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DES DIFFÉRENS MODES DE PRATIQUER LES BOUTURES

C’est de la maniere d'opérer les boutures que dépend le plus souvent leur réussite. On les effectue sur terre , en terre, sous terre, dans l’eau et sous l’eau, suivant la nature des diverses espèces de végétaux.

MobE PREMIER. — Poutures sur terre.

Une grande quantité d'espèces de plantes grasses des genres cacalia, crassula , cotyledon, £alankoe, portulaca, sedum , sempervivum , cactus, ficoides , etc., dont les feuilles sont charnues, épaisses et aqueuses, n'ont besoin, pour s’'enraciner et former de nouveaux individus, que d’être couchées sur une terre meuble et lé-

gere, contenue dans un vase placé sur une couche de quelques degrés de chaleur au-dessus du tempéré, défendue du grand soleil et entretenue légerement humide. | C'est l’un des moyens qu’emploie la nature pour la multiplication de ces plantes dans leur pays natal. Le vent est presque toujours l'agent de ce mode de propagation ; en agitant les tiges, il fait tomber les plus grandes feuilles qui tiennent peu à leurs rameaux. Protégées par l’ombrage des végétaux qui les environnent, elles poussent , dans quelque sens qu’elles se trouvent couchées sur la terre, et deviennent des pieds semblables à leur mère. Si elles se trouvent placées horizontalement sur terre par leur face inférieure , et que la partie du pétiole par laquelle elles étaient attachées à leur rameau entre seulement en terre d’un millimètre (une demi-ligne }, leur végétation s'annonce par la croissance de racines. (7’oy. PL. 49, fig. 1 et 2, la manière dont se développent ces racines et les nouvelles feuilles. ) Si elles se trouvent posées sur leur face supérieure, soit qu'elles touchent le sol par leur pétiole , soit que celui-ci s’en trouve écarté de onze à quinze millimètres (cinq à six lignes et plus), elles commencent par pousser des mamelons, lesquels deviennent des bourgeons, et lorsque ceux-ci ont quatre à cinq millimètres

DES BOUTURES. 555 (environ deux lignes) de long, ils produisent des racines qui leur sont propres et particulières. (7’oy. PL 49, fig. 3.)

Ce mode de bouture est offert dans l'Ecole d'agriculture pratique par trois exemples de feuilles de crassula ciliata, de cotyledon tuberculosa, LA., Dict., et de talinum anacampseros, Wizo. , qui sont celles qui nous ont le plus constamment donné les résultats les plus faciles et les plus sürs en ce genre; mais ce mode est plus intéressant pour la physiologie végétale (1) qu'utile à la multiplication des végétaux, parce qu'en général ïl est plus sûr d'employer

(x) Ce fait prouve que, dans plusieurs espèces de plantes de la série des succulentes, on peut faire pousser de leurs glandes des racines ou des bourgeons, en placant leurs feuilles sur terre , soit en dessous , soit en dessus, et que ces glandes n’ont pas de destination exclusive, puisqu'on la change à volonté. Peut-être même n'’existent-elles pas dans les feuilles avant qu’elles soient séparées de leurs rameaux, et s’y forment-elles, depuis cette époque, par l'interruption du cours de leur fluide séveux? La sève, très-abondante dans les succulentes , se trouvant arrêtée par la séparation de la feuille de son rameau, se porte à la plaie qu’a occasionnée cette séparation, s’y épaissit par le contact de l'air, la cicatrise, y forme des mamelons, lesquels , s'ils sont placés sur terre , s’allongent et deviennent des bourgeons, qui, absorbant FT Patmosphère les gaz et les fluides qui s’y rencontrent, poussent à leur tour des racines, qui viennent s’implanter en terre et y puiser la petite quantité de sucs nourriciers nécessaires à l’existence de ces végétaux.

des rameaux de ces plantes, et qu'il est facile de s'en procurer, Cependant, si l’on ne pouvait en obtenir, on trouverait dans leurs feuilles le moyen d'y suppléer.

Moper II. — Boutures en terre.

Ce mode convient au plus grand nombre des végétaux qui vivent en pleine terre dans le climat où on les cultive. Il s'effectue à différentes profondeurs, suivant la nature des plantes, la longueur des boutures, la consistance de leur bois et les vues du cultivateur. On enfonce en terre d’un à trois millimètres les pétioles de feuilles dont on fait des boutures, et depuis deux centimètres jusqu’à treize ( de neuf lignes à quatre pouces et plus) les bourgeons des plantes herbacées ou peu ligneuses. Les rameaux des arbres et arbustes de pleine terre, de la grosseur d’une plume à écrire jusqu’à celle du doigt, sont enfoncés dans le sol depuis dix centimètres jusqu’à vingt ( trois pouces huit lignes à sept pouces cinq lignes ), et sont rognés au-dessus du premier ou du cinquième œil. On enfonce les plancons, les tiges charbonnées et les quartiers d’arbres, suivant leur grosseur, leur élévation, la nature de leur écorce et celle du terrain, depuis trente-deux centimètres jusqu'à un mètre (d’un à trois pieds environ).

La presque totalité de ces sortes de boutures se place perpendiculairement en terre; les autres y sont mises coudées presque à angle droit dans les deux tiers de leur longueur, et enterrées comme les crossettes. On couche horizontalement, à la profondeur de huit jusqu’à vingt-quatre centimètres (trois à huit et neuf pouces), les boutures par ramées et en fascines, et on ne laisse sortir de terre verticalement que les ramilles, que l’on rabat à un ou deux yeux audessus du sol.

La nature de là terre, le plus ou moins d’agrégation de ses parties, son degré d'humidité ou de sécheresse habituelle ou alternative, et sa composition sont encore des choses essentielles à la réussite des boutures. En examinant ia manière dont s'opère le développement des racines dans les rameaux mis en terre, il n’est pas difficile de reconnaître la nature de celle quiestla plus propre à la réussite des boutures en général. La première chose qui arrive lorsqu'on a mis une branche en terre et que la chaleur atmosphérique met la sève en mouvement, c’est la dilatation de l’épiderme; la seconde, le grossissement des glandes corticales; la troisième, l’ouverture des mailles du liber, dans lesquelles ces glandes se trouvent logées ; la quatrième, la sortie, à travers ces ouvertures, de très-petits mamelons de

forme conique, ordinairement blancs, et quelquefois rougeâtres, Ils s’allongent, deviennent des racines terminées par un point glanduleux, d’une couleur plus foncée que n'étaient les mamelons ; leur consistance est tres-molle, et leur accroissement rapide, lorsque les bourgeons se développent , et surtout lorsque leurs feuilles atteignent le maximum de leur grandeur ; cinquiemement etenfin vient la ramification de ces mamelons' devenus des racines , qui donnent naissance, sur toute leur longueur, à une grande quantité de chevelu très-délié. Celui-ci prend une position horizontale, tandis que les racines suivent des directions plus ou moins obliques en s’enfonçant dans le sol. Elles conservent toujours le corps glanduleux qui les termine , ainsi que les petites racines et même le chevelu. C’est par ces glandes que s’opérent des sécrétions plus ou moins abondantes dans diverses saisons, et que sont aspirés les sucs extractifs du sol dans d’autres temps, surtout lors de l’ascension de la sève. Il est facile de se convaincre que telle estla marche de la nature, en mettant au premier printemps, dans un vase rempli d’eau, des rameaux de sureau, de saule de Babylone, de robinier et autres arbres dont les glandes corticales sont bien marquées sur l'épiderme,

