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BOUTURES AU MOYEN DE PARTIES ASCENDANTES

Elles s'effectuent avec la série de parties des

végétaux qui vivent hors de terre ou dans Pair. Le but de l'opération est de faire produire

des racines à ces boutures, qui, séparées de: leurs pieds, en sont privées, et, par ce moyen, d’en faire des êtres complets qui augmentent le nombre des individus.

Plusieurs de ces sortes de boutures s’exécutent en grand dans les campagnes ; d’autres se pratiquent dans les pépinières; et enfin le plus grand nombre s'effectue dans les jardins.

Exempce 1°".— Boutures par soboles.

Les soboles sont de petits corps charnus, de nature tubéreuse ou bulbeuse, qui occupent la place des semences et en ont les propriétés, ou qui croissent sur les tiges , dans les aisselles des feuilles de plantes que, pour cette raison, on nomme sobolifères ou bulbiferes. Ce sont les vivipares du règne végétal.

Les soboles bulbeuses se nomment vulgairement rocamboles. On les rencontre communément dans les genres de Pail, du lis, de l’agavé, du crinum , de l'ixia, du pancratium, du glaieul, etc. Les tuberculeuses se remarquent dans quelques espèces de polypodes, de graminées, de dentaires, d’ignames, etc.

Ces petits corps vivent aux dépens de la substance de leur mère, jusqu’à ce qu’ils laient épuisée, et souvent ils la font mourir. Ils poussent leurs tiges : quelques-uns fleurissent et donnent

DES BOUTURES, 519 des soboles à leur tour, en vivant sur la mèreplante; mais le plus souvent, arrivés à leur grosseur, ils tombent à terre, y poussent des racines, et vivent de leurs propres moyens.

Lorsque les soboles sont parvenues à leur grosseur, et qu’elles quittent leurs supports avec facilité, on les recueille, on les conserve pendant quelques jours, et même plusieurs mois, dans un lieu sec; ensuite on les plante dans une terre non humide, de la nature qui convient à chaque espèce. Placées dans le lieu le plus propre à leur culture, elles ne tardent pas à pousser des racines , et deviennent bientôt des plantes complètes.

Il faut espacer les soboles du double de leur grosseur, et ne les recouvrir que d’une épaisseur de terre égale à la moitié environ de leur diamètre. Il est important de les défendre des pluies abondantes , de ne leur donner d’eau que lorsqu’elles poussent , et de supprimer tout arrosement, dès que les fanes sont desséchées.

On ne doit relever les soboles des liliacées que vers leur troisième année, époque à laquelle les oignons sont bien formés. és

Les soboles des plantes des autres familles doivent toujours rester en terre, et toutes doivent être cultivées comme les plantes qui les ont produites.

Ce moyen est employé dans les jardins potagers , pour la culture de la rocambole ( allium scorodoprasum), et dans ceux de botanique, pour la multiplication de beaucoup de plantes étrangères.

ExempLe IL. — Boutures par bourgeons. (Bois de deux à trois mois.)

Le bourgeon qui est le produit d’un œil ou gemma, est ainsi nommé depuis qu'il est sorti de ses enveloppes hivernales, pour la plupart de nos arbres indigènes, et des aisselles des feuilles, pour les végétaux qui n’ont pas de gemma écailleux, jusqu'à l’époque à laquelle il cesse de s’allonger. Lorsque son extrémité se trouve terminée par un œil bien formé , il cesse de croître en longueur, et prend le nom de ramille, qu’it perd à la sève suivante, pour prendre celui de rameau , et ensuite celui de branche, comme nous l’avons déjà dit précédemment. C’est surtout dans ce genre de multiplication qu'il convient de distinguer exactement les différens états des parties qui constituent les branches, parce qu’elles ont des propriétés très-différentes. Les unes perdent, dans le cours d’une année, les glandes corticales propres à donner naissance à des racines; les autres les conservent pendant plusieurs années , et toujoursavec cette propriété, Il en est plusieurs

DES BOUTURES. Sat qui semblent même l'acquérir en vieillissant, comme on le verra dans la suite de ces exemples.

On peut faire des boutures par bourgeons avec des plantes à bois mou, à bois ferme et à bois dur : tels sont, dans les bois mous, la capucine à fleur double, le senecon élégant, le chrysanthème des jardins ; dans les bois fermes, l'héliotrope du Pérou, les giroflées jaunes; et dans les bois durs, les myrtes et les buis. Beaucoup d'arbres et d’arbustes du cap de Bonne- Espérance, de la Nouvelle-Hollance et des climats chauds, dont les yeux ne sont pas renfermés sous des écailles, réussissent mieux de cette maniere que de toute autre.

Cette espèce de bouture est l’une des plus ordinaires dans les jardins fleuristes et de botanique.

ExEemPLe II. — Soutures par ramilles. (Bois de quatre à cinq mois. )

Les ramilles, ainsi que nous l’avons déjà dit ci-dessus, sont des bourgeons, produits de la dernière sève , qui ont cessé de croître en longueur, et dont l'extrémité est terminée par un œil bien formé. On les emploie avec succès pour la multiplication d'arbres et arbustes, dont les glandes corticäles , dans les bourgeons de ces mêmes végétaux , n'étant pas parfaitement conformées , ont plus de tendance à pourrir qu'à pousser des

racines. Telles sont diverses espèces de phylica, d’elæagnus, de vitex, de lantana, de saules, de platanes , etc.

