DES NAVIRES
De la mer^ chemin flottant» toojonrs onvert entre les continents et les lies, nons passons naturellement au navire, ce curieux et nécessaire instrument de la navigation et da commerce maritimes^ et qui est le symbole le plus expressif de ces deux grandes choses. Ce nom seul rappelle en effet des idées d'industrie» d'abondance et de richesse pour les hommes,
L'Antiquité» qui divinisait tout» avait aussi voué aux navires une sorte de culte» témoin le navire Argo» la galère des Athéniens» le navire sacré de Carthage» etc.(l).
Qu'était-ce cependant à ces époques reculées que le navire et la navigation ?
Des barques plus ou moins faibles» plus ou moins* grossièrement construites» marchant à la rame et à Taide
(4) Sur ces notions historiques ou mythologiques, voir Pardessus, Introduction à la collection des lois maritimes ^ t. 1 , p. 46 ; Boulay-Paty» Droit commercial maritime^ 1. 1» p. 99; Cauchy, Droit maritime international^ t. 4, p. 87.
d'une simple Toile, ne sortaient do port qui lès abritait que dans les plus beaux mois de Tannée (2), et dans leur timide et lente navigation sur des mers bornées, ne perdaient jamais de vue les côtes, où elles pouvaient toujours trouver un refuge.
Depuis lors que de progrès accomplis dans Tart des constructions, dans la dimension, la forme et le grée* ment du navire! Ces grandes et puissantes machines, grâce aux progrès de l'astronomie et à l'invention de la boussole, ont pu hardiment s'éloigner des terres, et se lancer à toutes voiles dans l'immensité de l'Océan, pour ajouter de nouveaux mondes an monde anciennement connu.
Aussi l'enthousiasme ancien a-t-il gagné nos docteurs modernes, même les plua graves. Nous les voyons, au seul mot de navire, saisis comme d'un accès de lyrisme, laisser là d'abord les notions de droit qu'ils enseignent pour contempler et célébrer ce chef--d'œuvre de l'industrie humaine (3) .
Ce n'est pas tout encore, et l'admiration doit s'accrot-
(2) Il résulte en effet d'an témoignage de Pline TÀncien {Hist. nat., liv. n, chap. XLYII) que la navigation était suspendue du mois d'octobre au mois d'avril. De même Lucain :
HêBc eadem suadebat hiems quœ clauserai mquor.
(3) Voir Fremery, p. 167, Delamarre et Lepoitvin, Traité théorique et pratique de droit commercial^ t. iv, p. 273, Bravard, p. 283 et sq.^CeLwaïoni, Dictionnaire universel du droit maritime, V^ Namrey § 1, n® 8,. Cpr, aussi les observations très sages de Dufour, Droit maritime, t. 1 , n^ 1 .