D'après ces observations, il est aisé de voir

: Lo

DES BOUTURES. 55g que la terre qui convient le mieux à la réussite des boutures, ou du moins à la plus grande partie des espèces, est celle qui offre le moins de résistance à des racines extrêmement tendres; celle où l'air atmosphérique peut aisément pénétrer et introduire les gaz bienfaisans qu'il contient ; celle d’où peuvent s'échapper les gaz qui se dégagent par la fermentation des matières que cette terre renferme, celle enfin qui est susceptible de s’imprégner d’eau facilement, et de la conserver longtemps sans qu’elle se putréfie. Cette dernière propriété est très-essentielle à la réussite des boutures, puisque l’eau est l’un des agens de la division des parties terreuses , le dissolvant des matières extractives du sol qui entrent dans la nourriture des végétaux, et leur fournissent une grande partie du carbone nécessaire à la composition de leur charpente ligneuse. Or toutes ces qualités se trouvent à-peu-près réunies dans une terre très - divisée, douce au toucher, onctueuse, abondante en humus , et propre à retenir beaucoup d'humidité; ou, pour la désigner d’une manière moins vague, dans une terre dont la composition offrirait, sur dix parties, cinq d’alumine , deux de silice, une de matière calcaire et deux d’humus, le tout tres-divisé. Cette espèce de terre conviendra à la plus grande partie des arbres et arbustes de pleine terre qui

sont rustiques dans le centre et le nord de la France.

Mais il est plusieurs autres espèces de végétaux aux boutures desquels il convient de donner une terre plus légère et plus riche en humus que celle que nous venons d'indiquer : tels sont beaucoup de plantes semi-ligneuses, ou des arbustes et arbrisseaux des zones chaudes et brülante, tels que les £egonia, les cissus, les piper, les Justicia, les passiflora , les clusia, les urtica, etc. Les unes reprennent très-bien, étant plantées dans du terreau de couche consommé ; d’autres dans de vieille tannée, qui a servi à faire des couches dans les fosses des serres chaudes; quelques-unes dans du terreau de feuilles, de bois de saule, d'orme, de chène et autres arbres réduits en terre, et tel qu’on le trouve dans leurs troncs lorsqu'ils sont creux ; enfin le terreau de bruyère, et la terre limoneuse qui a été tenue en suspension dans les eaux des fleuves , et qui est déposée sur leurs rives, sont employés avec succès pour les boutures des plantes ligneuses les plus délicates, qui s'effectuent dans des vases (1).

(x) Si eau , comme on l’a tant de fois répété, est un des plus puissans véhicules de la végétation, c'est particulièrement dans les boutures que son utilité se fait remarquer: seule, avec l’aide de la chaleur, elle donne naissance à de nouvelles feuilles, et produit des racines; unie au petit

; DES BOUTURFS. 56t Lesexpositions et lessituations contribuent presque autant que la nature de la terre à la réussite de ce moyen de multiplication. Les boutures des arbres à bois plus mous que fermes, naturels à l'Europe, tels que les saules , les peupliers, les vignes, les tamaris, les sureaux, etc., s'effectuent en plein air, en rase campagne et à toutes les expositions. Celles des autres végétaux ligneux du même pays et des végétaux étrangers qui y vivent en pleine terre se pratiquent dans les jardins et les pépinières, sur des planches ou plates- bandes, aux expositions du nord et du levant.

Celles des arbustes et arbrisseaux des parties méridionales de la zone tempérée se font sur des couches sourdes, à des expositions chaudes, et

nombre de substances solubles que contient ordinairement celle des rivières, elle suffit à la végétation de certaines plantes terrestres pendant plusieurs années. C’est sans doute d’après de telles considérations , que les Anglais ont imaginé de faire des boutures dans un sol très - peu riche en parties nutritives, mais très-perméable à l’eau et aux racines naissantes du nouvel individu; ils font usage d’un sable fin presque pur.

Depuis quelques années , ce moyen est employé avec tant de succès par M. Soulanges Bodin dans sa magnifique propriété de Fromont , qu’on peut le regarder comme infaillible. Il convient en général au plus grand nombre des végétaux délicats, dont la multiplication doit se tenter dans des baches ou sous des châssis. (O. L.)

l’on a soin de les garantir des rayons du soleil pendant les premières semaines ; enfin les boutures des végétaux des zones chaudes et brülante se placent sur des couches, sous des vitraux, comme on le verra par la suite.

Mon III. —— Boutures sous terre.

Les boutures qui se plantent sous terre sont toutes celles de la première section de ce genre de multiplication, et les boutures noueuses et les soboles qui appartiennent à la seconde section. On les couvre de terre, depuis un millimètre jusqu’à quinze centimètres (d’une demiligne à cinq pouces et demi) d'épaisseur, en raison de la grosseur des parties, de leur nature et de la consistance de la terre qu’on emploie à cet usage. Elles doivent être d'autant moins enterrées que le sol est plus humide, la terre plus forte et plus compacte, le climat plus froid et plus sujet aux pluies.

Mon IV.— Boutures dans l’eau.

Ce mode de bouture, indiqué par quelques cultivateurs , consiste à placer dans des carafes, ou autres vases remplis d’eau commune, des bourgeons, des ramilles ou des rameaux d’arbres et arbustes, avant qu'ils entrent en sève; à les

DES BOUTURES. 563 mettre dans un lieu où la température ne descende pas au terme de la glace , et où la chaleur ne s'élève pas beaucoup au-dessus du vingt-cin: quième degré; à les faire jouir enfin de beaucoup d’air et de toute la lumière que peut fournir le climat. Les végétaux qui perdent leurs feuilles l'hiver , et dont les gemma sont couverts d’écailles , s’enracinent plus aisément par ce procédé que ceux dont le feuillage est permanent et dont les yeux sont nus.

Nous avons répété ces expériences au Muséum (1), et elles ont donné des résultats utiles, sinon à la multiplication des végétaux, du moins aux progrès de la physiologie végétale. Vingthuit espèces d'arbres, arbustes et plantes ont été soumises à ces essais, depuis le mois de janvier 1805. Vingt-cinq ont développé complétement leurs gemma, et poussé des bourgeons plus ou moins étendus; mais treize d’entre elles sont mortes après avoir épuisé la sève latente qu’elles contenaient, et sans avoir poussé de racines (2).

(1) Le lecteur ne perdra pas de vue la note page 209 de ce volume. M. Thoüin, comme on le verra fréquemment en parcourant les pages suivantes, parlait d'expériences alors récemment faites. J’ai commencé l’année dernière , et je me propose de suivre de nouveaux essais sur le même objet.

