XXIV. Greffe (Bosc) de feuilles, en manière ’ÉéCUSsOn
Opération. Choisir de jeunes sujets dans le plein de leur sève ; faire à leurs tiges des incisions en forme de T, et proportionnées à la grosseur des pétioles qu’elles doivent recevoir.
Prendre sur des espèces congénères peu en sève des feuilles parvenues au quart , au tiers, à la moitié de leur grandeur ; les séparer de leurs arbres avec leur pétiole
dans toute sa longueur, et son appendice, maïs sans
gemma. (P1. 56, fig. W.)
Poser ces greffes dans les incisions faites aux sujets, et placer ceux-ci sur une couche tiède, couverte d’un
chässis ombragé, sous lequel sera entretenue une atmo-
sphère vaporeuse, humide et chaude , pendant la reprise des greffes. A
Usaces. Pour savoir, 1°. si les feuilles reprendront sur des espèces voisines, ce qui est probable; 2°. si elles se refuseront à vivre sur des sujets disgénères; 3°. si ces feuilles produiront dans leurs aisselles des gemma, comme si elles n’eussent point quitté leur pied naturel; 4°. de quelle nature seront les bourgeons qui se développeront de ces gemma ; 5°. et enfin si ces gemma existent dans la graine, et ne font que se développer par l’acte de la végétation, ou s'ils sont produits chaque année par les feuilles des végétaux.
Ces faits, une fois constatés, que l’opération réussisse ou non , seront toujours utiles aux progrès de la science.
Dénomination. En l'honneur de M. Bosc, voyageur, naturaliste et cultivateur distingué , l’un des principaux rédacteurs des Dictionnaires d’ Histoire naturelle et d Agriculture. Ce savant se propose de faire cette utile , mais délicate exptrience. Elle ne pouvait tomber en meilleures mains pour donner des résultats utiles aux progrès de La
| L clience.
DEUXIÈME SÉRIE
Greffes en flûte.
Caractères. Un ou plusieurs yeux, portés sur un anneau d’écorce plus ou moins grand et sans aubier.
Composition. Cette série comprend les greffes nommées vulgairement : en anneau, en sifflet,
DES GREFFES. 459 en tuyau, en canon, en cornuchet , en chalumeau, en flûte ou flüteau.
Usages. Ces greffes sont affectées plus particulièrement à la multiplication des grands arbres fruitiers de vergers agrestes, dans plusieurs parties de la France; on l’emploie aussi pour quelques espèces d'arbres étrangers à bois dur, dans diverses pépinières.
Opérations. On pratique ces greffes lors de l'ascension de la première sève, ou vers la fin de la descente de la seconde.
La manière de les opérer consiste, 1°. à-enlever sur les rameaux des arbres que l’on veut multiplier des tubes d'écorce munis d’un ou de plusieurs veux bien constitués; 2°. à choisir de jeunes sujets dont les tiges soient de même diamètre que les rameaux des greffes; 3°. à couper la tête ou l'extrémité des branches de la plupart d’entre eux aux places où ils doivent être greffés ; 4°. à leur enlever des anneaux d’écorce de même longueur que ceux des greffes; 5°. à poser ces derniers sur les sujets, pour remplacer ceux qui ont été supprimés ; 6°: et enfin à luter les bords des scissures pour que fair, l’eau, ni aucun autre corps étranger ne puissent s’y introduire.
Cette opération doit être faite, autant que possible, par un temps doux, sans pluie, aux
heures où les rayons du soleil ont peu de chaleur, et où le häle ne peut enlever la sève visqueuse qui suinte des parties dépouillées d’écorce.
Conservation. Lorsque les tiges n’ont pas été coupées immédiatement au-dessus de l’anneau d’écorce de la greffe, il faut enlever avec soin tous les bourgeons qui croissent plus haut que l'endroit opéré, pour que la sève n’ait pas d’autres’ issues que les gemma de la greffe. Dès que celle-ci commence à pousser, on taille le sujet sur celui des bourgeons que lon destine à remplacer la tige du sauvageon.
De toutes les greffes de la troisième section, celles-ci sont les plus solides et les moins sujettes à être décollées par les vents ; mais aussi elles sont plus longues à pratiquer que toutes les autres. Il ne paraît pas qu'elles aient été connues dans l'antiquité.
SORTES
L Greffe (Jefferson) en flûte, sans couper la téte du sujet, à sève descendante et à œil dormant. Nouv. Cours d’Agr., t. 6, p. 525.
SYNONYME. G. par anneau d’écorce. Duham. , Phys. des Arbr.,t. 2,p. 72, alin. 2.
