SYSTÈME DE LA SPÉCIALISATION
loi
permet de saisir, d'un seul coup d'œil, l'ensemble des finances du pays : elle résume les résultats des budgets en une seule donnée; elle produit la lumière par le fait seul de sa simplicité.
Ainsi, aux deux points de vue de l'économie, d'abord, puis de l'unité, c'est-à-dire delà clarté, le système de l'universalité, adopté dans tous les pays, présente des avantages incontestables.
S ii. — Système de la spécialisation , opposé à celui de
V universalité.
Ces avantages que nous appelons incontestables ne sont pas incontestés. On leur oppose les avantages d'un autre système, auquel des mérites différents sont attribués, et certaines préférences réservées. Ce système inverse prend le nom de spécialisation. La spécialisation, — il faut s'empresser de définir le mot tant il parait barbare au premier abord, — consiste à attribuer à chaque service une personnalité distincte, en distrayant de la masse les recettes et les dépenses qui lui sont propres, afin de les rapproclier et de les équilibrer entre elles.
C'est donc bien l'opposé du système de l'universalité, en vertu duquel, avons-nous dit, toutes les recettes sont cumulées sur une page et toutes les dépenses sur une autre, n'offrant à la comparaison que leurs totaux généraux. Avec la spécialisation, chaque service dégage les résultats de sa propre exploitation, fait ressortir individuellement ses bénéfices ou ses déficits, comme le ferait une entreprise industrielle. Au lieu de disséminer les différents éléments d'une même exploitation, à l'exemple du système de l'universalité, la spécialisation groupe, au contraire, les éléments analogues, les juxtapose afin de tirer de leur juxtaposition une conclusion et un enseignement.
Grâce à ce procédé budgétaire, ajoutent ses partisans, les administrations apportent dans la gestion des affaires qui leur sont confiées un sentiment de responsabilité, un esprit industriel, seuls capables d'encourager leurs efforts. Grâce à lui, également, les pouvoirs publics peuvent aisément reconnaître, au moyen de chiffres rationnels, les résultats obtenus par chaque service,
toutes choses que le système inverse exclut absolument, puisqu'il perd dans la masse du budget les recettes et les dépenses individuelles.
Nous n'insisterons pas sur ces arguments susceptibles, à bon droit, cependant, d'être développés, parce qu'ils ont une véritable valeur. Déjà, du reste, les exemples cités précédemment à l'occasion du domaine de l'État, des forets, des arsenaux de la guerre et de la marine, des maisons de détention, des cartes et plans, etc., ont permis d'entrevoir la portée des bonnes raisons qui peuvent être invoquées en faveur de la spécialisation. Mais ces bonnes raisons, nous les admettons de prime abord. Il est certainement désirable que tout service qui, à un degré quelconque, représente un travail industriel, puisse grouper rationnelle" ment ses recettes et ses dépenses et faire ressortir le solde de son exploitation propre. Pour les forêts de 1 État, pour les vacheries., bergeries, établissements horticoles, manufactures, postes et télégraphes, canaux, rivières, chemins de fer, ports de commerce, etc., le Parlement et le public, l'administration elle-même, doivent, du premier coup d'œil, pouvoir rapprocher les recettes et les dépenses, et dégager de ce rapprochement la situation définitive de leurs opérations annuelles, excédent de recettes ou déficit : c'est là le critérium de leur utilité.
Mais à qui incombe le soin de fournir ces renseignements indispensables? Est-ce au budget? Peut-on concevoir le budget de l'État coexistant avec la spécialisation des divers services qui le composent? Nous avons montré, suffisamment clairement, sans doute, que le budget général disparaîtrait sous l'encombrementde ces budgets particuliers. Dès lors, c'est en dehors des budgets qu'il faut rechercher les avantages que la spécialisation peut procurer.
Si chaque administration publiait, touslesans, le compte rendu de ses opérations, — ce qui serait rccommandable à tousles points de vue, — un tel document suffirait pour grouper les recettes et les dépenses qui lui sont propres, pour les aménager industriellement. Ces rapports annuels constituent dans beaucoup de pays, en Angleterre notamment, une obligation pour les principaux services. Sous un petit format, en quelques pages, dans des