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LES GLOSSATEURS

qui était probablement la continuation de celle de Rome, et vers le milieu du dixième siècle apparaît à Pavie une autre école où l'on enseignait le droit romain et le droit lombard -^

Les Glossateurs. — Les Bartolistes ou commentateurs.

255. Le droit romain était donc pratiqué et étudié en Europe; l'autorité du clergé, qui pendant longtemps* l'affectionna de préférence aux lois barbares, lui fit même partiellement trouver accès dans des pays qui n'avaient jamais été soumis à la domination romaine •. Mais dans cette époque de confusion, nous ne trouvons presque pas de traces de l'influence qu'il aurait exercée. Tout h coup, au douzième siècle, il se réveille de cette langueur. Une brillante école de jurisconsultes se forme en Italie, et son ascendant intellectuel finit par soumettre la plus grande partie de l'Europe à la domination de la législation romaine. Cet éclat dont le droit romain brille à cette époque doit être attribué au développement rapide des républiques d'Italie. Pendant des siècles, ce malheureux pays avait dû subir les conséquences funestes des invasions étrangères. Vers la fin du dixième siècle, il se releva; le commerce fit des progrès éton-

• nants, et bientôt nous y trouvons une prospérité dont l'histoire présente peu d'exemples. Ce développement matériel dut nécessairement provoquer le développement de la science qui se lie intimement aux opérations journalières de la vie sociale ^

256. Vers 1100, Irnerius de Bologne, professeur de grammaire en cette ville, commença à enseigner le droit romain '\ Il attira par l'éclat de

pape Jean VIII, sur la peine du sacrilège, au concile de Troyes (878), dans laquelle est citée la L. 15, I. C, de episcopis et clericis 1, 5 (Canciam, t. IV, p. 202), et l'évêque Ives, de Chartres, t 1115, qui, dans ses ouvrages et particulièrement dans son Decretum, invoque très-souvent des textes empruntés aux quatre parties de la législation de Justiuien.

" De Savigxt, t. I, chap. VI, III, § 158. IV, §§1.2.

» De Savigny, t. II, chap. XV.

- Autrefois, on croyait généralement que le droit romain avait entièrement disparu pendant la première partie du moyen âge, et qu'il avait dû sa rénovation à une ordonnance de l'empereur Lothaiie II. Ou fondait surtout cette opinion sur une légende qui se rapporte au célèbre manuscrit des Pandectes, connu sous le nom de Paiidectes Florentines. Ce manuscrit aurait été pris dans la ville d'Amalti par Lothaire II, lequel en aurait fait présent aux Pisans, ses alliés, poiir les récompenser des services qu'ils hii avaient rendus. Pour donner plus de valeur à son cadeau, l'empereur aurait en même temps accordé force obligatoire au droit romain. Ce récit est évidemment une fable inventée peut-être deux siècles après l'événement auquel elle se rattache. De Savigny, t. III, chap. XVIII sq. — Cependant le manuscrit se trouvait a Pise du temps des glossateurs, qui en citent les leçons sous le nom de littera Pisana. Par suite de la conquête de Pise, en 1402, il vint a Florence, où il est conservé encore aujourd'hui avec un soin religieux. C'est le plus célèbre manuscrit des Pandectes, datant probablement du septième siècle, et il surpasse tous les autres par la correction du te.vte. — Voy. ci-après, note 9, et, en général, de Savigny, t. III, chap. XXII. - Berriat Saist-Prix, Histoire du droit romain, p. 252 et suivantes.

^ Avant Irnerius, vers la fin du onzième siècle, un échcvin de Bologne, du nom de Pepo, y avait

ses leçons de nombreux élèves et donna naissance à l'école des glossateurs. Ce nom leur vient de la méthode qu'ils suivaient dans leurs travaux exégétiques. Ils avaient l'habitude d'ajouter au texte du Corpus iuris des explications qui se rapportaient soit à un mot, soit à une phrase entière. Ces notes, glossœ, étaient ou intercalées dans le texte, glossœinterlineares, ou écrites en marge du livre, glossœ marginales.

A l'exemple de Bologne, d'autres écoles ou universités se formèrent bientôt tant en Italie que dans les autres pays de l'Europe *. Ces institutions étaient libres et ne devaient, en général, leur origine à l'intervention d'aucun pouvoir ^ Partout où un professeur parvenait à réunir un certain nombre d'élèves, ceux-ci se constituaient en corporation, universitas, qui se régissait d'après ses propres statuts. Du moins nous trouvons cette organisation démocratique à Bologne et dans les universités qui s'établirent par la suite en Italie, en Espagne et en France. A Paris, au contraire, Yuniversitas se composait du corps professoral, et cette organisation prévalut en Angleterre et en Allemagne ^.

257. La réputation qu'Irnerius avait donnée à l'école de Bologne ne fit que s'accroître sous ses successeurs. Parmi eux brillent au premier rang Bulgarus, Martinus Gosia, Jacobus de Porta Ravennate, Hugo de Albe RICO, connus sous le nom des Quatre Docteurs ^ Mais depuis le commencement du treizième siècle, on remarque dans la science du droit une décadence sejisible : les jurisconsultes ne créent plus, ils se bornent à réunir et à arranger les travaux de leurs prédécesseurs ^ Fr. Accursius (1260)

déjà interprété la loi romaine, mais la grande réputation de l'école de Bologne date d'Irnerius. De Savigny, t. III, chap. XXII; t. IV, chap. XXVI.

* En Italie, nous avons à signaler avant le seizième siècle, outre la célèbre école de médecine qui florissait à Salerne, les universités de droit suivantes : Padoue, 1222; Naples, 1224; Pérouse, 1226; Verceil, 1228; Ferrare, 1241 ; Rome avant 1277; Pise, 1558; Pavie, 1561; Turin, 1412. Pour les autres pays, voy. ci-après, notes 15. 18. 22.

s En 1158, l'empereur Frédéric I"^"" consacra par une ordonnance cet état de choses qui s'était établi spontanément, en reconnaissant à ceux qui causa stiidiorum peregrinantur, scholaribus et maxime divinarum atque sacrarum legum professoribus, de n'être justiciables que de leur dominus ou magisler, ou bien de l'évêque de la ville qu'ils habitent, à leur choix. Auth. Habita C, ne filius pro pâtre 4, 15.

^ Originairement, le mot universitas signifie donc tout simplement la corporation formée par les étudiants ou par les professeurs, selon le régime de l'association. Les écoles considérées comme établissements d'instruction s'appellent s?2<d?'fl ; et pour désigner une institution d'enseignement supérieur, on se sert particulièrement du mot studium générale, c'est-à-dire école dont l'autorité est reconnue partout. De Savigny, t. III, chap. XXI.

' On attribue ii Irncrius un distique dans lequel les quatre docteurs sont appréciés de la manière suivante :

Bulgarus os aureuni, Slarttnus copia legum. Mens legum est Hugo, Jacobus id quod ego

8 Nous transcrivons ici, en suivant l'ordre alphabétique, les noms des principaux glossateurs, en ajoutant à leurs noms les chiffres par lesquels ils sont ordinairement désignés dans les ouvrages de leur époque, et particulièrement dans la grande glose : Accursius (Ac. Accu.), f vers 1260, et

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