‹ Cours de droit criminel et de science pénitentiaireChapitre 13 sur 550 · Prins, Science pénale et droit positif, n» 26, p · texte numérisé non relu

Prins, Science pénale et droit positif, n» 26, p

3. Voir mes Contidérations sur l'ctat actuel de la criminalité en France et les caractères de la criminalité moderne (Pans, Ârttiur Rousseau, 1904).

delà pratique étrangères qui, dans certains pays, ont déterminé un abaissement notable de la criminalité ^ — Nos législateurs ont introduit, dans le monde des criminels, des catégories et, dans les moyens de répression, des différences correspondant à ces diverses catégories ; ils ont enfin organisé des institutions préventives de la criminalité et en ont favorisé la création et le développement par l'initiative privée. — Des lois récentes, complétant heureusement le Code pénal, ont distingué les délinquants primaires, les récidivistes et les incorrigibles : permettant de suspendre l'exécution de la condamnation pour les premiers (loi dite Bérenger du 26 mars 1891), aggravant la peine pour les seconds (art, 56, 57 et 58 du Gode pénal modifiés par la loi du 26 mars 1891), prononçant contre les troisièmes l'élimination parla relégation à perpétuité dans les colonies (loi du 27 mai 1885) ; les attentats anarchistes et les associations de malfaiteurs ont fait l'objet de dispositions particulières (lois du 2 avril 1892, du 18 décembre 1893, du 28 juillet 189£) ; le législateur, songeant au lendemain de la peine, s'est préoccupé de faciliter le reclassement des libérés, en adoucissant d'abord le régime de la surveillance de la haute police (loi du 23 janvier 1874), en la supprimant ensuite (loi du 27 mai 1885, art. 19), en inlroduisant, dans le cours de la peine, la libération conditionnelle el favorisant le développement du patronage des libérés, en rendant plus facile et plus utile la réhabilitation (loi du 14 août 1885 due encore à l'initiative de M. Bérenger et loi du 10 mars 1898), en diminuant les graves inconvénients de la publicité du casier judiciaire el des indiscrétions qui précédent la réhabilitation judiciaire (lois du 5 août 1899 et du 11 juillet 1900 dues en grande partie aux efforts personnels de M. Bérenger). Enfin, voulant attaquer la criminalité dans sa source, nos législateurs contemporains ont organisé la protection de l'en-

l. L'Angleterre notamment qui, alors que l'Italie a 239 détenus par 100.000 habitants, la France 158, la Prusse 120 et la Belgique 110, n'en compte que 75, malgré l'intensité de ses luttes et de ses crises économiques (Prins, Causerie, p. 23) et qui, par ses nombreuses institutions préventives aidées de la puissance de l'initiative privé, est arrivée à combattre efficacement le développement de la criminalité dans sa source^ la corruption de l'enfance et de la jeunesse {Revue pénitentiaire, 1893, p. 615 ; 1895, p. 115 ; 1897 ; p. 686, et ss., p. 1807 ; 1898, p. 288 et 727 : 1901, p. 155 ; 1902, p. 1091 et 1234 ; 1904, p. 810). — Voir sur les institutions pénitentiaires et préventives de l'Angleterre, le bel ouvrage de M'" William Tallack : Penological and ])reventive princi'ples (London, 1896) et les rapports annuels et Tracts divers publiés par l'Association Howard à Londres; Henri Joly, Revue de Paris, l""" décembre 1894). De même à Genève (Cuénoud, La crhninalité à Genève au xix'^ siècle, Genève, 1891, H. George ; Tarde, Etudes pénales et sociales, p. 277; Etudes de psychologie sociale, p. 146). De même en Belgique {Revue de statistique, 11 juin 1899. t. II, p. 134).

fance contre la négligence, l'abandon ou les excitations et exploitations coupables de parenls indignes (lois du 7 décembre 1874 sur les professions ambulantes, du 24 juillet 1889 sur la déchéance de la puissance paternelle et les enfants moralement abandonnés, du 19 avril 1898 sur les enfants martyrs et l'enlèvement du droit de garde des enfants coupables sans déchéance préalable de la puissance paternelle et sans envoi de ces enfants en correction ; loi du 12 avril 1906 protégeant la minorité pénale jusqu'à 18 ans, du 11 avril 1908 sur la prostitution des mineures — loi du 28 juin 1904 sur les enfants assistés et les pupilles difficiles de l'Assistance publique).

