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TRENTE ET UNIÈME SECTION

PAILLAGE.

Pailler, c'est couvrir de menue paille des terrains et des cultures.

On paille des terrains nouvellement labourés, pour les préserver du hâle et leur conserver l’humidité nécessaire aux semis et aux repiquages des jeunes végétaux qu’ils sont destinés à rece- VOIT.

Ce travail se pratique aussi pour empêcher l’eau des pluies ou des arrosemens de battre la terre , et par suite de comprimer les plantes faibles au collet de leurs racines. p

Quelquefois le paillage a pour objet de rompre les rayons du soleil, qui pourraient nuire aux jeunes semis et aux repiquages de végétaux délicats.

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Enfin on l’emploie encore pour garantir des cultures de plantes étrangères des rigueurs du froid. |

Le fumier de vieilles couches qui n’est point encore passé à l’état de terreau, et la paille qui a été triturée par les pieds des animaux d’écurie, sont propres à cet usage.

On en couvre le sol ou les semis de l'épaisseur de 0”,005 à 0”,027 (deux lignes à un pouce), ou plus, suivant le besoin.

Cette pratique est fort usitée dans les diverses sortes de jardins pour préserver les cultures délicates et pour économiser les arrosemens. | è

La paille, en se décomposant, fournit des gaz nutritifs ; mêlée au sol par les hersages et les binages qu’on lui donne, elle bonifie sa surface.

TRENTE - DEUXIÈME SECTION

COUFRIR ET DÉCOUFRIRE.

Cette opération a pour but de garantir les cultures des météores atmosphériques qui leur sont nuisibles , et de les exposer à ceux qui leur sont favorables.

Elle s'effectue dans toutes les saisons, souvent tous les jours, et quelquefois à différentes

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heures de la journée, suivant la nature des cultures.

A l'automne, on couvre les racines des artichauts et celles d’autres plantes sensibles aux gelées, pour les en défendre pendant l'hiver, dans les pays tempérés, comme on l’a dit précédemment. |

Dans lamême saison , on couvre de terre, après les avoir taillées, les touffes de càpriers qu’on cultive en pleine terre aux environs de Toulon.

À Argenteuil, près Paris, on couvre les souches et les branches du figuier commun ; et dans d’autres endroits, on les enveloppe de fumier sec pour les préserver des froids, qui les font périr.

En Hongrie, on enterre les vignes pour les défendre des rigueurs des gelées.

On découvre toutes ces cultures au printemps, lorsque les gelées ne sont plus à craindre et que la chaleur commence à se faire sentir dans latmosphere.

Dans les jardins, on couvre et l’on découvre, dans les mêmes saisons, ces végétaux et beaucoup d'autres espèces qui s’y cultivent, et qui sont également délicates : tels sont plusieurs jeunes arbres originaires de climats plus chauds que le nôtre, des pistachiers, des pins cultivés, le cyprès du Levant, les grenadiers, etc.

Pendant tout l'hiver, on couvre et découvre chaque jour, soir et matin, les vitraux des châssis et des serres de différentes sortes, qui renferment, soit des légumes ou des fleurs de primeur, soit des végétaux étrangers des zones chaudes ou bruülantes.

Ces cultures exigent même souvent qu’on couvre et découvre plusieurs fois par jour, suivant que le soleil se montre ou se cache, ou que l'air extérieur devient plus froid ou plus doux.

Pendant les autres saisons , les jardiniers sont obligés de couvrir diverses cultures délicates, soit en pleine terre, soit sous des vitraux, pour les garantir des grandes chaleurs, et surtout de la trop vive lumiere des rayons solaires.

Les matières employées le plus ordinairement aux couvertures de végétaux cultivés en pleine terre sont, la terre même du sol, du sable, du terreau de couche, de la vieille tannée, des feuilles sèches, des fanes de fougère femelle, des bruyères, des fumiers, de la litière, des cosses de pois , etc.

