‹ Cours de droit naturel;Chapitre 9 sur 13 · TOME Us · texte numérisé non relu

TOME Us

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remarquable, c'est que nous montons de l'application particulière aux jugements universels, par des degrés qui ne sont pas très-nombreux; mais, enfin, qu'on peut assigner et distinguer. I) en est de même de toutes les conceptions à priori de la raison. Elles se révèlent toujours dans une application particulière , et elles ont toutes reçu force de celte application particulière; et puis, ensuite, ce qu'il y a d'universel dans celte application particulière se dégage pour certains esprits, et ne se dégage pas pour d'autres. Voilà la vraie vérité et comment les choses se passent.

Je n'ai pas la prétention de dire que toutes ces conceptions qui fondent la morale , qui l'éclairent, qui la rendent lumineuse, apparaissent dans tous les esprits; loin de là. L'expérif.n«e prouve qu'elles n'y apparaissent pas ; mais ce qui apparaît dans tous les esprits , ce sont les applications particulières de ces conceptions, lesquelles impliquent, dans tous les esprits, quelque chose que tout esprit sent : une idée confuse, un sentiment confus de l'ordre et du respect que toute créature raisonnable doitavoir pour l'ordre. Le nom propre et véritable du bien et du mal moral, c'est l'ordre et le désordre. Quandjefaismal, jemesens en guerre avec l'ordre. Les consciences les plus obscures , les moins dévfr loppées , ont ce sentiment comme les plus éclairées. Quand je fais mal moralement, je me sens hors de rordre,en hostilitéavecl'ordre ; quand je fais bien, je me sens en harmonie avec l'ordre, c'est-à-dire en harmonie avec la loi absolue et commune de la créa-

Uon ; je suis dans les voies de Dieu , comme disent les Écritures; car les voies de Dieu, ce sont ses desseins ; ce sont les lois qui gouvernent l'univers et qui te mènent à sa fin. Voilà quelles sont les TOÎes de Dieu. Toutes les fois que je suis dans la ¥oie de l'accomplissement de ma destinée ou dans la voie de l'aide de l'accomplissement de celle des autres , je suis dans la loi de Dieu ; car je contrî- Ime autant que possible à l'accomplissement de sa loi, c'est-à-dire de sa fin. Donc, l'ordre est senti par toute créature morale ; c'est par cette idée que toute créature est morale. Sans cette idée , elle ne l'est pas. Cette idée se présente sous une forme , sous une autre ; elle est tantôt obscure, tantôt claire ; mais cette idée existe pour tout le monde; elle couvre la chaîne , le principe que moi , métaphysicien et philosophe, je viens de démêler. Mais cette chaîne de conceptions de principes ne m'impose pas un devoir plus net que n'impose le senti-* ment confus de l'ordre à toute créature. La différence qu'il y a entre le philosophe et l'homme ordinaire , c'est que le philosophe se rend compte de ce qui oblige , tandis que l'homme ordinaire ne s'en rend pas compte; mais l'obligation reste. L'homme ordinaire en a une vague, parce que son idée est peu précise. Interrogez -le sur les idées fondamentales de la morale; il ne vous répondra pas 9 ou il vous répondra peu. Interrogez le philosophe, il vous répondra par un système faux, parce qu'il aura mal démêlé ce qui est dans la oonsci^ce confuse de tous les hommes; et il

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pourra aussi vous répondre comme je crois l'avoir fait, par l'exposition des véritables conceptions morales. Mais, dans l'un comme dans l'autre, vous trouverez l'idée que nous avons une destination , que certaines choses sont conformes à cette [destination , certaines autres contraires; que nous sommes dans Tordre quand nous faisons les premières, et dans le désordre quand nous faisons les secondes j que les autres borames ont aussi leur fin à accomplir; qu'ils en sont responsables, que je dois la respecter, qu'il serait indigne de moi , non-seulement de les empêcher d'être dans l'ordre, mais encore de ne pas les aider à y être quand ils ont besoin de mon secours. Tous CCS sentiments sont communs à tous les hommes.