31. — Malgré ces heureuses modifications et le commencement à' individualisation de la peine par la loi, la criminalité s'est maintenue à un niveau élevé.

La cause en est dans l'application défectueuse de la loi. Les magistrats n'ont pas encore suffisamment compris la nécessité de l'individualisation pratique de la peine ; partant trop souvent de la conception a priori du type abstrait du délinquant toujours également maître de son activité et responsable de ses actions, s'altachant surtout à la gravité du délit apprécié dans ses conséquences matérielles, les juges multiplient les petites condamnations, accunnulent sur les mêmes délinquants, malgré leur récidive, une série de courtes peines qui n'ont d'autre résultat que d'habituer le condamné à la prison, d'enlever à la peine, par sa brièveté, tout caractère répressif, de rendre impossible, par cette accumulation de condamnations sur le casier judiciaire, tout reclassement social du libéré et d'être ainsi une des sources les plus actives de la récidive. Les caractères généraux et les défauts que présente la justice pénale contemporaine chez tous les peuples civilisés ont été résumés de la manière suivante par M. Ferri ' « 1° automorphisme psychologique, en vertu duquel tout homme normal et de conscience tranquille, prêtant ses propres sentiments au criminel, pense que la menace d'une peine a la même puissance d'intimidation et; la même influence déshonorante sur le criminel que sur lui, alors que le criminel est, ou bien un déclassé, ou bien un aliéné, ou un emporté par la passion qui ne lui permet pas de réfléchir, ou bien un rusé qui prémédite le crime et pense toujours rester inconnu : un homme, enfin, chez qui la conscience normale n'existe pas ou a disparu ; 2° impersonnalité : lecycle de la juslice a trois termes : crime, jugement, peine ; on ne connaît pas le

1. Enrico Ferri, La Justice pénale, son évolution, ses défauts, son avenir, résumé du cours de sociologie criminelle fait à l'Institut des hautes études de l'Université nouvelle, Bruxelles, 1898).

criminel qui est cependant le terme initial el final de toute fonction de sauvegarde sociale ; sauf quelques circonstances exceptionnelles, évidentes et partant cataloguées dans les codes (minorité, surdi-mutité, folie évidente, ivresse, emportement de passion), les^ lois et les juges ne s'occupent pas de la personnalité bio-psychique et sociale du prévenu : maintenant, le prévenu n'est qu'un mannequin vivant sur lequel le juge colle le numéro d'un article du code pénal, avec le seul souci d'une c?osimé//ne pe/ia/e qui est devenue une véritable obsession pour la justice pénale ;3° dosimétrie pénale, qui, a. l'aide de la déplorable transaction de conscience des circonstances atténuantes, arrive à faire bénéficier de l'atténuation de responsabilité et de peines illusoires les récidivistes les plus obstinés; de sorte que c'est à la prison, pour la plus grande partie, qu'on doit le& criminels d'habitude, qui arrivent à compter leurs condamnations par douzaines el par vingtaines ; c'est un record grotesque et inhumain entre la justice pénale et le milieu social : l'une ne fait qu'entasser dans les prisons des milliers de microbes du monde criminel et la société ne fait que les relancer dans l'engrenage de la justice peu après que la porte de la prison s'est ouverte à l'échéance de leurs peines ridicules de 2, 4, 10, 20 jours de prison ; 4° ignorance par le juge du résultat de Vexéculion de la peine qu'il prononce ; ignorance par l'administration pénitentiaire du sort du libéré à sa libération ; c'est-à-dire oubli absolu de cetle règle de conduite rationnelle d'après laquelle tout homme, en voyant les suites et les conséf]uences de ses actes, apprend à diriger et à perfectionner son activité ».

De sérieux progrès out été réalisés dans la pratique judiciaire pour les mesures à prendre à légard des enfants mineurs poursuivis comme coupables de crimes ou de délits, grâce à l'initiative de Comités de défense des enfants traduits en justice fondés à Paris en 1890 et depuis dans un grand nombre de villes de France : Marseille, Bordeaux, Caen, Dijon, Montpellier, Aix, Nancy, Orléans, Lille, Valence, Toulouse, Grenoble, Le Havre, Besançon. L'application aux majeurs du sursis à l'exécution et de la libération conditionnelle, le développement du patronage paraissent avoir amélioré, depuis quelques années, l'état de la criminalilé '. Mais la plupart des critiques adressées au fonctionnement de la jutice pénale subsistent ^ et ont donné lieu à la fondation d'une école nouvelle, Vécole anthropologique et sociologique.

i. Voir mes Considérations s^ur l'état actuel de la criminalité citées supra.

