ORGANISATION DE SERVIUS TULLIUS. LES TRIBUS LOCALES ET LES CENTURIES
21. Nous avons rapporté ci-dessus que les plébéiens trouvaient souvent des protecteurs dans les rois qui cherchaient en eux un contre-poids contre le pouvoir jaloux des patriciens et du sénat. Tullius Hostilius et Ancus Martius firent des distributions de terres * ; Tarquin l'Ancien fit recevoir des plébéiens dans le sénat ^ ; Servius Tullius reconnut hautement aux plébéiens le droit de participer à la jouissance du domaine public et fit à son tour des distributions de terres ^. Ces mesures apportèrent certes des adoucissements éphémères à la misère du plus grand nombre, mais elles laissaient subsister l'état de sujétion qui pesait sur la plèbe entière et qui ne fut modifié que par deux institutions dues au roi que nous avons nommé en dernier lieu. Grâce à ces institutions, la plèbe
** 11 est essentiel de combiner l'exposé que nous avons fait au n" 19 avec celui qui suivra aux n»« 96. 99 et avec les détails que nous donnerons sur rtiistoire de la procédure civile, ci-après, au § 43.
*s Ces trois propositions s'accordent d'ailleurs parfaitement bien avec les deux passages de Cicéron, que nous avons transcrits aux notes 28 et 43.
*6 \oy. ci-après, § 43.
• Voy. ci-dessus, p. 41, note 17 et p. oO, note 7.
* TiTE-LivE, I, 46, « conciliata voluntate plebis, agro capto ex hostibus virilim diviso «. — Denvs d'Hal., IV, 9. 13, ci-après, n» 28, note 1.
reçut une organisation qui lui permit de se préparer au rôle important qu'elle devait remplir dans la suite.
22. La première des réformes de Servius Tullius n'eut, dans l'origine, qu'une importance administrative. Elle se borna, en effet, à une division locale du territoire en districts ou sections. De tout temps, certes, il y avait eu des divisions locales dans la ville de Rome. Nous avons eu l'occasion de signaler l'ancienne division des sept collines, septimontium, qui paraît remonter au delà de la fondation de Rome '; nous trouvons également, dès les temps les plus reculés, des montes et des })agi ^; par suite des assignations de terres, faites aux premiers Quirites, les curies et les tribus génétiques durent prendre un caractère plus ou moins locaP : mais ce caractère ne se manifeste pas au point de vue administratif, et les montes et pagi ne paraissent guère que dans l'ordre religieux ®. La division de Servius, dont nous allons parler, fut donc une innovation. D'après les renseignements, plus variés que certains, que nous trouvons chez les anciens ', Servius agrandit la ville, en y ajoutant le Viminal et l'Esquilin % et acheva le mur d'enceinte que son prédécesseur avait com-
' Voy., ci-dessus, page, 29 note -4. — Festus, v. Septimontio, énuiuère les montes qui prenaient part aux fêtes du Septimontium comme suit : Palatium,\'elia, Fagutal, Subtira, Cermalm, Oppius, Cœlius, Cispius. Comme cette t^numcM-ation donne huit montes, et que des manuscrits de Paul le Diacre ne mentionnent pas le Cœlius, il est permis de retrancher cette colline. D'après cela, l'ancien Septimontium aurait compris les monts Palatin et Esquilin avec la vallée qui les sépare.
* Dekys d'Hal., II, 76. — Pll'tarque, Numa, 16, et, ci-après, note 6.
5 Denys d'Hal., II, 7 in fine. Cf., ci-dessus, page 49, note 55. . 6 Yarron, de l. 1., VI, 24 (V, 5, col. 24. 36, Gothofr. - p. .^8, Bipont.). -Siculus Flacccs, p. 164 (25, Goès). - Plutarque, quœst. rom., 68. - Festus, vv. Publica sacra. Septimontio. Cf. V. Cifus. —Voy. cependant Cic, pro domo, 28. « ... Nullum est in hac urbe coUegiuin, nuHi pagani aut montani (quoniam plebei quoque urbanae majores nostri conventicula et quasi concilia quœdam esse voluerunt), qui non amplissime, non modo de sainte mea, sed etiam de dignitate decreverint. »
^ Voyez les trois notes qui suivent.
