‹ Cours de culture et de naturalisation des végétauxChapitre 127 sur 135 · JA · texte numérisé non relu

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Peu difficile surle choix du terrain , elle croît dans les sols les plus maigres comme dans ceux de bonne nature; mais elle redoute les effets d’une humidité stagnante.

Ses tubercules sont propres à la nourriture de l’homme ; cuits, ils ont la saveur du cul d’artichaut ; pendant lhiver, on en nourrit le bétail et surtout les bêtes à laine, qu'ils entretiennent en bonne santé.

Ses fanes , tendres et vertes, sont recherchées comme fourrage par les troupeaux.

Ses tiges, qui s'élèvent chaque année de 1°” ,299 à 3,248 ( quatre à dix pieds) de haut, peuvent être employées, quand le bois est rare, pour le chauffage du four et la cuisson des alimens:

On éclate, on coupe par morceaux, ou l’on plante entiers les tubercules de topinambours.

Le terrain propre à les recevoir doit avoir au moins 0,217 (huit pouces } de profondeur; il aura été préalablement ameubli par deux labours, amendé et fumé s’il est possible. | |

La plantation des tubercules se fait, à la fin de l'automne et jusqu’au milieu du printemps, en sillons, derrière la charrue, et à o®,162 (six pouces ) ou 0",325 (un pied) les uns des autres en tous sens. On emploie pour ce travail la houe, la bêche et la binette.

Si l’on peut convenablement sarcler, sarfouer

DES BOUTURES. 499 et arroser par irrigation les cultures de topinambours, on sera certain d'obtenir des récoltes extrêmement abondantes.

Les tubercules de cette plante peuvent rester en pleine terre pendant plusieurs années successives. Ils prennent de l'accroissement pendant trois à quatre ans; mais ils s’'appauvrissent plus tard et il convient de les replanter.

La gesse tubéreuse est une plante vivace indigène à l'Europe ; elle croit abondamment sans culture dans les vignes du département dela Côted'Or et ailleurs.

Elle se plait sur les coteaux, dans les sols sableux et caillouteux, qui ont 0",541 à o,812 (vingt à trente pouces) de profondeur.

Ses tubercules, cuits dans l’eau avec un peu de sel, sont bons à manger ; leur saveur se rapproche de celle de la châtaigne.

Son fanage, vert ou sec, est propre à la nourriture des bestiaux.

Cette plante est peu cultivée en France; mais il en existe de grandes cultures en Gueldre.

On en plante les tubercules entiers par sillons, ou en augets, à 0",081 ou 0,108 (trois à quatre pouces) de distance les uns des autres, et on les cultive du reste comme le topinambour.

Terre-noix. Plante vivace indigène qui croit sans culture dans les départemens de l'Ouest,

parmi les céréales. Ses tubercules ont la grosseur d’une aveline

Elle aime les terrains plats, les sols profonds, substantiels et frais. Sa végétation, qui se fait hors de terre, commence dès la fin de l'hiver et se termine au milieu de l'été.

On mange ses tubercules crus, cuits dans l'eau avec du sel, ou sous la cendre. Ils ont une saveur un peu sucrée et faiblement aromatisée, qui se rapproche de celle de la châtaigne.

Les terres-noix peuvent se récolter des le mois d'août, et se conserver jusqu'à la fin de l'hiver : elles commencent alors à pousser.

On plante les plus petits tubercules entiers, dés le premier printemps, à 0,027 0u0",054 (un à deux pouces) de distance, dans des sillons profonds de 0” ,108 à 0",135 (quatre à cinq pouces).

Cette culture, qui est celle de toutes les plantes rustiques , se borne à des sarclages et parfois des serfouages; elle est tres-peu pratiquée en France, et seulement par quelques amateurs de ces tubercules, dans de petites parties de leurs jardins.

On connaît en France trois variétés de Datates, la rouge, la blanche et la petite de Pensylvanie. Il existe plusieurs sous-variétés de ces trois variétés dans les climats chauds. Le:

Les batates sont des plantes vivaces, à racines

DES BOUTURES. 5o1 tubéreuses , à tiges rampantes, qui végètent en toutes saisons, et poussent de leurs nœuds un grand nombre de racines tuberculeuses.