2. L'indulgence des magistrats continue à augmenter : 1° d'une part, le

ÉCOLE ANTHROPOLOGIQUE ET SOaOLOGIQUE 39

§ 5. — École anthropologique et sociologique.

32. — Celle école, née en Italie, comme Técole classique avec Beccaria, a eu pour fondateur MM. Lombroso, professeur de médecine légale àTurin, Ferri, professeur de droit pénal, Garofalo, magistral. Ses principes ont été exposés dans trois ouvrages fondamentaux l'Homme criminel de Lombroso, arrivé en 1^97 à sa 5'' édition depuis 187G ', la Sociologie criminelle de Ferri - parvenue en 1900 à sa 4* édition depuis 1881 et publiée d'abord sous le titre de Les nouveaux horizons du droit pénal, la Criminologie de Garofalo, publiée en 1885 et traduite en français sur la 4° édition en 1893 (Paris, Alcan). Il faut ajouter à ces œuvres capitales Timporlant ouvrage de M. Marro, n»édecin en cbef du Manicome de Turin, sur les Caractères des criminels, [)ublié en 1887 ^ Ces idées nouvelles, bientôt répandues dans tous les pavs où elles onl rencontré de fervents adeptes, ont été soumises à l'épreuve de la discussion orale et publique dans une série de Congrès périodiques d'anthropologie et de sociologie criminelles tenus à Rome du 17 au 23 novembre 1885, à Paris du 10 au 17 août 1889, à Bruxelles du 7 au 13 août 1892, à Genève du 24 au 28 août 1896, à Amsterdam du 9 au 14 septembre 1901, à Turin du 28 avril au 3 mai 1906.

Le principe, qui lui sert de point de départ, peut être ainsi formulé : « toute action himiaine est l'efTet de causes externes qui agissent sur nous et contre lesquelles chaque individu réagit d'une manière différente suivant son caractère particulier. » Il suit de là

nombre des condamnations à de longues peines diminue ; 2» d'autre part le nombre des condamnations à de courtes peines augmente surtout au profit des récidivistes, dont la récidive est lavorisée et causée en grande partie par l'abus et l'accumulation des courtes peines : 93 0/0 de libérés de la réclusion, se trouvant en état de récidive, sont frappés de peines intérieures à un an d'emprisonnement. Knfin les condamnations à la rélégation n'ont cessé de diminuer par la diminution des condamnations a plus de 3 mois d'emprisonnement nécessaires pour emporter cette peine. Voir mes Considérations ^ur l'état de la criminalité, p. 14.

1. Traduit en fran(,ais (Paris, Alcan). Voir sur l'œa're de Lombroso. L'opéra di Lombroso nella sciensa e nelle sue applicasione (Torino-Bocca Fratelli, 1908).

2. Traduite en français (Paris. Arthur Rousseau). Sur l'œuvre de Ferri, voir Enrico Ferri, il nota, il inal nota, e l'iynorato, par Bruno Franciii (Torino- Bocca Fratelli, 1903).

3. Voir également pour l'exposé des théories de la nouvelle école positiviste, l'excellent ouvrage de M. Ingegnieros, privât docenl à l'Université de Buenos- Ayres : la Siniulacione delta pazzia (Torino, B»icca, 1904) ch. xi, p 232 et 8s. — Voir pour les détails de cette doctrine mon ouvrage sur le.'* Principes fondamentaux de la pénalité (couronné par l'Académie des science» u. orales et politiques).

