IT. PLANTATION DES SEMIS DE VÉGÉTAUX LIGNEUX A FEUILLES CADUQUES
1°. En place. Ces plantations ont pour but la formation des futaies, des taillis, des haies, des palissades, des brise - vents, des massifs et des tapis.
Les grands arbres destinés à former des forêts doivent être semés en place : la futaie en devient plus vigoureuse et plus belle; chaque individu vit plus long-temps, produit un bois plus sain et de meilleure qualité.
Tous ces avantages proviennent de ce que les arbres ont conservé leur pivot. Ce dernier, descendant en terre à une grande profondeur, les affermit de bonne heure contre les efforts des vents, et va chercher au loin une nourriture, qui, répandue avec plus d’abondance dans toute l’économie végétale, y porte la vigueur et la santé. La nature d’ailleurs n’emploie pas d'autre moyen que les semis en place pour la reproduction des grands végétaux ligneux ; ils se trouvent, on pourrait dire, bien mieux naturalisés dans le sol où leurs germes se sont développés que dans celui où ils ont été transportés d’une pépinière.
Lorsque , par quelques circonstances particuculières , ce procédé ne peut être mis en usage,
il faut choisir celui qui s’en rapproche davantage. Les graines germantes, qui ont été straüfiées pendant l'hiver, telles que les glands de chêne, les faines, les châtaignes, etc., etc., pour les départemens septentrionaux ; celles d'yeuse, de liége, etc., pour les départemens méridionaux , doivent être préférées aux individus de ces mêmes espèces dont la croissance est déjà avancée ; elles exigent peut-être un peu plus de précautions pour être mises en terre, mais la réussite doit dédommager de ces Soins.
C'est au plantoir que se fait cette opération. Le terrain ayant été convenablement ameubli, on trace régulièrement, d’une manière quelconque, les lignes de plantation ; à tous les points où des individus doivent être placés on forme des augets, au fond desquels, pour rendre lopération plus sûre, on dépose une petite quantité de terre meuble et plus riche que celle du sol. Sur cette terre on place avec soin la graine germée, et l’on recouvre en entier la plumule naissante avec toutes les précautions nécessaires pour l’affermir dans le soi sans la briser.
Enfin, sice moyen ne peut être employé, il faut bien recourir aux jeunes plants ; mais au moins faut-il choisir ceux qui ont les racines les
plus longues, les plus saines, les plus vives, et
DES PLANTATIONS. 219 ne pas les écourter autant qu'on le fait ordinaïirement. Il faut éviter de les meurtrir ou de les déchirer, comme cela arrive trop souvent. On doit les préserver du contact trop immédiat de l'air, et surtout de la gelée, depuis le moment de leur arrachage jusqu’à celui de leur plantation. |
Comme les tiges de ces jeunes plants doivent être rabattues rez terre, quelquefois à plusieurs reprises , il importe peu qu’elles soient droites : l'important estde les choisir saines et vigoureuses.
Le choix de l'espèce d'arbre qui convient au terrain ayant été fait, et le sol ayant été disposé, on procède à la plantation. Une charrue légère à soc, sans coutre ni versoirs, dirigée par des jalons , trace des lignes longitudinales coupées à angle droit par d’autres lignes, résultat d’un second trait de la même charrue : chaque point de section marque la place que doit occuper un individu. Des ouvriers pratiquent des fossettes plus ou moins profondes, selon la nature du sol et celle des jeunes plants; viennent ensuite les planteurs. Les distances auxquelles doivent être placés les arbres varient suivant leur nature, celle du terrain qui leur est destiné et le but de la plantation.
Si l’on a le projet de former un bois tuillis, et que le terrain soit de médiocre aualité, on fixe les jeunes plants à 1,624 (cinq pieds) de dis-
tance , en carré, les uns des autres ; si, au contraire, le terrain est riche et profond, on les écarte de 1,949 ( six pieds ).
S'il s’agit de faire une plantation destinée à devenir futaie, on plante les individus à 1",624 (cinq pieds) de distance. Vers la dixième ou quinzième année, lorsque les arbres commencent à se nuire, On en coupe un entre deux dans tous les sens, de manière que ceux qui restent se trouvent alors à 3",248 (dix pieds ) de distance. Vers la vingt-cinquième ou trentième année, on abat encore les individus intermédiaires : alors les arbres espacés de 6,497 (vingt pieds) peuvent continuer de croître sans se nuire , jusqu’à l’époque de la coupe de la futaie.
Quelle que soit la nature de la plantation, il est d'une très-grande importance de choisir avec soin les individus qui doivent en faire partie, et de les préparer avec toutes les précautions que je vais indiquer tout-à-l’heure pour les plantations en lignes ; ce qui me dispense d’entrericien de plus grands détails.
Beaucoup d’autres méthodes sont employées en différens pays pour la plantation des taillis et des futaies ; mais j'ai cru devoir m’attacher à celle qui m'a paru la plus perfectionnée. 1l serait bien désirable que l’on fit plus d’usage d’arbres étrangers pour la composition des forèts. Plusieurs
: DES PLANTATIONS. 283% centaines d'espèces différentes , arrivées chez nous au dernier degré de naturalisation , pourraient être employées avec succès à fertiliser des terrains qui sont abandonnés comme stériles.
J'aurai occasion de revenir sur cet objet important.
On plante encore en place les jeunes arbres destinés à faire des haies, des palissades et des massifs. L’arrachage de ceux-ci n’exige pas autant de soins que celui des individus destinés à l’établissement des futaies. On choisit ordinairement des pieds de deux, trois et quatre ans de semis: ce sont des aubépines, des pruniers épineux, des ormilles, des charmes, des érables champêtres, des troënes et autres arbres et arbustes de cette nature (1).
Les haies se plantent dans des rigoles de la profondeur d’un fer de béche.On coupe le pivot, et on rabat la tige à 0®,081 ou.0%,162 (trois ou six pouces) hors de terre. Les individus sont distans les uns des autres de o%,08r à 0,135 ( trois à cinq pouces ), et dressés sur la. même ligne. CIS Les arbres propres à former des palissades et des brise-vents dans les jardins se plantent plus âgés. On les rabat à la hauteur de 0" ,406 à 0,541
{r) Woyes l’article Clôtures.
