier des variétés, des sous-variétés et des races d’arbres, provenues de graines dues aux hasards de la fécondation, et qui ne se propagent point par la voie des semences. Elle est aussi la plus sûre et la plus prompte pour se procurer un grand nombre de végétaux très-intéressans, qui se multiplient difficilement par tout autre moyen.
2°. De perpétuer des monstruosités remarquables, suites de maladies ou d’accidens : tels sont les panachures, les laciniures, les fleurs doubles et pleines, et les fruits irréguliers. Le rosier à feuille de céleri, l’érable lacinié, les arbres panachés et maculés, les cerisiers à fruits en bouquets, et les orangers dits hermaphrodites, offrent des exemples de ces singularités.
3°. D’accélérer de plusieurs années la fructification.
4°. D’embellir les fleurs de beaucoup de variétés d'arbres et arbustes d'ornement.
5°. Enfin, de bonifier les fruits d'arbres économiques, d'en hâter la maturité, et d’aug-
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menter le bénéfice du cultivateur, du propriétaire, et les ressources du consommateur (1).