que tout lail de l'activité humaine, el en particulier tout délit, est le produit d'une double série de facteurs: 1° les fadeurs internes ou endogènes, organiques ou biologiques, inhérents au caractère individuel, à la conslitution physio- psychique de l'auteur du fait ; 2° les facteurs externes ou exogènes, naturels ou sociaux, inhérents au milieu phy.-ique' et social dans lequel avéou et vit cet individu. Les

d. A l'occasion de l'influence du milieu physique, nous devons faire connaître une des théories les plus importantes que M. Ferri base sur l'étude de la statistique : 1° il y a généralement antagonisme entre le suicide et l'homicide ; là où l'homicide est très développé, il confère une sorte d'immunité contre le suicide, et réciproquement ; en d'autres termes, le suicide est une soupape de si'.reté contre Vhonicide ; 2° le développement des homicides et des vols a lieu en sens inverse, en ce sens que les homicides prédominent au Su.d, dans les pays chauds et dans les saisons chaudes, tandis que les vols prédominent dans les pays du Nord, dans les pays froids et les saisons froides (Ferri, Omicidio-suicidio, p. '256 et se, VOmicidio, p. 250 et ss., Sociologia criminale, n" 34). Ces conclusions sont démenties par les constatations de la statistique criminelle de la France. Le compte rendu officiel de la statistique criminelle de l'année 1895, donnant un relevé détaillé des homicides, vols, viols sur enlants et suicides dans chaque département, permet de constater que le développement du suicide, de l'homicide, des vols suit, en France, une marche absolument parallèle, que les départements mauvais à un point de vue le sont à tous les autres, que les départements bons le sont pour tout, sans distinction de latitude et de climat ; que les départements mauvais sont ceux où il y a une grande ville, un grand centre qui constitue le foyer de la criminalité de toute nature, ou exposés à une forte immigration étrangère ; que les départements bons sont éloignés de grands centres et d'immipration d'étrangers : en sorte que le développement ou la diminution de la criminalité violente ou cupide et du suicide sont dus à des causes sociales plutôt qu'à des causes climatériques et que les rares cas qui semblent rentrer dans les conclusions de M. Ferri s'expliquent encore sociologiquement. Ainsi, la moyenne générale pour la France étant représentée, par : homicides, 1,24 ; vois, 120 par 100 000 habitants et suicides, 90, la place occupée par les départements, en suivant l'ordre croissant de 1 à <S6 et le contingent fourni par eux, est : A. — départements inauvais ; 1° Seine : n" S& pour les suicides avec 1.623; n° 82 pour les homicides, 2,44 ; n" 80 pour les vols, 201 ; 2o Bouc hes-du- Rhône : n" 78 pour les suicides, 190 ; no 83 pour les homicides, 10,46; n° 82 pour les vols. 219; 3" Calvados : n° 72 pour les suicides, 140; n° 76 pour les homicides, 1,77 ; n» 84 pour les vols, 278 ; 4° Hérault : n° 55 pour les suicides, 94; n» 81 pour les homicide?, 2,38 ; n° 79 pour les vols, 198, etc. B. — départements bons : 1" Lozère : n» 4 pour le suicide, 12; n° 7 pour l'homicide, 0,44 ; n" 2 pour le vol, 36 ; 2" Tarn : n" 10 pour le suicide, 25; n" 10 pour l'homicide, 0,57 ; n» 8 pour le vol, 44; 3° Indre : n° 16 pour le suicide, 32; n° 2 pour l'homicide, 0,34; n" 11 pour le vol, 55; 4" Vendée : n° 18 pour le suicide, 33; n» 3 pour l'homicide, 0,36 ; n" 16 pour le vol, 59; 5° Cher : n» 26 pour le suicide, 46; nol3 pour l'homicide, 0,61; n" 9 pour le'vol, 46; 6» Lot-et-Garonne : n" 27 pour le suicide, 47; n» 28 pour l'homicide, 0,74 ; n*" 36 pour le vol, 79 ; etc. Une observation analogue peut être faite pour les départements à rang moyen, dans lesquels on ne peut trouver le prétendu antagonisme entre le suicide et l'homicide d'une part et l'homicide et le vol d'autre part : sauf, cependant, le département de la Corse qui occupe le dernier rang, n» 86 pour les homicides, avec 22 par 100.000 habitants et seulement le n» 38 pour les vols, avec 82 par 100.000 liabitants dans lesquels les immigrés Italiens entrent pour une proportion considérable ; mal»