s Suivant les récits peu concordants que nous fournissent les anciens (particulièrement Tite- LivE, I, 53. 36. 44. - Denys d'Hal., II, 56. 37. 50. III, 45. IV, 13. - Tacite, Aitn., XII, 24. - Aulu-Gei.le, XIII, 14. — Strabon, V, 3. - Aurelius Victor, de viris ill., 7), lepomœrium, tracé par Romulus, n'aurait d'abord compris que le mont Palatin auquel l'union des Sabins aurait ajouté le Capitolin, lesquelles deux collines, descendant à l'ouest vers le Tibre, forment encore aujourd'hui la partie centrale de la ville de Rome. Romulus aurait encore ajouté le Quirinal, situé dans l'intérieur au nord du Palatin, et le Cœlius, situé également dans l'intérieur au sud-est du Palatin (à moins qu'on n'admette la version d'après laquelle le Cœlius aurait été réuni -à la ville par Tullus Hostilius ou par Ancus). L'on attribue ensuite a Ancus l'annexion de l'Aventin, situé au sud du Palatin et s'étendant jusqu'au fleuve, et ii S<?rvius Tullius, celle du Viminal et de l'Esquilin, situés dans l'intérieur au nord-est du Palatin. La ville de Servius Tullius comprenait ainsi les sept célèbres collines, connues sous les noms de : 7iions Palatinus, mous Capitolinus, collis Quirinalis, mons Cœlius, nions .\ventinus, coUis Viminalis, nions Esquilinus, tous situés sur la rive gauche du Tibre. Le mons laniculus, situé sur la rive droite, ne fut compris dans la ville que sous .-\iiguste {voy. la nofo suivante), bien que Sriiviis. ad Verg. A^n., YI, 784, le compte erronément parmi les sept collines, en oubliant d'y comprendie le Capitolin.
mencé et qui forma la limite de la ville jusque sous le règne d'Auguste ®. Il divisa ensuite le territoire en un certain nombre de regiones dont quatre, situées dans la ville, reçurent ou plutôt conservèrent les noms consacrés par l'usage de : Suburana, Esquilina, Collina, Pa/a^/zm'", tandis qu'il nous est impossible de déterminer avec certitude le nombre et les noms des regiones de la banlieue. D'après quelques témoignages, plus anciens que certains, le nombre originaire des régions rurales aurait été de vingt-six, ce qui aurait fait en tout trente régions ". Cependant vers le milieu du troisième siècle (259), nous ne trouvons que vingt et une tribus (y compris les urbaines) ''^ nombre qui s'accroît successivement pour arriver, en 513 de Rome, à trente-cinq *'. Les citoyens établis dans une région formaient une tribus à laquelle était préposé un curator '^, chargé du recensement à l'effet de faciliter la levée de l'impôt personnel et de la milice '^ Bien que celte division territoriale embrassât naturellement tous
9 TiTE-LiYE, I, 36. 38. 44. — Denys d'Hal., III, 67. — Aurelius Victor, de viris ill., 6. 7. — Auguste réunit à la ville, sous le nom de regio Transtiberina, le mons laniculus, situé sur la rive droite. Après quelques agrandissements partiels sous Néron et Trajan, l'empereur Aurélien tit construire un nouveau mur d'enceinte qui étendit considérablement le territoire de la ville, et. ci-après, n" 153.
10 Varron, de lingua latina, V, 46-56 (IV, 8. 9, Gothol'r. — p. 15 in f. p. 17, Bipont.). — Denys d'Hal., IV, 14.— Tite-Live, I, 45. « Quadrifariam enim urbe divisa regionibus collibusque, quae habitabantiH" partes, tribus easappellavit. «—Pline, H. N., XVIII, 3,5. — Festus, v. Urbanas. — Aurelius Victor, de viris illtistribiis, 7.
" Varron, de vita populi romani, chez Nonius Marcellus, I, 203 (t. I, p. 240 de l'edit. Bipont. de Varron). — Denys d'Hal., IV, 13.