Ainsi , la philosophie , ainsi que je l'ai dit mille fois , ne s' occupant que des questions qui intéressent profondément l'humanité , et que tout homme se pose mille fois dans /la vie sous une forme ou sous une autre , ne fait qu'éclaircir ce qui est obscur dans la conscience de tous, et elle n'a raison dans ses systèmes, dans ses conclusions, que lorsqu'elle est approuvée par la conscience de tous, c'est-à-dire quand la conscience de tous se reconnaît dans la description claire qu'elle donne.

Voilà tout ce que je devais vous dire dans la leçon d'aujourd'hui. Je suis bien loin d'avoir épuisé tout ce que je dois vous exposer pour asseoir avec vous les bases et les différentes parties de la morale que je compte édifier successivement. Ceci

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n'est, en quelque sorte, que le péristyle de ce système que je voudrais pouvoir établir dans toutes ses parties. Pourtant, j'essayerai, dans la pro» diaine leçon , de vous montrer comment ce point de départ posé, il faut procéder pour arriver à dédéterminer en quoi consiste la véritable fin de l'homme en cette vie.

Remarquez que jusqu'ici je suis dans la forme ; je n'ai pas abordé la matière. Il est vrai que la fin de l'homme est son bien ; qu' elle est un élément de Tordre absolu ; qu'il doit l'accomplir et pas autre chose. Mais quelle est cette fin de notre na* tare? Il est absolument indispensable de la fixer jusqu'à un certain point dans ce qu'elle a de plus général , avant d'entrer dans la détermination de ce qu'elle est pour chaque cas particulier.

Ainsi , dans la prochaine leçon , quoique certainement je laisse beaucoup de points dans ce que je TOUS ai dit, qui mériteraient d'être développés et éclaircis , et beaucoup plus développés et beaucoup plus éclaircis que jamais je n'en trouverai le temps ; dans la prochaine leçon je ni'occuperaî de la matière de l'idée morale, c'est-à-dire je vous rappellerai en quoi consiste, en général, dans cette vie, la fin de l'homme ; point que j'ai abondamment traité à l'époque où je faisais un cours de morale générale. L'objet d'un cours de morale générale, c'est précisément de déterminer les formes de la morale , et en général quelle est sa matière , ou de démontrer, en d'autres termes, que Thomme a une fin , et de déterminer en général quelle est cette

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fiû. Remarquez une cliose que j'ai développée à cette époque , que de la nature de l'homme résulte la Un de l'homme ; et de sa nature constatée dans les circonstances singulières et exceptionnelles de la vie présente , notre lin dans cette vie , laquelle est tout à fait différente de notre fin absolue. Comme la morale n'est faite que pour cette vie, il est nécessaire d'arriver : 1° à déterminer en général quelle est la lin absolue de l'homme, telle qu'ellerésultede sa nature; 20 quelle est la fin spéciale del'hommeen cette vie, car il est empêché en cette vie d'aller à sa lin absolue par l'organisation de ce inonde. D'où il suit qu'il n'est pas appelé dans cette vie à la réalisation de cette lïu, mais seulement à la réalisation de cette portion de cette fin que celte vie lui permet. Il résulte de là des conséquences extrÈraement graves et extrêmement importantes qui détruisent, démentent tout le droit naturel, toute la morale pratique. Ainsi, tout ce que rhomme a en lui-même , tout ce que les ci^ constances de cette vie mettent en lui, qui n'est pas de lui , la An de l'htmime, telle qu'elle résulte 4e notre nature et de ce que le monde y ajoute, voilà ce que je développerai en peu de mots dans la prochaine leçon ; si je ne réussis pas à embrasser dans toute son étendue un aussi vaste sujet, je le continuerai dans la leçon suivante.