rôles respectifs de ces divers fadeurs sont quelque peu différenls :les facteurs externes constituent les causes occasionnelles des délits; les facteurs internes en sont les causes déterminantes résultant de }wédispositions individuelles. Mais le concours et la réunion de ces divers facteurs sont nécessaires à la production des délits; c'est cette nécessité de leur coopération qui peut seule expliquer ; d'une part comment tous les individus placés et vivant dans le même milieu, dans les mêmes conditions sociales, ne se comportent pas de la même manière, dans les mêmes circonstances et en présence des mêmes tentations, les uns commettant un crime, les autres résislant à la tentation, les autres se suicidant ; d'autre part, comment des individus ayant même caractère et même organisation n'ont pas cependant la môme conduite dans des situations semblables, les uns devenant criminels, les autres demeurant honnêtes et vertueux, d'autres, sans commettre de délit, commettant des irrégularités et des indélicatesses et côtoyant le Code pénal. Pour les premiers, le facteur individuel est différent; pour les seconds, les facteurs sociaux, le milieu et les conditions de vie sociale ne sont pas les mêmes. Le délit, comme toute autre action humaine, est un phénomène d'origine complexe, autant biologique que physico-social, suivant des degrés et des modalités qui varient avec les diverses circonstances personnelles et réelles, de temps et de lieux '. Ces divers facteurs ont une valeur

la forte proportion d'homicides s'explique sociologiquement par les traditions et les mœurs du pays. Enfin les statistiques montrent entre l'homicide et le suicide un parallélisme constant dans l'augmentation et la décroissance: jusqu'en 1894, il y a augmentation : en 1880, 156 meurtres, 195 assassinats, 103 coups et blessures suivis de mort et Ô.638 suicides ; en 1894 : 190 meurtres, 226 assassinats, 132 coups et blessures mortels ; 9.703 suicides; en 1895 une diminution générale se produit : 157 meurtres, 206 assassinats, 108 cours et blessures mortels, 9.253 suicides (a). Enfin au point de vue de la répartition de la criminalité suivant les saisons, des calendriers criminels ont été dressés, pour établir l'augmentation des crimes contre les personnes, homicides et viols avec la chaleur, des crimes contre les biens, vols, avec le froid (b). Mais on a fait remarquer l'influence prépondérante encore ici du facteur social : dans la saison chaude, les journées sont plus longues, les nuits chaudes, on vit dehors, on a plus d'occasions de se rencontrer et de commettre des crimes contre les personnes ; en hiver et dans la saison froide, la misère, les besoins plus pressants et plus dilficiles à satisfaire, labri assuré dans la prison poussent au vol (c).

1. Cf. Ferri, Rapport au Congrès cTanthrop. crim. de Paris, p. 42 et ss. : Sociologie criminelle (trad. franc.), p. 157 et ss. ; Sociologia critninale, 4»

(a) Voir pour l'explication noeiolofçiqu* de celte répartition géograpliiqne ; Joly, La Francf criminelle ; Tarde, La criminalité comparée et la philosophie pénale, ch. xi § U.

(b) Ferri, Variations thermométriques et criminalilé {Archive» d'anthropologie criminelle. 1897) ; r.acassaçne {R^cue scientifique, 28 mai 1888) ; Laurent, Les habitués des prisons, p. 8.

(c) Tarda, Philosophie pénale, p. 301 et s». ; Colajanni, Oscitlntioni thermométriques et délits contre les personnes {Archives d'antropologie criminelle, 188'î) et Sociologia criminale, U, p. 387 et ss. ; Aiiiuena I limHi e i modi/icatori dell imputabilitd 1, p. 20i.

et une influence respective variables suivant les individus et les circonstances : tantôt c'est le caractère individuel, antisocial, qui déterntiine le délit sans cause occasionnelle importante ou apparente ; tantôt au contraire, ce sont les causes externes et occasionnelles qui l'emportent et entraînent vers le crime des natures faibles sans cesse oscillant entre le bien et le mal.

Cette constatation détermine une première division des criminels en :

33. — {" crimineU j)ar causes endogènes, criminels biologiques, chez lesquels le facteur individuel est prépondérant ; 2° crimiiiels par causes exogènes ou criminels par causes sociales, chez lesquels l'influence du milieu est déterminante.

Chacune de ces catégories se subdivise à son tour.

