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BRISEMENT DES CUISSES A TERRE

'ailleurs, il ne suffit pas qu'elles soient déliées, les pauvres jambes, elles doivent encore acquérir, en tous sens, une indépendance absolue. Pour en arriver là des manœuvres assez cruelles s'imposent.

Lever la jambe n'est rien ; simuler le grand écart, c'est peu. Mais faire voltiger le bout de son pied à trente centimètres au-dessus de ses cheveux sans plier le genou, et s'asseoir carrément par terre entre ses cuisses inversement étendues constituent deux opérations d'une exécution très difficile. Impossible de soupçonner les mille petites misères que la nature sème sur le chemin des hommes, et même des femmes quand on entreprend de la perfectionner. Tout le monde marche, donc on est en équilibre; tout le monde

s'assied, donc les membres sont articulés. Mais s'agit-il de porter son talon un peu plus haut que d'ordinaire, voilà l'équilibre rompu. S'avise-t-on de plier un membre un peu plus que ne l'exigent les allures ordinaires de la vie, l'articulation devient aussi rebelle que si elle n'avait jamais fonctionné.

Les études dont nous nous occupons tendent à un double but : le grand écart et le port d'armes. Pour réaliser correctement le premier, la danseuse doit se laisser glisser librement sur un talon, comme un compas qui s'ouvre, jusqu'à ce que la partie inférieure du bas-ventre touche le sol, les deux jambes étant horizontalement posées à terre, soit en avant et en arrière, soit à gauche et à droite.

Pour le second, il faut que, debout, chaque jambe puisse se redresser, jusqu'à ce qu'elle s'applique contre l'épaule perpendiculairement au sol, comme le fusil du troupier, l'autre jambe supportant l'aplomb du corps.

Ainsi la dislocation complète du bassin est nécessaire. Ce serait chose facile à obtenir sur des enfants ; sur des adultes, c'est une grave opération.

Mais il y a plus encore.

Aussitôt qu'on tente de lever la jambe, elle se plie. Une malicieuse contradiction entraîne la flexion du genou en sens inverse de celle du fémur. Rien de plus naturel. Les muscles de la jambe ont une longueur moyenne calculée par la nature sur les nécessités des mouvements normaux. Dès que vous exagérez un de ces mouvements, le muscle se tend comme une corde de violon dont on serre la clef. Insiste-t-on il oblige, par action directe, l'articulation voisine à se mouvoir. C'est un levier sur lequel on pèse, et qui soulève un poids.

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