Ces tubercules font pour ainsi dire la base de la nourriture d’une partie des habitans des tropiques et de la zone torride. Ils les mangent cuits dans l'eau, ou rôtis sous la cendre et préparés de différentes manières. Ils sont farineux, très-sucrés , fort nourrissans et de trés- facile digestion.

Les fanes vertes de cette plante sont un très-bon fourrage pour les bestiaux ; on leur donne, dans les colonies françaises, le nom de boës-batates.

Les diverses variétés de batates aiment les climats les plus chauds, les situations en plaines, les sols légers, substantiels , de 0®,325 à 0",650 (un à deux pieds ) de profondeur, et un peu humides.

Abandonnées à elles-mêmes, elles couvrent une grande surface de terrain au moyen de leurs branches. Une seule touffe plantée au milieu d’un champ peut en couvrir toute la surface en peu d'années.

Ces plantes, apportées de l'Amérique chaude, se sont naturalisées dans le royaume de Valence. M. Picot de Lapeyrouse en à introduit la culture dans les environs de Toulouse. |

Quelques légumistes de Paris en établissent

des cultures, chaque année, sur des couches couvertes de vitraux.

Elles peuvent réussir en pleine terre dans le centre de la France, au moyen de quelques procédés de culture peu assujettissans.

Les tubercules de patates se conservent dans la serre chaude jusqu’à l’époque à laquelle le thermomètre ne descend pas, pendant les nuits, au-dessous de sept degrés au-dessus de zéro; ce qui arrive dans le climat de Paris vers la fin de mai. |

On les plante en pleine terre à des expositions chaudes, sur des buttes tronquées, écartées les unes des autres de deux mêtres au moins.

Ces buttes doivent être composées de terre du sol, mêlée avec un quart de fumier lourd et de vieux terreau de couche bien consommés.

La plantation sur couche et sous châssis a lieu dès le mois d'avril; la terre qui recouvre cette couche doit avoir 0m,325 (un pied) d’épaisseur au moins, et être préparée comme la terre à melons. On plante à 0,325 ou 0" ,406 (douze ou quinze pouces) de distance. À défaut de tubercules , on emploie des boutures de tiges.

Les arrosages doivent se multiplier en raison de la chaleur de l'atmosphère ; on provigne les tiges à mesure qu'elles s’allongent.

1gnames. Ce genre, de la famille des asperges,

DES BOUTURES. 5o3 réunit plusieurs espèces, dont les racines tubéreuses, vivaces , sont d’une grosseur très-considérable ; elles donnent naissance à des tiges sarmenteuses et grimpantes, qui périssent chaque année dans presque toutes les espèces.

Les ignames se plaisent dans les plaines découvertes, et les climats les plus chauds, en terrains profonds, meubles, sablonneux, substantiels et un peu humides.

On les cultive, dans les colonies européennes des deux Indes, pour la nourriture des hommes; leurs tubercules, cuits et préparés de différentes manières, donnent des alimens savoureux , légers et très-sains.

L'une des espèces de ce genre, le dioscorea sativa , apportée de l'Amérique, se conserve depuis long-temps à Malaga en Espagne; c’est la seule partie de l'Europe où cette culture soit établie en grand.

La plantation et la culture des ignames se rapprochent beaucoup de celles des batates; elles en différent cependant en ce qu'on espace les racines un peu moins et qu'on donne des rames aux tiges.

Il est tres-probable qu'on pourrait cultiver cette plante dans le département du Var, à Gênes et en Corse.

L'espèce connue sous le nom de dioscorea vil-

5o4 COURS DE CULTURE.

losa se cultive en pleine terre au Muséum. Elle est originaire de l’Amérique septentrionale.

Souchet tubéreux ( cyperus esculentus ). Plante vivace herbacée , qui s'élève de 0" 162 à 0"32h (six pouces à un pied) de haut. Ses racines, de forme arrondie , sont de couleur brune et de la grosseur d’une noisette. Elles renferment une substance blanche, farineuse, aromatique et sucrée.

Le souchet comestible est répandu en Orient dans les terrains bas , humides, meubles et substantiels. Il a été naturalisé en Espagne, dans le royaume de Valence, où il croît sans culture. On le cultive avec succes dans plusieurs départemens de la France.

