CHAPITRE V
Principes généraux. La première règle à suivre dans les plantations est de proportionner la profondeur du terrain à la hauteur des végétaux. Il faut bien se garder de planter un grand arbre dans un sol qui n’a pas d’épaisseur.
Il faut aussi que la solidité du terrain soit en
DES PLANTATIONS. o1I rapport avec le degré de compression qu'exigent les racines pour maintenir les arbres.
L'organisation et la forme extérieure des racines indiquent souvent la nature du fond qui convient aux végétaux.
Ainsi les racines peu ramifiées, épaisses, trèslongues, molles et spongieuses, demandent un sol aquatique, profond, léger, et richeen humus: par exemple, les peupliers, les saules, les platanes , les frènes, les aunes , etc.
Les racines d’une consistance coriace quisont recouvertes d’une écorce peu épaisse, qui se ramifient beaucoup et donnent naissance à un chevelu noirâtre trèes-abondant, se plaisent dans les sols profonds, argilo - sableux, solides et pierreux : tels sont les chênes, le charme, le sycomore , etc.
Les racines longues, légères, sèches et cassantes, munies d'un épais chevelu formant réseau presqu'à la surface du sol, croissent de préférence dans les terrains calcaires ou sableux mêlés d’un, peu d’humus: les pins, les mélèzes, les bouleaux, les hètres , etc. , etc.
Les arbres dont les principales racines se ramifient beaucoup et sont garnies d’un chevelu trèes-abondant, de consistance molle et de couleur jaune ou brunätre, comme le châtaignier, le buis, l'érable de montagne, etc., croissent plus
vigoureusement que partout ailleurs dans les sols granitiques, schisteux et volcaniques.
Les végétaux à racines menues, peu nombreuses, de nature sèche, munies d’un chevelu noir tres-délié et recouvert d’un épiderme mince, qui se dessèche promptement à l'air et se lève par lanières, paraissent destinés à vivre dans un sol sableux, fin , riche en humus, humide , mais dans lequel l'eau séjourne peu. Telles sont en effet les propriétés du terreau de bruyère, dans lequel croissent presque exclusivement la plupart des arbres et des arbustes de la famille des rosages.
Enfin les sols sableux-argileux, alternativement humides ou secs, selon les saisons, paraissent convenir particulièrement aux racines bulbeuses et tuberculeuses des liliacées, des cyclamen, des hélianthes, des pommes de terre , etc., etc., etc.
S'il est vrai que le principe d’alterner les cultures soit applicable même aux grands végétaux ligneux , à plus forte raison doit-on éviter.de remplacer par un individu de même espèce un arbre mort de la maladie assez commune chez plusieurs végétaux , qui provient de la décomposition‘ de la sève et de l'écoulement de ce liquide par les ra
cines. D Il faut planter les arbres qui se dépouillent de leurs feuilles chaque année, lorsque leur sève
DES PLANTATIONS. : 213 est dans un état de repos apparent; au commencement de cette époque, dans les climats chauds etsecs, à la fin dans les climats humides et froids. On a remarqué que les très-gros individus d’arbres estivaux se transplantent avec plus de succes lors du premier développement de leurs gemma.
Il faut planter les arbres toujours verts , et particulièrement les arbres résineux , à l’époque où leur sève, déjà en mouvement, a produit de nouveaux bourgeons longs de quelques lignes.
On doit ne supprimer, lors de la transplantation, que le moins de racines possible ; plus il en reste, moins il faut retrancher de branches. Cette précaution , nécessaire au succes des plantations de tous les arbres, devient indispensable lors de la plantation des résineux toujours verts.
Enfin on doit aussi laisser la flèche non - seulement aux arbres à feuilles persistantes, mais à tous les arbres (1) d’une certaine taille, dont on veut que l'existence soit longue et le bois sain.
J'entrerai bientôt dans les détails nécessaires au développement de ces divers principes.
Les plantations peuvent être divisées en deux sections: celles qui s'effectuent en pleine terre,