Ferri, /. c, p. 223 ; Lombroso, l. c, II, p. 465 etss
6. Maudsley, Z,e crime et la folie (Paris, Alcan); La pathologie de l'esprit (Paris, Alcan). ch. n.
36- — 3*^ Criminels d'habitude. — Ce sont ceux qui, après avoir commis leur premier délit, ordinairement dans la jeunesse et contre la propriété, non par suite de tendances innées, mais plutôt par faiblesse morale unie à l'influence des circonstances et d'un milieu corrompu, persistent plus tard dans le crime et en contractent l'habitude chronique en en faisant une véritable profession. La prison en commun les a corrompus moralement et physiquement, la prison cellulaire les a hébétés, l'alcoolisme lésa abrutis, et la société, en les repoussant avant et après leur emprisonnement et en les abandonnant à la misère et à l'oisiveté, aux tentations, ne lésa pas aidés dans la lutte qu'ils ont à soutenir pour rentrer dans la vie honnête; quelquefois même ils sont voués fatalement à de nouveaux délits par certaines institutions qui devraient être préventives, mais ne sont au contraire qu'une nouvelle occasion de délits, comme le domicile forcé, l'admonition, la surveillance delà haute police. Ils présentent, comme les criminels-nés, les deux caractères de la précocité el delà récidive. Ce sont, les uns et les autres, des inadaptables sociaux. Mais les criminels d'habitude différent des criminels-nés, en ce que chez ceux-ci prédominent les causes biologiques et internes, l'influence de l'hérédité, tandis que ceux-là obéissent à des causes sociales et à l'influence du milieu ; en outre l'influence congénitale se manifeste surtout par des assassinais, meurtre, viols, incendies, brigandages, vol qualifiés, tandis que l'habitude acquise aboutit généralement à des vols simples, à la mendicité, au vagabondage *.
37. — 4° Criminels passionnels. — Ce sont des individus d'un tempérament sanguin ou nerveux, d'une sensibilité exagérée, parfois déséquilibrés ou épileptoïdes, ayant eu une vie régulière et irréprochable. Ils commettent le plus souvent un attentat contre les personnes à l'âge de la jeunesse, sous l'impulsion d'une violente passion, colère, amour contrarié, jalousie, honneur offensé, etc., qui exerce sur eux une force irrésistible. Il sont profondément émus avant, pendant et après le crime qu'ils commettent ordinairement, sauf quelques exceptions, d'une manière soudaine, sans préméditation, sans réflexion, saus se cacher et sans préparer le mode d'exécution. Ils avouent immédiatement leur crime et en éprouvent un remords tel que souvent ils se suicident ou tentent de se donner la mort immédiatement ou peu après l'exécution de leur attentat. Con-
1. Ferri, l. c, p. 227 à 240; Lombroso, /. c, II, p. 542. — Voir pour une distinction des criminels professionnels et des criminels d'iiabitude, Hago Heim : Die jungsUn und die aellesten Verbtecher (Berlin, 1897). Analysé dans l'Année sociologique, 2^ année (Paris, Alcan, 1899), p. 412.
damnés, ce qui arrive rarement, ils continuent à se montrer repentants, s'amendent ou plutôt ne se corrompent pas en prison, ce qui permet à des observateurs superficiels d'attribuer à la prison un effet correcteur. Ces criminels passionnels présentent les caractères opposés à ceux des criminels-nés et ont en général unepbysionomie belle et attrayante, anti criminel le suivant Lombroso '. Leur nombre est du reste peu élevé.
38. — 5° Criminels d'occasion. — Le criminel d'occasion n'a pas, par nature, une tendance au délit ; il y est plutôt poussé par les circonstances extérieures et les tentations résultant des conditions et du milieu dans lequel il vit : misère, chances d'impunité, imitation, etc. ; il y a bien, dans sa conduite, l'influence de l'élément psychologique qui le sépare de l'homme honnête, une faiblesse de résistance aux tentations; mais cet élément n'a qu'un rôle secondaire et par là le criminel d'occasion diffère du criminel-né et du criminel d'habitude. Lombroso pour caractériser cette faiblesse de sens nioral et cette légèreté qui n'atteignent pas cependant le degré d'insensibilité morale de ceux-ci, qualifie de criminaloïde le criminel d'occasion. Ildiviseensuite les criminels d'occasion en deux catégories: — i" les criminaloïdes proprement dit, qui commettent des délits de droit commun et 2° les pseudo-crimiîiels, véritables hommes normaux qui commettent des délits involontaires, des délits purement politiques ou des délits de création purement positive qui n'intéressent nullement la morale et ne causent aucun préjudice '■^.
Système pénal et préventif de l'Ecole Italienne.
39. — L'Ecole positiviste Italienne, prenant pour point de départ la banqueroute du système pénal acuel et le Krach delà répression^ , telle qu'elle est actuellement pratiquée, déclare qu'il faut changer entièrement ce système pénal et son application, en introduisant dans la législation des moyens répressifs nouveaux, en modifiant l'application des peines suivant les catégories de criminels et compléter cette lutte contre la criminalité au moyen delà répression par des institutions préventives ayant pour but d'écarter les occasions
1. Ferri, l.c, p. 240 à 243 ; Lombroso, l. c, p. 240 et ss. — Voir également Max Nordau : « Nouvelle théorie biologique du crime » (Revue, ancienne Revue des revues) du 15 oct. 1902, p. f64.
2. Ferri, Le, p. 243 à 246; Lombroso, l. c, II, p. 482 à 542.
3. Henri Joly, Le Krach de la répression (le Correspondant du 25 février 1896).
et les tentations auxquelles succombent certains de ces criminels *. — Les moyens répressifs sont: — i" pour les criminels aliénés, l'internement par jugement dans des manicomes ou asiles spéciaux d'aliéné'i criminels ; — 2" pour les criminels -nés incorrigibles y la peine de mort, la déportation perpétuelle ou l'internement à durée illimitée, non dans une prison cellulaire que Ferrî appelle une des aberrations du xix" siècle ^, mais dans une colonie agricole avec travail au grand air : — 3° pour les crmme^s o?'/ia6ifwofe, môme pénalité, avec la seule différence que cette peine éliminatoire peut être appliquée au criminel-né à son premier crime ordinairement grave, tandis qu'elle ne sera appliquée au criminel d'habitude qu'après un certain nombre de récidives ^ ; — 4'* pour les criminels d'occasion, on doit surtout éviter de les transformer en criminels d'habitude par le système pénitentiaire auquel on les soumet. Les moyens à employer pour cela sont : — pour les enfants, remise à des familles honnêtes ou internement à durée indéterminée dans les colonies agricoles, en évitant les grandes agglomérations, avec isolement nocturne et tra-
1. Ferri, l. c, p. 826 à Ci7 : Lombroso, L'C^omo delinguente (S" ediz), t. III, p. 528 et ss. ; Le crime, causes et remèdes (Paris, Reinwald, 1899, p. 467, et s«. « Les vices du système pénitentiaire » (Revue, ancienne Revue des revues, 15 mai 1903, p. 407).