OPÉRATION. Enlever sur l’arbre qu’on veut multi-
plier un anneau d’écorce aa, muni d’un ou deux yeux,
DES GREFFES. A6 en le fendant perpendiculairement sur l’un de ses côtés.
Enlever au sujet un anneau d’écorce sans yeux, et de, pareille dimension. (P/. 56, fig. AA, aa.)
Poser l’anneau de la greffe sur le sauvageon, auquel on laisse sa tête et ses branches, et, vice versé » l'anneau retiré du sauvageon sur l’arbre qui a fourni la greffe.
Cette greffe s’effectue vers Le déclin de la sève d’août.
Usaces. Elle ne compromet pas l’existence des sujets si elle ne reprend pas, et elle ne mutile pas le portegreffe, puisque sa plaie est recouverte par l’écorce du sauvageon.
Propre à multiplier des arbres à bois dur, tels que certains chênes, des noyers et des châtaigniers américains.
Dénomination. En l’honneur de M. Thomas Jefferson, ci-devant président des États-Unis d'Amérique , savant agronome , auquel l’agriculture doit l’un des plus utiles perfectionnemens de la charrue , dont il a repris le manche en quittant les rênes de l’État, qu’il a gouverné avec tant de sagesse.
IL. Greffe (Sifflet ) en füte, pratiquée au moyen d'un anneau d’écorce enlevé à un arbre et placé sur un autre, en coupant le sommet de la partie greffée. Nouv. Cours d’Agr., t. 6, p- 525, PI. 4, fig. 17.
SYNONYMIE. G. en écusson en sifflet. Duham. , Phys. des Arbr., t.2, p. 91, alin. 1er., PJ. 12, fig. 101, 102, 103 et 104.
GC. par juxta-position ouen flûte. Rozier, Dict. d’Agr., t. 5, p. 352, col. 2, alin. 1er, , PL 11, gg. 12.
OPÉRATION. Couper lextrémité de la tige ou de la branche que l’on veut greffer; enlever au-dessous de la coupe un anneau d’écorce de 0,027 à o%,081 (un à trois pouces de long ).
Choisir la branche qui doit fournir la greffe de même diamètre que le rameau que l’on veut greffer ; enlever par le gros bout un tuyau d’écorce un peu moïns long que la plaie faite au sujet.
Ajuster ce tuyau à la place de l’anneau enlevé, et le faire coïncider exactement par le bas avec l’écorce du sujet; réduire en charpie la surface du bois dénué d’écorce qui reste au-dessus de la grefte , et luter les scissures. ( PL. 56, fig. BB, bb.)
Usaces. Presque uniquement employée dans quelques départemens de la France pour greffer Les noyers , chäàtaigniers, müriers , figuiers et les arbres fruitiers à pepins et à noyaux.
Déxomixarion. Nom sous lequel elle est connue dans
une grande partie de la France. x
III. Greffe (de Pan) en flûte, par l'amputation de la téte ou des branches du sujet, et à œil dormant. Nouv. Cours d’Agr., t. 6, p. 525.
Svxoxvure. G.en chalumeau.Cab., Princ. de la Greffe, p- 42, alin. 4.
Or£rarTion. Celle-ci ne se distingue de la précédente qu’en ce qu’elle se fait à la deuxième sève, avec des gemma produits par la première sève de la même année, tandis que la greffe en sifflet se pratique avec des yeux
de l’année précédente.
DES GREFFFS, 463
ÜUsaces. Rarement employée dans la pratique ordinaire , mais pouvant être utile pour varier les chances de réussite dans la multiplication des arbres étrangers à bois très-dur.
DéxominarTion. Cette greffe imitant le chalumeau dont se servent les bergers dans leur musique champêtre, et dont les poètes attribuent l'invention au dieu Pan , on lui a donné le nom de ce dieu.
IV. Greffe (de Faunes) en flûte, à plusieurs yeux alternes, posée en supprimant la téte des partes greffées, et lacérant leurs écorces. Nouv. Cours d’Agr., t. 6, p. 525.
Syxonxmie. G.en flûte. Duham., Phys. des Arbr., t.2,p.972, Pl 12, fig. 104.
OPÉraATioN. Cette sorte se distingue par la longueur de son tuyau, qui peut être d’un décimètre ( plus de trois pouces) et porte quatre ou cinq yeux, et en ce que l’écorce du sujet, au lieu d’être supprimée à la place que doit occuper la greffe, est divisée verticalement en quatre ou cinq lanières (PL. 56, fig. CC), que l’on rabat vers. la terre et que l’on relève sur la greffe lorsqu’elle a été placée ; ensuite on coupe l’écorce et le bois du sujet en bec de flûte, au-dessus du dernier œil de la greffe.