On fait usage , pour défendre de l’accès du froid les vitraux et les châssis des serres, de paillassons de différentes sortes, de nattes, de toiles peintes, ou enfin de contre-vents en bois, placés intérieurement ou extérieurement.

Pour préserver les cultures, pendant l'été, de

la trop vive action du soleil, on se sert de pail- : lassons à losanges et de toiles-canevas.

Ce travail, d’une haute importance pour la conservation et la prospérité de cultures souvent précieuses , exige une très - grande assiduité de tous les temps, et, pour ainsi dire, de tous les momens du jour et de la nuit. Si vous oubliez de couvrir, une heure suffit pour geler et faire périr, dans les serres chaudes, des végétaux qu'on y conserve péniblement depuis vingt ans, ou pour faire brüler sous les vitraux de jeunes plantes dont les produits doivent indemniser le cultivateur de ses peines et de ses avances (1).

TRENTE - TROISIÈME SECTION

ÉCOBU AGE.

Écobuer, c’est opérer le brülis des plaques de gazon qui se trouvent à la surface du sol, pour augmenter sa fertilité.

(1) Il est curieux d’observer avec quel soin les jardiniers hollandais et allemands veillent à lever ou baisser les paillassons qui couvrent les vitraux de leurs châssis ou de leurs serres. Placés à proximité, vous les voyez épier le moment où le soleil se fait jour entre les nuages ; ne fût-ce que pour quelques instans , ils découvrent aussitôt qu'il se montre, ils recouvrent dès qu’il disparaît. De pareilles précautions ne sont jamais futiles : on est trop peu persuadé de cette vérité en France.

| TRAVAUX DE TERRASSE, ETC. 171 L’écobuage se compose de quatre opérations également nécessaires : 1°. le découpage du gazon en plaques ; 2°. le desséchement de ces plaques ; 3°. leur brülis ; 4°. et enfin la dispersion sur le sol du résidu du brülis.

Le découpage s'effectue de différentes manières : on emploie le plus communément la houe pleine et carrée, au moyen de laquelle on lève de terre, en les coupant , des plaques de gazon , de bruyère ou de tourbe de l'épaisseur de 0",054 à 0",135 ( deux à cinq pouces ) sur 0",162 à 0,217 (six à huit pouces ) de large.

D’autres fois, on se sert du tranche-gazon, dirigé par un cordeau, pour couper les plaques d'égales dimensions en surface, et on les sépare du soi avec le lève-gazon.

Enfin on peut employer la charrue à six coutres et les trois bêches horizontales imaginées par de Planazu {PL 26, fig. 1 et 2) pour remplir ce double objet. Ces deux machines doivent être préférées dans les grands brülis ; elles économisent beaucoup de temps et font un travail plus régu lier; mais elles sont chères et très-peu connues.

Le moyen de les employer est celui-ci. Après avoir donné , dans la longueur de la pièce, un trait de la charrue, qui divise le gazon en bandes de 0,217 à 0°,271 (huit ou dix pouces), selon que les coutres sont espacés, on en donne un

172 COURS DE CULTURE. | second dans le sens de la largeur, de maniere à croiser le premier à angle droit. Les plaques de gazon étant ainsi découpées, pour les détacher du sol on fait usage des trois bêches ( 72g. 2 ): ces dernières, comme je l'ai dit ailleurs, remplacent alors l'espèce de râteau coupant dont on vient de se servir; elles pénètrent à la profondeur voulue, et parcourent la pièce suivant la direction de l’un des traits de la charrue. Comme la largeur des bêches est exactement égale à l’écartement des coutres, on sépare du sol les plaques sans les briser.

On opeére le desséchement des plaques en les appuyant deux par deux l’une contre l’autre sur le champ même qui les a produites, de maniere qu'elles présentent une suite de petits triangles. (Toy. PL. 45, fig. 12.) Pour rendre la dessication plus rapide, on retourne une ou deux fois ces plaques sens dessus dessous, et en quatre ou six Jours d’un temps sec et chaud, elles sont suffisamment sèches pour être brülées.