*2 TiTE-LivE, II, 21. - Denys d'Hal., VII, 64. Pour concilier ce chiffre avec le chiffre originaire de trente, Niebuhr, I, p. 462, suppose que la république perdit, par la guerre de Porsenna, une partie considérable de son territoire. D'après Niebuhr, le territoire aurait été réduit aux deux tiers, soit à vingt tribus, auxquelles aurait été jointe une tribus Claudia, comme le rapportent en effet, pour l'année 250, Tite-Live, II, 16 et Denys, V, 40. L'hypothèse est assez plausible, sauf le calcul rigoureux du tiers. Il est plus naturel d'admettre simplement, avec Becker, AUerthilmer, II, 1. 167, que, par suite des conquêtes de Porsenna, on fut obligé de procéder à une nouvelle délimitation des tribus ; ce qui, d'ailleurs, s'accorde parfaitement avec Tite-Live, /. /. « Romae tribus una et viginti factœ ? »
15 Aux vingt et une tribus de 259, qui portaient les noms suivants : Ailmilia, Catnilia, Claudia, Cornelia, Crustumina, Fabin, Galeria, Horatia, Lemonia, Papiria, PoUia, Popillia, Pupinia, Romilia, Sergia, Veturia, Yoltiiiia, se joignirent, depuis 367 jusqu'en 513, les tribus Aniensis, Arniensis, Falerina, Mœcia, Rufentina, Pomptina, Publilia, Sabatina, Scaptia, Stellatina, Terentina, Tromatina, Velina. Cf. Becker, Alterthiimer, II, 1, 169 sq.
1* Nous pourrions nous attendre à trouver ici le mot tribunus .- aussi a-t-on cru voir dans ces préposés l'origine des tribuni œrarii, qui plus tard remplissent les fonctions de receveurs des contributions. Cependant Varron, de /. /.,VI,86 {V,9,Gothofr. -p.74, Bipont.) dit CHra/ores tribuum, et Denys d'Hal., IV, 14, dit 'fxjlocpy^ot ri ■Auy.â.py^v.i. Faut-il prendre ces deux mots comme synonymes ou bien voir dans les xwp.àp;^at les préposés des subdivisions locales, pagi et vici? Cf. Denys, II, 17. IV, 13. — Cic, pro Sestio, 15. « vicatim » ; pro domo, 21 et ci-après, n" 133.
15 Les curatores tribuum étaient-ils élus par les tribules ou bien nommés par le roi? D'après Denys, IV, 14. 15, ils étaient employés du roi, ce qui n'exclut pas l'élection par les contribuables, comme cela se pratique dans l'Inde anglaise, où les patcls, chefs de village, tout en étant des employés responsables du gouvernement, sont cependant élus par les habitants.
les habitants de Rome '% elle n'eut cependant d'importance réelle que pour les plébéiens, qui seuls étaient soumis à l'arbitraire royal en ce qui concernait le service militaire et la capitation '^ Aussi l'institution même qui, selon toute vraisemblance, avait été créée dans un simple but administratif et dans le seul intérêt du pouvoir royal, devint-elle plus tard, pour la plèbe, une des armes les plus efficaces contre l'oppression des patriciens. C'est que, par suite de cette distribution, les plébéiens purent se compter et constater leur grande supériorité numérique, comme, d'un autre côté, elle permit dans la suite à leurs chefs de les convoquer régulièrement et de former ainsi une assemblée parfaitement organisée d'avance, comitia tributa *^.
23. Après avoir facilité ainsi la levée de la milice et des impôts, Servius songea à régulariser la répai^tition de ces charges civiques, afin d'avoir une armée fortement organisée et de remplacer la capitation arbitraire qui avait régné jusqu'alors, par une contribution proportionnée à la fortune *^
A cet effet, il partagea les contribuables en cinq classes *•* dont la première, comprenant les citoyens ayant 100,000 as ou au delà, était divisée en 80 centuries. La seconde (75,000 as) avait 20 centuries, de même que la troisième (50,000 as) et la quatrième (25,000 as). Enfin, la cinquième (12,500 as, d'après d'autres 11,000) comptait 30 centuries. Chaque classe se divisait en deux catégories, seniores et iuniores, dont chacune avait un nombre égal de centuries **. Tous les membres des centuries contribuaient aux charges publiques et à la défense de la patrie, en proportion de leur fortune; les juniores partout où la guerre était portée, les seniores dans l'intérieur seulement *^ Abstraction faite
'6 Cette proposition, toute naturelle, est surabondamment confirmée par le fait que la levée de la milice, chevaliers compris, se faisait trihutim. Denys, IV, li. V, 75. — Tite-Live, IV, 46. — Valère-Maxime, VI, 5, 4. Cf. Polybe, VI, 20. La division locale finit, au reste, par devenir personnelle, et la qualité de tribulis fut dès lors héréditaire.
