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Ce moyen est employé dans plusieurs pays, sous différentes zones ; il est souvent plus efficace pour défendre les rives du ravage des eaux que des travaux d'art très-dispendieux à établir.

Exeupce X.— Bouiures par ramées. (Bois d’une, deux, trois et quatre sèves. )

On donne le nom de ramées, dans beaucoup de pays, à des branches du troisième et du quatrièmeordre, qui sont garnies d’un grand nombre de rameaux, de ramilles et de bourgeons , et qui ont souvent cinq à six mètres (de deux à trois toises ) de longueur.

Elles sont couchées horizontalement sur un sol meuble, et recouvertes de terre ; savoir, les parties les plus grosses des branches, de trois décimetres ( onze pouces et plus ) ; les rameaux; de deux décimètres | sept à huit pouces) , et les ramilles , de: deux centimètres (neuf lignes). Toutes es parties, ayant été rognées par leur extrémité supérieure d’un à trois centimètres (dercinq lignes un pouce environ }, sortent de terre de la longueur de deux yeux. 1

Ce mode de bouture est employé dans lemidi de la France poür former des mères d'oliviérs; elles produisent, pendant un grand nombre d’ännées , beaucoup de jéunes plants francs de pied , qui, en raison de ce'que les ramées ont été choi-

DES BOUTURES. 531 sies sur les meilleures variétés cultivées, n’ont pas besoin d’être greffés. On s’en sert aussi pour former des oseraies, des saulaies dans les terrains aquatiques , à l'effet de les affermir, et d’occasionner par la suite l’'exhaussement du sol. Enfin on l’emploie à fixer les sables mobiles des bords de la mer.

Des saules, des peupliers, des tamaris, des argousiers , des chalefs, des aunes , des tilleuls, des platanes, des cyprès à feuilles d’acacia et autres, se prêtent à ce mode de multiplication, sous différens climats et dans divers sols.

ExemPLe XI. — Boutures par plancons. ( Bois de six sèves ou de trois ans. )

Le plancon ou plantard est le plus ordinairement formé d’une branche du troisième ordre , de quatre à huit centimètres (un à trois pouces environ) de diamètre, et de deux à trois mètres (six à neuf pieds) de long, droite, saine et vigoureuse, étêtée par le sommet, coupée en pointe triangulaire très-allongée par le gros bout ; et dont on supprime tous les rameaux et ramilles qui pourraient se trouver dans sa longueur. Pour établir cette sorte de bouture, l’on fait avec un avantpieu un trou d’un demi-mêtre {environ dix-huit pouces) de profondeur et d’un diamètre double

de celui de la branche. On met le plançon dans

ce trou, que l’on remplit ensuite avec une terre douce de taüpinière, et riche en humus, que l’on a soin de fouler de tous les côtés. De cette manière , les plançons s’enracinent et deviennent, en peu d'années, des arbres dont on fait souvent des tétards, propres à fournir de la feuillée pour nourrir les bestiaux , du bois pour faire des échalas, des bourrées pour la cuisson du pain, et de la brindille pour faire des liens ou des ustensiles de vannerie.

Les plantards destinés à former des arbres élevés ne sont point étêtés ; leur flèche est rognée seulement à un ou deux décimètres (quatre à sept pouces et plus) de leur extrémité , et vers le milieu du bourgeon de la dernière pousse qui la termine. |

On fait des plançons avec presque tous les ar-

bres aquatiques à bois mou, et on les place à demeure sur les berges des prairies et des canaux.

Dans la plus grande partie de l'Europe, l'on en forme des quinconces dans les terrains humides ou aquatiques.

Exempce XII — Boutures en pieux charbonnés.

: (Bois de quatre ans ou de huit sèves.)