(O. L.) (2} C’étaient des ramilles bien constituées, de deux à trois

Lesboutures désdouzeautresespèces sesontenracinées parfaitement, et ont fourni des bourgeons vigoureux ; mais deux d’entre elles sont mortes avant la fin de cette même année, soit parce que les vases qui les contenaient étaient devenus trop petits pour l'étendue de leurs racines, soit pour

décimètres (sept pouces à un pied environ) de long, et d’un diamètre de quatre à huit millimètres (deux à quatre lignes) par le bas, prises sur le syringa lilac , le cratægus racemosa , LaM.; le buxus sempervirens, le salvia officinalis, le pistaeia chia, M. P. ; le populus alba , le rosa centifolia, le quercus cerris , le sambucus racemosa , le œitis @inifera , le rhus typhinum , le ribes oxyacantha , et le spiræa sorbifolia.

Pourquoi, peut-on demander aux inventeurs du nouveau système sur l'accroissement des végétaux, si les bourgeons ne sont que des plumules qui poussent des racines à mesure qu’elles se développent, pourquoi ne se sont-elles pas montrées à la base des boutures ? Elles avaient cependant beaucoup moins de chemin à faire, que si elles eussent été obligées de descendre du sommet d’un grand arbre pour arriver dans un milieu, où elles auraient vécu comme beaucoup d’autres, Plusieurs de ces nouveaux bourgeons ont atteint la longueur d’un décimètre, et ont existé pendant plus de quatre mois sans produire de racines. Ce fait s'explique facilement : c’est que les parties d’écorce de ces individus qui trempaient dans l’eau n'étaient pas pourvues de glandes propres à la formation des racines ; ce qui arrive souvent, parce qu'elles sont très-inégalement répandues sur les diverses parties d’un même individu; et c’est aussi la raison pour laquelle on fait très-souvent un grand nombre de boutures d’une espèce sans qu'elles réussissent, tandis que d’autres fois elles reprennent avec facilité.

DES BOUTURES. 565 toute autre cause (1). Les dix autres ont continué d’exister dans l’eau où elles avaient été mises. La première année, elles ont pousséavec vigueur des bourgeons, des feuilles et des racines dans une aussi grande abondance qu’en pleine terre. La seconde année, leur végétation a été plus lente ; les pousses ont été plus courtes , les feuilles plus petites, les racines et le chevelu moins nombreux et plus grêies. L'arrivée de automne a fait descendre plus tôt la sève dans ces individus que dans ceux qui vivent dans la terre, et leurs feuilles sont tombées avant celles de ces derniers; mais les gemma, quoique petits , étaient bien conformés.

L'année suivante, toutes ces boutures ont développé leurs gemma dès les premiers jours du printemps ; mais il n'en est résulté que des bourgeons faibles ; elles sont mortes successivement.

Quatre autres (2), auxquelles on avait supprimé les gemma avec le corculum qui se trouve inséré dans l'épaisseur de l'écorce, ont offert un fait de physiologie assez remarquable. Quoique privées d’yeux ; et par conséquent de bourgeons et de feuilles, ces boutures ont cependant poussé

(1) Celles du sambucus nigra laciniata, et du robrua pseudo-acacia.

(2) C’étaient des rameaux , l’un, de platanus occidentalis ; le second, de populus alba ; le troisième, de tamarix gallica , et le dernier, de salix babylonica.

des racines du talon de leur extrémité inférieure, mais en petit nombre, et qui sont restées courtes et grêles pendant tout le cours de l'année derniére. Cette année-ci, 1808, leur végétation a été plus forte, parce qu'il s’est développé, au printemps, des gemma latens qui ont produit des feuilles. Ce fait prouve de plus en plus que lépiderme des ramilles et des rameaux est doué, comme les feuilles, de la faculté d’absorber et d'élaborer les gaz répandus dans l’atmosphere, pour en former la sève descendante, qui alimente les racines et les fait croître ainsi que leur chevelu (1).

Notre but n'était pas de multiplier les espèces de végétaux employées à l’expérience que je viens d'indiquer, mais de nous assurer des effets de la dilatation de l'air sur le développement des gemma; de prendre des notions exactes sur les parties des rameaux où sont placées les glandes d’où proviennent les racines lorsqu'on fait des boutures, sur la durée de ces mêmes racines dans diverses séries de végétaux, et enfin sur leurs

{r) Voici encore un fait en opposition directe avec les bases du système nouveau dent il a été question plus haut. Des rameaux d’arbres, ainsi que des feuilles privées. de gemma, ont poussé des racines; ce n’est donc pas au développement des gemma qu’on doit attribuer la formation des racines.

sécrétions. Nous avons obtenu des données assez positives sur plusieurs de ces problèmes, j'en rendrai compte par la suite.

Lorsqu'on fait des boutures dans l’eau pour multiplier les individus, il convient , dès qu’on aperçoit les glandes corticales s'ouvrir un passage à travers l’épiderme des rameaux , les mamelons sortir de ces ouvertures et former de petits cônes blancs, qui sont les rudimens des racines ; il convient, dis-je, de mettre de la terre dans l'eau, et d'en augmenter la quantité de jour en jour, de manière qu’au bout de quelques semaines, elle remplace l’eau et forme un corps solide autour des racines: alors on casse le vase, et l’on place la motte de terre, avec la plante dont elle entoure les racines, dans un pot de jardin , qu'on met dans une terrine que l'on a soin d'entretenir pleine d’eau; on en diminue la quantité à mesure que la plante se fortifie. Lorsqu’elle est assez forte, on cesse de mettre de l’eau dans la terrine, et l’on se contente d’arroser la plante de temps à autre, comme celles de son espèce.

La translation de Veau pure à la terre solide est difficile à faire supporter à ces sortes de boutures, qui se pratiquent pour plus de commodité dans des carafes de verre blanc, à l'effet d’observer plus facilement le progrès des mamelons,

Il faut opérer ce changement par gradation insensible ; sans quoi, on manque le but qu'on s'était proposé. À

Ce mode de bouture est rarement usité dans les jardins; il peut cependant être employé avec succès dans plusieurs circonstances , pour la multiplication des arbres rares et qui ne réussissent pas par les moyens ordinaires.

Indépendamment des séries d'arbres auxquels an parvient à faire pousser des racines de quelques-unes de leurs parties aériennes placées dans de l'eau, séries que j'ai indiquées à leur article, on peut aussi en faire produire à plusieurs plantes qui appartiennent à d'autres séries, et même à celle des succulentes. Plusieurs faits le prouvent, j'en rapporterai un seul ici.

Vers 1786, un de mes frères ( M. Jean Thoüin, premier jardinier du Muséum (1)) plaça dans une carafe remplie d’eau commune et dans une serre chaude une couronne d’ananas (érommelia ananas). Dans l’espace de trois mois, elle poussa beaurcoup deracines , qui, à la fin de l’année, occuperent toute la capacité du vase; mais les parties de la plante exposées à l’air ne végétérent pas dans la même proportion : au contraire, elles restèrent

(1) Il est mort le 51 janvier dernier, après avoir rempli avec distinction cette place difficile pendant quarante-huit ans, | (O.:L.)