Usaces. Moins employée par les pépiniéristes que par les cultivateurs d’arbres étrangers, pour diverses espèces de végétaux rares à bois dur,
Elle offre, par sa longueur et le nombre de ses yeux ;. un plus grand nombre de chances pour la réussite que les: autres sortes de cette série; mais elle est moins facile à exécuter.
DénominarioN, Nom des dieux rustiques auxquels on attribue l’invention de la flûte des bergers, avec laquelle cette greffe a de la ressemblance.
QUATRIÈME SECTION
GREFFES DES PARTIES HERBACÉES DES VÉGÉTAUX, OU GREFFES TSCHUDY (x).
C'est à M. le baron Tschudy que l’agriculture est redevable des greffes qui composent cette dernière section. Elles se distinguent de toutes celles des sections précédentes, en ce qu’elles s'effectuent au moyen de tiges herbacées des arbres, des plantes vivaces, et même des plantes annuelles.
A mesure qu'un arbre avance en âge, ses couches ligneuses sont comprimées de plus en plus par la formation des couches nouvelles, qui croissent annuellement entre l’aubier et l’écorce des années précédentes. Le bois devient plus dense, et les canaux séveux qu’il contient se resserrent de manière à ne plus permettre le libre
(1) Les personnes qui voudront, sur cette section des greffes , de plus amples renseignemens , pourront consulter le mémoire intitulé : Essai sur la greffe de l'herbe des plantes et des arbres, par M. le baron Tschudy, bourgeois de Glaris. À Metz, chez Antoine, imprimeur du Roi.
DES GREFFES. 465 cours de la sève; aussi n'est-ce que dans les parties vertes des végétaux que ce fluide circule en assez grande abondance pour opérer une cicatrisation : voilà pourquoi jusqu’à présent nous n'avons obtenu de réussite que par la soudure des écorces, et jamais par l'union du bois ni de l’'aubier. Ici nous allons observer un nouveau phénomène : en greffant de jeunes végétaux herbacés, la sève et les sucs propres seront également répartis dans tous les vaisseaux nourriciers, et la tige entière jouira de la propriété de s’unir à une autre tige dans le même état. D'après cela , on conçoit que ces greffes ne doivent laisser presque aucune trace sur les individus.
Physique et théorie. Pour que cette union s’opère avec facilité et promptitude, il faut avoir soin d'insérer la greffe sur le sujet dans l’aisselle ou dans le voisinage d’une feuille vivante, de manière que la sève qui devait se porter au bourgeon de cette feuille puisse animer le bourgeon inséré. Écoutons ici M. Tschudy lui-même :
« Les feuilles sont essentiellement pourvues d'organes propres à absorber dans latmosphère des principes nourriciers ; elles y pompent principalement de l’eau ; elles absorbent la substance lumineuse ; elles saisissent dans l'atmosphère une partie de l'air élastique, qu’ellés approprient à la nutrition de la plante. Elles sont aussi pour-
vues d'organes propres à la transpiration, par lesquels elles rejettent au dehors lPexcédant de l’eau qui leur est nécessaire. C'est là que réside le principal laboratoire où se forme le cambium.
» C’est donc par l’action des feuilles qu'il faut greffer de l'herbe (1) sur l'herbe pleine des tiges vertes.
» Mais les parties d’un végétal qui, par défaut d'organes propres à l'accroissement, ne peuvent se prolonger, meurent en cédant leur propre substance au bouton voisin.
» Si donc vous avez coupé une tige verte un pouce au-dessus d’un bouton, ne greffez pas sur cet. inutile tronçon de tige verte, qui, ne pouvant vivre pour lui-même, est dans l'impuissance d'animer une greffe.
» Greffez à hauteur de ce bouton terminal, qui,;.en se prolongeant, occasionnera la cicatrisation, et qu'on supprimera lorsque le bouton inséré aura puisé sur cette jeune tige le principe d'une vie nouvelle. » |
Il faut aussi faire coincider les parties incisées du sujet et de la greffe, de manière à établir entre leurs fibres le parallélisme le plus exact
(1) Par le mot herbe, M: Tschudy entend ici les parties non ligneuses des végétaux.
DES GREFFES. 467 possible ; et il est bon de les abriter des rayons du soleil.
Enfin il est nécessaire de ligaturer assez fortement pour que les fibres ligneuses du sujet, en se durcissant, ne puissent pas, par leur écartement, se séparer de la greffe.
