DES ENGAGEMENTS QDI SE FORMENT SANS CONVENTIONS
192. Il n'est pas toujours nécessaire qu'on déclare la volonté d'être obligé , pour qu'on le soit effectivement. Des motifs d'intérêt public, et des raisons d'équité , assez évidents pour qu'il ne soit permis à personne de s^'y soustraire, ont donné naissance à une classe d'engagements qui ne sont précédés d'aucune convention ; nous les comprenons sous le nom générique de quasi-conlrats. Il est facile de voir qu'on ne peut leur appliquer la totalité des règles données dans le chapitre P^" de ce titre.
Les quasi-contrats diffèrent des conventions tacites dont il a été question n"® 142 et suiv., en ce que celles-ci n'ont lieu qu'autant que tous les obligés ont concouru au fait qui les produit , avec connaissance présumée des obligations qui devaient en résulter ; tandis que les quasi-contrats naissent souvent du fait d'une seule des parties , qu'ils n'exigent pas la connaissance et ne supposent point l'adhésion de l'autre. On doit sentir combien cette distinction est importante , lorsqu'il s'agit d'appliquer les principes sur la capacité des personnes. Celui
(1) Cassation 5 15 janvier 1812.
(2) Rejet, 18 mars 1807.
i)E9> ENGAGEMENTS FORMÉS SANS CONVENTIONS. 129
'•"• qui ne peut contracter, d'après les principes stance établit, entre eux , des rapports qui ,
' expliqués n"* 55 et suiv., ne peut être obligé sans convention préalable , les obligent àsup-
par un contrat tacite; mais il peut Télre par porter proporlionnellenient les avaries et doni- civ. en
reflet d'un quasi-contrat. Un exemple siilïira mages (|u'il n'est pas possible d'applirpier en
pour rendre sensible cette dilîéience que la connaissance do cause , plutôt à Ici (pi'à tel
législation n'a peut-être pas assez clairement autre. Ainsi, lorsque la cliulc ou l'incendie
tracée. Nous avons dit , n° 145 , qu'une vente d'un magasin , confond ou oblige à mêler en- ^,y ^ „
tacite résultait bien évidemment du fait , non semble du blé ou autres cboses fongibles "3 cou.
accompagne de paroles , par lequel 1 un livre- appartenant a divers pro|)nelaires , ce qu on
rait quelque objet à raulre qui lui en remettrait parvient à sauver est partagé entre eux, en
le prix. Mais la condition essentielle pour la raison de la quantité qui leur appartient ; et
validité d'une telle négociation , serait la capa- par conséquent , la perte est supportée en
cité des deux; autrement l'incapable pourrait commun. Ainsi, dans un cas semblable, si
la faire rescinder suivant les régies du droit la propriété de l'un est sacrifiée pour sauver
commun. Au contraire , si une propriété ap- celle des autres , la perte doit être répartie sur
parienant à un incapable était abandonnée, tout ce qui a été sauvé par ce sacrifice, comme '^o"- '^ "
et que quelqu'un fit des dépenses pour la con- cela est prescrit en cas de jet sur nier , dans «17.
server, l'incapacité du propriétaire n'empê- un naufrage ou autre accident, clierait pas qu'il ne fut obligé de rembourser On peut donner encore pour exemple de co«. ch.
ces dépenses laites utilement, quoicpie peut- quasi-contrats de ce genre, l'abordagi; des'*"' "*
être sans avantage ultérieur. navires dont nous j)arlerons n" G5''2 : l'iden- ••••
Les engagements formés sans convention tité de motifs en ferait appliquer les principes
iMi.naissenl , ou delà loi qui impose spécialement à l'abordage de barques ou bateaux sur des
une obligation , ou de faits individuels dont il canaux et des rivières, est possible de déduire la consé({uencc d'une Nous présenterons, en traitant des efl'ets du
obligation singulière ou réciproque. Les pre- payement , des notions sur le quasi-contrat ctv. c. «.
miers n'ont lieu que dans des cas spécialement qui oblige à rendre ce qu'on a reçu indûment;
prévus ; on ne saurait les multiplier sous pré- • lorsque nous parlerons des négociations pour
texte d'analogie , et surtout on ne saurait s'en autrui, nous traiterons de la gestion d'affaires, alïrancliir par convention , si l'obligation était Les engagements qui naissent des délits ou
imposée dans l'intérêt public. quasi-délils , n'étant point commerciaux,
Quant aux autres engagements, ils peuvent comme on l'a vu n" 55, lors même qu'ils
varier à l'intini ; la seule cbose requise pour seraient commis par un commerçant cnvere
qu'ils produisent des effets , c'est qu'on se un autre , fût-ce à l'occasion de négociations
trouve dans les cas prévus. Nous pouvons commerciales , ou par quelque subordonné
indiquer commeleplus commun dans le com- dont il serait garant, nous n'avons rien à dire
merce, le fait de la réunion de cboses appar- à ce sujet qui appartient entièrement au droit
tenant à divers propriétaires. Cette circon- civil.
1370 ll'JO.
l»ATn\ II. TIT. II. CÏIAP. 1. SECT. I.