DES BOUTURES. 569 petites, et n'étaient, pour ainsi-dire, qu'en miniature. Cette végétation, qui a duré trois ans, s’estterminée , comme à l'ordinaire, par la fructification de la plante. Toutes ses parties étaient à peine d’un dixième de l'étendue de celles des individus cultivés dans de la terre à la manière habituelle. Le fruit surtout était d’une petitesse extrême et la pulpe en était presque nulle.

Plusieurs plantes grasses forment leurs racines aussi facilement dans l’eau que dans la terre

même. { oy. PL. 49, fig: 10.) Mon V.— Boutures sous l’eau.

Les boutures placées par leur partie inférieure dans de l’eau poussent leurs bourgeons, et ceuxci, à l’aide de leurs feuilles ou de leur épiderme, tirant de l'atmosphère des fluides parmi lesquels l'eau entre pour une grande partie, forment la sève descendante, qui, lorsque les rameaux sont munis de glandes, produit les racines. Ces faits semblent démontrés par les exemples cités précédemment. Un cultivateur distingué (1) a cru

() M. le comte Dijon, propriétaire de vastes domaines dans les départemens de la Haute-Garonne, des Landes et autres lieux, et qui possède en agriculture des connaissances théoriques et pratiques très-étendues ; il s'occupe, depuis long-temps, de la naturalisation de végétaux et d’animaux étrangers , utiles à l’économie rurale et domestique. Il consacre à ce noble usage une partie de sa grande fortune.

qu’en plaçant dans un vase entretenu plein d’eau le sommet d’un rameau sans racines, mais garni de feuilles et d’un bourgeon dans son milieu, il parviendrait, en lui fournissant dans une plus grande abondance qu'ils ne se trouvent répandus dans l'atmosphère, les deux gaz les plus favorables à la végétation , l’oxigène et l'hydrogène , il parviendrait, dis-je, à lui faire pousser des racines. Son essai a été couronné d’un plein succés.

Il a planté dans un pot ( voy. PL 49, fig. 9) avec de la terre meuble et substantielle une branche en pleine sève du lagerstroemia indica. A l'extrémité supérieure de cette branche, qui avait été coupée horizontalement, fut adapté un entonnoir de verre blanc, lequel fut luté autour de la tige, au-dessous de la partie où elle entrait dans le vase. Celui-ci fut constamment rempli d’eau , et il s’en trouvait le plus ordinairement deux à trois centimètres ( de neuf lignes à un pouce et plus } au-dessus du sommet de la branche. Les bourgeons latéraux qui se trouvaient placés sur la tige entre l’entonnoir et la terre du pot, qu'on arrosait de temps à autre, se sont maintenus verts et bien portans pendant plus de cinq semaines; ils ont poussé ensuite vigoureuse ment, et, à l'automne de la même année (1806), la bouture s’est trouvée suffisamment enracinée

DES BOUTURES. + 571 pour fournir à la nourriture du nouvel arbuste. On a diminué par degrés le volume d’eau de lentonnoir, ensuite on la supprimée entièrement, et la bouture à continué de vivre et de bien pousser.

Nons avons répété cette jolie expérience au mois de juillet 1807, et voici les résultats que nous ayons obtenus. Quatre jeunes branches d’arbrisseaux étrangers, savoir : la premiére, de bucida buceras ; la seconde, de robinia florida ; la troisième, de lagerstroemia indica, et la quatrième, de r2yrtus pimenta, de âge de trois à quatre ans, longues de trois à quatre décimètres ( onze pouces à un pied deux ou trois pouces), et de la grosseur d’une plume à écrire, furent plantées de la même manière et avec le même appareil qui vient d’être décrit. Dès le premier juin suivant , les deux premières boutures poussèrent plusieurs petits bourgeons, garnis de feuilles d'un très-beau vert, à l'endroit des rameaux qui se trouvait entre la base des entonnoirs et la terre des vases; mais cette végétation fut détruite presque instantanément, soit par un coup de soleil, soit parce que les entonnoirs, n'étant pas lutés assez exactement contre les tiges, perdirent l’eau, et laissèrent l'extrémité des rameaux exposée à l'air pendant plusieurs jours de suite. Les deux autres espèces de boutures se sont conservées

vertes l’espace de quinze à vingt jours, temps beaucoup plus considérable qu'il n’eût fallu pour les dessécher, si elles n’eussent pas eu leur extrémité submergée; mais, après ce temps, elles sont mortes comme les premières.

Ce défaut de succès ne nous a pas empêché de renouveler la même expérience dès le mois de janvier de l’année suivante, parce que j'en présumais la cause, et que je pensais en prévenir l'effet. Vingt rameaux d'arbres étrangers, choisis parmi les bois les plus durs, dont l'écorce n'offre pas à sa surface l'apparence de glandes, et qui reprennent très-rarement de boutures, ont été soumis à cette nouvelleépreuve. Ils ont été préparés de la même manière que les précédens et placés dans une serre où la température est entretenue entre huit et douze degrés, pendant l'hiver. Ces boutures se sont maintenues, avec leurs feuilles, d’un beau vert pendant près

de deux mois; quelques-unes d’entre elles ont produit de faibles pousses; mais le printemps

étant survenu , elles ont donné des signes de dépérissement graduels, sont mortes successive ment, et vers le commencement de juin il n’en existait plus que deux espèces, dont je parlerai ci-après.

L'examen que Jai fait de ces boutures

mortes m'a fait connaître, 1°. que toutes ma-

DES BOUTURES. 593 vaient existé aussi long-temps vertes et que plusieurs n'avaient donné de faibles pousses qu'aux dépens de leur sève latente, ou de leur propre substance, ou enfin des fluides aériformes que leurs feuilles avaient puisés dans l’atmosphére, parce qu'aucune d'elles n’était pourvue ni de racines, ni des rudimens qui les produisent; 2°. que celles qui avaient vécu le plus long-temps avaient à leur base un commencement de bourrelet plus ou moins avancé, signe d’une sève descendante qui s’établissait ; 3°. que la partie des rameaux plongée dans l’eau de l’entonnoir supérieur avait l'épiderme pourri, et que l'écorce ainsi que le bois qu’elle recouvrait étaient avariés et sur le point de se décomposer ; 4°. et enfin, que les bourgeons, les feuilles et les tiges qui se trouvaient entre les entonnoirs et La terre des vases où étaient plantées les boutures , étaient entièrement desséchés.

