SECTION TROISIÈME
DE LA MAiNUS.
En traitant du mariage et de la puissance du chef de la famille, nous avons suffisamment fait connaître la nature du pouvoir que le mari ou le paterfamilias du mari pouvaient, dans l'ancien droit, exercer sur la femme mariée, et pour lequel le mot manus est devenu le terme technique '. Nous n'avons plus qu'à faire connaître les effets que la manus produisait par elle-même, et à exposer avec quelques détails comment ce pouvoir s'acquérait et se perdait.
Ce n'est pas par le seul mariage que la femme tombe sous la manus. L'acquisition de ce pouvoir exigeait un acte spécial d'acquisition, qui pouvait se faire de trois manières difiérentes, confarreatione, coemtione, usu *. 1° La confarreatio , qui était le mode le plus ancien de la conventio in manum, avait un caractère religieux ^ Le grand pontife, assisté du flameii dialis et de dix témoins *, consacrait le mariage en prononçant une formule solennelle et en sacrifiant un gâteau de farine, farreum °. Ce mode était tombé en désuétude déjà vers la fin de la
1 Voy. ci-dessus, §§ 504. 325.
2 Gaius, 1, 110. « Olim itaque tribus modis in manum conveniebant : usu, farreo, coemtione. » — Servius, ad Verg. Georg., I, 31. « Quod autem ait emat, ad antiquum nuptiarum pertinet ritum, quo se maritus et uxor invicem emebant, sicut habemus in iure. Tribus enim modis apud veteres nuptise tiebant : usu,si,verbi gratia, raulier anno uno cum viro,licet sine legibus.fuisset; FARRE, cum per Pontilicem Max. et Dialem Flaminera per fruges et molam salsam coniugebantur, unde confarreatio appellabatur, ex qiiibus nuptiis pûf/rm» et matrimi nascebantur; coemtione vero atque In manum conventione, cum illa in filiœ locum, maritus in patris veniebat, ut si quis prior fuisset defunctus locum hereditatis iustum alteri faceret. Et bene serviat (ait Vergilius) qui quaecumque in manum convenerat, omnia protinus quœ doti dicebantur, marito serviant... » — Cic, pro Flacco.c. 34, ne parle pas de la confarreatio, parce que, de son temps, elle n'était guère usitée. Voy. ci-après, note 6.
3 Voy., sur la confarreatio, Denys d'Hal., II, 25. - Tacite, Annales, IV, 16. - Pline, H. N., XVJII, 5. - Servius, ad Verg. Georg. ,1, 31 (ci-dessus, note 2), et ad Verg. JEn., IV, 103. 374 (ci-après, note 5).— Arkobius, adversus gentes, IV, 20. — Boèthius ad Cic. top., 3 (14), p. 299, 4 sqq. Orelli. - Gaius, I, 112. 136. - Ulpien, tit. IX.
* L'assistance de dix témoins, comme représentants de dix curies, pourrait faire croire que la confarreatio était originairement un mode propre à l'une des tribus originaires de Rome, laquelle, à cause du flamen dialis, paraît à quelques auteurs être celle des Ramnes, tandis que d'autres préfèrent une origine sabine ou même étrusque.
s Telles sont les formalités décrites par Gaius et Ulpien. - Servius, ad Verg. Mn., IV, 103, ajoute: k Mos enim apud veteres fuit Flamini acFlaminicte,ut per farrealionem in nuptias conve-