229 COURS DE CULTURE. ' (quinze à vingt pouces ), et même plus haut encore, Selon leur force et la richesse du terrain, lorsqu'on veut jouir plus promptement de leur ombrage ou de leur abri. On les plante aussi en rigoles, par lignes, et à la distance de 02,087 à 0,189 (trois à sept pouces )environ les uns des autres. |
Les massifs de plantations se composent, dans les jardins, de toutes sortes d'arbres, arbrisseaux et arbustes. La manière dont on les forme ordinairement est mal raisonnée, coûte beaucoup, et ne procure des effets agréables que pendant bien peu de temps. On plante péle-méle des individus d’espèces différentes, à-peu-près du même âge, dont les uns sont destinés à devenir de grands arbres, tandis que les autres ne sont que des arbustes; tous sont placés à une distance qui est souvent moindre de 1°”,299 *( quatre pieds ). Les deux ou trois premières années, ces végétaux vivent bien ensemble, le massif est garni et le coup-d’œil est satisfait; mais bientôt les plus vigoureux s'emparent du terrain, étouffent les autres, la plantation va toujours en!dépérissant , et la jouissance est perdue.
Pour faire des plantations de massifs variés qui soient agréables et qui procurent des jouissances durables, il convient que les jeunes plants-destinés à devenir de grands arbres soient plantés à
DES PLANTATIONS. 223 4,873 ou 6%,497 (quinze ou vingt pieds ) de distance les uns des autres; les arbrisseaux, de 2,509 à 3,248 (huit à dix pieds) ; et les arbustes à environ un mêtre ( trois pieds }. Il faut encore que les plus grands soient placés dans l'intérieur du massif, et les plus petits par gradation sur les lisières. Afin de garnir le terrain pendant les premières années, on remplit, si on veut, les intervalles les plus grands de touffes de lilas, de troëne et autres arbrisseaux qui ne craignent pas beaucoup la privation de la lumiere : la chose est aisée et n’a pas d’inconvénient. Si les grands arbres, en prenant le dessus, étouffent les autres, ce ne sera au moins qu'à une époque où l’on pourra jouir de leur port et de leur ombrage.
Lorsqu'on compose des massifs de bosquets d’une seule essence d'arbres, comme le jeune plant est de même âge, qu'il croît simultanément, et que sa crue est la même, on peut, sans les mêmes inconvéniens, planter les sujets à peu de distance, à celle de 0",487 à 0°,677 ( dix-huit à vingt-cinq pouces), par exemple; mais ces plantations n offrent aucune beauté de détail, et qui a vu un des arbres du massif les a tous vus.
Cependant des massifs homogènes sont parfois tolérés, même dans les jardins de goût : ce sont ceux que l’on destine à soutenir les terres des
talus rapides et à les couvrir de verdure. On emploie à cet usage le troëne, l’ormille, les jasminoiïdes , etc., etc. Ces arbrisseaux, plantés à 0",162 (six pouces) de distance les uns des autres, doivent être rabattus à un pouce ou deux au - dessus du niveau de la terre. Étant tondus chaque année , le plus pres possible, ils remplissent parfaitement le-but qu'on se propose. On peut voir dans le jardin du Muséum plusieurs de ces massifs : l’un d'eux, planté en ormille depuis plus de vingt-cinq ans, offre un tapis serré qui recouvre une pente rapide exposée au soleil le plus ardent et sur laquelle aucun gazon n’avait pu résister.
Une autre espèce de massif, destinée à produire de plus grands effets que tous les autres (les massifs en amphithéâtre), est le résultat d’une plantation sur plusieurs lignes de végétaux de grandeur, de port et d'aspect différens. Sur le devant sont des arbustes, derrière eux des sousarbrisseaux, puis des arbrisseaux ; puis de petits, de moyens et enfin de très-grands arbres.
Une pareille plantation doit être orientée du sud au sud-est, pour que les grands végétaux ne privent pas les petits de l'influence bienfaisante du soleil. Du reste, on aura égard, quant aux distances qui conviennent pour chaque espèce, à ce que j'ai dit des massifs variés.
On plante aussi des massifs qui n’ont pour but que de couvrir de verdure le terrain sans l'élever, et que, pour cette raison, on appelle £apis. On peut employer, pour les composer, des arbustes d’une petite croissance et même des plantes vivaces. On à présenté au Muséum des exemples de tapis formés de millepertuis à grand calice ( kyperi-
cum calycinum), de buis d’Artois (buxus sempervirens suffruticosa ), d'ibéris des rochers ( iberis saxatilis), de thymelée des Alpes ( daphne cneorum,) de corbeille d’or (alyssum saxatile), etc., etc.
2°. En pépinière. Les jeunes arbres destinés à être plantés en pépinière exigent un traitement un peu différent de celui qui convient aux végétaux dont nous avons parlé jusqu'ici.
Comme ils doivent rester en pépinière jusqu'à ce qu'ils soient assez forts pour être transplantés à leur destination, on les place régulièrement par lignes, dont on forme des planches ou des carrés.
Les plants de grands arbres propres à former des allées, border des routes, faire des quinconces et composer des massifs , sont disposés par lignes et en carrés. Les lignes doivent être distantes entre elles de 0”.406 à 0”,812 (quinze à trente pouces), suivant le plus ou moins d’étendue qu'occupent les arbres pendant qu’ils doivent rester en pépi-
nière, et surtout en raison de l’espace nécessaire à. 15
pour les arracher sans trop mutiler leurs racines, lorsqu'il s'agira de leur transplantation.
Les arbustes et arbrisseaux se plantent aussi par lignes, mais en planches d'environ 1,624 (cinq pieds) de largeur, séparées par des sentiers, auxquels on donne ordinairement 0%,/406(quinze pouces ). En raison de leur force et du temps qu’ils doivent rester en pépinière, on les espace de 0” ,162 jusqu'à 0,406 ( six à quinze pouces }) les uns des autres; et pour ménager le terrain, on les place en échiquier.