Ses tubercules se mangent crus, plutôt comme mets de fantaisie que pour servir de nourriture. Ils sont de saveur douce et agréable.

Réduits en farine, on en compose des émulsions qui ont la saveur de l’orgeat et sont trèsrafraichissantes.

Grillés, broyés et préparés comme le café, on en forme une boisson chaude qui se rapproche, pour la couleur et l'odeur, de celle que fournit cet arbre précieux.

Le fanage de la plante est mangé avec avidité par les bestiaux; on en compose un fourrage sec de bonne qualité, mais peu abondant.

DES BOUTURES. 5oi

Dans les pays froids, les tubercules de cette plante redoutant les gelées de cinq degrés, on les lève de terre à la fin de l'automne pour les en préserver.

On consomme les plus gros, et on réserve les plus petits pour être replantés.

La saison la plus favorable à cette opération est le printemps , à l’époque où les gelées ne sont plus à craindre et où la terre commence à entrer en fermentation.

Sur un terrain nouvellement labouré, de nature un peu humide, on trace, à 0" 135 (trois pouces) les uns des autres , des sillons de la profondeur de o"o41 (un pouce et demi), et l’on y place les tubercules à 0° 135 ( cinq pouces) de distance.

D'autres fois, on fait des augets de om217 (huit pouces ) de large sur 0"081 (trois pouces ) de profondeur, et à 0"162 (six pouces) de distance entre eux. Dans chaque auget, on dépose cinq tubercules , un au milieu , les quatre autres formant les angles d’un carré régulier , et on les recouvre d'un pouce de terre.

Ce dernier procédé convient dans Îles terrains secs; le premier doit être préféré pour les sols humides.

Cette culture, d’abord trop vantée, a fait peu

de progres en France ; elle n’est pratiquée que sur de petites étendues de terrains.

Colocase, chou-caraïbe, chou-caraïbe violet.

Ces trois plantes appartiennent à la famille des aroïdes. La première est nommée arum colocasia ; la seconde, caladium sagittæfolium ; et la troisième , caladium violaceurn (VEnT.).

Leurs racines sont charnues , ovales, de 0” 162 à 0217 (six à huit pouces) de long sur 0"135 à 0”,162 (cinq à six pouces) de diamètre. Elles poussent de leur extrémité supérieure huit ou dix feuilles portées sur des pétioles de 1,298 à 1,624 (quatre à cinq pieds) de long; elles végétent toute l’année. Ces racines renferment une substance farineuse très-abondante, mêlée à un suc propre fort amer.

La colocase croît en Égypte et les choux-caraibesdans l'Amérique méridionale, sur les bords et souvent dans la profondeur des eaux ou des terres limoneuses, riches en humus végétal.

La première se cultive dans quelques bassins des jardins de Rome, et tous les trois se conservent dans les serres des jardins botaniques de l'Europe.

- Les racines de ces aroïdes, après avoir été dépouillées, par l’ébullition, du suc âcre qu'elles contiennent, se coupent par tranches et forment une espèce de potage, nommé calalou dans les

DES BOUTURES. 507 Antilles. Elles sont considérées dans ces pays comme un bon légume, propre à tenir lieu de choux.

Dans les colonies européennes des deux Indes, on cultive les choux-caraïbes sur les bords des eaux et dans des marais submergés pendant différentes époques de l’année.

Leur plantation s'effectue à l’approche de la saison des pluies, et se fait dans des trous pratiqués avec la houe et la bêche.

Les tubercules s’enterrent de toute leur hauteur; on ne laisse hors du sol que la partie d’où sortent les feuilles. Quand ils sont arrivés à leur grosseur, on les arrache pour la consommation, et l’on replante à leur place les jeunes œæilletons qui sortent des grosses racines.

Il est tres-probable que la colocase, qui résiste en plein air, au milieu des eaux, dans le bassin du palais Farnèse, à Rome, pourrait être cultivée dans la partie méridionale de la France et y donner des produits utiles à la nourriture de ses habitans.