Un botaniste, voyageur distingué (1), nous a

(r) M. Aubert du Petit-Thouars, directeur de la Pépinière du Roule , à Paris.

assuré avoir vu des pieux de bois de chêne, d’un diamètre de cinq à quatorze centimètres ( deux à cinq pouces environ), sur une longueur de deux mètres , coupés depuis peu de jours, qui, aiguisés par le gros bout, charbonnés et enfoncés en terre sur-le-champ à quatre ou cinq décimètres (un pied à un pied six pouces environ ) de profondeur , ont poussé, au printemps suivant, un grand nombre de bourgeons vigoureux, et, depuis plusieurs années, se maintiennent en bonne végétation : la plupart même annoncent devoir former des arbres bien constitués.

L'exemple placé dans l'École a pour objet de vérifier ce moyen singulier de multiplication , dont un médecin allemand, nommé Agricola, avait déjà parlé. S'il est confirmé par l'expérience, on pourra s’en servir avec avantage pour multiplier plusieurs espèces d'arbres à bois dur, qui sont long-temps à venir de semences, qui reprennent tres-difficilement de marcottes, rarement de greffe, et presque jamais de boutures (1).

(x) Cette expérience ayant été répétée dans l’École pratique de culture du Muséum, pendant plusieurs années, sans donner aucun résultat, on a enfin renoncé à des tentatives toujours infructueuses. (©. EL.)

Exempre XIIL — Poutures par troncons. (Bois de quatre ans.)

Avec des branches de la grosseur du bras et plus, sciées par portions de trois décimètres (onze pouces ) de longueur, et dont les coupes ont été parées avec la serpette, on fait des tronçons qui , plantés perpendiculairement et recouverts de quatre doigts de terre, reprennent et poussent des bourgeons. Mais il est nécessaire que le sol soit meuble, de bonne nature, et l'exposition chaude, que lesarrosemens soientabondans pendant la sécheresse, et que le terrain, biné à plusieurs reprises, soit purgé des mauvaises herbes pendant les premières années. Les jeunes arbres produits par ces tronçons sont assez forts pour être séparés de leur souche trois ou quatre ans après que les boutures ont été faites.

Olivier de Serres (1) recommande ce moyen pour la multiplication des oliviers, soit qu'on en veuille faire des mères propres à fournir pendant long-temps de jeunes individus francs de pied , soit qu’on désire effectuer des plantations à demeure.

Virgile le recommande également dans ses

(1) Théâtre d'agriculture , 1. WE, p. 598, 1". col. }

2 DES DouTurEs. 5335 Géorgiques ; et Columelle le regarde comme le meilleur et Le plus sûr.

Nous avons l'expérience qu'en plantant horizontalement des troncons d’oliviers à un décimeétre (trois à quatre pouces) de profondeur, et en les arrosant très-abondamment pendant les chaleurs de l'été, on obtient le même résultat. Il est très-probable que l'olivier n’est pas le seul arbre qui puisse être propagé par cette méthode ; tout porte à croire qu'il en est plusieurs autres parmi les bois durs, recouverts d’une écorce mince, serrée et coriace, tels que les filaria, des charmes, des hêtres, etc., qui pourraient se multiplier de cette maniere.

Exempze XIV.— Boutures par quartiers d'arbres. (Bois de cinq ans.)

Le même Olivier de Serres (1) indique, pour multiplier les oliviers, un autre moyen plus extraordinaire que le précédent et qui était, à ce qu'il dit, communément pratiqué de son temps en Languedoc et en Provence. Il consiste à fendre en plusieurs quartiers de vieux et gros oliviers, depuis le haut jusqu’au bas du tronc, ainsi que les racines, s’il s'en trouve, et à les planter verticalement. L’écorce qui reste aux quartiers sépa-

(1) Thédtre d'Agriculture , t. I, p. 308, 1"°. et 2°. col.

rés et mis en terre suffit pour les faire vivre, et, avec le temps , les parties qui en sont privées se recouvrent d’une nouvelle écorce. Il est probable, quoique l’auteur ne le dise pas , qu'il faut couvrir ces parties privées d’écorce d'un engluage qui les préserve du contact de Pair et des rayons du soleil, qui les dessécheraient.