i'' Cf., ci-dessus, page 35, note 29.
*8 Voy., ci-après, n»' 28. 53. 59 in fine. 45 sqq.
'9 Les principaux témoignages des anciens sur les centuries, se trouvent chez Cic, derep., II, 22. - TiTE-LivE, I, 42 in f. 43. - Denys d'Hal., IV, 16-20. - Cf. Cic, Acad., II, 25. - AscoNius, in Cic. pro Corn. p. 76. — Tite-Live, III, 50. — Festus, v. Prœtor. — Servius, ad Verg. ^neid.,\U,l\6.
20 Desys d'Hal., IV, 18, et Festus, v. Qnintana classis, parlent de six classes; mais c'est évidemment un malentendu provenant de ce que ces auteurs considèrent comme constituant une classe les centuries qui se trouvaient en dehors des cinq classes.
21 Iuniores, jusqu'à l'âge de quarante-six ans accomplis; seniores, au delà de ce terme. PoLYBE, VI, 19. — Tite-Live, XLIII, 14, « minor annis XLVI. » — Aulu-Gei.le, X, 28. « ad annum quadragesimum sextum juniores, supraque eum annum seniores appellant. » — Pourtant Denys d'Hal., IV, 16, dit : « vrcko TSTTspàxovra xaî nkvrs sV/j. »
22 TiTE-LivE, I, 43. « Prima classis omnes appellati : seniores ad urbis custodiara ut praesto cssent ; iuvenes, ut foris bclla gérèrent. Arma his imperata, galea, clipeum, ocrese, lorica (omnia
de tout cens, on avait encore attaché à la première et à la quatrième ou cinquième classe, trois ou quatre centuries d'armuriers, de charpentiers et de musiciens ". — Les citoyens compris dans ces cinq classes, contribuant d'une manière régulière aux charges publiques, recevaient, par ce motif, le nom de assidui ^*, en opposition aux autres contribuables d'une position inférieure, appelés proletarii ^^ Parmi ces derniers, on distinguait cependant les plus aisés, ayant plus de 1,500 as, qui formaient une centurie, destinée à remplacer les citoyens armés tombés dans le combat, dont ils endossaient dès lors larmure, velati et accensi -^; ainsi que les proletarii proprement dits, ayant de 375 à 1,500 as et dont la centurie pouvait, en cas de besoin, être armée aux frais de l'État ^^ ; tandis que ceux dont la fortune n'atteignait pas même le chiffre de
ex 8Pre,hsec ut teguinenta corporis essent), tela in hostem,hastaqiie et gladius... Secunda elassis... arma imperata, scutum pro elipeo, et prêter loricam omnia eadem. TertiiE elassis... nec de armis quidquam miitatura, ocreœ tantum aderatœ. In qiiarta classe... arma mutata, nihil prseter hastam et veriitiim datum. Quinta elassis... fundas lapidesque missiles hi secum gerebant.
23 Fabri tignarii et fabri ferrarii ou œrarii, ôrzlo-noioï; Coniicines, tibicines, Uticines. — Cic, de rep., II, 22. - Tite-Live, I, 43. - Denys d'Hal., IV, 17.