Lorsque cés opérations sont terminées, on abandonne la greffe à elle-même pendant quelques jours, puis on enleve les bourgeons inférieurs qui se trouvent sur la tige du sujet. Bientôt après, on supprime le bourgeon même de la feuille nourrice, ét lorsque le gemma inséré se prolonge d’une manière sensible (vers le trentième Jour), on desserre, et l’on serre de nouveau avec une lanière de papier et un fil de laine, plutôt pour contenir que pour contraindre. |
Il est presque imutile de dire que les greffes de cette section doivent s'effectuer pendant les mois de mai et de juin, puisqu'il faut que les tiges soient herbacées, et puisque les feuilles jouent un si grand rôle dans la cicatrisation de la plaie.
Usages. Les arbres verts, que l’on avait jusqu’à présent regardés come très-difficiles à greffer, se sont prêtés avec la plus grande facilité à ce nouveau genre de gréffe. Les arbres à bois trèsdur , tels que les noyers, les chênes, etc. , etc. ont donné des résultats aussi satisfaisans ; enfin, les plantes annuelles, bisannuelles et vivaces sont
peut-être, depuis les expériences de M. Tschudy, les végétaux les plus faciles à multiplier par la voie des greffes.
Cette section se compose de quatre séries.
La première comprend les greffes des unitiges, tels que les pins, les sapins, les mélezes, arbres dont la tige centrale seule s'élève verticalement ; tandis que les brancheslatérales décrivent toutes, avec cette tige, un angle qui devient de plus en plus ouvert, à mesure qu'elles reçoivent par la croissance une augmentation de poids. Ces derniéres n’ont, pour ainsi dire, qu’une existence tributaire, et ne peuvent tendre à la verticalité.
La seconde renferme les greffes des arbres omnitiges, tels que la vigne et les autres sarmenteux , dans lesquels la force vitale d’accroissement (1) est également répartie sur chacun des
boutons.
(1) Force œitale d'accroissement ; c’est-à-dire cette force qui fait que la sève se porte ordinairement dans quelques branches plus que dans les autres, pour déterminer leur développement. D’après l’opinion de M. Tschudy, cette force est également répartie dans toutes les tiges des sarmenteux ; par conséquent on peut les greffer toutes avec un égal succès. Elle n’agit que dans la tige principale de la plupart des résineux : cette tige seule est donc susceptible de recevoir les greffes. Mais, dans les multitiges, il est facile, au moyen de la taille et de la position plus où moins verticale que l’on fait tenir aux branches, de porter où l’on veut la force vi-
DES GREÉFFES. 469 La troisième contient les zultitiges, ou les végétaux chez lesquels cette même force vitale d’accroissement est susceptible de se diviser et de se transporter, pour ainsi dire, sur telle tige que l'on veut. Dans ce cas est la plus grande partie des arbres de nos climats.
Enfin , la quatrième réunit les greffes des végétaux herbacés, vivaces, bisannuels et annuels.
PREMIÈRE SÉRIE
Greffes des unitiges.
Il est important de remarquer que ceux des arbres verts dont M. Tschudy a formé la division des unitiges ne prennent pas leur accroissement de la même manière que les arbres qui perdent leurs feuilles annuellement. En effet, dit cet auteur, ces derniers se prolongent exclusivement par le faisceau d'herbes terminales : lui seul marche vers l'élévation, laissant derrière lui une feuille lorsqu'il en est temps, et portant ainsi successivement la dernière feuille près du sommet d’une tige qui a toujours marché exclusivement par son extrémité.
tale d’accroissement dont il est question. C’est ainsi que l’on recèpe un vieux tronc pour obtenir de jeunes pousses vigoureuses ; que l’on retranche quelques tiges pour forcer la sève à se porter vers les autres, etc., etc.
Le bourgeon d’un pin où d’un sapin , au con- “traire , se prolonge par tous les points de sa surface cylindrique.
Il résulte de là que si l’on coupait trop tôt la tige centrale herbacée d’un pin, et qu’on insérût une greffe sur le sommet de cette tige, cette dernière, en prenant son accroissement, détruirait le parallélisme , et par conséquent l'union que lon a tâché d'établir entre les parties incisées de la greffe et du sujet.
Il faut donc attendre que la tige herbacée des unitiges soit parvenue aux deux tiers de son développement : alors les feuilles inférieures auront pris leurs distances. On coupera la partie de la tige verte où les feuilles, pressées l’une sur l’autre, annoncent un retard dans l’action du prolongement, et on greffera sur ce sommet, où lon peut se promettre l’immobilité nécessaire.
Greffe (D) d’un rameau terminal herbacé d’un unitige, sur le rameau terminal herbacé et tronqué d’un autre unitige.