On a coutume de couper le pivot et de tailler es racines latérales des jeunes plants destinés à être mis en pépiniere. Cette opération, sans inconvéniens pour la süreté de la reprise des sujets lorsqu'elle est faite avec modération, produit même un bon effet relativement au succes des transplantations ultérieures. Le pivot, ayant été coupé, est remplacé par des racines divergentes, qui ont une tendance à s’enfoncer en terre, mais qui, n'ayant pas la méme force que lui, prennent une direction différente : les racines latérales qui ont été taillées se bifurquent, se ramifient, et donnent naissance à une grande quantité de chevelu : ainsi s’'augmentent les bouches nourricières du jeune arbre; ce qui est un avantage incontestable. Un avantage non moins réel et tout aussi important, c’est que, lorsqu'il
| DES PLANTATIONS. 227 s’agit de lever un individu pour le transplanter à sa destination, il s’arrache plus aisément et reprend avec plus de facilité qu’un autre sujet dont les racines n'ont pas été multipliées de cette manière. En général, il ne faut pas couper la tête aux jeunes plants de grands arbres qu’on plante en pépiniere, à moins que la sommité de leurs tiges soit languissante ou que le nombre des racines soit tres - peu considérable : on doit alors rabattre sur un bon bourgeon de la flèche, ou même de la base de la tige. Dans tous les autres cas, il convient seulement d'arrêter les branches latérales pour diminuer la charge du jeune arbre et laisser moins de prise au vent.
Quant aux arbustes, arbrisseaux et sous-arbrisseaux qui n'ont point de flèches déterminées, on peut les tailler. On rabattra leurs tiges en proportion de la quantité des racines enlevées, et surtout de l’état dans lequel elles se trouvent. Si les racines sont fraiches et abondantes , et qu’on plante en bonne saison , on taille les tiges plus longues; si, au contraire, les racines sont en petit nombre, qu’elles aient langui et que la saison soit avancée, il convient de tailler tres - court, comme à 0,108 à 0° ,135 (quatre ou cinq pouces ) hors de terre.
La saison la plus favorable à la reprise des jeunes plants de grands arbres que l'on met
en pépinière est la fin de l’automne, dans les terres légères et les climats chauds ; il est plus convenable de ne plantér qu’à la fin de l'hiver dans les terres fortes, aquatiques et dans les pays septentrionaux ; cependant ces époques varient en raison de la nature des arbres, du degré d'humidité des terrains et de plusieurs autres circonstances locales. Il est donc exact de dire qu'on peut planter depuis l’époque de la chute des feuilles jusqu’à celle où les boutons, grossis, sont sur le point de se développer. Quant à la qualité du terrain qui convient à ce genre de plantation, on ne peut l'indiquer, parce qu’elle varie nécessairement en raison de la nature des arbres qu'il reçoit; mais il doit être essentiellement meuble, perméable aux racines, sans de trop grosses pierres, et avoir au moins un mètre de profondeur : il doit être défendu du gibier, et surtout des bestiaux, qui peuvent occasionner des dommages irréparables.
Les sauvageons sont destinés plus particulierement à recevoir les greffes de variétés qui ne se reproduisent sûrement que de cette manière, ou d'espèces rares et délicates que l'on tient à multiplier. On se procure les sauvageons de deux maniéres: en les semant, ou en les arrachant dans les bois. Ceux qu'on cbtient de semis, étant bien venans et vigoureux, doivent ètre traités comme
| “DES PLANTATIONS. 229 les jeunes arbres élevés en pépinière; toute la différence consiste à les planter plus prés les uns des autres pour économiser le terrain. Ces individus, ne devant pas rester aussi long-temps dans ia pépinière que les arbres d'alignement, et n'étant pas d'ailleurs, à beaucoup près, d’une aussi grande taille, doivent en effet occuper moins de place Quant aux sauvageons tirés des bois, ils exigent un traitement particulier : la plupart de ces sujets , venus de graines levées en mauvais terrain, pris sur souche, ou obtenus de drageons, et.le plus souvent mal arrachés, ont de fort mauvaises racines et des tiges tortues et mal venantes. Il convient de couper toutes les racines meurtries et déchirées, de supprimer les pivots, de raccourcir les racines latérales à une juste longueur, qui doit ètre un peu moindre que celle de la partie du pivot qui a été conservée, et enfin de couper tout le chevelu qui se trouve desséché et mort. Quant aux tiges, toutes celles qui ne sont pas pourvues de bonnes racines et en quantité suffisante doivent être rabatiues à un pouce ou deux au-dessus de la terre : celles qui, au contraire, sont munies de racines vives, abondantes et saines , peuvent être conservées plus longues et servir, lorsqu'elles sont droites et vigoureuses, à recevoir les greffes d'arbres propres à former des demi-tiges ou des tiges.
Ces sauvageons se plantent par lignes, an plantoir ou à la bêche, suivant leur grosseur et l'étendue de leurs racines : on les espace plus ou moins d’après les dimensions qu'ils doivent acquérir dans la pépiniere.
La saison qui convient le mieux à la réussite d'une telle plantation est la fin de l'automne, lorsque la terre n’est pas trop boueuse ; on peut, dans ce cas, greffer dés l’année suivante, ce qui n'est plus possible si l’on attend le printemps.
C'est en général une mauvaise acquisition que celle de sauvageons arrachés dans les bois; tel bon marché qu'ils soient , ils coûtent plus cher que ceux qu'on achète dans les pépinières, à cause du peu de réussite à la reprise et de la difficulté de les greffer avec succés.
DEUXIÈME SOUS-SECTION
Plantation des arbres de pépinière, où Transplantation des
végétaux ligneux.
$ IL Des vÉGÉTAUX LIGNEUX A FEUILLES CADUQUES.