Les oliviers ne pouvant passer que très-difficilement l'hiver en pleine terre, dans le climat de Paris, nous avons pratiqué cet exemple avec des arbres propres à supporter notre température (1).

Exempce X V.—Boutures noueuses. (Bois de deux sèves complètes. )

Cette sorte de bouture est plus particulièrement employée pour la multiplication des plantes de la division des monocotylédones, de la famille des graminées et des genres du roseau , des cannes à sucre, des bambous, et autres végétaux à tiges ligneuses et articulées.

On les coupe par tronçons de trois à cinq décimètres (onze pouces à un pied et demi) de long,

(1) Est-ce à cela que tient le peu de succès obtenu jusqu'ici de cette espèce de bouture, ou plutôt de marcotte, dont il a déjà été question ailleurs? Toujours est-il qu'à ma connaissance aucun de ces êtres mutilés n’a produit par la suite un bel arbre. (O0.L.)

et on les plante presque horizontalement dans des rigoles disposées pour les recevoir. Recouvertes de quatre à cinq doigts d'épaisseur d’une terre riche en humus, ces boutures poussent avec vigueur. C’est dans la saison des pluies, sous les zones chaudes et brülantes, que s’exécutent ces plantations.

On les pratique en grand, dans les deux Indes, pour la propagation des cannes à sucre , et en petit, dans les jardins de botanique de l’Europe, pour la multiplication de ces mêmes végétaux et de plusieurs autres, tels que les roseaux à ruban, les bambous et autres plantes de pleine terre et de serres.

ExempLe XVI. — Boutures par étranglemens.

(Bois de deux sèves complètes. )

Des ramilles, des rameaux et de petites branches d'arbres à bois dur, dont l'écorce ne laisse apercevoir aucune glande corticale, sont liés avec de gros fil ciré, de manière à former un étranglement qui nécessite la formation d’un bourrelet propre à produire des mamelons d’où puissent sortir des racines. Lorsque le bourrelet est formé, c’est-à-dire, neuf mois, un an, quinze et même vingt mois après que les ligatures ont été faites, on coupe ces rameaux à quelques millimètres (une ou deux lignes) au-dessous des bour-

relets, et on lés plante après leur avoir coupé la tête,

C’est ainsi qu'on multiplie plusieurs végétaux étrangers et indigènes, notamment diverses espèces d'arbres fruitiers domestiques, dont on obüent des individus francs de pied, et qui, par conséquent, n'ont pas besoin d’être greffés. Ce procédé est en usage dans quelques pépinières et jardins de différentes parties de l'Europe.

ExempLce XVII — Boutures par sections cu plaies annulaires. (Bois de deux sèves com-

pletes. )

Les sections ou plaies annulaires qui consistent à enlever un anneau d’écorce plus ou moins large, suivant la nature des branches soumises à cette opération , produisent plus sûrement que la ligature la formation d’un bourrelet. Elles s'opèrent sur les mêmes parties des végétaux ; mais elles ne sont pas sans danger pour lexistence des branches sur lesquelles on les pratique. Aussi ne sont-elles employées le plus souvent que sur des gourmands, nuisibles à l’ordonnance des arbres fruitiers taillés en éventail, en quenouille ou en vase, ou sur des branches que lon veut contraindre à donner du fruit. Lorsque le bourrelet est bien formé, on coupe ja branche à deux ou trois millimètres au-des-

DES BOUTURES. 539 sous, et on la plante, avec d’autres, en rayons dans une plate-bande , à l'exposition du nord.

Ces boutures produisent les mêmes avantages que les précédentes , et sont pratiquées dans les mêmes lieux. ;

ExempLe XVIIL — Boutures sur perche.