OpPéraTIoN. Couper horizontalementla tête du sujet D; dépouiller de feuilles la place où l’on veut greffer ; former une incision triangulaire propre à recevoir le rameau terminal b'. (PI. 55, fig. D.) Quand la greffe est de même diamètre que le sujet, on doit avoir recours au procédé indiqué pour la greffe Huart.
Usaces. Ces deux greffes sont applicables aux pins sapins et mélèzes, Elles peuvent également être em ployées | pour beaucoup d’arbres estivaux.
DEUXIÈME SÉRIE
Greffes des omniliges.
Il a déjà été dit que dans ces arbres la force vitale d’accroissement était également répartie sur tous les bourgeons; c'est-à-dire, suivant les propres expressions de M. Tschudy, que si une tige s'élève verticalement, elle n’usurpe pas une prééminence, et que si elle tombe au-dessous de la ligne horizontale, elle ne languit pas par défaut d’élévation. On peut donc greffer la vigne et les autres omnitiges sur chacun de leurs bourgeons.
Cette série ne contient qu'une greffe, qui s’effectue sur la vigne par le procédé de la greffe F, que je vais décrire dans la troisième série.
TROISIÈME SÉRIE
Greffes des multitiges.
Dans tous les arbres de cette série abandonnés à eux-mêmes, quelques branches sont toujours beaucoup plus fortes et ont plus de tendance à dominer que les autres. On aurait tort de greffer sur des tiges faibles, qui ne seraient capables
de donner que peu de nourriture à la greffe; on aurait même tort, toutes les fois que l’on peut faire autrement, de ne pas supprimer les branches qui pourraient attirer vers elles une partie de la sève destinée à se porter dans la tige greffée pour animer le bourgeon inséré. Aussi, lorsqu'après avoir recépé un arbre, on a obtenu un grand nombre de rejetons, faut-il ne conserver qu’un ou deux de ces rejetons, au plus, pour les greffer. Par ce moyen, la sève, qui n’a point à se partager entre un grand nombre de branches, se porte tout entière au lieu de l'opération, et le succès est assuré.
Greffe(E), par approche , d'un bouton naissant avec deux feuilles nourrices.
OPÉRATION. Faire au-dessus de deux feuilles deux incisions obliques aux tiges herbacées ( P1. 55, fig. E, E’), en laissant le bourgeon que l’on se propose de faire végéter ; recouvrir les deux plaies l’une par l’autre, et ligaturer. La greffe doit être reprise au bout de quarante jours.
Usacrs. On peut faire reprendre, par ce moyen, le chincapin, plusieurs chênes et plusieurs noyers d’Amérique, sur de jeunes plumules provenues de semences en pots.
Greffe (F) par incision oblique, simple, soulevant une feuille.
Orérarion. Couper horizontalement le sujet à un
DES GREFFES. , 473 pouce environ au-dessus du pétiole de la feuille qui précède le faisceau terminal ; former, à partir de l’aisselle de cette feuille, une incision oblique d’un pouce ou un pouce et demi de long , et qui se termine au centre de la tige; tailler la greffe en coin, de manière qu’elle remplisse exactement l’entaille du sujet, et que le bourgeon de la feuille F’ se trouve à la hauteur du bourgeon du sujet. (PZ. 55 , fig. F, F'.)
Usaces. Cette greffe est applicable à toutes les plantes annuelles et à tous les arbres, mais particulièrement à ceux dont les fibres ligneuses sont assez flexibles pour ne pas obliger à ligaturer trop fortement. Les arbres fruitiers, les rosacées, les peupliers, les saules, les tulipiers , etc. , etc., sont dans ce cas. La vigne reprend plus difficilement par ce procédé , parce que son système fibral est d’une grande roideur.
Greffe (G) d'une tige d'un diamètre beaucoup plus petit que celui du sujet.
OPÉRATION. Fendre le sujet de manière que l’extrémité du greffoir arrive jusqu’au bourgeon du pétiole G ; à partir de ce point, former, en baïssant la main, une incision oblique dont la profondeur diminue de plus en plus vers la partie inférieure ; former une seconde incision, qui coupe à angle droit la première, et qui s’arrète à la hauteur du bourgeon G. Tailler le scion &' en lame de couteau , et l’unir au sujet de manière que les deux bourgeons soient à la même hauteur.
La seconde incision dont il vient d’être question a pour but d'empêcher l’écartement des fibres, qui pourrait nuire à la reprise de la greffe. (PZ 55, fig. G, G.)
Usaces. Les mêmes que la précédente.
U Grefle (H) de végétaux à feuilles opposées.