Quant aux deux boutures qui ont existé plus long-temps, l’une était du chène à gland doux (quercus ballota, Desr.) et l’autre du 2yrtus pimenta. La premiere a poussé un bourgeon a; PL. 49, fig. 8, de près de trois centimètres (plus d'un pouce) de long, garni de plusieurs feuilles, dont quelques-unes sont arrivées à leur grandeur naturelle, d’un très-beau vert, et de même consistance que celles de l'individu d'ou

a été tirée la bouture. La partie placée dans l'entonnoir , à laquelle on avait laissé son gemma terminal , ainsi que ses feuilles, qui étaient recouvertes d’eau, s’est conservée vivante et bien saine, mais sans pousser sensiblement. Ses feuilles ne sont tombées que successivement et après plusieurs mois, lorsque couvertes du sédiment terreux que déposait l’eau du vase dans lequel elles étaient renfermées, leurs pores tant sécrétoires qu’absorbans se trouvant bouchés, ces organes, devenus inutiles, se sont oblitérés. Enfin la partie de cette même bouture qui se trouvait en terre, de la profondeur de quatre centimètres (un pouce six lignes), a formé, à son extrémité , qui avait été coupée horizontalement, un bourrelet du double de la grosseur du rameau , et cinq petites racines qui commençaient à se ramifier. ( Joy. b.) Ces racines venaient de

protubérances calleuses sorties d’entre le bois et l'écorce , quelques-unes d’entre les couches du :

liber. Les unes et les autres étaient le produit de la sève descendante, qui, ne trouvant pas de racines à nourrir, en avait formé elle-même.

L'individu sur lequel avait été fait cet essai avait passé l’hiver et la moitié du printemps dans les serres. Transporté tout d’un coup à Fair libre sans gradation , et placé à une exposition trop ombragée, fatigué d’ailleurs par les obser-

D ep

DFS BOUTURES. 075 vations multipliées faites sur toutes ses parties, il est mort en très-peu de jours. Mais cette expérience n’en prouve pas moins la possibilité de multiplier par boutures les végétaux dont le bois est le plus dur, et qui jusqu’à présent ont été les plus difficiles à propager de cette manière. Elle offre de plus un fait physiologique, c’est que la sève descendante passe non-seulement entre l’aubier et l'écorce, mais même entre les feuillets du liber et jusque sous l’épiderme, et que lorsqu'elle ne rencontre pas sur son passage de glandes corticales propres à donner naissance à des racines, elle descend jusqu'à l’extrémité des bourrelets, y forme des mamelons qui, à leur tour , produisent des racines, et celles-ci un chevelu. Elle détruit l’opinion que les racines soient des fibres descendues des gemma poussans. 1°. Celles-ci sortaient en effet d’un bourrelet de tres-nouvelle formation; 2°. elles avaient leur origine, pour la plupart, entre les feuilles du liber ; 3°. et enfin toutes, sans exception, partaient de la demi- circonférence du bourrelet opposé au bourgeon qui s’est développé. Ainsi il ne peut rester aucun doute sur la cause de ces productions, dues à la sève descendante.

Si l'on voulait renouveler de semblables expériences, Je conseillerais de choisir les boutures

avec leurs feuilles parvenues à leur grandeur, et lorsque la sève serait sur le point de descendre. Le défaut de réussite des deux premières tentatives provient peut-être de ce que, dans l’une, les rameaux n'étaient pas en sève, et que dans l’autre ils ont été pris à la sève montante. Peut-être que ceux qui seront choisis à la sève descendante donneront un résultat plus satisfaisant: tout porte à le faire présumer.

Ce mode de bouture pourrait être utile pour la multiplication des végétaux à bois dur, et surtout pour ceux qui n'ont pas leurs gemma renfermés sous des écailles; ceux-ci, appartenant presque tous aux zones chaudes et brülante, se multiplient plus difficilement que les autres, et sont rares dans les jardins de l'Europe.

D'un autre côté, ce genre de bouture serait intéressant pour la physique des végétaux, puisqu'il semblerait établir en fait que l’eau élaborée par l’organisation végétale, soit qu’elle ait été puisée dans l'atmosphère par lesfeuilles etl'épiderme des rameaux, soit qu’elle se trouveen contact avec les vaisseaux des plantes, suffit pour donner lieu à la formation et à la croissance des racines. Quoi qu'il en soit, cette expérience est curieuse et mérite d’être suivie par les cultivateurs et les physiCiens.

DES BOUTURES. 50 Mons VI. — Boutures entre deux eaux.

Ce mode n’a encore été décrit ni même indiqué dans aucun des ouvrages qui sont à ma connaissance. Il a été pratiqué pour la première fois au Muséura, en décembre 1807. Voici commè je l’ai conçu , la manière dont il a été exécuté, et les résultats assez curieux qu’il a fournis.

On a pris sur des individus bien portans deux rameaux de la longueur de trois décimètres (onze pouces), formés de bois produit par les trois sèves précédentes. L’un appartenait à l’atropa frutescens, l’autre à une variété domestique du vitis vinifera, où vigne commune. Ces deux rameaux avaient chacun vers le milieu de leur longueur, un bourgeon de huit centimètres (trois pouces) de long , et leur diamètre par le bas était de six à neuf millimètres (trois à quatre lignes). La première bouture a été coupée net par son gros bout, à angle droit; on lui a laissé toutes les feuilles qui se trouvaient tant sur la partie supérieure du rameau, que sur son bourgeon latéral, et l’on n’a supprimé que celles du bas dans la longueur de huit centimètres ( irois pouces ). Cette première bouturesetrouvait en pleineseve, et sa végétation était vigoureuse et belle. La bouture de vigne était au contraire dans le milieu du

repos de sa sève; les écailles étaient bien serrées 2, 37

contre les gemma, l'écorce verte, mais l’épiderme sec : tous signes qui annoncent le repos des fluides séveux. Celle-ci fut coupée par son gros bout, en biseau très-prolongé, et son extrémité supérieure fut rognée à angle droit, au-dessus d’une nodosité, On su pprima tous les gémma qui se trouvaient sur le rameau, et on ne laissa qu’une seule ramillé, qui était placée vers le nilieu,etque l’on coupa au-dessus de son second gemma.

On choisit, pour exécuter chacune de ces deux expériences, deux vases de verre blanc, de grandeur'ét de forme différentes: l’un, cylindrique, de huit centimètres (trois pouces) de diametre, était susceptible de contenir sept décalitres d’eau (trois demi-setiers), et l’autre, en forme d’entonnoir, le tiers de cette quantité. Celui-ci fut suspendu au-dessus du premier, à une distance d'environ six centimètres (deux pouces quelques lignes), de manière que le goulot de l’éntonnoir répondait au milieu du vase inférieur. L'un et l’autre furent maintenus solidement dans cette position au moyen de trois piquets, placés àégale distance autour de la circonférence des vases, et enfoncés dans un pot rempli d’une térre forte, sur laquelle reposait le vase inférieur. ( Joy. PL. 49, fig. 5.)

