DES DIVERSES MANIÈRES D'OPÉRER LES ARROSEMENS
PREMIÈRE SOUS - SECTION
Des arrosemens à eaux courantes.
$ 1. ARROSEMENS PAR SUBMERSION.
Les arrosemens par submersion ou par irrigation se font au moyen de canaux ou de rigoles supérieurs au terrain quon veut arroser, et desquels on tire les eaux dont on se sert pour couvrir les cultures. La conduite de ces eaux, qu'on fait venir quelquefois d’une grande distance; la construction des canaux qui les charrient; les. petites écluses qu'elles exigent souvent ; le ménagement de leur pente; les rigoles; ies vannes; les conduits de décharge qu’elles nécessitent, et beaucoup d’autres objets accessoires, sont des travaux d'art qui appartiennent moins à l'agriculture qu'à l'architecture hydraulique. Je ne ferai que les indiquer et en détailler les usages.
Les localités destinées à être arrosées par irrigation doivent étre nivelées le plus horizontalement possible , et traversées par une ou plusieurs rigoles , formées à la partie supérieure de la pièce
et élevées au-dessus du terrain de toute leur profondeur, s’il est possible. Lorsqu'on veut arroser, quelques vannes placées de distance en distance sur les côtés ouvrent à volonté des issues aux eaux, qui, retenues par une autre vanne, qui coupe les rigoles à angle droit, se répandent alors sur tout le terrain , et l’imbibent à une grande profondeur.
Cettesorte d’arrosementa lieu dans le Milanais, le Piémont, et dans plusieurs parties de l'Inde pour le riz. On l’emploie aussi, principalement dans le midi de l'Europe et dans la partie méridionale de la France même, pour arroser les prairies naturelles et artificielles, surtout les luzernières. On s’en sert enfin pour diverses cultures de jardinage, telles que les carrés de gros légumes, les salades plantées par planches, et jusqu'aux plates-bandes destinées à la culture des plantes d’école de botanique.
J'ai donné, PL. 47, fig. 2 et3, les dessins de deux gradins disposés de manière à être arrosés, l’un par irrigation , l’autre au moyen d’une pompe et d'une écope. (Voyez, pour ce dernier, les paragraphes relatifs à ces deux modes d’arrosement.)
Celui qui doit nous occuper iei ({ voyez fig. 3) est de forme pyramidaie; sur son sommet est établi une large cuvette de bois ou même un bassin de pierre, dans lequel on entretient l'eau
DES ARROSEMENS. 203 nécessaire, au moyen d'une pompe ou d’une source. Chaque gradin est bordé de planches de chéne soutenues par des piquets. Des rigoles partant de la cuvette, et formées de tuiles creuses, sont dirigées sur les quatre angles; elles servent aux arrosemens , au moyen d'une motte de terre ou d’une plaque de gazon, qui arrête l’eau au point voulu, et la contraint ainsi à se répandre latéralement sur la banquette qu'on veut arroser. Un lit de bouse de 0” ,135 à 0",162 (cinq à six pouces ) est établi sur le terre-plein et recouvert d’une forte couche de terre végétale appropriée à la nature des plantes qu'on veut cultiver. Sur chaque face sont pratiqués des sentiers en degrés pour arriver à la hauteur des diverses planches et faciliter la culture.
De semblables gradins sont particulièrement propres aux plantes alpines et à quelques autres végétaux délicats, qui doivent être diversement orientés.
Dans la partie tempérée de la France, on arrose aussi par irrigation les cressonmières et les planches affectées à la culture des plantes de marais ; enfin on arrose de cette manière, sur les côtes de la Barbarie, les plantations d’orangers, de citronniers, de dattiers et de presque tous les arbres fruitiers.
Cet arrosement est le seul qui convienne aux
climats chauds, et presque le seul qui y soit pra tiqué. Dans les pays tempérés, et particulièrement dans le midi de la France et de l'Europe, on l’'emploie avec le plus grand succès, pendant l'été surtout, pour toutes les espèces de cultures. Son usage, plus répandu dans les pays septentrionaux, particulièrement pour les prairies naturelles et artificielles , augmenterait les produits de l’agriculture et par conséquent la richesse des États.
L'utilité de cette pratique est généralement reconnue ; la quantité de fourrages qu’elle procure dans les prairies artificielles est au moins double de celle que peut fournir une prairie de même nature abandonnée aux eaux pluviales. 11 n’est pas rare de faire dix bonnes coupes de Iuzerne par an, dans les départemens méridionaux, sur une luzernière arrosée par irrigation; tandis qu'on en fait à peine trois sur celle qui n’est arrosée que par les eaux du ciel.
Mais la végétation étant alors plus rapide et plus abondante, il se fait aussi une plus grande consommation d'engrais; il faut donc les renouveler d'autant plus fréquemment qu'une partie de ces mêmes engrais est nécessairement entrainée par les eaux à une profondeur imaccessihle aux racines.
Cette augmentation de dépense est, du reste,
DES ARROSEMENS. | 265 peu de chose relativement à l'abondance des produits.