S IL. ARROSEMENT PAR NAPPES D'EAU
L’arrosement par nappes d’eau est peu connu, je ne l’ai vu pratiqué que dans un très-petit canton de l'Italie, aux environs de Lodi.
Cette sorte d'irrigation exige des dispositions particulières tant dans la préparation du terrain que dans la construction du canal d’arrosement.
On donne au sol environ 0",014 (six lignes ) de pente par 1,949 ( une toise ); il est nivelé exactement dans la direction de sa pente. Le cana} qui conduit les eaux se trouve placé à la tête de la pièce et sur son bord le plus élevé. Il est exhaussé au-dessus du terrain d'environ la moitie de sa profondeur ; l’un de ses bords, celui qui est extérieur à la pièce de terre, est plus haut de 0" ,162 (six pouces) environ que Fautre : une vanne ferme exactement son lit à l'endroit ou il dépasse la longueur du champ, et commence à entrer sur le terrain voisin.
Au bas de la même pièce se trouve un autre petit canal, qui sert à l'écoulement des eaux surabondantes. Il est construit de la même maniere que le précédent, à cette différence près qu'il est enfoncé de toute son épaisseur dans le terrain, et que son bord extérieur est plus élevé de
0®,162 (six pouces ) que le sol de la pièce dans sa partie basse.
Lorsque l’on veut arroser, on fait arriver les eaux dans le canal supérieur, après avoir fermé la vanne de l'extrémité. 11 se remplit bientôt; et les eaux arrivant toujours, elles s’épanchent par le bord le plus bas, et forment une nappe, qui, s'étendant de proche en proche, couvre tout le terrain et est reçue par le canal inférieur.
Cette sorte d’arrosement est presque uniquement affectée aux prairies naturelles dans le voisinage de Lodi; mais elle pourrait être employée à beaucoup d’autres cultures.
Son principal mérite est de fournir aux végétaux une humidité vive, qui les fait croître avec une rapidité prodigieuse. Il n’est pas rare de faire, sur un pré arrosé de cette manière, douze bonnes coupes de fourrage dans le cou- “ant d’une année, c’est-à-dire une tous les mois.
On prétend que le fourrage qui en provient est plus sain que celui des prairies où les eaux sont stagnantes : il est du moins certain que l'atmosphère, dans le voisinage de telles cultures, n’est pas chargée de gaz malfaisans, comme dans le voisinage des prés arrosés à la manière ordinaire : cela doit être ainsi; les eaux courantes assainissent l'air, tandis que les eaux stagnantes le méphitisent.
DES ARROSEMENS. 267 Pour établir ces sortes d’arrosemens, il faut des eaux abondantes, des pentes variées et un climat chaud, toutes choses qui ne se rencontrent que rarement réunies; mais lorsqu'on a le bonheur de les posséder on doit en faire usage. On pourrait s'en servir avec avantage pour la culture du riz, proscrite chez nous, à cause des maladies qu’elle occasionne, et dont le germe serait détruit puisque la cause n'existerait pas.