Lorsque toutfutainsi disposé, on plongea dans le vase inférieur de l'un des deux appareils le gros bout du rameau de l’atropa, de la longueur

DES BOUTURES. 579 de huit centimètres (trois pouces }, et l'on fit entrer, d'environ six centimètres (un peu plus de deux pouces), dans le goulot du vase en entonnoir l’extrémité supérieure de ce rameau avec ses feuilles et son gemma, qui se trouvèrent au dessous du bord du vase d'environ trois centimètres (un pouce environ), afin de pouvoir les couvrir d’eau. La ramille de cette bouture, qui était entre les deux vases, resta à l'air libre avec une portion de son rameau. On plaça dans le col de l’entonnoir un bouchon de liége séparé en deux, pour laisser passer dans le milieu la partie de la bouture qui était introduite dans ce vase, et l’on recouvrit cet orifice de cire de commissaire, pour empécher la filtration de l’eau par cette issue. Enfin l'on remplit les deux vases d’eau commune, que l'on eut soin de remplacer à mesure qu'elle se dissipait. |

La bouture de vigne (PL. 50, fig. 1 ) ayant été disposée de la même maniere, à tres-peu-pres , je n'entrerai pas dans le détail de son appareil. Il suffira, pour en avoir une idée exacte, de jeter les yeux sur la figure qui le représente.

Je passe aux résultats. Ces deux boutures, avec leurs appareils, furent transportées dans une serre chaude, où le thermomètre, pendant tout l'hiver, ne descendit pas au-dessous de huit degrés, sé leva quelquefois à dix-huit, mais dont la tempéra-

ture la plus ordinaire était de douze degrés, et l’on eut soin d'entretenir les vases toujours remplis d’eau de riviere. C’est à cela que s’est bornée la culture de ces boutures, qui, comme on le verra, ont donné des résultats opposés.

Celle de l’atropa frutescens , qui était en pleine sève, comme nous l'avons vu précédemment, s’est maintenue en très-bon état pendant près de trois mois, et donnait des espérances de réussite; mais elle n’a poussé ni bourrelet ni racines. Ses feuilles se sont oblitérées et sont tombées successivement jusqu’à la dernière. Son bois s’est pourri dans les parties où il trempait dans l'eau des deux vases, et enfin la portion qui se trouvait à l’air avec sa ramille s’est desséchée.

La bouture de vigne , quoique placée dans le lieu le plus chaud de la même serre et dans un endroit où, pendant la majeure partie de l'hiver, la température était souvent de vingt-cinq degrés, n’a commencé à donner des signes extérieurs de végétation qu’au bout de seize jours: d'abord ses gemma se sont gonflés , et bientôt après il en est sorti deux bourgeons courts et fluets. Il s’est formé un bourrelet à la base de la bouture , et ensuite on a vu paraître des racines; quelques-unes étaient dispersées sur la partie de la tige plongée dans l’eau du vase inférieur; les autres , au nombre de plus de vingt, et de toutes

les dimensions, sortaient du talon formé par le bourrelet du bas de la bouture ou des environs. Au fond des petites déchirures qu’avait occasionnées dans l'épiderme et les feuillets du liber la sortie de ces premières racines, ont paru des glandes ovoïdes de couleur blanche, qui bientôt se sont allongées et sont devenues des racines. Celles-ci, en s'étendant, ont conservé à leur extrémité un point glanduleux de couleur verdâtre, autour duquel se trouve presque toujours äne matière de nature à n'être pas dissoute dans l’eau, et qui, lorsqu'elle est devenue trop pesante, se détache et tombe au fond du vase. Cette matière ne peut être le résidu des diverses substances contenues dans le liquide, et dont les glandes terminales des racines auraient opéré le rejet en s'appropriant celles qui conviennent à leur organisation, puisqu'elle n’est pas soluble dans l'eau. Il est probableïqu'elle n’est autre ‘chose qu’une sécrétion particulière des racines, qui, ainsi que les feuilles, les bourgeons, les tiges et autres parties extérieures des plantes, ont les leurs propres. Jai remarqué cette sécrétion dans les racines de plus de soixante espèces de végétaux d’un grand nombre de familles différentes, que nous avons fait croître dans l’eau (1).

(r) Ges sécrétions fourniront le moyen de rendre compte

Le fond des déchirures de l'écorce se tapisse d’une substance blanche, solide , frangée sur ses

d’un fait qui a occupé beaucoup d’agriculteurs et de physiciens, et qui, jusqu'à présent, n’a pas été expliqué d’uné mamère satisfaisante. La plupartdes cultivateurs et beaucoup de propriétaires savent , à leurs dépens, que lorsque des arbres ont vécu pendant long-temps à une place, qu’ils y sont devenus malades, et qu'ils y sont morts après quelques années de langueur; ils savent, dis-je, que si on les remplace par des individus de la même espèce, quoique choisis parmi des sujets jeunes , vigoureux , et plantés avec soin, ils sont bientôt attaqués de la même maladie, languissent pendant deux à trois ans, et finissent par périr. Si l’on recommence la même plantation plusieurs fois de suite, on a le même résultat. Le renouveliement des anciennes terres des trous où les arbres étaient plantés ne suffit pas même pour prévenir cette mortalité ; il ne fait que l’éloigner de quelques années , parce que dès que les racines des jeunes arbres sortent de la terre neuve, et passent dans l’ancienne, elles rencontrent un terrain vicié par les racines des arbres qui les ont précédés, contractent leur maladie, et meurent comme eux. Tout porte à croire que c’est aux sécrétions délétères de ces arbres morts sur place, qu’on doit attribuer la cause de cette mortalité; ils en imprègnent le terrain et l’infectent pendant long-temps pour les individus de la même espèce. Quelques expériences que nous suivons serviront à faire connaître jusqu’à quel point cette présomption est fondée.

Ce fait n’a rien de commun avec cette autre observation que de jeunes arbres plantés dans un terrain qui a fourni à J’existence d’une génération d'individus de même espèce meurent, réussissent mal, ou n’y donnent pas le produitqu'on a obtenu de la prémière génération. Cela vient”de.ce que le

DES BOUTURES. 583 bords, qui accompagne la jeune racine jusqu'à l’orifice de la plaie. Cette espèce de membrane ressemble beaucoup aux volves (voba) qui enveloppent la base du pédicule de certains champignons ; elle reste visible pendant plusieurs semaines, ensuite devient brune, et forme un petit bourrelet qui produit lempatement ou le talon des racines. |

En ce moment {1°*. septembre 1808), la sève est arrêtée dans les deux bourgeons produits par la végétation de cette année : l’un a quatorze centimètres ( cinq pouces deux lignes) de long , et est garni de cinq feuilles ; l’autre en a six et seize centimètres ( cinq pouces onze lignes) de longueur. Les ramilles sont grèles et fluettes; les feuilles qu'elles portent n’ont guère que le tiers de leur grandeur naturelle et sont trèsminces. Elles commencent à prendre une teinte

sol est épuisé des substances qui fournissent les sucs extractifs nécessaires à la nourriture de chaque espèce de végétaux, et non de ce qu'il est vicié. La loi de l’alternat des cultures économiques est générale pour les herbes comme pour les arbres. En la mettant en pratique, on remédie à l’épuisement du sol, et l’on augmente sa fertilité. Il ne s’agit que de savoir employer les végétaux qui se succèdent les uns aux autres sur le même sol avec le plus d'avantage pour le produit. Cette partie de la science agricole est ébauchée pour les herbes ; mais elle est à faire pour les arbres.

