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LES TEMPS MODERNES

Rénovation du droit romain au seiz4è7ne siècle.

262. Cependant, la jurisprudence ne put échapper à l'action que le? autres sciences, qui, depuis quelque temps, avaient commencé à refleurir avec tant d'éclat, devaient naturellement exercer sur elle. Ange Politien, 1 1494, imprima une nouvelle direction à l'étude du droit, en la mettant en rapport avec celle de l'histoire et en y appliquant surtout une critique sévère \ Alciat, f 1550, poursuivit l'œuvre commencée par Politien et fut nommé le fondateur de la jurisprudence élégante. Ce ne fut pas sans rencontrer une vive résistance que cette nouvelle tendance prévalut. « Les partisans de l'ancienne école soutenaient que les novateurs ne critiquaient les œuvres des Accursiens et des Bartolistes que parce qu'ils étaient hors d'état de les comprendre; et en affectant de regarder leurs excursions littéraires comme un badinage puéril, ils leur infligèrent le nom de grammairiens, humanistes, nominalistes , tandis qu'ils s'attribuèrent à eux-mêmes celui de réalistes, comme si leurs discussions seules eussent un objet réel ^. » Malgré ces attaques, l'école élégante l'emporta en Italie '\

263. La France suivit avec une grande ardeur l'impulsion qu' Alciat, Ferretti et d'autres Italiens avaient communiquée à quelques écoles du Midi : bientôt elle se plaça à la tête du mouvement. Ce furent deux hommes surtout qui assurèrent à la France ce rang élevé. Jacques Cujas (GuiACius),t 1590, le fondateur de la nouvelle méthode exégétique et historique \ et Hugues Doneau (Donellus), 1591, le premier qui traita dogmatiquement le droit romain d'une manière supérieure ^ A côté d'eux, d'autres se sont rendus célèbres tant par l'interprétation que par les soins qu'ils ont donnés h. la recherche et à la publication des sources du droit romain ^

• Une mention honorable est due à Laurentius Valla, philologue comme Politianus, h cause des observations sur le langage des jurisconsultes romains, qui se trouvent dans ses Elegantiœ latinœ lingiiœ, livre VI. Voy., sur ces deux savants, De Savigny, t. VI, chap. LIX, n"^ IV. V.

- Berriat Saist-Prix, Histoire du droit romain, p. 51o.

3 Nous nous bornons à citer les noms suivants : iEmilius Ferrettus, f ISofî; MarianusSocinus le Jeune, neveu de Bartholomée, f 1356; Lselius Torelli (Taurellius), f lo76, et son frère François; Ant. Muretus, f Io8o; Guido Pancirolus, f 1599; Menochius, f 1607; Albéric et Scipion Gentilis, 7-;- 1611. 1616; Julius Pacius, f 1655.

* Voy. VHistoire de Cujas, qui forme l'appendice de VHistoire du droit romain de M. Berriat Saint-Prix, pages 575-611. Cf. M. Rivïer, Introduction, p. 498.

5 Doneau qui, à Bourges, avait été le rival de Cujas, se vit obligé de quitter la France pour cause de religion. Il enseigna successivement à Heidelberg, Leide et Altorf, et mourut dans cette dernière ville en 1591. Aussi sa réputation a-t-elle été plus grande en Allemagne qu'en Franco. Cf. M. RiviER, /. /., p. 550.

6 Avant Cujas : Budée, f 15i0; Aniaury Bouchard; Eg. Baron, f 1550 ; de Connan, f 1551 ; Tiraqueau, encore de l'école de Bariole, f 1558 ; Coras, 157-2; Duaren, f 1559; Aymar de Ban-

264. Après les Français, ce furent les Belges qui se distinguèrent le plus dans l'étude de notre droit. Ils citent avec orgueil des noms devenus européens ^ L'Espagne aussi produisit quelques jurisconsultes distingués *. L'Allemagne s'était d'abord noblement associée aux travaux de l'école élégante ^ ; mais bientôt la tendance pratique prévalut : les réalistes supplantèrent les nominalistes.