Arbres d'alisnement. Ces arbres, qui ont déjà été plantés en pépinière, ont éprouvé précédemment la suppression du pivot, le racéourcissement des autres racines et des branches latérales. Si cette opération a été bien faite; si en arrachant
| DES PLANTATIONS, - 231 on prend tuutes les précautions nécessaires pour ne point endommager les parties descendantes du végétal, ce qui reste à faire n’est presque rien ; il faut seulement rafraichir les racines, c’est-àdire retrancher leur extrémité, ébarber le chevelu et tailler modérément les branches.
Mais la promptitude et la maladresse avec lesquelles on arrache ordinairement dans les pépinieres obligent à deux opérations également nuisibles. |
La première est ce qu'on appelle habiller les racines , la seconde est de couper la tête.
Habiller les racines, c’est retrancher toutes celles de leurs parties qui ont été éclatées, déchirées ou meurtries ; et comme on veut de la symétrie partout, même lorsqu'elle est nuisible, apres avoir ainsi diminué la longueur des racines qui en ont véritablement besoin, on rogne également les autres , de manière à détruire toute proportion entre les parties montantes et descendantes du végétal; à rendre ces dernières incapables de consolider l'arbre en terre à l’époque de la transplantation, et incapables surtout de procurer aux branches la nourriture nécessaire, je ne dirai pas à leur développement, mais seule ment au maintien de leur existence : de là Îa nécessité de les mutiler aussi, Cette seconde opération , suite indispensable de la première, n’est
232 COURS DE CULTURE. ou
pas moins désastreuse : les branches sont coupées :
en raison de ce que l'ont été les racines; on n’en.
laisse souvent aucune, et, qui pis est, on coupé rnême la tête de l'arbre: Ce principe vicieux , | encore trop généralement admis , était tellement reçu de tous les cultivateurs, que même actuellement ils disent souvent par habitude : Si un jardinier plantait son père, il faudrait qu’il lui coupât la téle et les pieds. |
S'il est vrai qu'un arbre soumis à cette cruelle opération végète avec autant, peut - ètre plus de vigueur, pendant les premières années de la plantation, que ceux qu'on a plantés avec leur tête, 1l n'en est pas moins exposé à une maladie trop commune , qui abrège la durée de sa vie, diminue la valeur de son bois et dénature son port. Cette maladie, connue sous le nom de goutlière, est une espèce de carie qui décompose le cœur du bois; elle est occasionnée par l'infiltration des.eaux pluviales à travers les gercures qui se forment immanquablementsur la plaie que laisse le retranchement de la tête : ces eaux , non élaborées par les vaisseaux séveux , s’introduisent dans la moelle et la corrompent. Les couches ligneuses qui lenvironnent sont corrodées de proche en proche, et par suite tout l’intérieur de l'arbre se pourrit. Cette maladie fait à la vérité des progrès bien plus rapides sur les arbres qu'on
Le +7
, DES PLANTATIONS. . 233 étête périodiquement , tels que les ormes , les frênes, les chênes, les muüriers et surtout les saules ; mais elle atteint également les arbres qui n’ont été étêtés qu'une seule fois, à moins qu'ils n'aient été plantés fort jeunes. Pour remédier à cet inconvénient tres-grave, et qué les partisans de cette manière de planter ne peuvent se dissimuler, on taille en biseau très-long , de maniere à former une plaie presque perpendiculaire à l’horizon , et que l’on a la précaution de tourner vers le nord , pour qu'elle soit moins exposée aux rayons du soleil; on la recouvre même d'onguent de Saint-Fiacre ou d’une autre composition, analogue à celle dont on fait maintenant usage pour les grefles en fente, et qui est formée principalement, comme nous l'avons déjà vu, de cire et de poix. Que de soins on se donne, et souvent sans succès, pour pallier es fächeux effets d’une mauvaise opération! Pourquoi ne pas employer un moyen plus simple, plus naturel, et dont l'expérience a démontré les heureux résultats ? Tous les arbres d’alignement plantés dans les jardins du Muséum depuis plus de soixante ans l'ont été avec leurs têtes et la plus grande quantité possible de racines. Le procédé qu’on a employé est fondé sur les principes de la physique. D'abord le déplantage des arbres dans les pépinières a été soigné ; les racines ont été enlevées avec précau-
tion, pour qu'elles ne fussent pas éclatées , déchirées et meurtries. On les a obtenues dans leur plus grande longueur. Le transport à été fait de manière que les individus, convenablement fixés dans les voitures, ne pussent se nuire par un frottement mutuel : arrivés à leur destination, ils ont été plantés après une légere taille de l'extrémité des racines cassées. Tout le chevelu vif, simplement rafraichi par son extrémité, a été religieusement conservé, ainsi que les têtes des arbres ; on s’est permis seulement de tailler les branches latérales, pour décharger les racines d’un entretien trop considérable de sève, et pour empécher les vents d’avoir trop de prise sur la jeune plantation. Les tranchées destinées à la recevoir avaient été ouvertes long-temps d'avance, afin que les terres, exposées à l'air, à la pluie et au soleil fussent élaborées convenablement. Les choses ainsi préparées, lors de la plantation, les racines ont été mises dans leur position naturelle, recouvertes de terre meuble et de court fumier, garnies avec soin pour ne laisser aucun vide entre elles, ensuite plombées , et enfin arrosées, suivant le besoin. C’est ainsi qu'ont été plantées les grandes allées des terrains acquis par Buffon antérieurement à 1754. Quoique ces arbres eussent alors des tiges de 0",162 à 0°",217 (six à huit pouces ) de diamètre sur une hauteur de plus de
5%,847 (dix-huit pieds }, il n’en est pas mort un seul; et ils sont, après plus de quarante ans de plantation, de la plus belle venue et de la plus grande vigueur. Il est à rernarquer que leur croissance fut peu rapide la première, la seconde et même la troisième année, mais que leur végétation présenta annuellement plus de force; ils poussèrent ensuite avec une vigueur vraiment étonnante. Ce procédé sans doute est plus dispendieux que celui qu'on emploie ordinairement , à raison du soin qu’exigent nécessairement l’arrachage, le transport, et surtout la confection des tranchées longitudinales qui remplacent les trous; mais si ion tient compte de la grande quantité d'arbres qu’on est obligé de remplacer les trois ou quatre premières années qui suivent la plantation faite à la manière ordinaire, et par conséquent de la perte de temps pour la jouissance et les produits, on trouvera en définitive, et tout bien considéré, qu’il y a profit et agrément à planter chèrement , perte et dégoût a planter a bon marché.