A. — Crhninels par causes endogènes, criminels biologiques. — Sa divisent en deux classes: 1° criminels-nés, atteints d'une perversion et d'une altération congénitale du sens moral, cyniques, froids, préméditant le crime sans regret ni remords, vivant du délit et ne distinguant pas le délit de l'industrie honnête; 2° criminels par emportement ou passion, atteints d'une simple faiblesse du sens moral, impulsifs, prompts et vifs dans l'action et la réaction, ayant des passions violentes, commettant des délits instantanément et sans réflexion, sous l'impulsion d'une sorte d'ouragan psychologique

B. — Criminels par causes exogènes ou sociales. — Se divisent également en deux classes : 1° critninels d'occasion, relativement honnêtes, doués de sens moral, mais faibles dans la résistance et se laissant entraîner par les tentations et les occasions : 2° cri'mme^^ d'habitude, poussés au délit par les mauvais exenjples, la mauvaise éducation, le séjour corrupteur en prison, l'impossibilité de reclassement social après une première condamnation ; auraient été honnêtes s'ils avaient été placés dans un autre milieu ; aussi précoceset récidivistes, par causes acquises que les criminels-nés, qui le sont par causes congénitales .

A ces quatre groupes de criminels, il convient d'en ajouter un cinquième: celui des criminels aliénés.

De là la clsissification en 5 groupes proposée par Ferri *.

édit., 1900, p. 174 et sy. Voir encore sur les divers facteurs de la personnalité, Paul Lagrange et Jacques de Nouvion : Venfant dit naturel (Revue, ancienne Revue diis revues, l^i" juillet 1902, p. 2 et ss.)-

1. Ferri, Sociologia criininale, (4^ édiz.), n"» 19 à 26, p. 194 à 266. D'autres classifications ont été proposées par divers auteurs : voir Feriû, l. c, n°* 20 et 25, p. 296 et ss., 250 et ss.

1° C?'iminels aliénés;

2° Criminels-nés ou instincti/s ;

3° Criminels d'habitude ;

4° Criminels d'occasion ;

5° Criminels par passion ;

Caractères distinctifs de chaque classe de criminels et traitement répressif ou préventif proposé pour chacune.

Caractères distinctifs de chaque classe de criminels.

34. — 1° Criminels-nés. — Cette classe de criminels, dont la délermination et la descriplion, malgré les essais de quelques précurseurs ', appartiennent en propre à Lombroso -, est caractérisée par une série de signes parliculiersous/«;7?r2afe5 dégénérati/s quHonlqne ces criminels, déviant du tvpe moyen de la race, se distinguent des autres individus de la même race. Les stigmates, dont 1 ensemble donne à l'individu qui les présente le type criminel ^, sont les uns anatomiques el morphologiques, les autres biologiques, d'autres en6n psychologiques *. Les stigmates anatomiques et morphologiques peuvent se résumer dans le portrait suivant du criminel-né donné par Lombroso : regard cruel el dur, sourire cynique, taille basse, crâne petit, brachycéphale et asymétrique, front étroit, arcades sourcilières proéminentes, yeux enfoncés et obliques, face longue et

1. Cf. Ferri, Sociologia criminale, ch. I, p. 67 ; Marro, / caratteri dei delinquenti : introd. storica ; Ântoniai, 1 precursori di Lombroso, Torino, Bocca, 1900 ; Frassati, La Nuova scuola di diritto pénale, ch. 1 et 2 (Torino, 1891).

2. Suivant Lombroso, l'existence de la criminalité serait due soit à l'atavisme, soit à la dégénérescence et le criminel né se confondrait avec le fou moral et l'épileptique. — Voir pour l'explication par la dégénérescence, Max Nordau, nouvelles théories biologiques du crime (Revue, ancienne Revue des Revues, 15 oct 1902, p. 150 et ss.). — Réponse de Lombi'oso (même Revue, 15 nov. 1902, p. 45j.

3. Ce type criminel serait plus rare chez la femme que chez l'homme (Lombroso ; Delitli vecchi e delitti nuovi, p. 1T7). — 11 n'existerait jias chez les crimintils de génie (Lombroso : l. c, p. 263, ch. viuj; rapport au Congrès d'anthr. crim. d'Amsterdam de 1901 (Actes, p. 215).

