CHAPITRE PREMIER. DES ASSOLEMENS
Le mot assolement est dérivé du latin sol/um, en français sol, d’ou proviennent les mots asso- ‘ soler, dessoler, assolement.
Assoler, c'est diviser le terrain d’une exploitation rurale en diverses parties, et affecter chacune d'elles à une succession plus ou moins longue de cultures de plantes de séries différentes.
Dessoler, c’est changer la succession ou la rotation des cultures établies sur ce terrain.
Les assolemens peuvent être définis l’art de faire alterner les cultures sur le même sol, pour en tirer constamment le plus grand produit aux moindres frais possible. Leur résultat est la suppression du régime des jachères, qui fait perdre le cinquième, le quart et le plus souvent même le tiers des terrains cultivés, et l'entretien de
DES ASSOLEMENS. 3 ces terrains dans un état de fertilité croissante, 1°. en les purgeant des plantes adventices, improductives et nuisibles aux végétaux productifs; 2°, en faisant succéder les récoltes fertilisantes aux récoltes épuisantes; 3°. en mettant à même de disposer d’une plus grande quantité d'engrais.
Parmi les végétaux économiques, plusieurs sont plus ou moins susceptibles d’épuiser les sucs nourriciers de la terre dans laquelle on les fait croître; d’autres, au contraire, sont de nature à augmenter sa fertilité.
Les plantes les plus épuisantes sont celles qui tirent du sol presque toute leur nourriture et ne lui laissent rien ou presque rien de leurs dépouilles : telles sont les céréales et en général les plantes annuelles qu'on cultive pour leurs semences et qu'on laisse parvenir à leur complète maturité.
Les végétaux les moins épuisans sont les her- ‘bes annuelles, dont les fanes doivent être coupées avant l’époque de leur fructification, pour servir de fourrages ou pour d'autres usages, comme les trefles, les vesces, les gesses, etc.
Les plantes dont la culture repose le sol sont celles dont les tiges vivaces sont pâturées sur place par des bestiaux, ou même fauchées une ou plusieurs fois chaque année, avant leur fructification. Dans ce cas sont les trèfles vi-
vaces, le sainfoin, ja luzerne, les graminées pérennes, etc., etc. |
Les végétaux susceptibles d'améliorer les terrains stériles sont les arbres hivernaux et estivaux (1): les premiers pour les terres calcaires et siliceuses, les autres pour les sols tourbeux et glaiseux à l'excès. Les uns et les autres peuvent rendre à la fertilité des terrains épuisés par de longues successions de cultures de plantes herbacées ; car la décomposition des parties ou de la totalité de ces végétaux ligneux augmente insensiblement la couche végétale en la modifiant d’une manière tout avantageuse pour les cultures de plantes économiques.
Mais il ne suffit pas qu’un sol soit en état de fourni à la nutrition des plantes utiles qu'on lui confie, il doit encore être purgé des germes des mauvaises herbes, qui, occupant la place au détriment de celles-ci, pourraient nuire à leur développement et souvent les faire périr. Aussr faut-il faire succéder aux cultures qui ne permettent pas les sarclages, les binages et les buttages, celles qui nécessitent et rendent faciles ces travaux: par exemple, les semis et plantations
(1) Les premiers sont ceux qui conservent leurs feuilles pendant l'hiver; les seconds, ceux qui se dépouillent des leurs à la fin de automne.
DES ASSOLEMENS. | 5 par rayons et par touffes de fèves, de pois, de haricots, de turneps, de raves, de betteraves, de tabacs, de pommes de terre, etc., etc.
Quelques personnes pensent qu'il n’est pas moins important d’avoir égard, dans l’assolement, à la profondeur plus ou moins grande à laquelle les racines pénètrent dans la couche végétale. Ainsi, d’après elles , les céréales dont les racines traçantes ne cherchent leur nourriture en terre qu'à la profondeur d'environ deux décimètres (six à huit pouces), doivent alterner avec des plantes dont les racines pivotantes vont puiser la leur à trois ou quatre décimètres ( douze à quinze pouces ).
D'autres cultivateurs ne partagent pas cette opinion, à laquelle ils objectent qu'après un labour , le sol étant mélangé dans toutes ses parties, il ny a pas de raison pour que les sucs nourriciers se trouvent plutôt à telle profondeur qu'à telle autre; ils citent d’ailleurs quelques exemples à l'appui de leur manière de voir, et notamment le succès des céréales après le trèfle. Cependant, en général, il faut éviter de cultiver l’une après l’autre deux espèces de plantes dont les racines ont uneconformation analogue. Peutêtre la conformité des organes nutritifs exige-t-elle celle des sucs nourriciers.
IL est désormais hors de doute que les plantes
peuvent se succéder sur le mème terrain avec d'autant plus d'avantage, qu’elles sont plus éloignées les unes des autres dans l’ordre naturel. C’est assez dire que les assolemens les plus vicieux sont ceux qui font revenir souvent sur le même terram les espèces et les variétés d’un même genre. Il est nécessaire d’alterner même les cultures des forêts, pour les maintenir pendant plus long-temps en état de végétation prospère.
Enfin il est également certain que les assolemens doivent être combinés de manière que chaque récolte prépare le succès de celle qui la suivra. De là ce principe, qui devrait être plus généralement adopté, que les céréales doivent succéder à des récoltes fumées et sarclées ou à des fourrages dont la culture à étouffé les mauvaises herbes, et dont les fanes, enterrées, produisent un engrais nécessaire.
Des végétaux, tous plus ou moins épuisans, au nombre de deux, trois, quatre et quelquefois cinq espèces, sont, dans certains cas, cultivés avec succès sur le même terrain. C’est ce que l’on peut observer dans le voisinage des grandes villes, où l’eau et les engrais abondent et où la consommation est considérable.
Dans d’autres localités favorisées par la nature, sur des sols périodiquement couverts du
DES ASSOLEMENS. 7 limon fertilisant déposé à leur surface par les débordemens d’un fleuve, on peut encore remarquer des exemples de semblables assolemens. C'est ainsi que, dans la basse Égypte, des céréales viennent chaque année après d’autres céréales sur un sol à peine gratté au moyen d’une simple araire; que, dans certaines iles de la Loire, le lin, le chanvre et le froment se succèdent sans interruption et sans que leurs produits paraissent diminuer en quantité ou en qualité (1). Mais, il faut le redire, de pareils assolemens ne conviennent qu'à des contrées favorisées de la nature.
Les assolemens triennaux étaient autrefois sur presque tout le territoire français, et sont encore, malheureusement de nos jours, sur une partie de ce territoire, les seuls connus. Je donne ici deux exemples de ces assolemens vicieux :
(1) 1l est vrai que les cultures de ces îles sont plus soignées non-seulement que celles de l'Égypte, mais que la plupart de celles de la France. Tous les labours se font au hoyau et à la bêche. Les engrais ajoutent à la fertilité naturelle du sol, et l’activité des habitans est extrême. La grande île de Chalonnes-sur-Loire ( Maine-et-Loire) n’a pas deux lieues de long : sa plus grande largeur est à peine d’une demi-lieue , et cependant elle fait vivre dans l’aisance près de deux mille habitans, presque tous fermiers seulement des terres qu'ils cultivent. (O. L.)
AAnnee. tal Orge fumée.
ne, Année. . . . . . Blé sans engrais.
D LAnnée.\.:: 1 1.1 .Jachère complète.