‹ Cours de finances. Le budget son histoire et son mécanismeChapitre 157 sur 202 · PREMIERS SURINTENDANTS DES FINANCES · texte numérisé non relu

PREMIERS SURINTENDANTS DES FINANCES

miers surintendants des finances ont été tous pendus, exécutés, ou noyés (1).

Du reste, ces actes de violence ne s'arrêtent pas à l'époque relativement reculée que nous venons d'atteindre. Jacques Cœur, en 1450, sévit, malgré ses services passés, accusé de concussion et dépouillé de tous ses biens, châteaux, terres, galères, galions, meubles, vaisselles, etc. Tout au plus, la peine de mort, prononcée contre lui, fut-elle commuée en une prison perpétuelle.

Sous François Ier, de Semblançay, vieillard que le roi nommait habituellement son père, devenu suspect et convaincu de péculat (2), fut pendu, en 1522.

Chacun connaît les grandeurs, le luxe et l'éclatant procès de Fouquet, traduit devant une commission de vingt-deux membres, sous l'inculpation des plus graves prévarications. L'arrêt ne fut rendu qu'au bout de trois ans. « Louez Dieu et le remerciez, notre « pauvre ami est sauvé ! » écrit J\Jme de Sévigné, a je suis si aise « que je suis hors de moi. » En effet, Fouquet ne fut pas condamné à mort, malgré la pression royale, mais il subit, jusqu'à la lin de ses jours, dix-neuf ans de détention, dans la forteresse de Pignerol (3).

(1) L'insuffisance du contrôle favorisait les détournements : les fautes s'accumulaient dans l'impunité. Puis, un beau joui-, intervenait un jugement sommaire et passionné. Les comptables actuels, en y réfléchissant, préféreront sans doute à ces procédés d'un autre âge les méticuleuses vérifications de l'inspection des finances, les tracasseries de leurs supérieurs hiérarchiques et les injonctions de la Cour dos comptes «

(2) Pierre Clément, qui a rédigé sur Beaune de Semblançay une notice analogue à celle déjà citée sur Enguerrand de Marigny, s'attache aussi à innocenter Semblançay. « Rien ne prouve, dit-il, qu'il ait été coupable de « faits de malversations avérés, manifestes, car les arrêts des deux Gom- « missions qui le jugèrent n'ont aucune valeur morale. » Semblançay n'en avait pas moins acquis, dans sa charge, une fortune considérable, et si sa condamnation peut être surtout considérée comme un effet de la vengeance de la duchesse d'Angouléme et de la jalousie du chancelier Du Prat, les faits de concussion articulés contre lui sont difficiles à réfuter.

(3) Le procureur général près la Cour des comptes. M. Petitjean, dans un discours de rentrée du 3 novembre 4 876, s'occupe spécialement du tribunal extraordinaire de 1661, chargé dejugerFouquet.il rappelle les ter mes du préambule de l'édit constitutif de ce tribunal, déclarant « que le roi « voulait consolider son gouvernement par la répression des abus commis « dans les finances. Un certain nombre de personnes, pendant ces dernié- « res aimées, avaient employé des voies illégitimes pour élever des fortu- « nés subites et prodigieuses. Leurs acquisitions immenses, leur faste inso-

Plus tard, ce sont les Chambres de justice, les Chambres ardentes, qui, par intermittence, dans les moments de crise, alors que tous les autres procédés de contrôle ont disparu, sont chargées d'apurer les comptes.

La plus célèbre de ces Chambres ardentes fut instituée en 1710(1), après la mort de Louis XIV. Elle lit comparaître devant elle tous les financiers enrichis. Alin de se renseigner sur l'importance et l'origine de leurs fortunes, elle encouragea les dénonciations, promit une part du butin aux délateurs, et ne craignit pas ainsi d'introduire la trahison dans le sein même des familles. Ces vils procédés lui permirent de taxer 219 millions de lucres illicites. La rentrée d'une telle somme eût, au moins, singulièrement enrichi le Trésor, dans ces moments de besoins urgents. Malheu-

« lent, leur opulence sans bornes, ofYraient un exemple capable de corroma pre toutes les maximes de l'honnêteté publique. Les nécessités de la « guerre avaienl empêché le pouvoir royal de remédier au mal. » M. Petitjean ajoute plus loin : « Les fraudes de Fouquet ne pouvaient se nier. « Sous un gouvernement qui s'annonçait avec la ferme intention de rétame blirla régie dans les finances, dépareilles malversations appelaient, ne w fût-ce que pour l'exemple, un châtiment sévère. »

Ces malversations, officiellement dénoncées, n'étaient que la continuation de celles que nous avons vu réprimer d'une manière intermittente, par des exécutions violentes, depuis le début de la monarchie. A la fin du seizième siècle, Sully les signalait déjà ainsi dans ses Mémoire* : « Dans ces « temps de confusion, les deniers royaux étaient la proie du premier oc- « eu pan t. Les revenus du Etoi ae suffisaient pas à L'avidité des financiers, « laquelle ne faisait que s'a<îcroitre ordinairement par La misère publi-

« que J'eus grand'peine à dévoiler les mystères des gens du métier.

« J'éventai toutes les mines secrètes des receveurs. Elles étaient en grand « nombre : suppositions, prétendues non- valeurs, frais de voiture, épices, « etc., c'étaient autant de ressources employées au profit des commis, qui

« absorbaient, ainsi enflées, une partie de la recette Les fermiers

« et les trésoriers de France retiraient presque deux fois autant que i'adju- « dication qui Leur était faite. »

Les Mémoires sur la vie publique et privée de Fouquet, publiés par M. Chéruel, contiennent de très intéressants détails sur le procès du surintendant, lesquels confirment l'opinion de M. Petitjean que nous venons de citer. On regrette seulement que M. Clirruel, à la suite de ses savantes études, n'ait pas cru devoir donner ^ées conclusions personnelles au sujet de la culpabilité de Fouquet.

(1) Les Chambres de justice fonctionnaient depuis longtemps avant 1716. Un édit du mois de juin 1625 avait même expressément ordonné qu'il en serait établi régulièrement, de dix ans en dix ans, « afin que les m.iiversa- « tions des officiera comptables et des gens d'affaires dans la perception, « le maniement et la distribution des deniers publics, ne demeuraient « jamais impunies. »

Page 1