4. Cf. pour le détail de ces divers stigmates de la criminalité, Dallemagne, professeur de médecine légale à l'Université de Bruxelles : 1° Les stigmates anatomiques de la criminalité ; 2° Les stigmates biologiques de la criminalité , 3" Théories de la criminalité {Paris. Masson et Gauthior-Villars dans l'Encyclopédie scientifique des aide-mémoire.) — Voir également les ouvrages fondamentaux de la nouvelle école cités plus haut (n° 32i et celui plus récent de Lombroso : La perizia psiehiatrico légale (Torino, Bocca, 1905). Cf. Debterre. Les deux décapités de Uunkerque {Areli. d'anth. crim. 15 janv. 08, p. 1).

large pommelles saillantes, os zygomaliques proéminents, lèvres minces, mâchoires volumineuses, oreilles écartées et en forme d'anses, asymétrie crânienne et faciale, cheveux abondants, barbe rare, visage pâle, etc.. Cet ensemble de traits caractéristiques, communs aux divers criminels-nés à l'exception de quelques difTérences de détail de peu d'importance ', donne à ces criminels un type particulier tel que les criminels de diverses nations s'éloignent plus ou moins de leur type ethnique respectif et ont quelque chose de commun qui les rapproche les uns des autres. Les stigmates biologiques et fonctionnels consistent principalement [dans des anomalies de la sensibilité tactile, dolorifique et des divers organes des sens et des anomalies des diverses fonctions des organes du corps; la sensibilité tactile et dolorifique est plus obtuse chez les criminels-nés que chez les individus normaux, ce que prouve la fréquence du tatouage, et elle est déplacée, plus obtuse à droite ou égale des deux côtés, tandis que chez les individus normaux elle est plus obtuse à gauche; le fonctionnement des organes des sens est irrégulier, la vue notamment est affectée de diverses anomalies, telles que le dallonisme ; il en est de même des fonctions de mouvement, dont l'irrégularité est surtout caractérisée par la fréquence de la gaucherie (mancinisme et de Vamhidextrie'^, se manifestant dans les bras, les mains et la démarche et correspondant aux mêmes irrégularités de la sensibilité ; pied préhensile chez la femme criminelle et prostituée ^, mauvais fonctionnement des réflexes vasomoteurs manifesté surtout par l'absence de rougissement du visage, conséquence, non seulement de l'insensibilité morale des criminels, mais encore d'une irrégularité organique ; enfin anomalies constitutionnelles se manifestant : lantôt par re//emma<20w et \a. tnasculinité consistant en ce qu'un individu d'un sexe déterminé présente, dans sa structure générale, ses allures et ses goûts, certains caractères du sexe opposé; tantôt par Vinfantilisme ou la sénilité prématurée, l'infantilisme consistant en une sorte de retard dans le développement qui conserve à des individus d'un âge mur et avancé les attributs de l'enfant ou du gamin, la sénilité prématurée constituée par une usure précoce de tous les organes. Les stig^nates -psychologiques, particulièrement

1. Ainsi les homicides se distinguent des voleurs surtout par l'expression du regard et de la physionomie : regard vitreux, froid, immobile, œil injecté chez les premiers ; regard errant, mobile, oblique chez les seconds.

2. Une Société, Ambidextral culture Society, s'est récemment fondée en Angleterre pour le développement de l'ambidexti'ie chez les gens normaux.

3. Cependant el.e serait au contraire un signe de supériorité d'après le D. Félix Regnault : le pied prèhensible chez Phonitne (Document du progrès, mai 1909, p. 470. Paris-Alcan).