Pour effectuer cette singulière espèce de bouture, décrite par Olivier de Serres (1), on coupe sur un saule une branche vigoureuse de huit à dix centimètres ( trois à quatre pouces) de diamètre , et de la longueur de deux metres ; on en supprime tous les rameaux et toutes les ramilles qui pourraient s'y rencontrer. On la couche sur terre horizontalement, et avec un vilebrequin dont la mèche ne doit avoir quehuit millimetres (quatre lignes) de diamètre, on fait, dans toute la longueur de cette perche et sur une ligne droite, à la distance de seize centimètres ( six pouces) les uns des autres, des trous qui vont jusqu’à la moelle. On choisit sur des arbres fruitiers de bonnes variétés qu’on veut multiplier, des ramilles de la dernière sève , et dont le gros bout, à-peu-près du diamètre des trous faits à la perche, puisse les remplir. On les y enfonce jusqu’à la moelle de la branche, et l’on ferme, avec de

(1) Théâtre d'Agriculture ; t. 1E, p. 368, 2°. col.

54o COURS DE CULTURE.

la terre argileuse bien pétrie , les petits vides quise trouvent à l’orifice de ces trous, de manière que l’eau ne puisse s’y introduire. La perche, ainsi garnie de boutures dans toute sa longueur, est placée dans un rayon profond de trois à quatre décimetres ( un pied et plus ), tracé dans un terrain frais et à une exposition défendue du soleil de midi. Le rayon est rempli de douze centimètres (quatre poucesetdemi à-peu-près)de terrericheen humus, bien foulée autour de la perche et des boutures, ét recouverte de deux à trois centimètres (neuf lignes à un pouce) de terreau de couche , de feuilles où d’un lit de mousse. Le surplus du rayon reste vide. Ensuite on rogne avec la serpette l’extrémité de toutes les boutures, à deux ou trois yeux au-dessus de la partie enterrée.

L'auteur dit, mais sans en avoir fait lui-même l'expérience, que la perche de saule s’enracine dans toute sa longueur , et qu’elle nourrit par ce moyen les bourgeons qui sont implantés dans son intérieur; que lorsqu'ils ont poussé vigoureusement, au bout de trois ou quatre ans, on enlève de terre la perche de saule avec toutes ses racines , qu’on la coupe en autant de parties qu'il se trouve de jeunes arbres dans sa longueur , et qu'on les place à leur destination avec les troncons enracinés sur lesquels ils se trouvent fixés. Suivant lui, ce mode de multiplication est plus

DES BOUTURES. 54 admiré qu’imité, à cause de la difficulté de la reprise des bourgeons, et de la fadeur des fruits que produisent les boutures qui réussissent.

La reprise des boutures doit être effectivement assez difficile ; mais, expérience nous l’a démontré, elle n’est pas impossible pour certaines espèces d'arbres , parce que les bourgeons, partie enterrés et partie enfoncés dans la perche, dont l’intérieur ne manque pas de fournir de l’humus en pourrissant, poussent des racines , qui seules peuvent les faire vivre. Quant à la saveur fade des fruits, on peut d'autant plus en douter, que ceci n’est point une greffe qui vit aux dépens des racines du sujet, mais bien une bouture pourvue de ses propres racines, qui lui fournissent les sucs propres à son existence.

ExEeMmPLE XIX.— Boutures accouplées.

Cette sorte de bouture, décrite par Olivier de Serres, n'a rapport qu’à la vigne, et son objet est de lui faire produire sur le même pied des grappes de raisins noirs et de raisins blancs ou d’autres couleurs. Voici ce qu’il enseigne sur la maniere d'effectuer cette bouture, qu'il range au nombre des greffes (1), parce qu’elle devient telle après la formation des racines.

(1) Théâtre d'Agriculture , t 1, p. 258 , 2°. col.

