CONTRAINTE
La question se pose : — 1" dans le cas où une impérieuse nécessité de se nourrir ou de se vêtir pousse au vol de pain, d'aliments ou de vêlements ; — 2° dans le cas où l'auteur du délit obéit à l'impulsion d'une violente passion.
180. — a) Nécessité. — L'irresponsabilité par l'efTel de la contrainte morale et de la force irrésistible a été afGrmée pour le vol de pain par une affamée, par un jugement du tribunal de Château- Thierry du 4 mars 1898 * qui a soulevé dans le public et la presse des sentiments divers. Nous traiterons plus loin de cette situation particulière connue sous le nom à^état de nécessité^ méconnue par notre Code pénal et dont on est obligé, par suite, de faire rentrer les divers cas, dans la contrainte morale et la force irrésistible de l'article 64 du Gode pénal.
181. — b) Passions. — Les passions, au point de vue de leur influence sur la responsabilité, ont été parliculièrement étudiées par les criminalistes de l'Italie.
Tous les crimes et délits sont le résultat d'une passion à laquelle leur auteur a le tort de céder et à raison de laquelle il n'a droit à aucune indulgence : haine, vengeance, cupidité, sensualité, etc. — Cependant, dans certaines circonstances et dans certaines conditions, la source de la passion, son caractère, sa violence sont tels que celui qui est entraîné par elle à commettre un acte délictueux est digne d'une certaine indulgence, est excusable dans une certaine mesure et peut même quelquefois être exceptionnellement considéré comme irresponsable ; telles sont : la colère, la violente douleur de celui qui est gravement frappé ou offensé, du mari témoin de l'infidélité de sa femme, de la fille-mère séduite et abandonnée qui tue son enfant pour sauver son honneur ou se venger sur son séducteur, etc. — 11 y a donc des passions excusables et d'autres qui laissent entière la responsabilité. Comment les distinguer?
Carrara ^ a fait une distinction célèbre des passions en aveuglantes [cieclie) et raisonnantes (ragionatrici), en se plaçant au point de vue psychologique de la gradation du délit dans sa force morale subjective : les premières agissent avec véhémence sur la volonté, s'opposent à l'infinence de la raison et ne laissent pas le temps de la réfiexion ; les secondes provoquent, au contraire, les calculs de la raison el laissent à l'homme la plénitude de son libre arbitre.
Les passions aveuglantes doivent être admises comme causes de