On fait usage de ce moyen Fe les pépinières et dans les diverses espèces de jardins.

ExEMPLe IV.— Boutures par ramnilles renversées. (Bois de quatre à cinq mois.)

Cette bouture n’est qu'une variété de la précédente; elle ne s’en distingue qu’en ce que ses ramilles tiennent au rameau qui les a produites, et qu’au lieu de les planter dans leur position verticale , on les enterre la tête en bas, comme si elles étaient des racines, en ne laissant sortir de terre qu'environ 0",040 (un pouce cinq à six lignes ) du gros bout du rameau sur lequel elles sont placées.

Olivier de Serres recommande ce moyen de multiplication pour se procurer des arbres fruitiers nains, qui fructifient plus tôt que ceux qu’on obtient de greffe, et donnent des fruits plus hätifs, plus gros et plus savoureux que les autres arbres. Il en a éprouvé l'effet sur le figuier, le grenadier, le coignassier et le coudrier. Le figuier surtout lui a donné les résultats les plus satisfaisans (1).

(1) Théâtre d'Agriculture , ou Mesnage des champs ; 1. A, p. 371, 1°. col. de l'édition publiée par la Société d’agriculture de Paris. C’est cette édition que nous citerons toujours, comme étant la plus complète et ia plus exacte.

Rozier a tenté la mème expérience sur des ramilles du groseillier, de l’aubépine et du grenadier, qui ont parfaitement réussi (1). Il lavait répétée sur l'olivier et sur plusieurs autres espèces d'arbres; mais la mort ne lui a pas laissé le temps d'annoncer le résultat de ces nouveaux essais.

L'exemple placé dans l'Ecole d'agriculture pratique du Muséum offre des groseilliers épineux et à grappes , des grenadiers et des elæagnus. Le temps fera connaître jusqu’à quel point on peut compter sur les avantages de ce procédé, tresrarement employé dans les jardins de l'Europe. Quelques personnes croient qu'il pourrait bien être celui que les Chinois mettent en usage pour se procurer les arbres fruitiers nains qu'ils cultivent dans des vases, et dont ils ornent leurs jardins en miniature (2).

ExemPLe V. — Boutures par rameaux. (Bois de neuf à dix mois.)

Le rameau est le produit des deux croissances opérées par les deux sèves de l’année précédente.

(x) Cours complet d’ Agriculture, t. 1, p. 445, 2°. col.

(2) Voyez les papiers peints à la Chine, qui représentent des jardins chinois : on y remarque des figures de beaucoup d'arbres fruitiers nains, cultivés dans des vases, et chargés de beaux fruits.

Il se distingue très-bien dans les arbres à boutons écailleux , un peu moins facilement dans les autres végétaux ligneux.

Ces rameaux, dont le bois est aoûté, et sur l'écorce desquels se trouve une grande quantité de glandes corticales bien conformées, sont généralement plus propres à pousser des racines que toute autre partie plus âgée, dans laquelle ces glandes sont ou oblitérées ou recouvertes d’un épiderme plus sec, plus épais, et qui oppose plus de résistance à la sortie des mamelons qui doivent former les racines.

Cette sorte de bouture est communément employée pour la multiplication du plus grand nombre des végétaux ligneux étrangers qu’on cultive en pleine terre dans les pépinières et les diverses sortes de jardins.

ExEempPLe VI.— Boutures par rameaux avec talon. (Bois de neuf à dix mois. }

Celle-ci n’est qu’une variété de la précédente. Ce qui en fait la différence, c'est qu’au lieu de couper le rameau à quelque distance du point où il s’unit à la branche, on le coupe tout près de cette partie et avec le talon, le petit bourrelet ou l’empatement qui se trouve à sa naissance. D’autres fois , au lieu de couper ce rameau, on l’arrache avec effort, de manière à

l'enlever avec une petite portion du corps ligneux de la branche sur laquelle il est né. On nomme les rameaux ainsi arrachés boutures en pied de biche; mais on ne doit employer ce dernier moyen que sur des arbres vigoureux, ou à la possession desquels on attache peu de prix, attendu qu'une telle opération, trop répétée, forme des plaies, qui occasionnent plus tard aux branches des maladies souvent mortelles, si, pour arrêter les progrès du mal, on ne prend le parti de les couper au-dessous de l’endroit d’où la bouture a été arrachée.

Ces deux sortes de boutures offrent, pour beaucoup d'arbres, une chance de plus en faveur de la réussite, parce que le talon, et encore mieux le pied-de-biche , qui sont des bourrelets tout formés, réunissent un plus grand nombre de glandes corticales et sont plus disposés à produire des racines que les autres parties de la bouture qui se trouvent enterrées.

Les pépiniéristes et les jardiniers font un grand usage de ces deux sortes de boutures.