Les arbres d’alignement se plantent à la distance de 3,248 à 9,745 (dix à trente pieds) les uns des autres, suivant leur nature. Les plus grands, ceux qui s'élèvent de dix-neuf à trenteneuf mêtres (soixante à cent vingt pieds) de haut, doivent être plantés à 9,745 (trente
pieds ) ; ceux qui n'atteignent dans leur croissance que neuf à dix - neuf mètres (trente à soixante pieds) peuvent n'être éloignés que de 6m,497 (vingt pieds) ; enfin ceux qui ne s'élèvent pas âu-dessus de quatre à neuf mètres (quinze à trente pieds) peuvent être plantés à 3,248 (dix pieds). On sent très-bien que la nature du terrain doit faire varier ces distances ; je les donne seulement pour servir de bases approximatives. Quant à la qualité du terrain qui convient aux arbres d’alignement , elle est très-variée; cependant on peut diviser ces arbres en trois grandes classes, ceux de montagne, ceux de plaine et ceux de marais. Voilà de premiers indices qui indiquent la localité la plus convenable , l'expérience et l'observation font connaitre le reste. S'il est généralement nécessaire à la réussite des jeunes plants d’être plantés avant l'hiver dans les terrains secs et sous un climat chaud, c'est surtout pour les arbres d’alignement que cette précaution est indispensable ; il n'y a que les cas d'infiltration d’eau ou de submersion dans un terrain qui puissent la rendre nuisible dans les pays septentrionaux. Ajoutons cependant que, par une bizarrerie assez curieuse , Les arbres déjà un peu vieux, dont le diamètre a atteint de 0,217 à 0",406 (huit à quinze pouces), paraissent réussir plus facilement plantés au printemps,
DES PLANTATIONS. 237 à l'époque du premier développement de leurs bourgeons, que dans toute autre saison. Une expérience déjà assez longue semble avoir constaté cette observation, du moins pour les terrains légers et le climat de Paris. On conçoit qu'en pareil cas les arrosemens doivent être fréquens ; la terre sera souvent remuée à sa surface, en un mot la culture deviendra plus soignée.
Je répéterai à-peu-près la même chose pour les arbres pleins-vents ou tiges, demi-tiges, nains, éventails, buissons et quenouilles.
Toujours mêmes précautions pour ne pas endommager les racines lors de l’arrachage, pour les rogner le moins possible et leur conserver leur chevelu; même avantage de les planter à tranchées ouvertes, surtout dans les terrains de médiocre qualité, parce qu'on peut plus facilement rapporter de bonnes terres ; mêmes soins enfin pour la plantation, et même époque pour l'effectuer.
Nous devrons cependant remarquer une grande différence relativement à la coupe des tiges. En effet tous ces arbres doivent être rabattus plus ou moïns près de la greffe, pour produire le plus ordinaireraent un nombre limité de branches principales, dont la direction ultérieure est l’objet difficile des soins assidus
29 COURS DE CULTURE du jardinier, comme nous le verrons en traitant de la taille. ”
Pleins-vents. Les tiges des pleins-vents doivent avoir au moins 0,054 (deux pouces) de diamètre à leur base, deux mètres à seize décimètres (six à huit pieds) d’élévation sous branches ; il faut, de plus, qu'elles soient droites et bien portantes dans toutes leurs parties.
Les trous carrés, préparés environ six semaines avant la plantation, doivent avoir de 0",650 à 1%,209 ( deux à quatre pieds) de largeur et de profondeur. Ils seront espacés de manière que les individus, selon les dimensions qu’ils doivent acquérir, soient distans les uns des autres de quatre à dix-neuf mètres et plus (quinze à cinquante et même soixante pieds).
On rabattra les tiges de 0,081 à 0,217 (trois à huit pouces) au-dessus de la greffe, si ce sont des pommiers ; on les laissera entieres si ce sont des poiriers, des cormiers ou d’autres arbres pyramidaux.
Si le terrain est humide, on devra butter chaque individu; si le sol est sec, il faudra au contraire le planter en auget, pour éviter, dans le premier cas, pour favoriser, dans le second, le séjour des eaux pluviales ou des arrosemens.
En rase campagne, pour préserver les arbres
DES PLANTATIONS. 239 de la dent du bétail ou des bêtes fauves , également avides de leurs jeunes écorces, il est important de les entourer jusqu’à la hauteur de 1%,624 ou 1,949 (cinq ou six pieds) de rameaux très-épineux , fixés au moyen de-simples osiers, ou de les couvrir d’un mélange épais de terre franche et de bouse de vache.
Pendant les cinq ou six premières années de la plantation, il ne sera pas indifférent de donner plusieurs labours dans le cours de l'hiver, surtout en des sols argileux.
Il faudra empêcher soigneusement la sève de se rétablir dans le canal direct que l’on a supprimé, et débarrasser les branches ou le tronc de toutes les plantes parasites qui pourraient géner leur croissance ou les salir.
Demi-tiges. Dans le cas où l'on voudrait, comme on le fait encore parfois, former des espaliers d'arbres demi-tiges , la plantation en tranchées longitudinales devrait être préférée à celle que l’on pratique en des trous. Il en sera de même pour toutes les plantations en lignes régulières.
Si le sol n'est pas d’une bonne qualité , on fera bien, pour assurer la réussite des arbres, d’enfouir au fond de la fosse un mélange de terre de prairie, de terre fine de jardin et de mottes de gazon. Ceci s'applique à tous les arbres délicats et particulièrement aux pêchers.
240 tie DE CULTURE.