OPÉRATION. Faire au sujet une incision triangulaire dont le sommet soit au centre de la tige; y insérer un scion taillé en coin prolongé , de manière que les deux bourgeons de ce scion forment un verticille avec ceux du
sujet. (PZ. 55, fig. H.)
Usaces. Propre aux arbres à feuilles opposées.
QUATRIÈME SÉRIE
Greffes des plantes vivaces, bisannuelles et annuelles.
Plus l’existence d’un végétal est courte, et plus ordinairement sa croissance est rapide et vigoureuse, plus il a de force vitale active. Voyez avec quelle lenteur s'élèvent, pendant les premières années, les grands arbres dont la durée est de plusieurs siècles ; remarquez , au contraire , avec quelle rapidité s'accroît une plante annuelle. On dirait que, dans ce dernier cas, la nature se hâte, parce qu’il faut qu’elle produise en une seule saison ce qu'elle ne produit pour les arbres qu’en un laps plus ou moins considérable d'années (1).
(1) Jamais la nature ne cesse un seul instant de tendre vers son but principal, la conservation et la multiplication des espèces qu’elle a créées : le besoin de parvenir à ce but est tellement puissant, qu’il la fait quelquefois dévier de sa marche ordinaire. Le reseda ægyptiaca, par exemple, est une plante annuelle ; cependant si on retranche ses boutons
DES GREFFES. 475 Aussi les végétaux annuels jouissent-ils beaucoup plus que les plantes vivaces, et à plus forte raison que les arbres, de la propriété de cicatriser promptement une plaie. Voilà pourquoiles greffes des plantes annuelles reprennent avec une trèsgrande facilité et en tres-peu de temps.
Les soins que l’on doit accorder aux greffes des plantes annuelles sont moins assujettissans encore que ceux que nécessitent les arbres. Ici l’on peut, sans crainte, supprimer tous les bourgeons du sujet.
La seule précaution à prendre, précaution qui n’est pas indispensable, c’est d’abriter la greffe de l’aspect immédiat des rayons solaires, en enveloppant d’une feuille les parties opérées.
Greffe (L) d’un artichaut sur chardon lancéolé.
Orérarion. Tailler en lame de couteau la tige de la greffe près de sa racine, et l’irsérer dans une fente pratiquée sur le sujet en face d’une feuille. (PZ. 55, fig. L.)
Cette opération se fait la seconde année, avant la floraison.
à fleurs à mesure qu’ils paraissent, il continue de vivre, il s'élève en arbrisseau , devient bisannuel, et quelquefois trisannuel si, la seconde année, onile prive encore des boutons qui doivent produire les graines.
LA
Grefte (M) Tomates sur pommes de terre.
OPÉRATION. Elle est la même que pour la greffe précédente.
Elle se fait au mois de mai. (P/. 55, fig. M.)
Usaces. « Si en greffant des tomates sur pommes de terre ( c’est M. Tschudy qui parle), on parvient à obtenir une récolte égale à deux, à doubler un jour l’héritage du pauvre, il restera encore à examiner si le sol ne sera pas épuisé dans une mesure égale à deux.
» La nature nous permet de lui imposer de douces contraintes : j'avoue que celle-ci est un peu forte. Ne précipitons pas notre jugement , et continuons à marcher vers un but aussi désirable, afin d’en mesurer avec préci-
sion les avantages et les inconvéniens. »
Greffe (N) d'un melon sur tige de concombre.
Opération. Lorsque le melon est parvenu à la grosseur d’une noix, coupez la tige un pouce et demi au-dessous de l'insertion du pédoncule; taillez en coin cette section de tige, et introäuisez ce coin dans une incision oblique, antérieurement pratiquée, en posant la pointe de l'instrument dans l’aisselle d’une feuille que vous aurez soulevée. (PZ. 55, fig. N.)
UsaGes. En greffant sur concombres à différentes époques, depuis le mois de mai jusqu’au mois de juin, M. Tschudy a obtenu, en 1819 , des fruits de melon depuis le 15 septembre-jusqu’au mois de novembre, et ces fruits furent trouvés meilleurs que ceux qui étaient
venus sur leurs propres pieds.
DES GREFFES. 477 Ici se termine la description de toutes les greffes connues Jusqu'à cette époque. Il me reste cependant encore à parler de plusieurs opérations de culture, que quelques agronomes avaient regardées comme des greffes , mais que l'expérience nous force de considérer maintenant sous un autre aspect. lux Plusieurs auteurs prétendaient autrefois que tous les arbres pouvaient être greffés les uns sur les autres, quelle que füt d’ailleurs la différence de leur nature. Columelle , entre autres(1), pour prouver à ses contemporains cette prétendue vérité, planta au pied d’un olivier un jeune figuier, auquel il coupa la tige au collet de sa racine, puis il forma sur l'aire de la coupe qu'il venait de pratiquer une entaille triangulaire et une fente (vor. fig. R, PL. 53); il courba ensuite une branche de l'olivier et l’unit à la racine du figuier par le procédé de la greffe Varron.