Il faut alors s'occuper du brülis. Pour cet effet, on forme , avec les plaques, de petites buttes arrondies par leur base et terminées en cône sphérique ; on leur donne environ un mètre ( trois pieds } de diamètre sur 1”,299 / quatre pieds ) d'élévation. On ménage à rez terre, dans l’intérieur, un espace vide d’un pied carré, prolongé

à la partie supérieure par un conduit de O0" ,081I ( trois pouces), qui traverse tout le reste de la butte et sert de passage à la fumée. Un pieu enfoncé en terre, autour duquel est fixé un bout de corde, sert à régulariser la formation des buttes , et le vide qu'il laisse lorsqu'on le retire établit la cheminée. La petite porte du foyer doit être pratiquée du côté d’où souffle le plus ordinairement le vent. Tout étant ainsi disposé, on remplit le fourneau de l’intérieur de menu bois sec, de tiges de bruyères, de genevriers, de pins sauvages ou de mélèzes, selon leur abondance dans le canton, et l’on y met le feu lorsqu'il vente un peu fort. La combustion une fois commencée, on diminue l'ouverture de la porte du foyer au moyen de plaques de gazon mises en réserve pour cet usage, et l’on bouche en partie de la même manière le conduit de la fumée, afin d’obliger le feu de se porter dans toutes les parties des buttes, d'y réduire en cendre tous les corps combustibles qui s’y rencontrent, et de diviser la masse de terre dont elles

sont formées.

I! arrive souvent que le feu et la fumée trouvent des issues entre les mottes de gazon et s’échappent au dehors ; il convient, dans ce cas, de boucher les crevasses avec de la terre argileuse, corroyée en consistance de mortier, dont

il est utile d'avoir un dépôt à proximité du brûlis. Pour qu'un pareil travail soit bien fait, il faut que le feu réduise en cendre tous les corps combustibles des buttes , et que la suie, les corps gras et les gaz, résultats de la combustion, soient absorbés en grande partie par la terre du mélange.

Lorsque le feu est éteint et que les buttes sont refroidies, on les démolit. On divise, avec la pioche, toutes les mottes qui pourraient s’y trouver, et on mêie avec la pelle les parties extérieures avec les parties intérieures ; ensuite on répand le mélange sur toute la surface du terrain qu’on veut bonifier, excepté pourtant sur les places où ont été établis les cônes : ces dernières , par suite de l'opération, se trouvent fertilisées pour plusieurs années. Enfin on enterre les cendres au moyen d'un labour croisé, et l’on sème le champ immédiatement apres.

Cette pratique, qui ne laisse pas d'être dispendieuse en main-d'œuvre pour le cultivateur, ne donne en résultat que de la cendre, de laleali, un peu de charbon et quelques parties huileuses, qui ont, les trois premieres du moins, la propriété de s'emparer de l'humidité de l'air, et de la conserver au profit des cultures : aussi cette opération ne produit-elle qu’une ou deux faibles récoltes de seigle dans les terrains maigres ; sili-

TRAVAUX DE TERRASSE, ETC. 179 ceux et calcaires ; après quoi, on les abandonne sans culture pendant cinq ou six ans, jusqu’à ce qu'ils se soient couverts de plantes adventices, qui permettent de nouveaux brülis. Dans ces sortes de sols, l’'écobuage est désastreux ; il tend sensiblement à les stériliser de plus en plus , et quelquefois pour toujours.

Mais il est utile dans les terrains marécageux , tenaces et tourbeux , parce que la tourbe étant brülée fournit de la potasse, qui a la propriété de dissoudre lhumus dont les tourbières abondent, et par ce moyen de fournir un aliment très-actif à la végétation.

TRENTE-QUATRIÈME SECTION

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