ExempPLe VII — Boutures par crossettes. (Bois de trois sèves. )

Cette bouture se fait avec le bois des trois précédentes sèves, non compris celle de l’année. On supprime, à l'extrémité supérieure de la cros-

sette, tout le bois herbacé de cette derniére sève, auquel on ne laisse que la longueur de deux ou trois yeux, et lon coupe le bois de la sève la plus ancienne à la longueur de douze à quinze centimètres (de quatre pouces quelques lignes à cinq pouces quelques lignes ). Ainsi cette bouture est formée de trois portions de bois, dont l’une, de huit centimètres (trois pouces), a dixhuit mois; la seconde, de vingt-six centimètres {environ dix pouces), a un an; et la troisième, d'environ huit centimètres (trois pouces), n’a que six MOIS.

On donne plus particulièrement le nom de crossettes aux boutures de la vigne, parce qu'elles ont la figure d'une petite crosse. On les appelle aussi nailloles, malléoles, du mot latin malleolus, qui signifie petit maillet , instrument avec lequel elles ont quelque ressemblance. Dans d’autres endroits, on les nomme broches ou chapons , désignation dont il est difficile de donner une étymologie raisonnable.

Cette sorte de bouture offre des eisabes plus nombreuses que les précédentes, pour multiplier la vigne et beaucoup d’autres végétaux sarmenteux , à cause de la différence d’âge des bois dont elle est composée, sur lesquels se trouvent des glandes corticales dans différens états. Les bourrelets formés à la naissance de chaque

DES BOUTURES. EL; pousse sont d’ailleurs des points très-favorables à la production des racines.

On ne plante pas les crossettes perpendiculairement, comme la plupart des autres sortes de boutures ; on les couche presque horizontalement dans de petites fossettes creusées à onze ou seize centimètres (de quatre à cinq et six pouces) de profondeur, et on ne laisse sortir de terre qu’un, deux ou trois yeux de l'extrémité supérieure du rameau. ;

Ce moyen est employé en grand pour la multiplication de la vigne, dans tous les pays de vignobles ; pour celle du figuier et de l'olivier, dans les climats chauds; dans les pépinières, pour celles des clématites, des bignones et autres arbrisseaux sarmenteux, et dans les jardins de botanique, pour la propagation des différentes espèces de poivres , d’atragènes,deménispermes, de elycinés, etc.

Les anciens agronomes croyaient qu'en Ôtant la moelle aux crossettes de vignes , on obtenait des raisins sans pepins (r) ; mais des expériences faites dans un temps plus rapproché du nôtre n'ont pas confirmé cette opinion.

(1) Olivier de Serres, Théâtre d'Agriculture , t. 1, p. 259,

re

1°, col.

ExemPLe VIIL — Boutures fourchues. | Bois de trois sèves. )

Ces boutures sont, comme les précédentes, formées avec le bois produit par les trois dernieres sèves des deux précédentes années ; mais au lieu de n'avoir qu’un seul rameau, elles en ont deux, qui, avec la partie de l’ancien bois, forment un Y. Elles partagent les avantages de la crossette, et ont un but d'utilité de plus.

Ces boutures, qui ont de vingt à trente-six centimètres (de sept pouces et demi à plus d’un pied) de long, sont enfoncées en terre jusqu’à la profondeur de huit centimètres (trois pouces ) audessus du jambage de lY ou de la fourche, dont les deux côtés restent à découvert au-dessus du sol, de deux à trois yeux. On les plante par lignes à la place ou elles doivent rester, dans de petits rayons , et à seize ou vingt-cinq centimètres (six à neuf pouces) les unes des autres.

Ces boutures, recommandées par M. Laporte Blanval (1), sont très-propres à former des haies croisées , dans les terrains voisins des fleuves et

(1) Voyez son ouvrage intitulé : Coup-d’œil rapide sur l’agriculture du département du I ’uy-de-Dôme , p. 55 et 24, imprimé à Clermont-Ferrand,

DES BOUTURES. 529 sujets à être inondés en différentes saisons, pour empêcher les eaux d'y former des ravines. On les effectue avec des saules, des peupliers et des su reaux. Le tamaris de Narbonne, l’argousier rhamnoïde, le chalef à feuilles étroites peuvent être employés au même usage et avec autant d'avantage.

Exempce IX.—Boutures en fascines. (Bois d’une, deux , trois et quatre sèves. )

Ce sont des ramilles, des rameaux et de petites branches tenant ensemble et formant de petits fagots aplatis, d’un à deux mètres de long (trois à six pieds), et de deux décimètres (sept à huit pouces) d'épaisseur environ, placés par lits avec de la terre ou du sable , et par échelons , de manière à former des talus plus ou moins en pente sur les bords des eaux.

Ces sortes de boutures se pratiquent dans le nord de la France avec toutes les espèces d’osiers, de saules, de marsaults, de peupliers et autres arbres aquatiques ou riverains. Dans le midi de ce même pays, on peut y joindre le tamaris et le chalef.

Elles fournissent non-seulement le moyen de fixer les sables mouvans, d’affermir les berges, d’empécher les eaux douces de dégrader les rivages, mais encore de les fortifier et de les éten-

dre aux dépens du lit des eaux.

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