Messieurs ,

Je Tiens sans préambule au sujet de ma leçon. Pour rechercher en quoi consiste la fin de l'homme, IM la fin d'un être quelconque, il faut préalablement avoir conçu que tout être a une fin, et que par conséquent l'homme en a une. Ainsi, il y a, comme je vous l'ai déjà fait remarquer, dans la détermination de l'idée de bien ou de la fin de l'homme, deux éléments dont l'un suppose l'autre. La détermination de ce en quoi consiste notre fin est l'un de ces éléments, la conception que l'homme a une fin est l'autre, et le premier de ces éléments présuppose le second* De ces deux éléments, l'un la détermination de ce en quoi consiste notre fin est empirique, Tautre ne l'est pas; l'autre est une conception à priori de la raison, conception qu'aucune espèce d'expérience ne peut donner. L'esprit procède de la conception que nous avons une fin k la recherche â posteriori de cette fin. Je dis que la recherche à posteriori de notre fin présuppose

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l'idée que nous en avons une; car, pour clierclier une cliose, il faut en avoir l'idée. Jamais de la vie personne , moraliste ou non , ne se serait avisé de chercher la lin de l'homme, sans la conception « priori, qui nous apprend que l'homme a une fin. iSon , tout n'est pas empirique dans la détermination de noire bien. Comment! quand nous cherchons quel est notre bien, nous cherchons (juel est le bien d'un èlre particulier. Ceriainemenl il y a un élément contingent et parliculiep dans cette recherche; mais l'idée môme du bien n'est pas empirique, car elle n'est pas autre chose que l'idée de la fin d'un être. L'idée de la fin d'un être est comprise elle-mûme dans la conception à priori que tout être en a une, laquelle n'est pas et ne peut être donnée par l'expérience.

La détermination du bien d'un être présuppose à ce second titre l'idée que nous avons une fin , parce que la méthode par laquelle cette détermination s'opère et peut seulement s'opérer, dérive de l'idée de fin et de l'idée également à priori du rapport qu'il y a entre la fin d'un être et sa nature. Ainsi l'idée de fin , qui est égale à celle de bien , pour notre raison, est une idée à priori qui nous est (toltoée dans la conception d'une vérité absohie *fil»(ori aussi , savoir ; que tout être a une fin. Cette idée donnée, la détermination de la fin d'un ôtre donné est possible, quoique cette déterminalion soit à posteriori. JNous avons l'idée d'une telle recherche; nous avons, de plus, la méthode par laquelle une telle recherche peut être accomplie;

et cette idée, cette méthode, sans laquelle cette recherche ne saurait être accomplie, dérive et pré* suppose la conception à priori.

Messieurs, à cette première conception que tout a une fin, laquelle est à priori, s'en unissent deux autres : la première, c'est que la fin d'un être est le bien de cet être , attendu que pour notre raison, il y a une équation absolue entre Tidée de la fin et ridée du bien de cet être. Voilà la première des deux conceptions qui s'ajoutent à la coneeption que tout être a une fin; la seconde, c'est que ce qu'un être doit faire, c'est précisément d'aller à sa fin. En d'autres termes, entre l'idée de la fin et l'idée du bien d'un être, est la troisième idée que ce que doit faire un être, c'est d'accomplir sa fin , d'accomplir ce qui est bien pour lui; ces trois idées s'unissent intimement, et c'est par la dernière de ces trois idées que des conceptions pures de notre esprit exercent et peuvent exercer tine action sur notre volonté.

Certainement, si nous nous arrêtions à celte conception, que tout être a une fin, et que nous en avons une, et qu'à cette conception ne s'attachât pas l'idée que nous devons aller à cette fin , que c'est précisément en cela que doit consister la règle de notre conduite; la première conception n'aurait aucune action sur notre volonté, pas plus que Taxiome detix et deux font quatre. La conception que tout a une fin, n'exprime qu'un fait universel; mais il ne s'ensuit rien pour la volonté, pour la pratique. Ce qui rend cette vérité pratique, c'est