Les tiges doivent être rabattues de 0"%,054 à 0,081 (deux à trois pouces) seulement au-dessus de la greffe. |
La plantation est ordinairement faite de 3,248 à 6,497 ( dix à vingt pieds) de distance entre les individus.
Arbres nains.L'espacement de ceux-ci dépend des sujets sur lesquels on a greffé.
Les arbres sur paradis peuvent être plantés à 0,677 ou 0,812 (vingt-cinq à trente pouces) les uns des autres, pour former de petits massifs en quinconce.
Les poiriers greffés sur coïgnassier doivent être éloignés au moins de 1®,624 (cinq pieds) et souvent de 3",248 (dix pieds), quand on veut les palisser entre des demi-tiges ; de 6",497 ou 9" ,745 (vingt ou trente pieds), si on les destine à garnir seuls des murailles en espalier. Il faut au moins 2",599 ( huit pieds) pour des quenouilles.
Selon la forme qu’on donne à ces arbres, on coupe leur tige en les plantant, de 0",054 (deux pouces) à 0" 650 et 0",975 (deux et trois pieds) au-dessus du bourrelet de la greffe.
Des éventails. Lies arbres de la division des fruits à noyaux , et particulièrement les pêchers, doivent être espacés entre eux, le long des espa-
liers, de 4”,873 ou 5,847 (quinze ou dix-huit
F 4 DES PÉANTATIONS. | 241 pieds) en terrain de pie. 4 qualité ; de 8”,12r à 9m ,745 { vingt- cinq à à trente pieds ) dans un bon sol.
Les arbres à fruits à pepins, selon qu'ils sont greffés sur paradis, sur doucin, sur cognassier ou sur franc, peuvent être distans les uns.des autres de 1°,949 jusqu'à 6,497 (de six jusqu’à vingt pieds).
Le pied de larbre doit être éloigné du mur d'environ 0,162 (6 pouces); on lincline pour fixer sur ce même mur la tige, que l’on taille à quelques pouces au-dessus de la greffe.
Des buissons. Greffés sur francs et en nains, les buissons doivent être plantés de 6,407 à 9" ,745 (vingt à trente pieds) les uns des autres.
On rabat leurs tiges à quelques pouces audessus de la greffe, pour donner naissance à trois ou cinq bourgeons, destinés à devenir les branches principales.
Des quenouilles. La distance qui leur convient est de 2",599 (huit pieds) dans les sols médiocres, de 3°,573 (onze pieds) dans les bons terrains. Pour les détails relatifs aux usages et à la taille de tous les arbres fruitiers dont je viens de parler, je renvoie à l’article Taille.
Dans les nouvelles plantations de jardins frui-
tiers et autour des carrés de grands potagers,
on pourrait, pour employer utilement tout le de 16
de :
er
terrain et obtenir des fruits dès les premières années, placer alternativement les uns à côté des autres, en laissant l’espace convenable à leur plus grand développement; savoir , un vase, un buisson moins élevé sur nain, une quenouille, un-autre nain, un contr'espalier, puis de nouveau un nain, une quenouille , et ainsi de suite jusqu’à ce que la ligne entière soit plantée. Outre qu'une pareille plantation serait fort agréable à l'œil, elle ne manquerait certainement pas d’être trés-productive; l'air circulerait facilement entre chaque ligne, et tous les arbres seraient exposés à l'heureuse influence des rayons lumineux.
$ IT. DES vÉGÉTAUX LIGNEUX A FEUILLES PERRSISTANTES.
Arbres résineux. Les arbres dont il est question dans cet article appartiennent à la grande et belle famille des conifères. |
On les emploie pour fertiliser des terrains presque de nulle valeur, à la campagne. Dans les jardins, on en compose des massifs ou des groupes, qui jettent de la variété et assainissent l'air qu’on respire ; on en forme enfin des brise-vents, des palissades. Leur bois et leur résine sont employés dans un grand nombre d'arts. de
Lorsqu'il s’agit de former sur des terrains
ke DES PLANTATIONS, 243 planes des bois et des futaies d’arbres résineux , il vaut mieux en semer les graines en place que de ies planter.
Mais s’il est question d'établir dei masses de ces arbres sur les pentes rapides des montagnes, ou dans les jardins, on emploie le moyen de la plantation.
Elle differe essentiellement de celle des arbres à feuilles caduques, 1°. en ce qu’elle doit avoir lieu lorsque la sève, déjà en mouvement, à produit de nouveaux bourgeons de 0%,009 à o",014 (quatre à six lignes), ce qui arrive ordinairement, pour notre climat, dans les mois d’avril et de septembre ; 2°. en ce qu'il est indispensable de laisser entiéres les branches et particulièrement la flèche , parce que les arbres résineux ne repoussent pas de leur souche ; les racines et ious les cheveius vivaces qui les recouvrent, parce que ces racines et ces chevelus se desséchent et meurent très-promptement lorsqu'ils sont exposés à l'air, surtout s'ils ont été entamés par la serpette.
Les espèces communes, telles que les pins sylvestre, d'Écosse, maritime; les thuyas de la Chine et du Canada; les cyprès, les mélèzes, les ifs, etc., se lèvent en mottes et sont plantés à leur destination dans les fosses ou les tranchées dis-
posées pour les recevoir.
Dans ce cas, il ne faut pas que les jeunes arbres que l'on transplante soient trop âgés ni trop forts ; la réussite n’est pas certaine lorsqu'ils ont passé leur huitième année et atteint la hauteur de 3%,248 (dix pieds). Dès qu'ils sont plantés à demeure, il est utile d’assujettir leurs tiges par de forts tuteurs : sans cette précaution, on en perdrait beaucoup , parce que le mouvement imprimé à la tige par les vents occasionne la rupture des aiguilles que poussent les racines , et que cetterupture souvent répétée fait périr les arbres:
Si la motte n’est pas solidement fixée autour des racines, et si la pépinière est éloignée d’un jour ou deux de route du lieu de la plantation, on les plante, avec la terre du sol, dans des mannequins que J'on enterre avec eux.