L'olivier végéta, et Columelle en conclut qu'il s'était greffé sur le figuier; mais il eut tort, puisque, pour peu qu'il se füt donné la peine d'examiner l'opération, il se serait aperçu que la ge de l'olivier avait poussé de:sa partie opérée
(1) Voyez Greffe (Golumelle) par approche d’une tige sur la racine d’un arbre disgénère. Nouv. Cours d’Azr., t.6, p. 503; ou , Columelle, Des Choses rustiques , liv. 5, p.287, lg. 4, édit. franc: de Cotereau
plusieurs racines suffisantes pour maintenir son existence : il avait donc fait une bouture au lieu d’une greffe. C’est un fait qui doit désormais être regardé comme certain , puisque : pendant douze ans, cette expérience a été répétée au Muséum , et nous à toujours donné les mêmes résultats.
Comment pourrait-il se faire , en‘effet, que des arbres dont la contexture est différente, et dont la sève n’est pas de même nature, pussent s'unir de manière à ne former qu’un seul individu ?
On ne doit pas perdre de vue que dans une greffe, quelle qu’elle soit, le bourgeon ou le rameau inséré végète en grande partie aux dépens de la sève qu'il reçoit du sujet : il faut donc qu'elle soit à-peu-près de même nature que celle qui l'alimentait sur son propre pied; il faut encore que les canaux qui charrient dans les deux individus les liquides nourriciers aient dans leur organisation et dans leur disposition une certaine analogie.
En vain on s’efforcerait d'obtenir des résultats durables en greffant ensemble dés arbres de déux familles différentes, parce que les mêmes lois qui président à l’organisation extérieure des végétaux président sans doute aussi à leur organisation interne, et que là seulement où ily a des rapports dans la disposition des parties: ex-
DES GREFFFS. 479 ternes il doit exister intérieurement une con: formité assez grande pour faireréussir les greffes.
Quelques exemples prouvent qu'un végétal peut s'unir à un végétal d’une texture différente : mais ils prouvent aussi que l’union n’est pas durable. Greffez un frêne sur un lilas : en peu d’années les deux individusn'existeront plus, parce que le lilas entre en sève bien. plus tôt que le frêne : d'ou il résulte que ce dernier recoit un excès de nourriture lorsqu'il commence à peine à végéter, et qu'il ne peut plus tirer du sujet aucun aliment à l’époque à laquelle il'en a le plus besoin pour sa croissance. Le même effet a lieu si l’on unit un laurier- cerise à un prunier, parce que l’un estun arbre toujours:vert, qui a bientôt épuisé l’autre.
On ne peut pas, avec plus de succès, greffer des végétaux de même famille , lorsqu'il y a beaucoup de disproportion entre l’accroissementque peuvent prendre les deux individus. Que l’on ente, par exemple, un arbre sur un arbrisseau, il se formera au lieu de l'opération un bourrelet, qui occasionnera bientôt la mort de l’un et de l'autre , parce que la sève descendante du premier ne trouvera pas d'issue pour arriver jusqu'aux racines du second. (Joy. fig. H H, PL. 56.) Le contraire aura lieu si l’on greffe un arbrisseau sur un arbre, comme on peut le voir, fig. IT
de la même planche. Toutes les fois enfin que la nature des végétaux greffés sera différente, on n’obtiendra aucune réussite durable.
Dans ces derniers temps, M. Noisette (1) voulut greffersur le cactus opuntia un crassula : il pratiqua, pour cela , sur les larges feuilles du cactus, des incisions longitudinales, dans lesquelles il inséra les greffes. (7oy. fig. MM, PL. 55.) Ces dernières ne périrent point : elles poussèrent des racines qui s’implantèrent dans les feuilles du sujet, et qui s’étendirent mêrne dans l'atmosphère, où elles puisèrent sans doute aussi des fluides nourriciers (2). Il faut bien que les plantes grasses
(1) Voyez Greffe (Noisette) en ramilles, de jeunes branches , ou de feuilles de plantes grasses. Nouv. Cours d' Ar. , 1.6, p. 5r2.
