‹ Cours de danse fin de siècleChapitre 2 sur 13 · BALANCEMENTS · texte numérisé non relu

BALANCEMENTS

llons! mesdemoiselles, à la leçon!

Et par l'étroite porte vitrée, deux à la fois, à cause du médiocre espace, entrent les élèves.

Des filles jeunes, pas des enfants cependant, dix-huit ans, vingt ans peut-être. Dans la buée de cette atmosphère terne, une teinte sale patine uniformément les visages. L'écart des années se resserre sur une impression générale de maturité précoce. Qui sait d'où elles

viennent? Quels métiers elles ont tenté? Quelle boue déjà elles ont piétiné? Les voici, avides de choses nouvelles, assoiffées d'apprendre, résignées au travail même douloureux, prises de la passion tenaillante de paraître sur les planches, où elles ont promené leurs pas hésitants les jours de noce, transformées en artistes, entourées, applaudies, acclamées par la foule, comme celles qui les ont étonnées et qu'elles envient. Elles viennent, encore lentes et peureuses, chercher ce je ne sais quoi qui assure la grâce du maintien, les idées qui rompent la monotonie des figures, ces assouplissements qui permettent les grands effets de geste et de posture; ayant éprouvé déjà que l'instinct et le goût de la danse ne suffisent pas pour créer une danseuse, et que là, comme partout, il existe des règles, des principes, des exercices auxquels il faut soumettre son corps, pour en faire une machine élégante et solide. Elles sont là ces singulières élèves, de toutes tailles, de tout volume, de tout poil ; variées aussi de costumes. Celle-ci en rupture d'atelier, modiste ou couturière, avec sa robe de mérinos noir unie, son chapeau fait d'un chiffon et d'une plume chipés, ses bottines avachies. Celle-là remonte du trottoir : l'œil veule, les bras ballants sous l'imperméable pisseux, lamentable housse d'un corsage en soie percé à jour. Une autre bien habillée, empanachée, fleurant l'opoponax, piquée dans des souliers vernis, affirme l'autorité de la prostituée veinarde à qui un amant paye une fantaisie. Quelques-unes, presque vierges, échappées à la famille. Une égalité cependant rapproche toutes ces antithèses : l'uniformité des dessous. Avant de pénétrer dans la chambre d'étude, elles ont dû revêtir le même pantalon blanc fermé, large de fond et serré hermétiquement au-dessus du genoux; puis un jupon long, plissé,

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