On choisit deux crossettes de vigne, d’égale grosseur et de pareille longueur, dont les bois soient droits et bien unis. On les fend chacune dans le tiers de leur diametre et dans toute leur longueur , sans toucher à la moelle." Après avoir aplani les plaiesle plus exactement possible, on les rapproche l'une contre l’autre sans laisser subsister de vide entre elles ; on ligature ces deux piéces avec de l’écorce d’orme ou de tilleul nouvellement enlevée, et l’on recouvre le tout, excepté les yeux . avec dé l'argile pétrie.

Ces boutures se plantent perpendiculairement en terre, et on ne laisse sortir au dehors que les deux derniers yeux. Fréquemment arrosées, sur: tout pendant les chaleurs de l'été, elles poussent; et vers la troisième année, elles donnent des grappes de raisins de différentes couleurs.

Ce procédé n’est plus en usage dans la culture habituelle , parce qu'il est difficile et long à pratiquer, qu'il réussit rarement; et qu’en définitive il est plus curieux qu’utile et durable:

EXEMPLE XX.— Boutures accouplées par leurs

bourgeons.

Cen’est qu'une variétédela précédente ;la seule différence c’est queles crossettes sont plantées!entières, sans être fendues dans leur longueur, mais

simplement réunies par des liens. Lorsque cha-

En

ge cune d'elles a poussé un bourgeon de la longueur de seize centimetres {six pouces environ), c'està-dire vers la mi-mai, on les lie ensemble sans aucune incision. La compression des bourgéons, qui sont très-tendres à cette époque , suffit pour les unir. Pour que les crossettes ne poussent pas de leurs pieds de nouveaux bourgeons, qui pour:

raient affamer et faire périr celui qui a été greffé, on le marcotte au mois de mars de l'année suivante, pour en obtenir un individu distinct.

Olivier de Serres (1) prétend que cette bouture a la propriété de produire non-seulement des grains noirs et des grains blancs sur la même grappe, mais même des grains panachés de deux teintes, si l’on a choisi les crossettés parmi les variétés qui fournissent dés raisins de ces deux couleurs. | 4

Cette bouture n’est pas ‘plüs employée que la précédente, et par les mêmes motifs. Nos expériences réitérées n’ont pas confirmé les résultats annoncés. |

— rt 89!

ExempLe XXI.— Boutures de plantes grasses.

De tous les végétaux, les plantes grasses ou succulentes sont celles qui se propagent le plus aisément de boutures. Les bourgeons, les ra-

(+) Théâtre d'Agriculture , 1 ; P. 258, 2°. col.

meaux, les branches, les tiges de toutes les espèces , et même les feuilles d'un grand nombre d’entre elles, sont garnis de beaucoup de glandes qui n’attendent qu'une circonstance favorable pour pousser des racines et former de nouveaux individus. Telles sont, parmi ces dernières, les feuilles de plusieurs espèces de crassula, de cotylédons, de kalankoé, de sédum, de joubarbes, d’aloès, etc.; c’est aussi le moyen que lon emploie pour la multiplication de la presque totalité de ces plantes, et surtout de celles qui ne donnent pas de graines fertiles en Europe. D'ailleurs ce moyen de propagation est infiniment plus sûr, plus facile et plus rapide que tous les autres.

On fait des boutures de plantes grasses dans tous les jardins où l’on cultive cette série de végétaux très-singuliers, et principalement dans ceux consacrés à la botanique dans les différentes parties de l'Europe. On multiplie aussi de cette manière, dans l'Amérique espagnole, les cactiers, dont les fruits sont bons à manger, ainsi que

l'espèce de raquette sur laquelle se nourrit la cochenille.

Exempze XXIL — Boutures d'arbres résineux.