jaune, qui annonce loblitération de leur pétiole et leur chute prochaine. Les gemma axillaires sont bien formés, mais plus petits des deux tiers que ceux qui se trouvent placés sur un individu de même variété, cultivé en pleine terre. Le bois de ces ramilles paraît ferme et bien constitué ; mais il est dans la proportion des autres parties pour sa grosseur,

Quant aux racines, elles sont dans un état opposé à celui des parties ascendantes. Leur végétation est extrêmement active : non-seulement les anciennes s'allongent, grossissent, se ramifient et produisent un chevelu très-abondant, qui jette la même sécrétion que les racines par leurs glandes terminales ; mais il en sort , toutes les semaines, de nouvelles, qui partent du voisinage du bourrelet de l'extrémité inférieure du rameau. Malgré l'abondance de ces productions , la sève descendante est si considérable, qu'ayant gonflé tous les canaux séveux, elle a occasionné, dans l’écorce de la tige qui est plongée dans l’eau du vase inférieur, une déchirure de six centimètres ( deux pouces et plus) de long, sur une largeur moyenne de quatre millimètres ( deux lignes ). Les bords de cette déchirure forment deux petits bourrelets proéminens, qui tendent à recouvrir l'aubier. Celui-ci est d’un blanc argenté

ENS ET Se

DES BOUTURES. 585 dans la plus grande partie de la longueur de la plaie.

Cette déchirure offre une observation utile, c’est que les racines ne sortent pas des feuillets de l’écorce, mais bien de l’aubier (anomalie assez remarquable), et peut-être de l’intérieur du bois, ce que pourra faire connaître sa dissection à une époque plus avancée. De plus, elle démontre que la sève descendante passe entre l’épiderme et l’aubier, et non dans les couches ligneuses, puisque son affluence a fait rompre l'écorce , et que le bois est resté entier.

Quant à la partie de la bouture qui se trouve contenue dans l’eau de l’entonnoir, elle n’a fourni aucune végétation ni en bourgeons, ni en racines ; elle semble seulement s'être un peu gonflée; du reste, elle se maintient vivante dans toute sa longueur. Son épiderme, recouvert d’une mucosité que l’eau y a déposée, semble se pourrir dans plusieurs parties; et dés qu'on le touche , il s’enlève par petits lambeaux. Mais le dessous de cet épiderme est vivant et très-sain, ce qu'on a eu lieu de reconnaitre en enlevant une légère plaque de l'écorce.

Pourquoi , demandera-t-on , cette partie étant submergée comme celle qui se trouve dans le vase inférieur n’a-t-elle pas poussé des racines comme la base de la bouture? les choses

ue sont-elles pas à-peu-pres égales de part et d'autre? Cela est vrai; mais la position des parties est différente, ce qui suffit pour produire -un effet contraire. Elle n’a point poussé de racines, parce qu’il ne se trouvait pas, audessus de la partie contenue dans le vase supérieur, un bourgeon susceptible de tirer de l'atmosphère les fluides aériformes, qui, élaborés par les organes de la plante, pussent fournir la sève descendante, laquelle détermine la formation des racines et les nourrit.

Cette expérience fournit une nouvelle preuve que la série des parties souterraines des végétaux est alimentée, si ce.n’est en totalité, du moins en grande partie, par la sève descendante, et que la sève montante, ou celle formée par les sucs. extractifs de la terre, mélés à une grande quatitité d'eau, n'est pas, de nature à faire naître des racines et à les nourrir. Ses fonctions se bornent à développer les gemma, à faire croître les bourgeons et à Les alimenter, jusqu’à ce que leurs feuilles soient assez étendues pour subvenir à leurs besoins et faire pousser les gemma qu'elles portent dans leurs aisselles.

Il n’est pas douteux que la position des parties a produit cette différence de végétation entre le haut et le bas de la boutüre ou:ses deux ex trémités ; car, si l'on eût placé le rameau ia tête

DES BOUTURES. 587 en bas, on eût fait croître les racines de la partie supérieure, et l’autre extrémité serait restée dans une inaction apparente, quoique fournissant de la nourriture au bourgeon placé entre les deux vases, ainsi qu'aux racines qui se seraient développées dans le vase inférieur.

Nous avons la preuve que des boutures de vigne , ainsi que de beaucoup d’autres espèces d'arbres, placées simplement dans l’eau sans vase supérieur qui les mette entre deux couches de ce fluide, poussent des racines et des bourgeons ; mais que dans ce cas les bourgeons, ainsi que leurs feuilles, deviennent beaucoup plus étendus, et que leurs racines le sont infiniment moins , soit en nombre, soit en longueur, que dans l'expérience actuelle, qui d’ailleurs a plus pour objet les progrès de la physique végétale que la multiplication des végétaux.

Mope VII —— Boutures sur végétaux vivans.

Beaucoup d'auteurs anciens qui ont écrit sur l’agriculture, et mème quelques modernes, parmi lesquels on compte Cabanis (1), mettent au rang des greffes cette sorte de bouture. Elle ne peut

(1) Cabanis, Essai sur les principes de la greffe, page 140, édit. de 1802, et p.90 de l’édit. de 1803, réunie à l'Art de faire le bon cidre, par le marquis de Chambray.

cependant être placée dans ce genre de multiplication , parce que le propre des greffes est de se nourrir, en faisant tourner à leur profit la sève des sujets sur lesquels on les implante ; tandis que la bouture pousse des racines, au moyen desquelles elle tire de la terre, ou des corps sur lesquels elle se trouve, les sucs propres à sa subsistance. Ainsi c’est un être muni de tous ses organes, qui vit de ses propres moyens partout où sa structure particulière lui permet de vivre.

Pour effectuer ce mode de bouture, on choisit des bourgeons, des ramilles , ou même des rameaux d’arbustes ou arbres à bois mou et à bois ferme, que l’on enfonce,soit dans unetige dé chou dont on a supprimé la tête, soit dans un navet, soit dans les différentes parties de plantes charnues très-aqueuses. La grande quantité d’eau que renferment ces substances suffit pour entretenir la vie des boutures, pour leur faire pousser des racines et les faire croitre et prospérer. La saison la plus favorable à ce bouturage est le premier printemps, à l'époque où la tige de ces sortes de sujets entre en sève, et où les boutures sont elles-mêmes sur le point d’y entrer.

Comme les tiges ou les racines sur lesquelles on place le plus ordinairement ces boutures ne vivent pas long-temps, et que la

Le. me ten

DES BOUTURES. 589 plupart ne sont que bisannuelles, il convient de buter ces tiges avec de la terre, afin que les racines des boutures, aussitôt qu’elles s’étendent, rencontrent à leur proximité un milieu solide et substantiel , dans lequel elles puissent trouver des alimens plus en rapport avec la nature des végétaux auxquels elles appartiennent.

