CULTURE PREMIÈRE DES BOUTURES
Je ne puis encore donner que des idées générales sur cet article, comme je l'ai fait sur le précédent, et par les mêmes raisons. |
D'abord, la séparation des boutures de leurs tiges doit être faite avec une serpette bien tranchante, pour que les coupes soient nettes ,
DES BOUTURES. | 599 sans esquilles, sans morcellement ou meurtrissures des parties. Cela est nécessaire, tant pour ne pas nuire à l'individu sur lequel on coupe les, boutures, que pour donner à celles-ci le moyen de se conserver mieux en terre, et ne pas les exposer, par des plaies au moins inutiles, à perdre la sève insensible qu'elles renferment. Pour éviter ce dernier inconvénient, quelques cultivateurs instruits, au lieu d’une serpette, se servent, pour couper les boutures de plantes rares, de tenailles dont les deux taillans sont trés-tranchans. Il résulte de là coupe faite par cet outil que les vaisseaux séveux se trouvant comprimés dans leur diamètre, ne peuvent laisser échapper aucun fluide (1), même ceux qui sont aériformes dans les plantes pendant piusieurs saisons de l’année et à différentes heures du jour. Il faut excepter cependant les boutures en pied-de-biche qui s’éclatent avec leur talon, et pour lesquelles il est inutile d'employer ni la serpette ni la tenaille. Celles-ci occasionnent rarement des morcellemens et des esquilles, parce qu’elles s’enlèvent avec la nodosité et le faisceau fibreux qui les attachent à leur branche.
(1) Sous ce nom on comprenait les hquides et les gaz.
Goo. COURS DE CULTURE.
Dans les bouturesen plançons, qu’on aiguise par le gros bout en pointe triangulaire, on laisse le troisième côté du triangle qui porte l'écorce, beaucoup plus large que les deux autres, qui en sont privés, parce qu'on a remarqué que les bourrelets d’où sortent les mamelons qui produisent les racines, s’établissent presque toujours entre l’aubier et l'écorce ; mais cette précaution n’est pas fort nécessaire pour les boutures des arbres dont les écorces sont remplies de glandes corticales tres-apparentes à la vuesimple, comme dans les saules, les osiers ,les marsaults, les sureaux, divers peupliers et autres arbres aquatiques à bois mou et léger : cependant, loin d’être nuisible à la réussite, elle tend au contraire à augmenter les chances favorables à la reprise de ces boutures.
Beaucoup de cultivateurs ont l’habitude, peu raisonnée, de couper les feuilles, quelle que soit leur étendue , à tous les rameaux dont ils font des boutures. Cette pratique est, en théorie, nonseulement inutile, mais vicieuse. On sait que les feuilles remplissent dans les végétaux loffice des poumons dans les animaux; ‘que cest par elles que s’exhalent les fluides trop abondans qu'ils contiennent ; qu’elles aspirent dans l'atmosphère ceux qui sont nécessaires à la nourriture des yeux où gemma portés dans leurs ais-
DES BOUTURES. Goi selles, et qu’elles élaborent la seve descendante, utile à l’extension des racines. L’écorce verte des bourgeons, des ramilles et des rameaux partage, il est vrai, avec elles, cette faculté, mais à des degrés très-inférieurs. D’ailleurs, pourquoi priver les boutures d'un des deux moyens qui concourent à leur réussite, et diminuer au moins de moitié les chances qui peuvent assurer leur reprise? Mais lorsque les feuilles, trés-étendues en dimensions, n’étant pas encore arrivées à toute leur grandeur , tirent plus de fluide séveux de leur tige qu’elles ne sont dans le cas de lui en fournir ; lorsqu'elles sont oblitérées, flasques et molles; lorsqu'elles se couchent sur la terre, et deviennent un fardeau inutile à la végétation , alors seulement il est nécessaire de les supprimer : dans ce cas, il convient même de le faire plutôt en tout qu'en partie, et de ne réserver que celles qui terminent les ramilles.
La plantation des boutures doit s'effectuer, autant que possible, immédiatement après qu'’elles ont été coupées; mais celles des plantes grasses font exception à cette règle ; il faut les laisser plus ou moins de temps à Pair, dans un endroit clos et à l'ombre, pour que leurs plaies se cicatrisent à l'extérieur. Ce n’est pas cependant qu'avec des soins on ne puisse conserver des bou-
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tures des autres séries de plantes, pendant huitou dix jours, sans les mettre en terre, Nous en avons reçu du jardin de Kew en Angleterre, et de celui de Schœnbrunn en Autriche, qui avaient été coupées depuis plus de douze jours ,et qui, plantées au Muséum , ont très-bien réussi. Dans ce cas, il est bon que ces boutures soient renfermées dans des boîtes de fer-blanc soudées, où elles soient garanties de l'air extérieur et de toute espèce de fermentation. Quant à leur plantation mécanique , elle s'effectue à laide de plantoirs proportionnés à la grosseur de leur diamètre, afin qu'en les enfonçant dans la terre, elles y entrent sans nul effort, et que leur écorce ne se trouve ni déchirée ni froissée dans aucune de ses parties. Il est essentiel que la terre dans laquelle on les plante soit fortement pressée autour des tiges, pour que l'absorption de l’humidité et des sucs extractifs du sol puisse avoir lieu rapidement.
Un arrosage copieux doit être donné, immédiatement après la plantation, aux boutures de la seconde section , excepté cependant à celles des soboles et des plantes succulentes, qu’il faut planter dans une terre plus sèche qu'humide , et arroser de loin en loin jusqu’à l’époque où elles commencent à pousser. Si la précaution de garanür les boutures du soleil pendantles premières
DES BOUTURES. 603 semaines de leur plantation est nécessaire pour toutes les espèces , c’est particulièrement pour celles qui conservent des feuilles. Modifier la chaleur, l'humidité et la lumière doit être l’occupation de tous les jours, principalement pour les végétaux étrangers des climats chauds et brülans. Les boutures qui composent la première section de ce genre de multiplication ont très-rarement besoin d’eau pendant qu’elles sont dans l'inaction; l'humidité de la terre leur suffit presque toujours , et lorsqu’elles poussent, elles indiquent, par des signes connus de tous les cultivateurs, le besoin qu'elles ont d’être arrosées.
Enfin les boutures se trouvant suffisamment enracinées , on les habitue graduellement à supporter la lumière et le plein air; on les sépare les unes des autres et on les place à leur destination. Leur culture ne diffère plus alors de celle des individus sur lesquels elles ont été prises.