265. Au dix-huitième siècle, cette direction devint dominante dans l'Europe entière. Ce n'est guère que dans les Pays-Bas que l'on trouve encore des partisans de la jurisprudence élégante, auxquels viennent se joindre quelques Italiens et Espagnols *". La France n'eut qu'un seul romaniste marquant, R. J. Pothier, f 1772. Parmi le grand nombre des jurisconsultes allemands, il n'y a guère que J.-G. Heineke (Heineccius), t 1741, qu'on puisse opposer aux illustrations des autres époques ".

connet; Dumoulin (Molina-us), f 1S66; du Tillet (Tilius), f 1570; Le Mire (Miraeus); Baudouin (BaUluinus), f 1575; de Vintimille; du Ferrier, le niaitre de Cujas, f 1583. Puis Ant. Le Conte, t 1586; Fr. Hotman, f 1590; Brisson, f 1591; Labitte; Duprat; Roussard ; les frères Pithou (Petrus et Franc. Pithœi); Pierre du Faur (Faber), t ^600. Au dix-septième siècle : Ranchin; Labbé; Mornac, f 1609; Nie. Lefebvre (Faber), f 1612; Le Caron(Charondas),t 1617; de Maran, 1 1621; d'Airebaudouze du Cest (ab Area Baudoza Cestius), f ^627 ; Antoine Favre (Faber), président du parlement de Savoie,t 1624 ; de laCoste,t 1657; Denys Godefroi(Gothofredus),tl622, et son tils Jacques, f 1632; Merille, f 1647; d'Espeisses, f 1659; Fabrot, f 1669; de Haufeserre (Alteserra); Ménages, f 1692; enfin Domat, f 1696, qui, dans ses Lois civiles, essaya de créer un nouveau système de droit.

' Mudée, t 1560; Rœvardus, f 1568; Viglius de Zuichem ab Aytta, disciple d'Alciat, f 1577; Agylseus, 1 1595; Math. Weesenbeeck et H. Van Giffen (Giphanius), f 1604, qui enseignèrent en Allemagne; Joannes a Sande; Van Merle (Paulus Merula) ; Sibrand Siccama, f 1621; Hugo Grotius, 1 1643 ; Van Leeuwen, f 1682; Vinnius, f 1637 ; Ulr. Huber, f 1694. Ces deux derniers approchent déjà de la tendance réaliste. Cette direction est prédominante dans Jo. Voet, f 1713.

8 Covarruvias,tl577; Ant. Agustin (Augustinus), disciple d'Alciat et archevêque de Saragosse, t 1585; de Mendoza, f 1595; Perez, f 1672, qui enseigna à Louvain; Fernandez de Retes, 1 1678; Ramos del Manzano, f 1683. — Ant. Govea (Goveanus), f 1363, né en Portugal, reçut son éducation en France.

9 Déjà avant Alciat, l'Allemagne avait produit deux jurisconsultes éminents, Ulric Zase (Zasius) t 1535, distingué comme professeur et praticien, et Haloander, f 1351 ou 1532, célèbre par ses éditions des diverses parties du Corpus iuris (ci-dessus, n» 260 in f., et p. 20, note 21. Le nom patronymique de ce dernier, qu'on avait jusque dans les derniers temps cru être Hoffmann, parait avoir été en réalité Meltzer. Dès lors, la forme grecque, qui signifie homme de l'aire, ne s'explique que par le fait que c'est dans une aire qu'on a l'habitude de sécher le malt (d'où Maltser,Maeltzer, Meltzer). Après ces deux hommes marquants, nous avons à signaler : Sichard, l'éditeur de la loi romaine des Visigoths, f 1552; Fichard, t 1381 ; Mynsinger, f 1388; Lbwenklau (Leunclavius), t 1593; Rittershausen, t 1615; Freher, f 1614; Vulte (Vulteius), f 1654; Bachov von Echt, t 1640; Wissenbach, f 1663.

•0 Perizonius, f 1713; Noodt, f 1725; Schulting, f 1734; Brenkman, f 1756; Westenberg, 1 1757; Van Bynkershoek, f 1745; Wieling, f 1746; Reitz, f 1769; Voorda, t 1767; Branchu, 1 1767; Meerman, t 1771. — En Italie : Merenda, f 1655; Galvanus, f 1659; Gravina, 1 1718, et Averani, f 1758, dont les Interpretafiones iuris furent imprimées à Leyde, 1731. — Le célèbre Espagnol Majans, -;- 1781 , aussi trouva plus de sympathie en Hollande que dans sa patrie. On peut citer à côté de lui son compatriote Finestres, f 1777.

" Parmi les autres jurisconsultes allemands de cette époque, nous pouvons encore nommer ;

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