-* Assidui de as et diiere i. e. dare. Cic, de rep., II, 22; topica, 2. — Festus, v. Adsiduus. (XjkjkzA.-^^^Ù'-SU «... Alii eum qui sumtu proprio militabat, ab asse dando, vocatum existimant. » D'après ce dernier texte, le terme ne se rapporterait pas au payement des contributions, mais à l'obligation de s'équiper proprio sumtu pour le service militaire. — D'autres ont cru que le mot indiquait plutôt l'obligation régulière et constante du service militaire, que partant la forme originaire du mot avait été adsiduus. Cette idée, combinée avec la première étymologie de as et dare, se trouve chez Charisius, Inst. grammat., I (p. o8, édit. Putsche), chez Aulu-Gelle, XVI, 10. «... Ab assibus, id est aère dando, aut a muneris pro familiari copia faciendi assiduitate, » et Varron, de l. L, VII, 99, (VI, 5, col. 37 in f., Gothofr. — p. 99 in f., Bipont.). « Itaque qui adest, assiduus. » — L'étymologie et le sens que nous avons adoptés paraissent les plus conformes aux sources, surtout en présence de la disposition des Douze Tables, rapportée par Aulu-Gelle. XVI, 10. « Assiduo vindex assiduus
ESTO : PR0LETARI0 QUISQUIS VOLET, VINDEX ESTO. )) Yoi/., Ci-aprèS, § 134.
-5 Proletarii, ceux dont l'importance principale pour la république consiste à lui donner des citoyens, proies. Cic, de rep., II, 22. — Festus,v. Proletarium. — Nosius Marcellus, I, 542. — Le sens du mot proletarii est, au reste, parfois plus étroit, spécialement quand il est opposé à capite censi. On peut voir à cet égard, outre les deux textes cités : Aulu-Gelle, XVI, 10. — Nonius
IUrcellus, II, 666. - Festus, v. « Assiduos capite censos, qui nihil prœter prolem dare
poterant » (d'après un manuscrit de Vienne).
^^Acc^nsj, c'est-à-dire» qui supplendis legionibus adscribebantur, adlegionum censum adscripti. » Yelati, c'est-à-dire « vestiti inermes qui exercitum sequebantur, » comme on appelle plus tard ventes les soldats légèrement armés. Voy. Cic, de rep., II, 22. — Tite-Live, I, 43. Cf. VII, 14. VIII, 8. - Denys d'Hal., V, 67. -Varron, de l. L, VII, 56. 58 (VI, 3, col. 33, Gothofr. p. 92, Bipont.). - Nonius Marcellus, XII, 8. — Festus, vv. Adcensi. Adscriptitii. Velati appellabantur vestiti et inermes qui exercitum sequebantur, quique in mortuorum militum loco substituebantur.» — Nonius M.\rcellus, XII, 8. — Végèce, de re militari, II, 19. « ... Accensi,... quos nunc supernumerarios vocant. » — Les accensi velati étaient probablement, en temps ordinaire, employés à toute sorte de services ; c'est pourquoi le mot sert plus tard à désigner des messagers, huissiers ou appariteurs, ministratores, genus miUtiœ ministrantilms proximum. Cf., ci-après, n»66.
" Aulu-Gelle, XVI, 10. - Festus, v. Adsiduus, d'après un manuscrit de Vienne, ci-dessus, note 25.
375 as ne figuraient point dans l'armée et s'appelaient capite censi '*. Tous les prolétaires, au reste, étaient soumis à une capitation arbitraire, de même que les autres contribuables qui, par un motif quelconque, ne se trouvaient pas dans les centuries, et que l'on comprenait sous le nom de œrarii ^^ — L'armée était complétée par dix-huit centuries de cavalerie, dont six de patriciens et douze de nobles plébéiens que Servius avait créés chevaliers. La république leur fournissait les fonds nécessaires pour l'achat et l'entretien du cheval '^
Ces cent quatre-vingt-treize centuries formaient donc l'armée, défendaient la patrie contre l'ennemi et fournissaient aux dépenses nécessaires de l'État. A ce titre elles avaient le droit de délibérer sur tout ce qui intéressait la chose publique, notamment sur les lois générales et sur les questions de guerre et de paix. Cependant, les résolutions votées par les centuries, comitia ceiituriata, sur la proposition du roi, n'étaient obligatoires, pour les patriciens, qu'après avoir été expressément sanctionnées par eux dans les assemblées par curies ^'.
