Prologue, v
And Frensh she spak fui faire and fetysly After tlie scole of Slratford atte Bowe, For Frenscb of Parys was to hir uaknowe.
3. Ceci d'après l'opinion généralement admise. En fait, la question est plus complexe. Ge qui s'est passé pour le français à l'égard (tes dialectes provinciaux a dû'be reproduire pour chacun des dialectes, devenus littéraires, à l'égarci des parlers populaires ((ui florissaient dans chaque localité de la région. Autrement dit, les patois locaux doivent être antérieurs aux dialectes littéraires développés, dans chaque province, de l'un d'eux (le plus important par la situation politique de la ville où il se parlait) et aux dépens des autres. Une fois les dialectes disparus, les patois seront restés seuls, sans avoir jamais cessé d'exister depuis les origines latines jusqu'à nos jours, dans l'infinie variété de leur développement.
IllSTOlIlE KXTEll.NE DU FKANÇAIS 4î
dionaux, par des amateurs de j^rovince, essaye de remonter à la dignité de langue littéraire.
12. Le parler de l'Ile-de-France du français. — Voilà comment ?,e parler de Paris, par des progrès lents et ininterrompus, conquit vers la fin du moyen âge, l'un après l'autre, les divers domaines de la langue d'oïl. L'histoire détaillée de ces conquêtes est encore à faire ; mais l'on en sait assez pour suivre dans ses grand.s traits cette extension. Il est vrai que le français, en se substituant aux dialectes, reçoit d'eux sur place quelques atteintes. Les provinces, en adoptant la langue officielle, ne peuvent point n'y pas mêler des tournures, des constructions, des expressions de leurs patois locaux qui s'en vont, et surtout cette prononciation déterminée par la phonétique propre aux dialectes, et qu'on appelle — improprement — V accent. Ainsi s'est formé ce français jirovincial, que chaque province a pour ainsi dire marqué de son empreinte ; malgré l'éducation littéraire, les provincialismes se sont maintenus jusqu'à nos jours et émaillent souvent la conversation des gens des villes, s'ils ne paraissent pas dans l'œuvre des écrivains. Et le provincial, pour peu qu'il soit éloigné de Paris, se laissereconnaître entre mille autres à son accent.
A la fm du xii^ siècle et surtout au xiii®, après la guerre albigeoise, le français avait déjà franchi les frontières de la langue d'oïl et pénétré dans les villes du Midi, à la suite de l'administration royale. Nous avons vu précédemment (p. 39) un Lyonnais, en 1188, abandonner son dialecte pour écrire en français. La langue suivit au xiv« siècle et au xv® les progrès de la royauté. Dès le commencement du xvi^, les villes du Midi, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Lyon, Grenoble, etc., fournissent à la littérature des œuvres françaises. D'un autre côté, à la fin du moyen âge, le français triomphe du bas latin, qui était resté la langue officielle de la justice et de l'enseignement. L'ordonnance de Yillers-Gotterets, rendue en 1539 i)ar François P"*, établit que tous arrêts et procédures et autres quelconques actes et exploits^
de justice ou qui en dépendent soient prononcés , enregis^ très et délivrés aux parties en langage français maternel et non autrement^ et le xvi^ siècle voit paraître des traités d'enseignement philosophique ou scientifique, en langue vulgaire. Le français est en voie de devenir la langue de la France ^ .
Et pourtant, après le triomphe de la monarchie absolue, après trois siècles d'une administration générale et locale qui ne connaît que le langage de Paris, après l'éclosion d'une admirable littérature qui élève notre langue dans Tesprit des peuples à une hauteur incomparable, le français n'a pas encore achevé la conquête du territoire. Aujourd'hui, dans les villes du Midi, le provençal, et dans la plupart des campagnes de langue d'oïl, les patois locaux sont encore parlés à côté du français : dans les campagnes du Midi les paysans ne connaissent guère que leur patois ; la région basque et la Basse-Bretagne sont à peine entamées. Mais, avec le service militaire et l'enseignement primaire obligatoire, on voit le temps où le français de l'Ile-de-France aura achevé la conquête de la France.
Il s'est étendu en revanche au delà de nos frontières. Dès le XIII® siècle, on l'écrivait dans la Suisse romande, oii il a si bien pris racine qu'il a supplanté les dialectes provençaux (ou franco-provençaux) dans le canton de Genève, et les a fort entamés dans les cantons de Vaud, Neuchâtel, Fribourg et Valais.
Au xi^ siècle, le bas normand fut porté par Guillaume le Bâtard et ses barons en Angleterre, et y demeura jusqu'au xiv® siècle la langue officielle et la langue littéraire de la royauté et de l'aristocratie ; puis il se fondit insensiblement avec l'anglo-saxon, qu'il a si fortement pénétré que près de la moitié du lexique anglais est formée de mots français ^.
1. Fortune commune à toutes les langues des grandes nations : ainsi du latin, d'abord dialecte du Latium ; de l'italien, dialecte de Florence ; de l'anglais, dialecte du Middlesex, etc.
2. Ajoutons d'autres pénétrations postérieures : l'influence de la langue du droit, et au xvii" siècle, celle de la littérature et de la culture françaises.
Au XVI® siècle, des marins dieppois transportent le français dans l'Amérique du Nord, où 50.000 hommes le parlent encore dans la Louisiane, 1.400.000 au Canada (1891). Dans cette dernière province, l'élément français a acquis rapidement une importance considérable, et notre langue y est devenue une langue officielle à côté de l'anglais. Aux Antilles, le français, fondu avec l'idiome africain des nègres, a donné naissance à un idiome nouveau, le créole. En Afrique, l'île Maurice est demeurée française de langue. Enfin la conquête de l'Algérie rend aujourd'hui au français les cotes de la Méditerranée, que les invasions arabes, il y a douze siècles, avaient enlevées à la Romania.
L'émigration protestante a également transporté le français en Hollande et dans diverses localités d'Allemagne, où les églises réformées perpétuent la tradition de la langue du xvii® siècle. Enfin il n'est pas un pays d'Europe où notre langue ne soit devenue pour l'aristocratie et la haute bourgeoisie une deuxième langue maternelle. Le français avait été imposé par Louis XIV comme langue de la diplomatie à toutes les cours d'Europe ; il a gardé jusqu'à nos jours ce privilège, qu'il doit autant à ses qualités de souveraine clarté qu'à un droit historique.