(2) M. Noisette, dans son Manuel complet du Jardinier, s'exprime ainsi :
« M. Thoüin, en plaçant cette greffe dans sa Monographie , s’est trompé sur les résultats, et l’erreur de cet homme, aussi savant en agriculture que respectable par ses vertus privées, vient sans doute de ce que les jardiniers , en l’exécutant dans les serres du Jardin du Roi, n’ont pas exactement suivi les renseignemens qu'ils ont dû venir chercher dans notre établissement. M. Thoüin dit : « Les parties insé- » rées vivent et poussent, non pas à la manière des greffes, » mais bien des plantes parasites. » Cela peut être, si, comme il le recommande plus haut, on greffe des crassula et des cotylédons sur des cactus et des opuntia. La raison en est que ces espèces n'ayant pas assez d’analogie, les grefles,
DES GREFFES. 4Bx soient organisées de manière à absorber avec une grande facilité les gaz répandus dans l'air, puisque , malgré que leurs feuilles et leurs tiges épaisses et charnues aient besoin d’une nourriture abondante , elles croissent, pour la plupart, en des sols peu profonds etsouvent encore moins substantiels : il n’est pas rare, en effet, de voir ces plantes végéter sur des rochers et des toits de maison, à peine recouverts d’une légère couche de terre.
On peut citer encore parmi les exemples de greffes qui ne sont par le fait que de véritables boutures, celle qu'Olivier de Serres a décrite dans son Théâtre d'Agriculture, en parlant des fleurs d'ornement des jardins. « Pour meslinger, » dit-il (r), et changer les œillets, l’on les ente » en escusson, en fente aussi; en ceste facon, » très-rarement : et en quelque manière que ce » soit, est nécessaire d'y apporter de la curio- » sité, pour la faiblesse de la plante. Moyennant » lequel ordre recouvre-t-on des œillets verts,
au lieu de se souder, poussent des racines; mais lorsque les espèces sont analogues, la soudure s’opère, et la greffe
est réelle. (O0. L.) (1) Oliv. de Serres, t. 2, p. 287, 2°. col., alin. 1”., édit.
de la Société d'Agriculture du département de la Seine. Paris, 1805.
» insérant sur des lauriers des jettons d’oœillets
» blancs ; des bleus sur des buglosses, ou sur
» des troncs de cichorée, faisant l’enture un peu » dans terre. » | |
Le même auteur ajoute plus loin (p. 367, ire, colonne, alinéa 17.) : « Par escusson aussi » sesert-on à enter plusieurs plantes à fleurs , à » bouquets, à la médecine , estant un peu fortes : » comme roziers, œillets, violiers, passe-velours, » passe-rozes, buglosses, cichorées et sembla- » bles, pour les bigearrer etdiversifier, etc., etc. »
{ette opinion, accréditée autrefois , a été démontrée fausse par beaucoup d'expériences faites de nos jours. Depuis plus de dix ans, on greffe, au Muséum, en écussons ou par scions , sur des racines de plantes vivaces ou bulbeuses, des espèces congénères et disgéneres. ( Joy. fig. Z, PI. 56.) Ces plantes ont repris quelquefois de bouture ; jamais elles n’ont donné aucun des résultats annoncés par Olivier de Serres.
Voilà pour les boutures auxquelles on avait donné le nom de greffes. Je vais dire quelques mots des semis sur arbres.
La plantation dont il vient d’être question, sur feuilles de plantes grasses, donna l’idée de semer, entre l'écorce et laubier de végétaux ligneux, d'arbustes ou d'arbres, des semences dépourvues ‘ou enveloppées de leurs cotylé-
| DES GREFFES. 483 dons (1). Ges semences se développeront-elles ? Les plantes auxquelles elles donneront naissance se grefferont-elles avec le sujet? Vivront-elles à la manière des parasites ou des fœusses parasites ? Quelles seront enfin les modifications que leur feront éprouver les végétaux sur lesquels elles ont été semées ? Voilà les questions qui se présentèrent tout naturellement.
On avait lieu d'espérer que les germes, développés d’abord par lhumidité répandue sous lécorce du sujet, pourraient bientôt, en prenant de l'accroissement, se greffer avec lui par approche. Il en est arrivé autrement : si parfois les graines ont germé, les jeunes plumules n’ont eu que peu de jours d'existence.
Nos espérances ont également été décues lorsque nous avons essayé de semer dans la moelle d'arbres vivans, auxquels on coupait la tête à cet effet. (PL 56, fig. DD.) Quelquefois, à la vérité, les semences ont germé, parce qu'on a eu la précaution de remplacer la partie supérieure de la moelle par un peu de terre; mais bientôt
apres elles sont mortes, faute de nourriture sans doute.
(1) Voyez Greffe (Bonnet) à la manière des écussons, entre l’écorce et l’aubier, de semences ou de leurs germes séparés des cotylédons. Mouv. Cours d'Agr., t. 6, p. 525.