Le manioc (jatropha manihot) est une plante vivace, demi-ligneuse , qui acquiert la taille d’un arbrisseau. Sa racine, très-volumineuse, renferme une grande abondance de fécule d’un beau blanc, mêlée à un suc propre, qui est un poison violent pour les hommes.

Ce végétal croit sous la zone torride et dans les latitudes qui en sont voisines. Il aime une terre profonde, meuble, douce, substantielle et fraiche.

On le cultive dans toutes les colonies européennes des deux Indes ; les nègres l'ont transporté dans tous les pays chauds qu’ils habitent.

La racine de manioc, râpée et purgée de son suc au moyen d’une forte compression, devient une farine avec laquelle on fait le pain de cassave. Ce pain, qui a une saveur particulière, sert de base à la nourriture des nègres en Amérique. Les créoles l’aiment beaucoup et le préferent souvent au pain de froment. Il est très-nourrissant, léger et d’une saveur fort agréable pour les personnes qui y sont accoutumées.

Le manioc se multiplie de boutures faites avec des branches de la grosseur du doigt et d'environ 0,271 ( dix pouces ) de long.

On plante ces boutures dans des terres préparées par un labour à la houe.

La saison la plus favorable est celle où les pluies commencent à tomber.

La plantation se fait, au moyen du plantoir, par lignes distantes de o",812 (deux pieds et demi) les unes des autres.

On multiplie aussi le manioc par ses graines , qu'on sème en planches et dont on cultive les

DES BOUTURES. 50g jeunes plants de la manière indiquée pour les boutures.

Le manioc, l’igname, les batates et les bananes font la partie essentielle de la nourriture des Indiens et des nègres de la zone torride et la base de leur économie rurale.

Jamais le mal ne fut plus rapproché du bien que dans la racine de ce végétal ; sa fécule alimente notre vie, son suc apporte la mort.

Tubercules de fleurs. Dans les jardins ffeuristes, on cultive plusieurs plantes à racines tubéreuses, telles que les anémones, les renoncules et les semi-doubles. |

Ces plantes sont vivaces par leurs racines, qui ont la figure de griffes, de pattes, ou sont de forme arrondie. Leurs fanes durent à peine huit mois , et leur végétation, suspendue pendant les quatre autres mois, peut l'être pendant une et même deux années.

L’Asie mineure et les îles de l’Archipel sont la première patrie de ces plantes, qui ont été ame. nées à l’état de domesticité par une longue succession de culture dans nos jardins.

De simples que sont leurs fleurs dans la nature , elles sont devenues, par la culture, semidoubles , doubles , pleines, et variées des plus belles couleurs. Toutes les années, il en nait de nouvelles variétés plus ou moins intéressantes.

On ne peut les conserver dans leur beauté que par la culture ; si on les abandonne à elles-mêmes, elles périssent ou rentrent dans l’état sauvage.

Ces plantes sont employées à la décoration des parterres dans toute l'Europe. On en compose des plates-bandes, on en garnit les appartemens et l’on en fait des bouquets.

Elles font l’objet d’un commerce assez étendu en France et en Hollande.

La terre la plus convenable à ces plantes doit être douce , meuble, substantielle et fraiche.

Onles plante par planches ou en plates-bandes, par lignes à 0®,135 à o",189 (cinq à sept pouces) de distance , et à 0,081 ou 0,135 (trois à cinq pouces) de profondeur.

La fin de l'automne est la saison la plus favorable à leur plantation en pleine terre. Sion veut les cultiver en pots pour l’ornement des appartemens pendant l'hiver, on choisit le mois de septembre; les pots sont alors placés sous des chässis ou dans des serres.

Lorsque la végétation de ces plantes est terminée, ce que l’on reconnaît au desséchement complet de leurs fanes, vers le mois de juin, par un temps sec, on releve de terre les tubercules et on les place dans les tiroirs à cases pour y rester Jusqu'à l’époque de la plantation. |

On cultive dans les jardins d'agrément et dans

DES BOUTURES. DIT ceux de botanique plusieurs autres espèces de plantes à racines tuberculeuses, tant en pleine terre que dansles orangeries, les serres et les baches , telles que les dahlia , slycine apios, cyclamen, rumex tuberosus,geranium triste, canarina, amomum , curcuma , gloriosa superba et autres.