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que, il l'idée que loul ôlre a une fin s'unit immédiatement l'idOe que eelte fin est précisément ce à quoi doit tendre toute ta conduite de cet être; en d'autres termes , que la recherche, la poursuite de cette fin est la loi même de cet être ; dès lors, et par celte seconde conception , cette vérité , qui était purement spéculative, et ({ui n'avait aucune action sur notre conduite, devient une vérité pratique. L'idée d'obligation est l'idée de quelque chose qui agit sur notre volonté. Cela est si évident, qu'on tombe dans la logomacbie lorsqu'on essaye de dé- Telopper et d'expliquer cette vérité. Elle est si simple, qu'elle ne peut pas supporter d'explication. Qui dit obligation, dit quelque ctiose qui agit sur la raison et la volonté.

Tels sont ces deux éléments de l'idée qu'un être intelligent se fait de ce qui est bien pour lui ou de ce qu'il doit faire : 1° il conçoit qu'il a une fin ; de là l'idée de chercher quelle est cette fin , et de là !a méthode pour la déterminer; puis vient la détermination même de cette fin par la méthode donnée qui achève et qui complète l'idée de bieD, ou l'idée de ce qu'il doit faire.

Telle est la conception complète de l'idée de bien pour un être intelligent, et par conséquent pour l'homme. Appliquons, en effet, tout ceci i -l'homme. Il a une fin. En vertu du principe absolu que tout être eu a une, il sait que cette fin est conséquente à sa nature, c'est-à-dire qu'il a une fin particulière qui n'est pas celle de tel autre être, parce qu'il a une nature particulière, qui n'est pas

cdie de tel autre être. De là la méthode particulière pour déterminer quelle est sa fin. Il faut qu'il examine quelle est sa nature, et quelle (in comporta cette nature ; la méthode est toute simple, la voilà -y mais longtemps avant que l'idée de fia apparaisse dans notre esprit , longtemps avant que l'idée que nous en avons une, et qu'elle est rdatrve à notre nature, s'y mpntre, nous allons déjà à notre fin ; nous y allons depuis le premier jour que nous existons. Et, en effet, avant que notre raison soit éveillée , et qu'elle ait compris ce monde, et dans ce monde l'homme, notre nature remplissait ses fonctions, c'est-à-dire qu'elle aspirait^ et en aspirant, nous poussait à sa véritable fin. Elle nous y poussait par les instincts, c'est-àdire par les mille voies du désir, leiiuel désir n'est lui-même que l'expression de ce qu'est notre nature. Nous allions donc à notre fin avant que nous eussions l'idée que nous en avons une. Nous y allions en vertu de l'instinct , et c'est là le mode instinctif de détermination •

Quand, du point de vue de Fégoïsme, nous avons assigné pour but à notre conduite , la plus grande jsatisfaction de nos instincts , de nos désirs , ou , ce qui revient au même , de notre nature , et que nous avons agi conformément à cette règle, nous allions encore à notre fin ; car, aller à la plus grande satis* action de notre nature, c'est aller à notre fin, puisque c'est aller à ce pourquoi notre nature a été faite* Quelle différence y a-t-il donc entre l'activité morale ou la conduite mwale et la conduite déterminée

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par l'instinct , ou dirigée par l'égoîsme. Il y a cette grande différence , que dans les deux premiers cas, c'est-à-dire dans la conduite dirigée par l'instinct, ou l'égoîsme, nous n'avons pas la conception de Botre véritable loi, et que ce n'est pasau nom de cette véritable loi que nous agissons. En d'autres termes, nous faisons une certaine chose, qui est celle que nous voulons faire, sans savoir la raison pom* laquelle nous voulons la faire , sans concevoir que nous (levons la faire ; nous faisons par désir ce que nous sommes appelés à faire par intelligence , par raison, par devoir.

