‹ Cours de droit naturel :Chapitre 32 sur 229 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DES EASES PHILOSOPHLQUES DU DROIT.

RÉFLEXIONS PRELDIiyAlRES SUE LA METHODE.

L'analyse que nous avons faite des systèmes principaux établis sur le principe du droit, montre à l'évidence, qu'aucune doctrine, à quelque catégorie qu'elle appartienne, u*a réussi à concevoir l'idée complète du droit comme un principe à la fois objectif et subjectif, éternel dans son essence et néanmoins se développant dans Thistoire. La plupart de ces théories méconnaissent la face objective du droit fondé dans la substance des choses et de leurs rapports, et font dériver, selon l'esprit prédominant de l'époque moderne, le principe du droit d'une source subjective, c'est-à-dire de la volonté diversement comprise et interprétée. C'est ainsi que l'école qui part de la fiction d'un état de nature voit la source du droit et de l'État dans un produit de la volonté commune,

clans le contrat ou la convention-^ que l'école de Kant ramène le principe du droit à la liberté, qui n'est que la manifestation rationnelle de la volonté; et que dans les autres écoles qui ont cru établir un principe objectif du droit, c'est encore la volonté qui est considérée comme la source de la justice, avec cette différence, que la volonté, d'individuelle qu'elle était dans les systèmes précédents, est transformée en une volonté plus ou moins générale ou absolue. C'est ainsi que l'école historique voit la source du droit dans les coutumes, établies par rinstinct, c'est-à-dire par la volonté irréfléchie du peuple ou d'une portion du peuple; que l'école théologique ramène le principe du droit à la volonté divine^ telle qu'elle s'est exprimée dans la révélation; et qu'enfin l'école spéculative et panthéiste de Hegel considère le droit et toutes les institutions politiques comme des manifestations nécessaires et successives de la volonté absolue de Dieu.

Mais le droit, bien qu'il doive toujours être exécuté par une volonté, n'a pas sa source en elle, parce qu'il désigne une règle permanente pour les divers actes de la volonté. Cette règle ne peut avoir sa source que dans ce qui est invariable dans un être, c'est-à-dire dans sa nature ou son essence et dans le bie7i^ qui en découle et qui est le but de tous les actes de la volonté, qu'elle soit attribuée à un individu, à un peuple ou à Dieu. Cette vérité a été aussi plus ou moins entrevue; car les uns, comme Hugo Grotius, cherchent en dernier lieu le principe du droit, en abandonnant l'hypothèse de l'état de nature, « dans la convenance avec la nature rationnelle et sociale de Vhomme;y> d'autres, comme Rousseau, déclarent que la volonté même du peuple ne peut rien établir de contraire à la nature du peuple ou de l'humanité, ou «qu'il ne dépend d'aucune volonté de consentir à rien de contraire au bien de l'être qui veut.» L'école théologique ensuite interprète la volonté de Dieu, d'après les idées qu'elle se fait de la nature de Dieu et de ses rapports avec l'homme; et l'école spéculative ne peut voir dans la volonté

Page 1