‹ Cours de grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 13 sur 57 · Mon langage est bon, car je suis né dans l'Ile-de-France · texte numérisé non relu

Mon langage est bon, car je suis né dans l'Ile-de-France

contemporain de Philippe-Auguste, se plaint d'avoir excité les moqueries du jeune roi, de la reine mère, Alix de Champagne, et de la cour, pour avoir récité une de ses chansons devant ces illustres assistants avec un accent local et en l'émaillant de mots artésiens :

La roïne n'a pas fait que cortoise [acte de courtoisie),

Qui me reprist, ele et ses fi us (son fils)^ li rois.

Encor ne soit me [ma] parole francboise,

Si le [la) puet on bien entendre en franchois.

Ne chil ne [et ceux-là ne) sont bien apris ne eortois,

Qui m'ont repris, se j'ai dit mos d'Artois;

Car je ne fui pas noris (élec^é) à Pontoise.

Adenet, Tauteur de Berte aux grands pieds, raconte qu'au temps de Pépin :

Avoit une coustume ens el tiois païs {dans le pays allemand^)

Que tout li grant seignor, li conte et ïi marcbis,

Avoicnt entour aus [eux) gent françoise tous dis [toujours)

Pour aprendre françois lor filles et lor fils.

Li rois et la roïne et Berte o (ai^ec) le cler vis [uisage)

Sorent près d'aussi bien le françois de Paris

C m se il fussent né au hourc à Saint Denis -.

Le trouvère lyonnais Aimon de Varennes, qui écrivait en 1188 à Châtillon-sur-Azergue (Rhône), adopta le français pour son Roman de Florimont :

As François voil de tant servir,

Que ma langue lor est sauvage ; *Que je ai dit en lor langage Al mieus que ju ai seii dire.

Se ma langue la lor empire, Por ( e ne m'en dicnt anui :

Mies aim ma langue que Taulrui.

Komans ne estoire ne plait As François, se il ne l'ont fait.

Crx Traducteur de Bo^ce, né à Meung, au xiu^ siècle, b excuse (l'écrire dans un langage qui n'a pas la suprême

' TioLS, forme française répondant à Titalien ^e^e^ro et repré • scutaDt une forme primitive de l'allemand moderne deutsch. 2. Berte, v. 147-154 (édition Scbeler).

correction du langage parisien ; car, dit-il, « je ne suis {>as de Paris..., mais me rapporte au parler

Que m'aprist ma mère A Meun quand je l'alaitoie (elle me nourrissait) i. »

Au XIV® siècle, Ghaucer, dans ses contes de Gantorbery, met en scène une religieuse qui « parlait le français comme on le parlait à Stratford-sur-Bowe ; car le françai^ de Paris lui était inintelligible- ».

Si Ton continue jusqu'en plein xiv® siècle d'écrire dans les dialectes que Tâge [)récédent note déjà défavorablement, ces dialectes cependant commencent à déchoir et cèdent décidément la place au français, devenu langue officielle du gouvernements, langue littéraire du pays de France, langwe de la conversation dans les hautes classes. Ge n'est guère que dans les campagnes que continuent à vivre, à se développer et à se transformer en pleine liberté les parlers locaux. Avec les siècles, ils se diversifient et prennent chacun une physionomie caractéristique ^, à moins qu'ils ne soient écrasés — comme les patois de l'Ile-de-France et des alentours — par l'influence absorbante du français de Paris. 11 n'y a plus aujourd'hui, en pays de langue d'oïl, que le cvallon (parler local de Mons, de Liège et de Namur), qui, cultivé, comme le sont chez nous les dialectes méri-

1. Léopold Delisle, Irn'eataire des manuscrits français de la Bibliothèque^ Nationale, II, p. 327.

Page 1