(Bois de deux ans. )

Pendant long-temps on a été persuadé, dans

1 DES BOUTURES. 545 plusieurs parties de l'Europe, et l’on croit méme encore que la série des arbres résineux de la belle et utile famille des conifères n’est pas susceptible de se multiplier de boutures; mais des expériences mukipliées et couronnées d’un plein succès ont donné la certitude qu'ilssont munis, de même que les autres arbres, de glandes corticales | propres à faire naître des racines, et l’on est parvenu à faire venir de bouture beaucoup d’espècès | de ces grands végétaux. Des rameaux de la dernière sève mis en terre au printemps, tels que ceux de la sabine (juniperus sabina ), des thuyas d'Occident, et articulé ({huya occidentalis et articulata, Vaur.), du cèdre du Liban (/arix cedrus ), de quelques genevriers , s’enracinent abondamment, dans l'espace de neuf à vingt mois, et forment des individus vigoureux. Depuis plusieurs années, M. Proust, surnommé Laus Deo , pépiniériste distingué à Orléans, ttouve plus facile de multiplier de bouture le cyprès chauve (cupressus disticha), que d’employer la voie des marcottes et même celle des graines. Il'est rare que sur cent boutures faites dans un terrain substantiel et humide ,-il ne lui en réussisse pas au moins la moitié; elles poussent avec une grande rapidité, et forment, dans la même année, des individus trois fois plus

élevés que ceux du même âge venus de semences. 2 33

* Cette pratique est maintenant répandue parmi

les pépiniéristes de Pariset dans plusieurs grands jardins de différentes parties de l'Europe.

Exempze XXIII.— Boutures par les feuilles.

Cette bouture ne parait pas avoir été connue des cultivateurs de l'antiquité, Olivier de Serres n’en fait aucune mention. Agricola, auteur d’un ouvrage sur la multiplication des végétaux, en attribue l'invention à Frédéric, célèbre jardinier à Augsbourg, et cite Auguste Mirandola comme le premier auteur qui l'ait décrite et publiée, dans un livre imprimé dans le seizième siècle. Ce même Agricola fit connaître dans son Agriculture par. faite, imprimée en 1732, les procédés au moyen desquels il était parvenu à faire servir les feuilles d’une grande quantité d'espèces d'arbres et arbustes à leur multiplication; il donna des figures qui représentent les résultats de ses expériences (1); mais le peu de confiance qu'on accorde à cet auteur fit regarder ce moyen comme chimérique, et l’a fait négliger jusqu’à présent.

(r) Voyez l'Agriculture parfaite, où Nouvelle découverte touchant la culture et la multiplication des arbres, des arbustes et des fleurs, etc. , 1°, part., p.140, et 2°. part., p. 16, \ 15, p.4ret 70, PL. 5 et 22, édition de Pierre Coup, à Amsterdam, 1732.

Depuis cette époque, le célèbre Charles Bonnet de Genève, qui a fait un grand nombre d'expériences sur les feuilles, a prouvé que plusieurs d’entre elles étaient susceptibles de produire des racines. Il en obtint des feuilles de la belle-de-nuit, de la mélisse et du haricot (x); mais ces racines ne donnèrent pas lieu à la production de bourgeons qui pussent servir à la multiplication de ces plantes.

De nouvelles expériences, faites en 1806 et 1807 chez M. Noisette et dans le jardin du Muséum, démontrent que des feuilles dépourvues de leur gemma poussent non-seulement des racines, mais même des bourgeons, qui fleurissent, fructifient et donnent des semences fertiles (2).

(1) Recherches sur l'usage des feuilles dans les plantes, édition de Gættingue et Leyde, 1754.