Et pourquoi, Messieurs, dans la détermination instinctive, dans la détermination égoïste, n'agissons-nous pas encore suivant notre véritable loi, en vertu d'un devoir, d'une manière complètement intelligente? C'est parce que, quand notre raison cherche à se rendre compte du motif pour lequel elle agit, quand elle obéit à l'instinct ou & l'amour de soi, elle ne trouve pas d'évidence dans les deux propositions qui expriment ces deux modes de détermination , savoir : que nous devons Élire ce à quoi notre instinct nous pousse, que nous devons chercher la plus grande satisfaction possible de notre nature. U n'y a pas d'évidence dans ces deux propositions, pas plus qu'il n'y en a dans ces deux autres , qui leur sont parfaitement identiques : ce à quoi pousse l'instinct , c'est le bien ; ce à quoi pousse l'amour de soi , c'est te bien. S'il y avait évidence dans ces deux dernières propositions, les propositions : ce k quoi nous pous-

sent rinstinct , Tégoïsme , c'est ce que nous devons Sàire, seraient é\iaentes ; mais comme il n'y a pas d'évidence dans les deux premières , il n'y a pas évidence dans les deux secondes. Nous ne pouvons pas trouver dans l'instinct , dans l'égoîsme , notre véritable loi ; car nous n'y trouvons pas un but qui remplisse ce que comporte dans notre esprit l'idée de bien, et alors nous n'y trouvons pas notre loi, c*est-à-dire ce que nous devons faire. Voilà pourquoi, quoique l'instinct nous pousse vers notre véritable fin, quoique Tégoïsme nous y dirige, dous n'avons pas trouvé notre véritable loi, et nous ne sommes pas des êtres moraux, tant que nous ne faisons qu'obéir à Tinstinct, ou nous laisser diriger par l'égoîsme. Nous arrivons à l'état moral, le jour seulement que nous avons compris que nous avions une fin, que cette fin n'était qu'un élément du bien ; car dès lors nous sommes sous l'empire d'une proposition évidente, qui remplit pour nous par une équation vraie l'idée de bien, et l'idée de ce que nous devons faire ; et de plus, cette proposition évidente qui satisfait complètement notre raison, nous impose une <d)ligation nouvelle pour tous les cas, celle d'agir d'une même manière pour arriver à un certain bien; nous sommes en un mot sous l'autorité d'une loi , et d'une loi qui est notre véritable loi , tandis que rien de cela n'existait aupa-* ravant. Mais de ce point de vue, du point de vue que nous expliquons, nous découvrons que sous l'impulsion de l'instinct, comme sous la

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direction derégoïsme, nous étions déjà dans le chemin de t'accomplissetnent de notre fin; caf nous ne pouvons pas avoir Tidée, comme je le répète sans cesse, que nous avons une fin, sans avoir l'idée qu'elle est conforme à notre nature; et comme l'instinct n'est auli'C chose que la voix de notre nature, l'égoisme n'est que le résumé de l'instinct.

Il est évident que Dieu avait arrangé toutes choses pour qu'avant que la raison parût en nous, nous allassions , par la seule force instinctive, et par l'effort de la raison empirique, du côté de notre destinée. Ainsi se concilient pour nous le mode instinctif, le mode égoïste et le mode moral; ainsi, tout est justifié , expliqué; mais en montrant que dans l'instinct nous étions dans le chemin de notre destinée, que dans l'égoïsme nous y étions davantage , la conception que nousavons une fin nous montre toute la différence qu'il y a entre ces modes de détermination et l'autre, consistant à obéir au motif moral, c'est-à-dire à celui qui est intelligent. En effet , je vous ai dépeint la latte de nos instincts , et toutes les imperfections dans la conduite qui en résultait. Pour l'égoïsme, je vous ai montré également que l'égoïsme n'était pas une intelligence assez vaste de notre vocation, et que c'est pourquoi il était sujet à mille erreurs. Ainsi, dans la pratique, la conduite dirigée soit par l'instinct , soit par l'égoïsme est pleine de faux pas. Mais il y a une différence plus essentielle , c'est celle du motif. Quand nous obéis-