24. Les comices des centuries renfermaient-ils la nation entière ou bien ne comprenaient-ils que les citoyens qui, jusqu'alors, étaient restés sans droits politiques, c'est-à-dire la plèbe et les clients '^? Bien que la dernière opinion, émise par Niebuhr et accueillie d'abord avec grande faveur, soit aujourd'hui presque généralement abandonnée, nous la considérons cependant comme préférable. Nos sources historiques ne donnent à cet égard aucun témoignage décisif. Les anciens s'expriment, à la
28 On raconte que Marius fit, le premier, lors de l'invasion des Cimbres, entrer les capite censi dans l'armée romaine. Aulu-Gelle, XVI, 10. — Valère-Maxime, II, 3, 1.
29 Ce mot répond à l'expression moderne : taiUable à ?/»«rc/.yoj/., ci-après, n»78. — On pouvait également être œrarius à titre de peine. De même, tout individu ayant la qualité de citoyen et habitant Rome, sans être inscrit dans une centurie (p. ex. les Cœrites et les muiiicipes), était œrarius. Tite-Lfve, III, 24. XXIX, 57. Voy., ci-après, n»s 38. 78.
30 PoLYBE, VI, 20.-CIC., de rep., II, 20. 22.-Tite-Live,1,4ô.-Denys d'Hal., IV, 18.20.21. VI, 66. Vil, 38. 59. IX, 44. X, 4. 30. 51. - Festus, v. Sex suffragia. — L'État fournissait aux chevaliers une somme de 10,000 as pour l'acquisition du cheval, œs équestre; de là, equumpublicum assignare, equo publico merere. Cic, de rep., II, 20. — Tite-Live, V, 7. XXXIX,9. — Denys d'Hal., VI, 13. « S-naÔTiov Itztvov. » — Festus, v. Equestre œs. Equitare. Pour les frais de nourriture du cheval, l'État leur accordait une indemnité de 2,000 as, imposée aux personnes qui ne contribuaient pas de leur personne aux charges de la guerre, c'est-à-dire aux femmes non mariées, viduœ, et aux personnes sui iuris trop jeunes pour faire le service militaire, œs hordearimn. Cic, de rep., II, 20. - Tite-Live, I, 40. « Ad equos emendos dena raillia seris ex publico data, et, quibus equos alcrent viduae attributae, quae bina millia œris in singulos annos pondèrent. » — Le même, epit. LIX, « prœter pupillos et viduas. » — Voy. aussi Gaius, IV, 27, et, ci-après, n''78 et § 45, n» 5.
5« Cic, de rep., II, 52; Brutus,\i; in Rullum, II, 11. « Cum maiores binis comitiis voluerint vos de singulis magistratibus iudicare. » Cf. pro Plancio, 5; pro domo, 14. —Tite-Live, V, 46. VI, 41. 42. Vlll, 12 in fine. XIV, 58. Cf. Le même, I, 17. — Yoy. aussi, ci-après, n" 43.
'2 Les clients prenaient évidemment part aux comices des centuries. Arg. Tite-Live, 11,56. 64. l>ENYs d'Hal., XI, 45 et ci-après, p. 71, note 10.
vérité, Je manière à faire croire que dès l'origine la division en centuries ait été une institution politique générale et uniforme pour tous les citoyens; mais ils tiennent le même langage à l'égard des curies, aux assemblées desquelles cependant il est constant que les plébéiens ne prenaient aucune part. Il nous paraît impossible que déjà sous Servius l'assimilation des deux états ait eu fait assez de progrès pour que les patriciens aient voulu se confondre avec la plèlie dans l'exercice même de la souveraineté nationale, et d'après une classification qui exposait le plus noble d'entre eux à être placé dans les derniers rangs de la masse ". Les centuries, considérées comme divisions militaires, contenaient, à la vérité, et patriciens et plébéiens. Mais il n'est pas permis de tirer de ce fait une conclusion applicable h l'ordre politique ". D'ailleurs, même dans l'organisation militaire, il y avait une ligne de démarcation infranchissable entre les deux fractions du peuple '^ Car les patriciens for-
33 Les patriciens, en effet, n'avaient, en général, que très-peu de biens soumis au cens. Yoy., ci-après, p. 71, note 12.