(2) Ce fait nous semble démontrer jusqu’à l’évidence le peu de fondement du système de quelques physiologistes modernes, qui prétendent que les racines ne sont que le produit du développement des gemma dispersés sur toute l’étendue d’un arbre, qui, dans quelques espèces, s'élève à quarante mètres (plus de vingt toises ) de hauteur. Ils comparent à des graines les gemma qui, en se développant de leurs écailles, poussent leurs bourgeons, qu’ils assimilent à la plumule des semences germantes, en même temps qu'ils supposent qu'il sort du bas du gemma un faisceau de fibres, qu'ils considèrent comme la radicule des graines. Le bourgeon sorti du gemma s’élève dans l’air pour devenir une branche , tandis que les prétendues fibres descendent entre

Ainsi, à défaut d’autres parties des végétaux, on peut faire des boutures avec leurs feuilles devenues adultes, et s’en servir pour multiplier un grand nombre d'espèces différentes. Parmi celles qui nous ont réussi de cette maniere, nous citerons les piper obtusifolium , magnoliæfolium , Jaco.; blandum, JAcQ: ; acuminatum ; les ruellia ovata, Cav., et lactea, Cav. ; le justicia lutea ; l'asclepias crassifolia, le citrus medica, ou ci-

l’aubier et l’écorce pour s'implanter dans la terre et y devenir des racines propres à nouriir les bourgeons qui les ont produites. Les feuilles seules, dépourvues de gemma, ayant la faculté de pousser des racines et de faire naître des bourgeons, comme beaucoup d'expériences le prouvent, établissent un fait qui détruirait le nouveau système dans sa base, s’il n’était pas déjà renversé par un grand nombre de preuves tout aussi démonstratives.

Celle-ci confirme de plus en plus la théorie établie depuis long-temps sur un grand nombre d'observations , que les feuilles adultes des végétaux tirent de l'atmosphère l’eau, les gaz et autres substances nécessaires à la composition de la sève descendante, qui nourrit et développe les racines, en même temps qu’elle fait naître de nouveau chevelu ; que ces racines et ce chevelu tirent à leur tour de la terre l’eau et les sucs propres à la formation de la sève montante, laquelle développe et nourrit les feuilles et les bourgeons , jusqu’à ce qu’ils soient arrivés à leur état adulte. La sève montante est fournie par les racines, et la sève descendante par les feuilles. La première développe les parties ascendantes ou aériennes ; la seconde, les parties descendantes ou souterraines, dans un très-grand nombre de familles de végétaux.

DES BOUTURES. 549 tronnier. Bien d’autres végétaux, sans doute, jouissent de cette propriété, soit dans la classe de ceux qui conservent leurs feuilles plusieurs années, soit parmi ceux qui les perdent tous les ans, sans parler des plantes de la série des succulentes, pour lesquelles ce moyen de reproduction est connu depuis long-temps.

Pour varier les chances et assurer d'autant plus la réussite, on peut faire des boutures de feuilles avec les gemma bien formés qui se trouvent ordinairement dans les aisselles; on peut encore ajouter à cette précaution celle de laisser les feuilles et leur gemma attachés à une petite portion du rameau sur lequel ils sont nés. L'époque qui me parait la plus favorable à la réussite de cette sorte de bouture , est, pour les feuilles dénuées de gemma, celle où elles sont arrivées aux. trois quarts de leur grandeur naturelle, et, pour les feuilles qui en sont pourvues, le moment où leurs yeux, bien aoûtés, sont sur le point de développer leurs bourgeons. Quant à la manière d'effectuer ces boutures, c'est de les placer peu enterrées dans de petits pots couverts de cloches et enfoncés dans une couche de chaleur douce et humide : ce moyen nous a réussi, et je conseille de l'employer, en le variant suivant la nature des feuilles dont on se sert pour cette sorte de multiplication.

ExemPLe XXIV.— Boutures de fruits.

