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main, la dominant au moins d'une tête, et elles attendent le signal.
— Attention! Cinq fois sur place d'abord. Allez-y! Une, deux, trois!... Oh! là, là! là, là! Est-il possible de saloper du travail comme ça! Puisque je vous dis sur place, ça n'est pas pour que vous vous baladiez!
En effet, à chaque élan, le corps mal équilibré s'est dérangé de sa position première. Le pied posé à terre se cramponne péniblement au sol et se déplace involontairement.
On recommence.
— Un, deux, trois, quatre, cinq !
Cela va mieux. Une certaine régularité s'établit, et les battements montent et descendent sagement rythmés.
— En marchant, maintenant.
Du fond de la petite pièce, la main dans la main, les deux filles s'avancent Chaque fois que le pied mobile retombe, elles assemblent sur lui le pied resté à terre, progressant d'un petit pas. El ainsi approche lentement ce floconneux tourbillonnement de jupes, fouettant l'air comme un paquet de lingerie battu à coups de bâton.
— Hopp ! Allez ! — Hopp ! Allez ! — Sur place maintenant. Cinq coups ! Une, deux, trois, quatre, cinq! En avanl ! Hopp! Ne bougez plus! Encore cinq coups sur place! Un,
deux, trois. Eh! bien! Qu'est-ce que vous f à venir ici?
Je vous ai dit sur place! Recommencez! Un, deux, trois, quatre, cinq! Tournez! Allons, plus vite, bon Dieu! Hopp! Allez! Hopp! Plus vite! Plus vite! Sur place! Un, deux, trois, quatre, cinq! C'est pas mal ! !
Après une courte pause, la leçon se complète parle tourniquet. C'est le même exercice exécuté en se donnant la main à contre-sens. Au milieu de la pièce, les élèves tour-
nent en levant la jambe et en réglant leur allure l'une sur l'autre.
La série joue un rôle important dans cette éducation, parce que, à elle seule, elle est la base du cavalier seul. Beaucoup de danseuses émérites s'en contentent, soit qu'elles la pratiquent en faisant le tour de l'enceinte de danse, appuyées sur leur cavalier; soit qu'elles restent seules, au centre, multipliant les lançades et tournant sur place sans autres fioritures que les agaceries du jupon.
Constamment en effet, au cours de ces exercices violents, le jupon vient à la rescousse, et c'est lui qui en tempère et adoucit la brutalité. Aussi la manière de le prendre, de le tenir, de l'agiter sont-ils la matière de préceptes particulièrement délicats.
On y revient sans cesse dans le cours de cette éducation spéciale, et sans cesse on y trouve matière à perfectionnements. Suivant la taille, la corpulence, la tournure du sujet, ces règles peuvent subir des variantes et des nuances d'application. Mais il est facile de les résumer toutes en un mot :
« De la grâce, de la grâce, et encore de la grâce! »
Et la tâche la plus délicate du professeur consiste à discerner et à développer les élégances instinctives de ses élèves.
— Attention! mesdemoiselles, regardez-moi bien!
Le professeur, pinçant de chaque côté sa robe à hauteur des genoux, la remonte lestement à la taille par un petit tordion des reins. Vivement il la maintient appliquée aux hanches sous les coudes refermés, en même temps que, d'un coup sec de la jambe droite rigide, il élève la dentelle inférieure du jupon blanc à hauteur de sa main. Celle-ci juste à point se trouve là pour le prendre entre le pouce
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et l'index, le bras franchement étendu. Simultanément la main gauche a saisi la garniture de l'autre bord, et, ramené sur le ventre une poignée de baptiste chiffonnée. Une demi-seconde! A peine le torse décrit l'imperceptible courbe d'un salut discret et, le sourire aux lèvres, droite et d'aplomb, le professeur promène sur l'auditoire attentif son calme regard, coquettement posée, prête à partir.
— C'est bien simple, n'est-ce pas? Tout le monde a vu et compris? Eh! bien, maintenant, failes-en autant! Etsurtout de la grâce !
Ah! cette prise du jupon, combien peu de chose en apparence ! En réalité grosse affaire! C'est le premier geste qui tente l'œil du spectateur. De lui dépend d'abord sa bienveillance ou sa mauvaise humeur.
En vérité il est charmant ce geste !
Léger, mutin, spirituel, il entr'ouvre le rideau sur l'adorable troupe des charmes féminins; non dans leur nudité, mais assaisonnés des fanfreluches intimes qui en décorent malicieusement les plus mystérieuses arcanes. La crudité fulgurante des bougies électriques glisse un papillottage exquis sur ce fouillis de blancheurs accentuées ça et là d'un pli heureux, d'un nœuf vif, d'une jarretière nette. Terre promise des délices défendues, les formes se révèlent à peine esquissées, mais tendues et vibrantes, si proches qu'elles semblent à portée de la main, si mobiles qu'elles défient la capture; et presque sans impudeur, tant est fugitive l'apparition sitôt abritée derrière la neige touffue des volants de dentelle. Donc, il faut le prendre ce jupon! Il est là tout près, couvert par la robe et frôlant les chevilles. Il faut le prendre par le bas, sans se baisser, sans déranger l'axe du corps, sans quitter des yeux l'assistance. Le
professeur vient de le faire si simplement, que cela semble un jeu d'enfant. Est-ce réellement ?i aisé?
Les tentatives commencent.
Hélas! quelle désillusion! Dès le premier mouvement l'équilibre est rompu. La taille vacillante exhibe des profils de colonne torse, le nez se baisse triste, les bras se détraquent. L'élève, trébuchante, oscille gauchement. Peu s'en faut qu'elle ne tombe. Et le professeur raille, s'échauffe, injurie. Stimulée par les cris et les rires, la malheureuse s'obstine et revient à la charge. Rouge, humiliée, rageuse, dix fois, vingt fois, maladroitement, elle recommence, et le maudit jupon malicieusement fuit et dérobe son ondoyante fluidité. Après de longs jours, souvent des mois, l'élève prend enfin, avec la dextérité nécessaire, possession du rebelle. Quelquefois jamais.
La femme peut acquérir la force et la souplesse, mais il faut qu'elle naisse gracieuse; sinon elle ne le deviendra pas.
Dès qu'une jeune fille sait prendre et tenir ses jupes, elle est en état de se présenter au public. Elle n'excitera peut-être pas l'enthousiasme des diletlanti, mais elle pourra plaire. Cela suffit, en attendant mieux.