sons à rinstinct, c'est à nous-mêmes que nous obéissons. C'est encore à nous - mêmes que nous obéissons, quand nous obéissons à l'égoïsme ; donc, ce n'est pas à une loi ; tandis que quand nous obéissons à la loi en vertu de laquelle nous devons aller à notre fm et nous associer à la fin universelle, nous obéissons à quelque chose qui n'est pas nous; notre action part de quelque chose qui vaut mieux qu'elle. En un mot , notre être s'élève en agissant au nom du motif moral ; tandis que quand il agit au nom des instincts , il ne s'élève pas , il reste en lui. Au nom de l'égoïsme, de l'instinct , nous secourons les autres ; car la sympathie nous pousse à ne pas faire de la peine, à faire du bien aux autres. L'égoïsme , bien entendu , vous £iit comprendre que si vous faites du mal aux autres, ils vous en feront aussi. Par conséquent, nous pouvons encore respecter la fin des autres et même les aider à l'accomplir; mais c'est toujours par le mobile personnel. Ce n'est pas en vertu d'une véirité évidente pour nous que nous faisons cela : donc notre conduite n'est pas morale. Mais du jour où notre fin et celle des autres nous apparaissent comme des éléments évidents du bien absolu, c'est-à-dire des desseins impénétrables de Dieu, qui, tout impénétrables qu'ils demeurent, sont évidemment sages et bons; dès lors, nous avons ttotant de raison de vouloir le bien des autres, de le respecter, d'y aider, que nous en avons de louloir le nôtre. Par conséquent, ce bien devient tout aussi sacré à nos yeux que le nôtre , que le

liien absolu que nous ne comprenons pas. Dès lors, r'est en vertu d'une loi que nous sommes justes, bienveillants, cliaritabies ; c'est en vertu d'un motif impersonnel. Voilà la différence qu'il y a entre ces trois modes de conduite, partis de trois inspirations (jui s'accordent , mais qui ne sont pas identiques. Vous devez voir le pas que nous faisons quand nous quittons l'égoïsme pour entrer dans le mode moral. Vous vojez que nous y entrons pai' la raison, laquelle résout, par une équation évidente, ce problème : Qu'est-ce que le bien? Et, dès que cette solution est trouvée par la raison, ridée de notre bien est fixée ; i'idée qu'il est obligatoire est fixée; et uac méthode est donnée pour déterminer où est le bien qui s'appliquerait à h création tout entière. Armés de celte idée fondamenlale et souveraine, que la fin de tout, c'est le bien absolu ; que le bien de chaque chose , c'est la fin de chaque chose; et que les fins particulières de tous les êtres , sont les éléments de la un absolue, et, par conséquent, des fragments du bien absolu ; armés de cette idée suprême et de la méthode qui s'ensuit pour déterminer la fin du tout , ou des êtres particuliers, il en résulte dans l'application, ceci : c'est qu'il faut, pour déterminer la fin d'un être, que la nature de cet être puisse être étudiée et connue; or, dans ce vaste UDÎrers, non- seulement la nature d'une foule d'êtres qui sont perceptibles à nos sens ne peuvent être pour nous profondément et vérilablemenl connus; mais l'immensité de ce monde nous échappe et nous

n'en voyons qu'un très^petit point. Et, par conséquent, bien que nous soyons sûrs que le tout ait une fin , et que dans ce tout , chaque chose en ait une, comme nous ne pouvons déterminer la fin que d'un très-petit nombre d'êtres, nous ne sommes tenus de respecter que ce très-petit nombre d'êtres ; car nous ne pouvons pas respecter ceux que nous ne connaissons pas. Ainsi, nous nous associons dans la plhrtie de la fin de toutes choses que nous connaissons, à la fin universelle, à l'ordre universel qui n'est que l'accomplissement de cette fin. Mais nous ne pouvons nous y associer autrement que par les détails; nous ne pouvons pas nous y associer dans l'ensemble. Ainsi, ce qui &it que nos devoirs sont si restreints dans cette vie, qu'ils ne s'étendent guère au delà de nousmêmes et de nos semblables , c'est que nous ne connaissons pas d'une manière claire, nette, la fin des autres êtres qui nous entourent. Ainsi, dès que nous passons aux animaux , aux plantes , aux minéraux, à toutes ces créatures qui remplissent avec nous ce petit monde, qui n'est qu'un imperceptible fragment du grand , dès lors les obscurités abondent. Qui pourrait dire pourquoi les plantes ont été faites , pourquoi les animaux l'ont été? Là, la diflîcul té commence ; et là s'obscurcit le devoir. Pour nous, notre fin nous est indiquée déjà par la nature de nos désirs, de nos penchants ; celle des autres hommes , de nos semblables , est identique à la nôtre : donc , cette partie de l'ordre nou§ est sacrée, parce que nous