La difficulté qu'éprouvaient les jardiniers à faire reprendre ces arbres lors de leur transplantation, qu'ils voulaient constamment assimiler à celle des arbres estivaux et qu'ils effectuaient aux mêmes époques , avait fait imaginer de les planter en des pots : ce moyen, trés-sûür, mais fort dispendieux, est encore mis en pratique pourdes espèces rares. Pendant les trois ou quatre premieres années, on transvase successivement les jeunes arbres en des pots de plus en plus grands, sans retrancher aucune partie des racines; on contourne le pivot au lieu de le couper. On
DES PLANTATIONS. 245 enterre ensuite les jeunes plants avec les vases qui les contiennent, à exposition du nord pendant l'été, et aux expositions du levant et du midi pendant l'automne et l'hiver.
Cette méthode assure la reprise des résineux ; mais outre la dépense qu’elle occasionne et les soins qu’elle nécessite, elle n’est pas, du reste, sans inconvéniens pour les arbres eux - mêmes ; il arrive parfois que les tiges d'individus dont les racines ont été ainsi contournées prennent une mauvaise direction.
IL vaut donc mieux planter en mottes ou à racines nues, ce que lon peut faire maintenant pour les arbres qui ne perdent pas leurs feuilles, avec autant de succès que pour ceux qui s’en dépouillent annuellement. Pour cela, il faut que les individus fort jeunes sortent du semis pour être placés à l'instant même dans la pépinière, avant que leurs racines aient eu le temps de se sécher. Si la plantation ne pouvait avoir lieu de suite, il faudrait envelopper ces racines de mousse fraiche, ou les abriter du contact immédiat de l'air par tout autre moyen.
Lorsqu'on fait voyager des arbres verts à une grande distance, qu’ils ont de 1,299 à 1®,624 (quatre à cinq pieds) de haut, et qu'it serait trop dispendieux de les faire venir en mottes, on emploie un moyen encore trop peu connu, €t
qui nous à toujours parfaitement réussi. Avant d’arracher, on prépare, dans un baquet , un mélange de terre limoneuse, de bouse de vache et d'eau formant une bouillie ni trop liquide ni trop épaisse. Au fur et à mesure que les racines sortent de :terre, on les trempe jusqu’au collet dans le mélange : on les laisse se ressuyer un peu à l'air, afin que l’amalgame se colle bien sur toutes leurs parties ; puis on les trempe une deuxième fois pour les laisser se ressuyer de nouveau avant d’être plongées une dernière fois dans le même mélange. Au moyen de ces trois immersions successives, il s'établit sur les racines et les chevelus une croûte épaisse qui les préserve du contact de l’air, les tient frais et en bon état. Lors de la plantation des arbres en place, la composition, se délayant par la fraicheur de la terre, fournit aux jeunes racines un humus végétatif qui ne contribue pas peu à ieur reprise et à leur vigueur. Treize pins maritimes préparés de cette manière, après onze jours de voyage, ont été plantés dans le jardin du Muséum, où ils ont parfaitement repris. La même expérience a été maintes fois répétée avec le même succès. On peut employer ce moyen pour beaucoup d'arbres délicats, d’une reprise difficile ; il ne peut manquer d'efficacité.
La distance à laquelle on plante les arbres ré-
DES PLANTATIONS. 247 sineux, la nature du terrain, l'exposition et la situation qui leur conviennent varient suivant les différentes espèces : il en est qui aiment les fonds argileux et aquatiques, d’autres qui préfèrent les sols sablonneux et secs, quelquesuns qui vivent sur les hautes montagnes, et d’autres dans les marais fangeux; c’est au cultivateur à prendre les renseignemens nécessaires sur leurs habitudes et leur port, pour les placer convenablement.
Depuis le genevrier, qui atteint à peine la hauteur d’un sous-arbrisseau, jusqu’au cèdre du Liban, qui s'élève à quarante-deux mètres (cent trente pieds) et porte horizontalement ses branches inférieures à plus de dix-neuf mètres (dix toises) du tronc, les arbres résineux acquierent, suivant les espèces, des dimensions trop variées pour qu'il soit possible de donner des règles générales sur l’espacement qui leur convient.
Lorsque les grands arbres de cette famille composent des masses homogènes, les plus forts s'emparent d'eux-mêmes, aux dépens des plus faibles , de l’espace qui leur est nécessaire. Il est bon, en pareil cas, qu’ils soient un peu serrés entre eux, afin de filer droit et de s’élever à une plus grande hauteur ; ce qu’ils sont contraints de faire, parce que la sève, constamment appelée
vers les parties qui jouissent de l'influence de la lumière, néglige les branches latérales trop abritées, pour se porter à l'extrémité des tiges principales.
Cependant beaucoup de cultivateurs prennent soin de régulariser l’espacement, soit pendant les années qui suivent celle du semis, soit lors de la plantation.
L’essartage remplit cet objet dans le premier Cas. :
Dès la troisième année du semis, on éclaircit les jeunes plants, de maniere qu'ils se trouvent écartés les uns des autres de 0”,108 à o®,135 ( quatre à cinq pouces ).
La cinquième année , en enlevant de nouveau les individus les moins vigoureux, on fait en sorte que les autres soient distans de 0,271 à 0",325 ( dix pouces à un pied ).
La dixième année, on répète la même opération. Les arbres doivent être alors éloignés de 0",979 (trois pieds ).
La quinzième année, on espace à environ 1,624 ( cinq pieds ).
Enfin la vingt-cinquième année, on effectue un dernier essartage, et les arbres , écartés alors de 2",274 à 2°,599 (sept ou huit pieds) les uns des autres, peuvent être abandonnés à eux-mêmes jusqu'au moment où la forêt entière devra être
DES PLANTATIONS. 249 abattue;cequiarrive ordinairementdelasoixantedixième à la quatre-vingtième année.
Ce procédé est employé pour les semis de sapin, d’épicéa, des pins sylvestre, maritime, d'Écosse et d'Alep. Le mélèze, le laricio , etc., s’essartent de la même manière ; mais on doit augmenter d’un tiers la distance entre chaque individu.
