VINGT ET UNIÈME SECTION
BUTTAGE.
Butter, c'est réunir autour d’une touffe de plantes ou d’un arbre assez de terre pour en former une petite butte sur ses racines. On butte, à la campagne, les pommes de terre, le mais, quelques espèces de haricots et autres plantes comestibles ; on butte aussi, dans les cultures en grand , le houblon, la garance, etc.
Dans les potagers , le buttage s'emploie pour les artichauts, qu'il est nécessaire de défendre des fortes gelées; pour les pieds de céleri qu’on veut faire blanchir, et pour les cardons, dont il est bon d’attendrir les côtes. On butte encore les arbres nouvellement plantés, pour les défendre des vents , en attendant que leurs racines soient assez fortes pour les fixer en terre. Enfin on butte les haies placées sur la crête des fossés, pour les affermir contre les vents et les bestiaux.
Ces différens buttages s’opèrent de diverses manières et avec plusieurs sortes d'outils et :
Lo
d’instrumens. Dans presque toute la France,on se sert de la houe, de la bêche et de la binette, tant dans la grande que dans la petite culture. Quelques cultivateurs emploient avec avantage la charrue figurée PL. 25, fi. 3, et décrite page 453 du premier volume ; en parcourant les sentiers qui se trouvent entre les lignes de pommes de terre , de mais et autres végétaux qu'il est nécessaire de butter, cette charrue déverse à droite et à gauche la terre qu’elle prend dans le sentier, et butte ainsi les plantes qui se trouvent placées de chaque côté : ce travail se répète dans différens temps, à mesure que le besoin s’en fait sentir. L'ouvrage n’est peut-être pas fait avec autant de soin et de propreté qu'à la houe , à la bêche et à la binette; mais aussi la dépense est de plus de moitié moins considérable, et cette considératon, dans les cultures en grand, doit l'emporter sur toute autre , lorsque les produits sont à-peuprès les mêmes.
Le buttage de la garance se fait avec la bêche. On la cultive dans plusieurs endroits par planches d’un mètre à 1,949 ( trois à six pieds ) de large, séparées par des sentiers d’égale largeur. Lorsque la plante a poussé des tiges longues d'environ 1,137 (trois pieds six pouces), on les coucheen travers de la planche, et on les couvre de terre prise dans les deux sentiers latéraux.
TRAVAUX DE TERRASSE, ETC. 147 Dès que de nouvelles tiges de même longueur ont été produites, on les recouvre de la même manière que la première fois, et on répète successivement cette opération pendant trois, quatre et même cinq années, en tirant toujours la terre des sentiers voisins, qui deviennent à la fin des espèces de fossés, tandis que les planches s’élevent en forme de banquettes. Les tiges de la garance ainsi enterrées se changent en racines, chargées de la partie colorante qui fait objet de cette culture, aussi lucrative pour le propriétaire qu’utile pour nos manufactures.
Le buttage des artichauts dans les jardins légumiers, et celui des plantes vivaces délicates que les fortes gelées font périr dans les jardins botaniques de nos départemens septentrionaux, s’exécutent avec de la terre , dont on forme, à l'entrée de l'hiver, des buttes coniques de 0,406 à 0,487 (quinze à dix - huit pouces ) d’élévation sur le milieu de Îa racine qu’on veut préserver. Cette terre se prend tout autour du végétal, et son extraction forme de petites fossettes dont la pente doit être dirigée de manière à écarter le plus possible les eaux des racines, afin d’éloigner une humidité qui donnerait prise à la gelée. Ce moyen n'est cependant pas toujours suffisant pour empêcher les racines d’être gelées , et lon a fréquemment recours à une autre méthode.
Dans beaucoup de jardins, au lieu de butter les plantes vivaces avec la terre environnante, on amoncele sur leurs racines des matières peu conductrices de la chaleur, telles que des feuilles desséchées : on donne la préférence à celles de fougère, de chêne, et mieux encore à celles de châtaignier. Assez souvent on prend le fumier, produit de la démolition de vieilles couches, enfin on emploie la vieille tannée consommée et réduite en terreau. Cette substance est peut-être de toutes la moins susceptible de s’imprégner de l'humidité et de laisser pénétrer la gelée. Toutes ces matières doivent être contenues et fixées sur les racines par des mannequins de forme conique, comme les cloyères ou paniers à huitres.
Dans les environs de Toulon, après avoir rabattu jusqu’à rez terre les branches du cäprier (capparis spinosa), qu’on cultive en plain champ, on butte, à l'approche de lhiver, les touffes de ses racines. ( oyez PL. 46, fig. 8.) On prend pour cela de la terre sablonneuse, dont on fait des pyramides de 0",650 ( deux pieds } à leur base sur 0",406 ou 0,487 ( quinze ou dix-huit pouces ) de haut. ( Voyez PL 46, fig. 7.) La figure 6 indique la maniere de cultiver la méme plante entre deux murs, que l’on remplit de terre Jusqu'à leur partie supérieure.
Si le buttage préserve les racines des gelées,
il occasionne souvent une humidité putride qui les fait pourrir. Pour éviter cet accident, non moins funeste que celui dont on veut se préserver , puisqu'il cause , comme lui , la mort des plantes , il convient de découvrir leurs racines toutes les fois que la douceur du temps le permet , et d'enlever les buttes des que l’époque des grandes gelées est passée.
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