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la connaissons. 4u delà de celte partie de l'ordre que nous connaissons, la lumière s'évanouit; plus rien de certain ne nous apparaît -, dès lors le devoir cesse, ou du moins s'affaiblit. Mais quand nous sortons des limites de ce monde et que nous nous demandons ; Mais cette terre, quelle estsa fin? Mais | lesêtrcs qu î peuplent ces globes quelle est leur ùnJhiM fin du tout quelle esl-elle? Là, toute lumière dispar' ralt; et la méthode qui détermine la fin ne peut plus s'appliquer ; mais il reste une vérité : c'est que tout a une fin ; que celte fin est Dieu , puisque Dieu l'a , imposée ; c'est que la loi de l'univers , que nous 06 m connaissons pas, c'est la marche suivie d'après leà 'M lois voulues par Dieu. Alors nous nous assoctontfj par la pensée , par le cœur, à cet ordre universel î' I nous ne pouvons le respecter que de loin ; nous nfl « pouvons l'aider ni le contrarier. Il ne reste que plus sacré pour nous, de réaliser la partie de l'ordre que nous devons aceomplir, et que sont chargea d'accomplir autour de nous leS êtres qui nqus ressemblent. Là selimîte, se resserre le devoir.

Vous voyez que la forme de l'idée morale embrasse tout, mais vous voyez en même temps ()ue la matière, si je puis parler ainsi, est entièrement restreinte.

Appliquons donc. Messieurs, à l'individu humain la méthode pour déterminer sa fin, et voyons ce que donne cette méthode. En déterminant ma fin, je détermine celle de tous les êtres semblables à moi.

Messieurs, j'ai consacré un cours d'une année à

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déterminer la fin de Thomme , et je ne puis dans cette leçon que résumer d'une manière très-rapide ce que j'ai dit. Quand j'arriverai aux différentes parties delà règle delà conduite humaine, vous sentez que je descendrai de ces généralités pour fixer, datis chacune de ces situations principales où Thomme peut être placé , quelle est sa fin, et comment îl faut qu'il agisse pour y aller. Par ces deux raisons : 1° parce que j*ai consacré une année tout entière à résoudre le problème général de la fin de l'homme ; 2° parce que toute la suite de ce cours doit être le développement de cette recherche, et enfin parce que je n'ai que cette leçon , je suis donc condamné à me renfermer dans les plus grandes généralités. Mais , néanmoins , vous aurez une vue de l'ensemble, et c'est là ce que je dois feîre dans les prolégomènes du cours de droit naturel.

Messieurs, l'idée que nous nous sommes faite de rhotnme diaprés l'observation, nous montre qu'il y a en lui des instincts, des tendances, des désirs, le mot n'y fait rien , par lesquels sa nature s'exprime et se révèle primitivement, et tant que dure son existence en ce monde ; qu'il y a de plus en lui des facultés, c'est-à-dire des instruments qui répondent aux désirs et aux tendances qu'exprime sa nature , et qui ont chacune pour destination évidente de satisfaire quelques-unes de ces tendances; qu'il possède une faculté de comprendre , dont l'objet est de l'éclairer et sur la nature des choses que son ôtra réclame par ses désirs , et sur le meiU

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