Les tubercules de la plupart de ces plantes n’ont pas besoin d’être relevés de terre chaque année comme ceux des précédentes.

On se contente de les séparer de leurs mèresracines , pendant le repos de la sève, lorsqu'on veut les multiplier, et on les cultive comme les touffes principales.

ExemPze VI. — Boutures par bulbes ou oignons.

Les bulbes sont des corps charnus, arrondis, composés de tuniques concentriques ou d’écailles portées sur un plateau garni à sa base de racines fibreuses. Ce sont de vrais bourgeons, et non des racines.

Les plantes bulbeuses composent la grande et belle famille des liliacées. Linnæusles a nommées avec raison /es patriciennes du règne végétal, distinguées par leurs habits de couleurs éclatantes.

Elles sont, pour la plupart, étrangères à l’Europe : l'Asie, l'Afrique et l'Amérique en fournissent un grand nombre.

Cette famille réunit beaucoup de plantes utiles

5r2 COURS DE CULTURE.

dans l’économie rurale et domestique : l'oignon, l'ail, l’échalotte et le safran.

Un grand nombre sont cultivées dans les jardins d'agrément et de botanique : les jacinthes, tulipes , narcisses, jonquilles, ornithogales, lis, scilles, muscaris, amaryllis, et plus de deux cents espèces réunies en cinquante genres.

L'époque de la transplantation des plantes bulbeuses est limitée entre le desséchement de leurs fanes et le renouvellement de leur végétation; c’est-à-dire entre la mi-juillet et le mois d’octobre. Pendant cet intervalle, les racines et le chevelu sont morts.

Lorsqu'on lève les oignons pendant qu'ils végètent , ils courent le risque de périr , parce que la sève descendante n'ayant pas lieu, les bulbes s’'appauvrissent et ne peuvent fournir à une nouvelle pousse.

Les végétaux bulbeux croïssent de préférence dans les terrains meubles, sableux , amendés par des terres et bonifiés par des engrais végétaux.

Ils redoutent en général les engrais tirés du règne animal, à moins qu'ils ne soient réduits en terreau consommé. "SL

Leur préparation, pour être plantés, se borne à séparer les caïeux'et’à supprimer les tuniques extérieures sèches ou pourries des oignons. Les boutures des fleurimanes se font en coupant en

DES BOUTURYS. M deux ou plus de parties les bulbes dans le sens de leur hauteur, et de manière à laisser à chacune une portion de placenta. Cette opération s’effectue avec un instrument bien tranchant, et sur lequel le suc propre du végétal ne puisse produire d’oxide. On laisse ces portions d'oignons se ressuyer à l'air pendant quelques heures, avant de les mettre en terre.

On les plante en planches, par lignes espacées, suivant la grosseur des bulbes et l'ampieur de leurs fanes, depuis o®,081 (trois pouces) pour les plus petites, comme les jonquilles, jusqu’à 0%,325 (un pied) pour les plus grosses, telles que la belladone d'été.

La profondeur varie suivant les climats, la nature de la terre et les espèces. Le safran veut être enterré de om,217 à oM,271 ( huit à dix pouces) dans le Nord, et de 0",108 à 0,162 ( quatre à six pouces) seulement dans le Midi, où il ne craint pas les gelées : les caïeux croissent au-dessus des oignons et les remplacent.

L'époque de la plantation diffère selon la nature des espèces.

Les aulx se plantent de caïeux au premier printemps, dans le Midi, où l'on en fait un grand commerce.

L'oignon de cuisine se met en terre au milieu du printemps pour en obtenir des graines.

Les safrans d'automne se plantent au mois d'août.

Les tulipes, les jacinthes et autres fleurs bulbeuses d'agrément, à la fin d'octobre.

Les espèces des climats chauds se plantent en septembre, dans des pots qu’on rentre l'hiver sous des châssis ou dans les serres : telles sont toutes les liliacées du Cap.

D'ailleurs, on est averti du moment convenable à la plantation des bulbes par leur entrée en végétation, dans les cases des tiroirs qui les

contiennent.

ExemPLe VII. — Boutures par caieux.