Tous les exemples précédens prouvent que les racines, les bulbes, les tubercules, les soboles, les feuilles, les bourgeons, les ramilles , les rameaux, les branches, les tiges et les troncs d’un très-grand nombre de végétaux renferment des principes de reproduction qui n’attendent que des circonstances favorables pour se développer, et former de nouveaux êtres. Les fruits de quelques séries de plantes ne sont pas dépourvus de cette faculté, et plusieurs d’entre eux sont susceptibles de fournir des boutures propres à la multiplication des individus. Ce fait remarquable, et qui jusqu à présent n’a point été publié, du moins à ce que je crois, est constaté, par une expérience que j'ai faite, entre autres, dans l'Ecole d'agriculture pratique ,sur des fruits du cactus opuntia tuna. Vers le commencement de l'été de l’année 1800, je pris quatre de ces fruits avec leurs pédoncules entiers, et lorsqu'ils n'étaient encore qu'aux trois quarts de leur maturité. Ils furent plantés dans des pots remplis d’une terre sablonneuse presque sèche, et placés sous une cloche, sur une couche chaude. Après dix-huit jours, ces fruits poussérent de la base de leur pédoncule des mamelons qui devinrent des racines , et peu de jours après

DES BOUTURES. 551 de petits corps globuleux, charnus, se montrerent sur la couronne de ces mêmes fruits. À cette époque , les arrosemens ; qui jusqu'alors avaient été très-légers et plus propres à lier entre elles les molécules de terre qu'à les imbiber, furent augmentés et rendus plus fréquens et plus copieux. Les globules devinrent, au bout de deux mois , des feuilles, qui s'allongerent et acquirent onze centimètres (plus de quatre pouces) de long, avant la fin de cette même année. Depuis ce temps, ces plantes sont devenues fortes et wigoureuses, et semblables en tout à celles qui avaient produit les fruits qui leur ont donné naissance. Un des individus, qui a été sacrifié pour savoir ce qu'étaient devenues les semences renfermées dans le fruit, n'en a laissé apercevoir aucun rudiment. Étaient-elles avortées, ou se sont-elles annulées? C’est ce que nous ne savons pas. On a représenté P/. 49, fig. 4:

1°. À, le fruit du cactus opuntia, mis en terre aux trois quarts de sa maturité; |

2°, b, la tige qui a poussé sur ce fruit ;

3°. c, les racines telles qu'elles se sont formées ; | |

4°. d, d, un fruit ( moitié de grandeur naturelle) coupé verticalement en deux, pour faire voir la place qu'occupaient les graines ;

8°, Et enfin e, deux semences tirées du-fruat

et figurées quatre fois plus volumineuses que dans la nature.

En 1805, la même expérience fut répétée avec sept fruits du cactus opuntia polyanthos , M. P.; deux furent coupés dans le milieu de leur longueur , pour savoir dans quel état étaient les semences : il ne s’en est pas trouvé dans cette espèce. Ces fruits poussèrent des feuilles, comme ceux de la première expérience, à l'exception des deux qui avaient été ouverts et qui se sont desséchés. Depuis ces deux expériences, M. Noisette en a fait une semblable sur des fruits du cactus marnillaris : ceux-c1, beaucoup moins charnus que les précédens, étaient plus avancés dans leur maturité, et remplis d’une grande quantité de semences très-menues; ils furent plantés comme les nôtres, et se couvrirent de petits corps charnus, qui, en grandissant, devinrent des plantes semblables à celles dont on avait tiré les fruits.

D'après tous les faits consignés dans cette espèce de monographie des boutures, et d’après l'opinion des cultivateurs les plus habiles, n’eston pas fondé à croire que toutes les espèces de végétaux, surtout celles qui sont vivaces, ont la faculté de se multiplier de boutures, et que toutes leurs parties, soit ascendantes, soit descendantes, sont propres à les former ; qu’elles

DES BOUTURES. 553° contiennent des rudimens, les unes de racines, les autres de bourgeons, et que chacune de ces parties renferme en elle - même les élémens propres à fournir celles qui lui manquent pour former un être complet dans sa nature?

Mais comme le moyen d'arriver à ce but n’est point et ne peut être le même pour toutes les espèces de végétaux , dont l’organisation est si diverse, ii importe de faire connaitre ceux qu'il convient d'employer pour y parvenir. Ils se réduisent à onze modes principaux que je vais indiquer.

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