DÉFINITION DU MOT BUDGET
Jean-Baptiste Say définit le budget : « la balance des besoins u et des ressources de l'Etat. »
Le Dictionnaire de l'Académie française fait suivre le mot budget de l'énoncé suivant : « Budget, terme emprunté de l'anglais, « qui s'emploie dans l'administration publique, pour signifier « l'état annuel des dépenses qu'on présume avoir à faire et des « fonds ou revenus affectés à ces dépenses. »
Le Dictionnaire de Littré considère aussi le budget comme un « état que, chaque année, on dresse des recettes et des dépenses <* publiques », et il agrémente sa formule de citations fantaisistes :
Le budget, monstre énorme, admirable poisson,
A qui, de toutes parts, on jette l'hameçon. (Victor Hugo.)
Ou bien :
Le budget annuel, aspirante sangsue,
A sucé, dès longtemps, ce que le peuple sue. (Barthélémy.)
Métaphores qui nous éloignent de nos recherches techniques.
Nous y revenons en empruntant à la 7e édition du Traité de la science des finances, de M. Paul Leroy-Beaulieu, les lignes suivantes : « Un budget est d'abord un état de prévoyance des
« recettes et des dépenses pendant une période déterminée
« C'est, en outre, une autorisation ou une injonction donnée par « les pouvoirs compétents de faire ces dépenses ou de recueillir « ces recettes »
Il devient possible maintenant de composer une définition acceptable, à condition encore d'éviter certains écueils.
Par exemple, au lieu de parler des budgets en général, bornons-nous à parler du budget de l'État, l'idée sera mieux précisée.
Puis, qualifions le budget d'acte et non pas de tableau, ni d'état. Certains budgets, en effet, comme les budgets en bloc du Directoire ou du Consulat, peuvent ne contenir que très peu ou pas du tout d'états, ni de tableaux. Puis surtout, le mot acte éveille, très à propos, l'idée d'un document important et authentique.
Substituons au mot prévision employé par le décret du 3i mai
1862 le mot approbation, parce que la simple prévision des recettes et des dépenses représente seulement un projet de budget. L'approbation, au contraire, constitue la vertu propre des budgets, lesquels non seulement supputent l'avenir, mais prétendent aussi le régler. Le décret du 3i mai 18C2, du reste, ne manque pas d'ajouter le mot autorisées au mot prévues .
L'épithète de préalable, qui distinguo 1rs budgets des comptes, sera soigneusement maintenue.
Éliminons encore le mot annuel, employé par Le décret du 3i mai, car certains pays possèdent des budgets votés pour plusieurs années.
Une fois ces corrections opérées, revenons à la formule du décret du 3i mai 18G2 ainsi amendée :
(( Le budget de l'Etat est un acte contenant l'approbation préa- « lable des recettes et des dépenses publiques. »
L'origine philologique du mot budget appartient à la langue anglaise : bougette, pochette, sac, etc. ; tous les traités la mentionnent.
<c Le grand usage qu'on fait d'une formalité entraîne la néecsce sité de l'exprimer brièvement, » écrit J.-B. Say. Aussitôt donc que l'idée de budget se vulgarisa, il devint nécessaire de trouver un mot court et simple pour l'exprimer. Rien de surprenant, dès lors, qu'à l'Angleterre en revienne l'invention.
La France, au contraire, jusqu'à la fin de l'ancien régime, put se passer des moyens de traduire en langue courante l'idée de budget. Il serait peut-être téméraire d'affirmer que les trois volumes de Y Administration des finances de Necker publiés en 1784 ne contiennent pas une seule fois le mot budget; en tous cas, on ne l'y retrouve pas aisément.
Des recherches plus précises effectuées dans un livre postérieur, les Finances de la France, de Ramel, ancien ministre des finances, paru en l'an IX, ont permis de constater que le mot budget n'y est nulle part prononcé.
En l'an XI, un rapport au Tribunat de J.-B. Say dit : ce Budget, « mot barbare, même en anglais où il est détourné de sa signi-