Les caieux sont de petits oignons produits par les gros, et qui en ont la forme et l’organisation. Ils croissent à côté, dessus et dessous les bulbes qui leur donnent naissance.

La séparation des caïeux doit se faire lors de l'inaction des bulbes, peu de jours avant leur plantation.

Il ne faut point se servir d'instrumens métalliques pour les espèces délicates, mais d’un couteau de bois ou d'ivoire , parce que le suc propre de plusieurs de ces oignons produit sur Îles métaux une couche d’oxide, ordinairement trèes-nuisible à la végétation de ces plantes.

On ne doit séparer les caïeux des oignons que

DES BOUTUREFS. 515 lorsqu'ils sont bien formés, et qu'ils ont un placenta particulier.

Grand nombre d'espèces de liliacées ne se multiplient que par les caïeux , ou se propagent plus promptement par ce moyen que par les semences. Les fleurs doubles et pleines sont dans ce cas.

Ils doivent être plantés plus rapprochés et moins profondément que les gros oignons. Les plus petits des espèces délicates se plantent dans des pots, terrines ou caisses, et doivent rester en terre deux ou trois ans pour prendre de la force.

Leur culture est la même que celle des oignons.

Les fleuristes multiplient de caïeux la plupart de leurs belles variétés de jacinthes, de tulipes, de narcisses; pour déterminer la formation de ces caïieux sur des oignons peu disposés à en produire naturellement, ils blessent en les plantant, avec le bec de la serpette, le placenta sur plusieurs points de sa circonférence.

ExemPpre VIIL — Boutures par écailles.

Plusieurs bulbes de liliacées, au lieu de tuniques concentriques placées sur un plateau commun , ont des écailles qui les remplacent et composent l'oignon. Elles sont de différentes formes et de diverses épaisseurs. En séparant ces écailles le plus près possible du placenta, sur le-

quel elles reposent, et en laissant une petite por-

on de ce corps charnu à chacune d'elles, on obtient de nouveaux individus, qui, dans l’espace d’un à cinq ans, produisent des fleurs et acquièrent le volume et la forme des oignons adultes. C'est ainsi qu'on multiplie très-abondamment, dans les jardins fleuristes et de botanique, plusieurs espèces de martagons, de fritillaires , d’hæmanthus et autres plantes bulbeuses.

ExempPre IX. — Boutures par filets.

On appelle filet ou blanc de champignon le réseau de filamens blancs qui s'étend sous terre, à quelques centimètres de profondeur, et qui produit le champignon comestible (agaricus campestris). Plusieurs botanistesregardent l’ensemble de ce réseau comme une plante complète qui vit sous terre, et les champignons qu'il produit, comme la fructification de ces mêmes plantes.

Quelle que soit l'opinion que l’on prenne d’une organisation aussi singulière, les jardiniers et les maraichers de Paris coupent ces filets en un grand nombre de parties, en font des espèces de bou: tures, qu'ils placent, avec la gangue dans laquelle ils ont cru, dans les feuillets d’une couche de chaleur douce, qu’ils nomment meule à champignons. Bientôt les filets se gonflent, s'étendent sous la surface extérieure de la couche, la remplissent de ces filamens blancs , et poussent au dehors du terreau dont elle est couverte une

DES BOUTURES. 517 srande quantité de champignons, qui viennent par groupes ou par familles, et couvrent toute sa surface.

Ces couches étant épuisées et ne donnant plus de champignons, on les démolit, et le fumier qui les composait, étant rempli de blancs de champignons, est levé par plaques et placé au sec dans un grenier, où il peut rester plusieurs mois, et même des années entières sans végéter, en conservant toujours la propriété de fournir des champignons, si on le cultive convenablement.

Cette culture occupe beaucoup de cultivateurs, qui la pratiquent en plein air pendant l'été, et pendant l'hiver dans des celliers ou des caves. Elle est fort minutieuse et très-assujettissante ; mais ses produits sont très-avantageux. Il est présumarble qu’on pourrait multiplier, par des moyens à-peu-près semblables, plusieurs autres espèces de champignons bons à manger, tels que la morille (clathrus cuncellatus), loronge (agarieus au rantiacus, Buxx..), les mousseronset autres plantes de cette famille.

DEUXIÈME SECTION

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