Lorsqu'on plante ces mêmes espèces d'arbres au lieu de les semer, on les place à environ 3",248 (dix pieds ) de distance les uns des autres; ou, ce qui est préférable, à 1,624 (cinq pieds) seulement, de manière à pouvoir, une vingtaine d'années plus tard, enlever en tous sens un individu entre deux.
Les arbres qui conservent leur feuillage toute l’année sans être résineux, tels que les houx, les lauriers, les padus, les phyllirea, les alaternes, etc., sont d’une reprise difficile à la transplantation : aussi on les élève presque tous dans des pots, et on les plante soigneusement en mottes. Lorsque ces arbres ont été d’abord ainsi cultivés, on peut les planter toute l’année, excepté pendant le temps des gelées. S'ils ont été élevés en pleine terre, il convient de les arracher en bonnes mottes, de les placer dans des mannequins, et de les faire reprendre à une position ombragée Après qu’ils ont donné des signes
non équivoques de leur reprise, on les met définitivement en place à leur destination. La saison la plus favorable à la plantation en mannequins des arbres verts est le milieu du printemps, alors qu'ils commencent à entrer en sève. Si on les déplante avant ou après cette époque, les jeunes arbres languissent pendant long-temps, et il en périt souvent un grand nombre. Moins on peut couper de racines et de branches lors de la transplantation , et mieux l’opération réussit. Il est encore utile à la réussite de ne pas choisir des individus trop vieux. On préfère ordinairement des sujets vigoureux de l’âge de six à huit ans, qui ont de 1,299 à deux mètres (quatre à six pieds) de haut, et dont la tige ne dépasse pas le diamètre de 0”,081 (trois pouces) à sa base. Cependant cette règle n’est pas sans exception : quelques-uns (le houx, par exemple) ne reprennent jamais mieux que lorsqu'ils sont de la grosseur du bas de la jambe; mais ce cas est rare. Enfin, il est des arbres verts qui, malgré tous les soins de la transplantation , ne reprennent que difficilement; ce sont les diverses espèces de chènes verts , tels que les yeuses, les liéges, les kermés, les chènes à glands doux, etc. ; il est préférable de les semer au lieu même de leur dernière destination. Pour assurer mieux le succès de la plantation, on pourrait stratifier les graines et
DES PLANTATIONS. .251 ne planter que celles dont la NE Re est bien développée. |
Avant de cesser de parler des plantations et des transplantations en pleine terre, je dois rappeler un moyen propre à assurer la reprise , assez difficile dans certains cas, des arbres même les plus communs. Je dirai ensuite en peu de mots quelles sont les opérations faciles, que l'on pourrait appeler les accessoires de la plantation des grands végétaux ligneux.
Varennes de Fenille donne le nom de plantation sur taupinière à une sorte de plantation qu’il a imaginée et qu'il a décrite dans le premier volume de ses Mémoires sur l'administration forestière , à la note de la page 24.
Elle a pour objet d'assurer la réussite des sujets destinés à regarnir les petites clarières des forêts lorsque les racines des arbres voisins, par lesquels le terrain est occupé, absor- : bent l'humidité et les substances nutritives qui s’y trouvent, et n’en laissent pas pour fournir à l'existence de ceux qu'on y plante. On peut Pemployer avec un égal succès pour remplacer les individus morts dans des massifs de bois, dans des quinconces et dans les lignes des vieux arbres des avenues et des grandes routes. Le procédé ordinaire consiste à tracer au cordeau deux cercles concentriques, lun de 0,980, l'autre
2592. COURS DE CHLTURE.
de 1,300 de rayon. À laide du tracé, on creuse entre les deux cercles, autour du centre commun où l'arbre doit être placé, un petit fossé de 0,330 de largeur sur 0®,530 à o®,410 de profondeur, et l’on couvre l’aire du cercle intérieur avec la première couche de gazon extraite du petit fossé. On place l'arbre sur cette terre remuée, de manière que ses racines se trouvent à o",160 au-dessus du sol naturel, qu'on n’a garde de défoncer. En achevant de creuser le fossé, on en rejette les terres sur les racines. L'opération achevée, l'arbre paraït planté sur un cône surbaissé ou sur une large taupinière. La culture des arbres ainsi plantés se réduit à couper, chaque année, avec la béche, les racines de leurs voisins qui voudraient pénétrer dans le cercle, et à labourer la surface de la terre des taupinières pour la rendre perméable à l’eau de pluie et à l'air, et faciüter l’extension des racines des jeunes arbres.
Ce mode de plantation étant peu connu, fort ingénieux, et très-utile dans beaucoup de circonstances , Je l'ai décrit avec étendue, et figuré PL 43, fig. 2, pour le faire connaitre aux personnes qui ne peuvent voir l'exemple placé dans l'Ecole d'agriculture pratique.
Quelle que soit la maniere dont un arbre ait été planté, pour empécher sa tige, encore mal af-
| DES PLANTATIONS. 253 fermie, d’être renversée par les vents, on fera bien de le butter. Cette précaution est surtout nécessaire dans les lieux humides , parce qu’elle empêche l'eau des pluies de nuire aux racines.
En plaçant les tuteurs, on aura soin, tout en donnant à l'arbre une bonne direction , de ne pas nuire au libre cours de la sève par des ligatures trop serrées. 11 faudra encore, dans les lieux accessibles aux bestiaux ou aux bêtes fauves, entourer le tronc de rameaux très-épineux , maintenus solidement par des liens d’osier, ou le couvrir entierement jusqu’à la hauteur à laquelle ne peuvent plus atteindre les animaux, d'un amalgame liquide composé d'argile et de bouse de vache.
Enfin, sur des terrains secs, en des climats chauds et à des expositions brülantes, pour défendre les arbres nouvellement plantés des rayons du soleil, on couvre leur tronc de paille, tordue en forme de grosses cordes : telles sont les dernières précautions à prendre pour assurer la réussite d’une transplantation en pleine terre.
DEUXIÈME SECTION