‹ Cours de danse fin de siècleChapitre 9 sur 13 · LA GUITARE · texte numérisé non relu

LA GUITARE

vant d'arriver au port dannes, les brisements et la série permettent d'utiliser un exercice intermédiaire assez pittoresque, appelé la guitare. La femme élève une jambe, toujours rigide, jusqu'à ce qu'elle forme avec le torse un angle presque droit. De la main opposée, elle tient le bas de son tibia, comme le manche de l'instrument de musique en question, et de l'autre, elle simule sur sa cuisse le grattement des cordes. Cet accompagnement muet des mélodies orchestrales réalise un instant l'accouplement le plus pittoresque, non sans ironie, de Therpsycliore et à'Eutcrpe ' .

Les professionnelles en tirent un excellent parti en faisant succéder brusquement l'immobilité simple de cette attitude aux arabesques compliquées de leurs rapides gambillades. L'arrêt surprend le spectateur, le déroute et l'at-

1. Cette phrase n'a pour objet que de gagner à l'auteur les suffrages de l'Académie française le jour où il briguera la succession au fauteuil de M. Emile Zola.

tire. C'est une station pour son œil inquiet. Il s'y repose. Sieste en même temps pour la danseuse qui reprend haleine sans avoir l'air de souffler. Effet sûr.

La position n'est ni difficile à saisir, ni pénible à conserver, mais elle ne présente un intérêt qu'à la faveur d'une désinvolture conquérante. Immobile sur un seul pied, la danseuse s'offre au public de profil, c'est-à-dire dételle sorte que la jambe-guitare soit parallèle à la ligne des spectateurs, et le visage franchement tourné vers eux. Et comme, dans les bals publics, les spectateurs sont rangés en rectangle, la ballerine vraiment habile à exciter les applaudissements saura, par un virement insensible sur le pied-support, donner successivement aux quatre faces le spectacle de sa feinte musicale. Il faut qu'il y en ait pour tout le monde.

C'est cette liberté d'allure que le professeur inculque le plus péniblement à ses élèves. Tantôt la jambe se lève comme une menace pour le spectateur au lieu d'un appel, lui présentant la rudesse d'un talon, au lieu des rondeurs fugitives d'un mollet; tantôt c'est l'œil qui tombe sur la haie de gauche, quand il devrait allumer celle de droite ; tantôt les jupes se tassent bêtement en épais rouleau sur le ventre, au lieu de suspendre la discrète draperie d'un voile flottant sur l'allongement du tibia. Cela se corrige cependant par de persistantes remarques, des redressements incessants, l'exigence des détails.

Page 1