34 La diversité du point de vue militaire et du point de Mie politique dans l'organisation des centuries se montre trop clairement sous plus d'un rapport. Ainsi, les seniores, qui ne figurent point dans l'armée active, votent comme les iuniares et comptent même autant de centuries. Il est évident que la première classe, la moins nombreuse sans doute, ne pouvait pas fournir autant et même plus de guerriers que les trois classes suivantes réunies, et pourtant elle compte vingt centuries de plus. Les proletarii et les capite censi, bien que ne figurant pas dans les cadres de l'armée, ont deux suffragia. D'après Festus, il y avait même une centurie supplémentaire, appelée ne quis scivit, dans laquelle pouvaient voter les citoyens qui, pour une cause quelconqiie, n'avaient pas pris part au vote de leur centurie. Festus, v. Ne quis scivit.
33 D'après Niebuhr, que nous suivons encore ici (bien que sa manière de voir ne compte plus guère de partisans aujourd'hui), les patriciens auraient exclusivement servi dans la cavalerie. Cf., ci-dessus, page 51, note 13. Ce fait, très-vraisemblable en soi, acquiert un plus haut degré de probabilité par divers témoignages des anciens. Pour Tite-Live, I, 15. 56, les cavaliers de Romulus et les Ramnes, Tities, Litceres sont sjTionymes. Le même langage, ou un langage analogue, se trouve chez Cic, de republica, II, 20.— Florus, I, 1. 13.— Airelius Victor, de viris iU., 2, 11. 6,7. Cf. Servius, ad Verg. /Eti., V, 560, et le Scoliaste de Criicq que nous citerons tantôt. TiTE-LivE, I, 53, nous dit encore que dans le cirque de Tai'quin l'Ancien, des places particu lières étaient assignées aux patres et aux cavaliers, patribiis equitibusque, ce qui veut évidemment dire : aux seniores et aux inniores des patriciens. Cf. De>ys, II, 68. S» l'on combine ces deux passages avec Horace, ars poèlica, 542, il parait probable que le poète, en donnant aux Ramnes l'épithète de celsi, fait allusion à leur qualité de cavaliers. Cela est d'ailleurs conforme à ce que dit le Scoliaste de Critcq ad h. l. (p. 65-i, col. 1 sq. de l'édition de 1378), en concluant en ces termes : « Très autem fuere tribus, vel, ut verius dicam, équités : Ramnes, Luceres,Titienses. » De tout cela il résulte que, pour les Romains, la jeunesse (armée) des anciennes tribus s'identifiait avec la cavalerie. Aussi, la grande mesure de Tarquin r.\ncien, qui eut pour effet de doubler le nombre des gentespatriciœ, n'apparait-elle chez Cicéron et chez Tite-Live que comme une simple augmentation de Veqiiilatus. Cic, de republica, II, 20. — Tite-Live, I, 53. Cf., ci-dessus, page 41, note 18. Ajoutons que, d'après Polybe, VI, 20, l'ancienne cavalerie était composée àptTTiv(?>;v, alors que, de son temps, elle se formait ~/o-j-iv(?>;v, et que les historiens, quand ils parlent de la noblesse des peuples italiques, la désignent par le nom d'eqiiites .- ainsi, notamment, des nobles de la ville de Capoue, équités Campani. Tite-Live, VIII, 1 1 . li. XXIII, 4. 51 . — On a soutenu que notre manière de voir était péremptoirôment réfutée par le renseignement donné par Tite-Live, III, 27, où il est dit que le patricien L. Tarquitius stipendia pedibus propter paupertatein fecisset. Mais la conclusion
maierit six centuries spéciales de cavalerie, rigoureusement séparées des chevaliers plébéiens. Comment croire dès lors que les mêmes seigneurs qui se tenaient soigneusement éloignés des plébéiens chevaliers aient pu consentir à se confondre avec le dernier manant dans les rangs des fantassins ^''? Et qu'on n'invoque point le nom par lequel les six escadrons patriciens sont désignés, sex suffragia, comme une preuve de leur participation au vote dans les comices des centuries. Cette dénomination, loin de prouver le fait, serait, au contraire, sans raison d'être, si, dès le commencement, toutes les centuries militaires s'étaient trouvées sur la même ligne, par rapport au droit de vote ; tandis qu'elle s'explique naturellement si l'on admet que cette assimilation