étudiés par Ferri el auxquels i' reconnaît actuellement l'importance prépondérante ', se résument en deux anomalies principales qui séparent le criminel de l'homme normal et doivent détourner de croire, par aulomorphisme psychologique, à l'émotion du meurtrier en |)réseni.e du cadavre de sa victime, à son remords, à sa crainte de la peine: 1° insensibilité morale ; 2" imprévoyance el vanité, celle-ci manifesiée par les tatouages. Manquant de sens moral et de sentiments altruistes, profondément égoïstes, animés des sentiments les plus bas, vengeance, cupidité, passion du jeu, de l'alcool, du tabac, de la débauche, ces prédisposés n'ont aucune répugnance pour l'idée du crime, n'éprouvent aucun remords après sou exécution, ne distinguent pas l'homicide et Is vol d'une industrie quelconque et la prison n'est pour eux que le risque du métier, souvent un gîte assuré et désiré. Cependant l'insensibilité morale et la répugnance pour le crime ne sont pas toujours absolues, mais limitées et spécialisées à certains genres de crimes ; ainsi quelques uns n'hésitent pas à tuer par vengeance ou par haine, mais s'abstiennent de voler, d'autres au contraire volent, mais s'arrêtent devant la pensée d'attenter à la vie d'autrui. C'est ce que Ferri appelle le dallotiisme7noral.Ce qui caractérise ces criminels-nés ou instinctifs, c'est leur précocité et leur incorrigihilité ; précocité qui fait que, sans passer par le vagabondage ou d'autres petits délits pour progresser ensuite et arriver à des crimes plus graves, le criminel-né débute souvent dans son enfance ou sa jeunesse par un crime odieux, un assassinat ; incorrigihilîté, résultant de l'absence congénitale de sens moral, qui entraînera de nouveaux crimes à une prochaine occasion. Cependant la criminalité du criminel-né, pour se manifester, a besoin d'une occasion résultant des conditions de vie sociale et du milieu dans lequel cet individu se trouve placé ; les causes internes el organiques ne suffisent pas à l'explosion de cette criminalité, il faut qu'à elles viennent se joindre des causes externes résultant du milieu pliysique et social ; le criminel-né est seulement un prédisposé au crime qui peut passer toute sa vie sans violer le Code pénal s'il a la bonne fortune de vivre dans un milieu essentiellement favorable, mais qui peut commettre un crime des plus graves, pour la cause la plus futile, pour peu que les conditions du milieu dans lequel il est placé lui en fournissent la pensée et l'occasion -. S'il n'y a pas influence exclusive des causes organiques et in-

1. Ferri, Sociologia criminale (4" ediz), n» 10, p. 78; L'Omicidio neW antropologia criminale (Torino, Bocca, 1895).

2. Lombroso, L'Uomo delinquente (5o ediz.), II. Criminels latents, p. 549 et S8.

ternes, il y a tout au moins prédominance de ces causes sur les causes externes et sociales, dont le concours est du reste si nécessaire qu'on peut arriver à éviter l'explosion de la criminalité, en modifiant convenablement les conditions d'existence de ces prédiposés ^ Telle est la conclusion actuelle de l'Ecole positiviste Italienne.

35. — 2°. Criminels aliénés. — A côté des criminels-nés ou instinctifs, il convient de placer les critninels a?{eWs, c'est-à-dire ceux qui, sous l'impulsion d'une maladie mentale, commettent des crimes ou délits, attentats à la vie humaine ou à la personne, à la propriété, aux mœurs. — Quelques-uns, en effet, sont absolument confondus par l'Ecole Italienne avec les criminels nés ; ce sont les fous moraux'^, obéissant comme les criminels nés à une force et une impulsion irrésistibles, atteints de cette forme longtemps indéterminée qui a été désignée sous les noms divers d'imbécillité morale, de folie raisonnante, etc., et qui consiste en dernière analyse, dans l'absence ou l'atrophie du sens moral ou mieux du sens social (le discernement du permis et du défendu) soit congénitale, soit acquise, compatible du reste avec une apparente intégrité du raisonnement ; le fou moral présente la condition psychologique fondamentale du criminel-né et il y a entre l'un et l'autre identité absolue ^. — Les aliénés proprement dits, dont l'infirmilé, plus ou moins apparente dans les manifestations, est essentiellement variable dans ses formes, et qui ne sont que la figure exagérée du criminel-né *, subissent l'influence de l'idiotisme, de l'imbécillité ou d'idées délirantes (délire de la persécution, manie furieuse, épilepsie, etc.) ; il se distinguent des précédents par les signes extérieurs et pathologiques de leur maladie. — Enfin entre le d<3ment et l'homme sain d'esprit, l'école Italienne place un groupe d'individus, qui ne sont ni complètement malades, ni complètement sains et appartiennent, sous le nom de maitoïdes (matto veut dire fou en italien) ou demi- fou, à la zone intermédiaire^ admise par Maudsley en Angleterre*^, comportant du reste des nuances et des degrés nombreux dans l'anormalité psychique qui rompt l'équilibre mental sans aller jusqu'à la folie, mais enlève la faculté de prévoyance et d'empire sur soi-même et empêche de proportionner et régler les actions.

1. Ferri, Sociologia (4^ ediz.), p. 154 et ss., p. 158 et ss.

2. Lombroso, L'Uomo delinquente (5e ediz., II, p. 52 et ss.) ; Ferri, Sociologia criniinale (4^ ediz, p. 22 et ss.).

Page 1