Par exemple, on trouve employées à la place du latin
classique : les formes populaires :
arbusta arhoreta (A. Gell. 17, 2), v. fr. arhroie.
pui^iia battalia (Adam. Martyr), fr. bataille.
D'autres mots romans en très grand nombre sont sortis, par compv)sition et surtoutpar dérivation , de mots simples qui se sont maintenus à côté d'eux ou qu'ils ont fait disparaître. Ajoutons encore une foule de néologismes apportés par la conquête et désignant des faits et des idées propres aux institutions nouvelles. En effet, la langue des conquérants germains, qui au ix^ siècle n'était plus parlée en Gaule \ n'avait pas disparu sans laisser des **^aces d'elle-même dans l'idiome des vaincus. Le français d'alors en avait été pénétré, saturé; cependant, dès l'époque capétienne, une bonne partie de cet élément étranger fut graduellement éliminée ; l'élément roman triomj)ha, quoique la langue ait conservé au moyen âge un nombre notable de mots germaniques, et qu'elle en possède encore aujourd'hui quelques centaines.
Ce lexique, miroir fidèle des mœurs et de la civilisation du temps, devait exprimer peu d'idées savantes ; nous verrons en effet qu'un des grands traits de la formation savante est de rendre précisément à la langue les termes abstraits qui lui font défaut; mais il devait abonder en termes désignant des choses matérielles, notant la foule de faits nouveaux apportés par la révolution politique et sociale, et les idées générales que comporte la vie usuelle. Il dut être expressif, imagé, pittoresque,
vincida hoia (Festus), v. fr. baie.
mutare camhire (Apulée), cambiare (Lcx Salica). d'où
changer,
felis cattus (Palladius, etc.), chat,
culina coquina (Arnobe, etc.), cuisine,
imniittere Lance are [Tevlu\\\cx\), lancer,
mandere masticare (Apulée, etc.), mâcher,
columbus pipio (Lampridius), y9/]^^eo/z.
propinquare propiare (Paulin de Noie), approcher,
san guinolentus sanguilentus (Scribonius Largus), sanglant,
hirsutum villutum (Gloss. Mai YI, 501), velu.
^e/irt (joue) ^rtèa^a (écuelle), iv.joue.
humérus spatula (spatule), fr. espadle, espalle, espaule
1. Les Serments de Strasbourg en sont la preuve. Louis le Germanique doit parler français pour être compris des barons de Charles. Ceux-ci avaient donc oublié leur langue maternelle et étaient devenus romans.
habile à rendre les sentiments les plus variés d'un peuple fin et délié.
Formes grammaticales, — C'est dans cette période que les formes grammaticales subissent les transformations les plus profondes. Mais ces transformations, qui se retrouvent presque toutes dans les autres langues romanes, avaient été préparées de longue main et remontaient, au moins dans leur principe, à la langue impériale.
La déclinaison se désorganise et donne naissance à un système nouveau, qui repose sur d'autres principes, et que les âges suivants compléteront pour l'abandonner ensuite sans retour.
Les pronoms, en partie conservés, en partie transformés, se réduisent en nombre, en même temps qu'ils se précisent dans leurs formes et leurs fonctions.
C'est surtout la conjugaison qui est le chef-d'œuvre de la création des langues nouvelles. Un système nouveau sort des débris de la conjugaison latine disloquée. Le passif disparaît en partie, le déponent complètement, le réfléchi est créé de toutes pièces ; un mode nouveau^ le conditionnel, sort d'une périphrase de l'infinitif avec l'imparfait d'at'oiV en latin; un système de temps passés, composés d'un auxiliaire et du participe passé, remplace presque tous les temps simples, passés du latin classique.
Le latin populaire (ici la transformation remonte sûrement à la Rome impériale) arrive, par une analyse plus délicate de la pensée, à un système savant et ingénieux, souple et raffiné, qui se substitue à la belle ordonnance synthétique de la conjugaison classique.
Syntaxe, — Les altérations syntaci^ques sont moins profondes. L'emploi des prépositions, plus large, plus étendu, et celui de la proposition subordonnée personnelle, qui, de bonne heure, semble avoir remplacé dans beaucoup de cas la proposition infinitive, voilà les traits les plus notables de la syntaxe nouvelle. Nous ne parlons
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pas de la perte de ces constructions savantes que l'on admire chez les grands écrivains de Rome. La syntaxe de la langue écrite est la partie du langage qui subit le plus facilement la marque de l'écrivain, mais le plus souvent la syntaxe de la langue parlée et familière ignore ces savantes combinaisons^. C'est la syntaxe populaire de Rome qu'on retrouve essentiellement dans celle du gallo-roman, telle que la science peut la reconstituer.
En somme, une prononciation profondément altérée, qui donne à l'idiome l'apparence d'une langue nouvelle ; un lexique qui ne conserve du lexique classique qu'une part restreinte et abandonne le reste, en y ajoutant'de son propre fonds par des créations originales ou par des emprunts à la langue des conquérants; une grammaire aussi, pleinement modifiée, mais transformée d'une façon originale ; une syntaxe assez stable : tels sont les caraclères de la langue qui va devenir le français.
En face du gallo-roman se place le bas latin, ce latin classique dégénéré, dans lequel écrit le petit nombre dhommes qui ont conservé la tradition littéraire et intellectuelle. Le bas latin, avec une construction qui subit Tempreinte du gallo-roman, possède un lexique plus étendu, puisqu'à coté des mots du gallo-roman qu'il conserve le plus souvent, en les habillant d'une forme latine, il garde la plus grande partie, encore enrichie par lui, du lexique abstrait et savant du latin classique, que le peuple avait abandonné.
Le gallo-roman est parlé par 8 ou 10 milliers d'hommes; le bas latin est écrit ou môme parlé seulement par quelques milliers.
1. C'est là le sens du passage bien souvent cité de Suétone, sur les habitudes de langage do l'empereur Auguste : « necubi lectorcm vel auditorem obturbaret ac moraretur, neque praepositiones A crbis addere, neque conjunctiones saepius iterare dubitavit, quae drlractac afferunt aliquid obscuritatis etsi gratiam augent f Oc^a^^î •Auguste, Lxxxvi). m