à l'égard des six centuries patriciennes eut lieu plus tard et qu'elles reçurent à cette époque le nom de suffragia, précisément pour indiquer que dorénavant elles étaient appelées à voter dans les comices, tandis qu'auparavant elles n'avaient fait partie que de l'armée ". Par ces considérations et d'autres que l'espace ne nous permet pas d'exposer, il nous paraît impossible de soutenir que, dans l'organisation originaire, les patriciens aient participé aux comices des centuries, ce qui d'ailleurs aurait donné ce résultat singulier de les faire voter sur le même objet d'abord conjointement avec les plébéiens, ensuite seuls dans les comices par curies ^*. Or, une pareille combinaison peut bien se produire dans l'histoire d'un peuple, à la suite de longs troubles civils et d'un jeu irrégulier des institutions; mais
qu'on tire de ce passage isolé n'est rien moins que certaine. Dans l'ordre régulier des choses, le fait est dlfBcile à comprendre. D'une part, en effet, l'Etat fournissait le cheval et la nourriture, et d'autre part, l'armement de l'ancienne cavalerie était, d'après le témoignage de Polybe, VI, 25, d'une simplicité telle, qu'il ne devait guère être plus coûteux que celui du plus modeste fantassin armé. Il faut donc bien supposer que le cas de Tarquitius était dû à des circonstances particulières, peut-être a la perte du cheval; car il parait que l'État ne donnait point d'indemnité de ce chef. Aussi le langage de Tite-Live indique-t-il suffisamment qu'il s'agit de quelque chose d'exceptionnel; et dès lors le fait, loin de nous être contraire, viendrait plutôt à l'appui de notre hypothèse.
56 Les patriciens, en effet, n'étaient généralement imposés que pour des quotités relativement peu considérables. Cf., ci-après, p. 71, note 12.
5' Nous ne pouvons fournir aucune preuve à l'appui de cette hypothèse. Il est pourtant deux textes qu'il serait peut-être permis d'invoquer comme probabilités. 1» Nous lisons chez Festus, V. Sex suffragia appellantur in equitum centuriis, quae sunt adiectse {al. adlectse) ei numéro centuriarum quas Priscus Tarquinius constituit. » Il est évident que la mention deTarquin l'Ancien dans ce passage est le résultat d'une erreur flagrante ; mais le texte devient intelligible et décisif pour nous, si l'on admet que l'auteur a confondu Tarquin avec Servius. — 2» Tite-Live, XLIII, 16, en rendant compte d'une accusation criminelle contre les anciens censeurs, C. Claudius et Ti. Gracchus, portée devant les centuries, raconte que, lors du vote sur Claudius, « ex duodecim centuriis equitum octo censorem condemnassent. » Nous ne concluons pas de ce passage que dans ce procès, qui eut lieu en o85 de Rome, les i)atriciens n'aient point encore concouru aux comices des centuries ; mais il en résulte évidemment ou bien que Tite-Live rapporte à ce procès un mode de votât ion qui avait existé a une époque antérieure, ou tout au moins que les chevaliers plébéiens ne votaient point avec les sex suffragia.
5** Voij., ci-dessus, note 31.
elle est trop compliquée et trop bizarre pour se rencontrer dans l'origine dune constitution sociale. Bref, nous pensons que ce n'est que plus tard, probablement par suite de la loi des Douze Tables, que les patriciens furent réunis aux plébéiens dans les comices des centuries, et que, dans les premiers temps de la république, les curies, d'une part, et les comices des centuries, d'autre part, constituaient les deux fractions du peuple romain, à peu près de la même manière dont le peuple anglais était originairement représenté par la chambre des Lords et celle des Communes.
Quoi qu'il en soit, la nouvelle constitution en elle-même n'avait point une base véritablement démocratique. Un coup d'œil sur l'organisation des centuries suffit pour faire voir qu'une prépondérance immense est assurée à l'âge et à la richesse. Les seniores ont autant de voix que les iuniores, et la première classe, bien que sans doute la moins nombreuse, forme presque la moitié des centuries ''^.