Cabanis a vu un bourgeon de pommier croissant sur une tige de chou, au moyen de ce procédé, plus singulier qu’utile dans l’usage babitue C’est en l’employant qu'on a obtenu quelques prétendues greffes d'arbres disgénèeres, et même de familles très-éloignées, dont plusieurs observateurs superficiels ont voulu se servir pour prouver que tous les arbres pourvaient se greffer les uns sur les autres, sans autre distinction d'espèces, de genres, de familles que la consistance du bois, l'épaisseur des écorces ou la qualité des sèves. Beaucoup de ces prétendues greffes ne sont autre chose que des boutures , et plus souvent des semis de pepins et de noyaux, faits par des oiseaux dans des troncs d'arbres, dont le cœur du boïs, réduit en terreau imbibé d’eau, a fait pousser des rameaux ou des semences d’arbres disgénères. Ils y croissent au moyen de leurs propres racines, y végétent comme dans un pot, une caisse, ou un baril, descendent dans tout le creux rempli

d’humus, et viennent s'implanter dans la terre du sol. Ces arbres fournissent une végétation d'autant plus abondante, qu'ils vivent dans du terreau. Bientôt ils remplissent le vide des troncs, les font souvent éclater, et leurs tiges s'élèvent au-dessus d’eux à une grande hauteur : tels sont un poirier et un cerisier qui se trouvent dans unorme et dans un saule, qu’on fait voir aux environs de Brest et de Chalonne-sur-Loire, et tant d’autres greffes de cette espèce qu'on rencontre en tous pays. Ce ne sont que des arbres venus dans des vases vivans , dont la croissance n'offre rien de plus extraordinaire que ceux qu’on cultive dans des caisses carrées ou cylindriques.

Mons VIII -—— Boutures sous cloches.

L'air, la chaleur et la lumiere, qui ont une si grande influence sur l’économie des êtres organisés, et particulièrement sur celle des végétaux, influent puissamment sur la réussite des boutures. Les cultivateurs en connaissent les effets, et c’est pour les modifier à l'avantage de leur culture et pour les maitriser, si l’on peut s'exprimer aiusi, qu'ils ont imaginé les cloches, les couches, les chässis, les baches et les serres de différentes espèces, au moyen desquels ils modifient, suivant le besoin, l’action de ces grands agens de la nature.

DES BOUTURES. 5ot

Les cloches de verre diaphane, soit en forme d’entonnoir, soit à facettes, soit à la maraïchère, transparentes ou opaques, sont employées avec succés à la culture des boutures d’arbustes des zones tempérées , mais plus particulièrement de ceux des Tropiques. Elles empéchent, dans les premiers temps qu'ont été faites les boutures, la transpiration trop abondante, qui ne manquerait pas de les épuiser; car elles n’ont pas encore les organes propres à remplacer les fluides séveux que leur feraient perdre l'air et la lumière du soleil. Les cloches entretiennent un air gazeux chargé d'hydrogène, qui maintient vivantes ces parties de végétaux, les nourrit et leur donne le temps et les moyens de pousser des racines.

Les cloches d’un verre épais et opaque, placées sur des boutures d'arbres conifères ou autres à bois très-dur des climats froids et tempérés, que l'on fait le plus ordinairement en pleine terre, facilitent singulièrement leur reprise. On en place quelquefois trois de différentes grandeurs et de divers degrés d'opacité, les unes sur les autres, de manière que la plus transparente soit celle qui environne les boutures, et que ies autres la recouvrent. Par ce procédé, j'ai vu des rameaux de cèdre du Liban reprendre et ponsser des racines, au bout de vingt et un mois.

Mon IX. —— Zoutures sur couche chaude.

Les boutures des végétaux qui se conservent pendant les hivers de notre climat dans les serres tempérées ont besoin d’une chaleur douce dans la partie où doivent croître leurs racines. Cette chaleur dilate leurs fibres, qui, en s’'amollissant, permettent aux glandes corticales de s'ouvrir, et aux mamelons de se former et de devenir des racines. On emploie à cet usage des couches dont la chaleur s'élève de dix-huit à vingt degrés ; on y enfonce jusqu’à leur bord supérieur les pots qui renferment les boutures nouvellement faites des arbres et arbustes de cette série. Dans les premiers temps, on les couvre de cloches et de paillassons pour les garantir des rayons du soleil, empêcher leur transpiration trop abondante, et faciliter l'absorption des gaz, qui contribuent à les nourrir, en attendant qu’elles aient poussé des racines qui puissent remplir cet objet.

Move X. — Boutures sous châssis.

Les châssis destinés à ce mode de bouture sont de petite dimension; trois mètres (neuf pieds environ ) de long sur un de large, et trois à quatre décimetres (onze pouces à un pied quelques

DES BOUTURFS. 593 pouces) de haut, par la partie la plus élevée, est en général celle qu’on leur donne. On les place presque toujours sur des couches dont la chaleur s'élève de vingt-cinq à trente degrés, et on les oriente à l’exposition du levant, du midi -et même du nord, suivant la nature dés plantes auxquelles ils sont destinés, et surtout en raison des saisons dans lesquelles on en fait usage. Les boutures se font quelquefois dans la terre même que couvrent ces chässis, mais bien plus souvent dans des pots qu’on enfonce dans le terreau dont la couche est couverte. Abritées par les panneaux de vitre que supportent les chàssis, les boutures sont encore assez souvent enfermées sous des cloches de verre de différentes sortes, lesquelles sont enfoncées par leur bord inférieur dans la terre des vases qui contiennent les boutures. Des nattes ou des toiles de canevas interceptent les rayons du soleil aux heures de la journée où ils pourraient être nuisibles.

Ce mode est employé dans beaucoup de jardins de l’Europe pour la réussite des boutures d’arbustes des zones chaudes , que l’on conserve pendant l'hiver dans les serres chaudes.

Mope XI. -— Boutures sous baches.

Les baches, nommées aussi serres hollandaises, sont des châssis en maçonnerie enfoncés dans la terre, et dont les vitraux inclinés font une légère saillie sur le devant, au-dessus du niveau du sol. Elles renferment des couches le plus ordinairement construités en tannée, où règne une chaleur humide de dix-huit à vingt-deux degrés, et dans lesquelles l'air, se renouvelant rarement, est chargé d’hydrogèné, d'azote, et de gaz acide carbonique.

Les baches sont très-propres à la réussite des boutures de plantes des zones brülantes. On place ces boutures dans des pots qu'on enfonce dans les couches. Onles couvre de cloches, qui doivent être ombragées lors de la présence du soleil , et l’on a soin de les priver du contact de l'air extérieur pendant les premières semaines de leur plantation. Il est rare que les rameaux les plus difficiles à reprendre par les autres procédés, ne réussissent pas par celui-ci lorsqu'ils sont bien gouvernés et qu'ils ont été plantés en saison convenable : c’est sur quoi je vais donner quelques généralités, par lesquelles je terminerai cet article.

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