‹ Cours de grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 32 sur 57 · SIÈCLE · texte numérisé non relu

SIÈCLE

fùrnum stùppa

f()rn [four] estope, [étc

fùstem nùUum

fiist, fût nul

toupe

51. Voyelles accentuées, libres. — 1*^ Lî el lu du latin classique, i et u du gallo-roman, n'ont p: s changé.

dîcëre

fïiia

*rïdëre (cl. rïdêre)

pùrum

scûtum

virtûtem

aire fille rire

pur

escu, écu i'ertut, vertu

2° L'è et rô (ë, ae, 6 du latin classique) sont les premières voyelles qui s altèrent; dès avant le vue siècle, elles étaient devenues iè et uô -; u6 aboutira i\ eu en passant par uè (§ 94).

bëne mel

quaerit venit

bovem novem novum *ovum (cl sôror

ôvum'

bien miel

quiert [il) vient (il)

buof, bœuf nuof, neuf nuof^ neuf uof^ œuf suor. sœur

1. Quelques mots changent exceptionnellement leur ù ou 6 en Ô : muttum : mot\ nuptias : noces. Orme, a. fr. olme, oui me de ulmum a été influencé par /orme, mot savant.

2. Remarquez les mots fôcum, jôcum, lÔCUm, aujourd'hui feu,jeu^ lieu. Voici comment on peut expliquer ces formes. Le C est tombé de très bonne heure (/bw au x" siècle dans Eulalie) ; et, par la diphtongaison de l'ô, il s'est produit une triphtongue : fuoii^ fuou, luou. La triphtongue s'est réduite de deux façons : d'une

3° Entre le viii® et le ix® siècle, Vé et l'ô (ê et ï, ô et ù du latin classique) se modifient à leur tour et deviennent diphtongues : é devient éi, et 6 devient ou. Plus tard, éi aboutit à ôi (§ 93), et 6u à la voyelle eu, en passant par 6 (§ 94).

*stëla (cl. Stella)

crëdëre

poena péna

fjdem

pilum

pjcem

frigidum (cl. frïgidum)

flôrem

gùla

me/, /eJ, sel; mol^ foi, s<.i

esteile^ estoile, étoile

creidre, creire, croire

peine

feit, fei, foi

peil, poil

peis, pois (poix)

freitj freity froid

fïour, fleur

goule, gueule

Suffixe -ôrera Suffixe -ôsum

-owr(par ex. hellezour, dans la Cantilène de S^^ Eulalie, x® siècle)

'dus (par ex. corrocous, dans le fragment de Valenciennes, x® siècle)

ô et 6 devant une nasale ne se diphtonguèrent pas et donnèrent le même son, Vb dans cette condition étant passé à 6. Il y a eu pourtant, à l'origine, diphtongaison (,à et là pour l'ô libre : buona de bona dans Eulalie; de même Itoem de homo, cuens de cornes ; mais cette diphtongue ne paraît pas avoir pénétré dans le français proprement dit.

4® Vers la même époque, peut-être un peu plus tard, a libre devient e.

spàtha

mare

p^trem

spede (Eulalie), espee, épée

mer

pedre, père

part en u et Ton a eu fu, ju, lu; d'autre part par îa chute ou le changement de la première voyelle : fou (ici les deux labiales f et u se suivaient), fion, Hou, d'où, au xi* siècle, feu, jieu (plus tard.yVî/, voir § 95) et lieu.

satis [as)sez

faba fei^e

al tare altel, autel

C'est alors que la terminaison de l'infinitif -are est devenue ^er, que celles des participes -âtum, -âta, -âtos, -âtâs, sont devenues -et, -ecle, -ez, -edes (plus tard -é, -ee, -es, -ées).

Quelle était la prononciation de cet e au ix® et au X® siècle, et même dans les siècles suivants ? C'est difficile à dire. Il paraît avoir été ouvert, mais il se distingue de rè ouvert sorti de ë, ae entravés (§ 50). On ne trouve jamais au moyen âge un mot comme ostel (de l'adjectif hospit^lem) rimant avec un mot comme chastèl (de castellum) . Et cependant, sous l'action de la palatale, a libre aboutit à la diphtongue iè (§ 54, I, a), comme l'a fait spontanément è libre ^§ 51, 2^). Les formes classiques Deum, Hebraeum, erat, erit, qui sont en latin populaire Dèu, Ebrèu, èrat,èrit, peuvent ou non diphtonguer leur e; et cet e non diphtongue, qui est évidemment un è ouvert, assone ou rime avec l'e issu de l'a : chantez et Dèu, èrt forment des assonances parfaites. Les deuxdiphtongues iè peuvent également assoner de la façon la plus correcte et la plus régulière.

52. Diphtongue AU. — Dans quelques mots latins, au était devenu 6 fermé : ainsi, les noms propres Claudius, Plautius, étaient devenus Clôdius, Plôtius, déjà sous la Ilépublique. Ainsi encore le mot cauda : coda, devenu avant le x® siècle code, plus tard côe, puis keue ou queue. Mais, dans la plupart des mots, au s'était maintenu ; c'est après le viii^ siècle que le gallo-roman du Nord l'a changé en 6 ouvert ^ .

1. Au, pour devenir ô, a dû passer par un son intermédiaire ao. C'est ainsi qu'on a pu songer à dériver les adverbes dre ores (aujourd'hui or) d'un type latin ad. hôram (à 1 heure maintenant) en passant par adora aora, ou bien de ha(c) hora tandis que hÔra est devenu ôre, dure, cure (heure).

102 inSTOIIlE DE LA PRONONCIATION lUANÇAISE

aurum or

claudere clore

taurum v. fr. tdr (d'où taureau)

paupërem, paùpërum pdvre [pauvre]

Ce qui prouve que le changement de au en ô est déjà postérieur au viii^ siècle, c'est la comparaison des mots chose de causa, chou de caulem avec queue de coda (cl. cauda). Si causa, caulem avaient été en gallo-roman cosa, colem, ils n'auraient pu aboutir à chose, chou. Ces dernières formes s'expliquent par le changement du c en ch devant a (§ 7-i). Or ce changement n'a eu lieu qu'au viii^ siècle, et, par suite. Tau de causa et de caulem n'a pu se changer en o qu'après cette époque.

Une autre diphtongue au a pu se former en galloroman, soit par suite de la chute d'une consonne placée entre a et u :

fagum, faum, fauum fou

gracula, gragula, graula grdle

soit par suite du changement après a de v en u :

clavum, clauum clou^ clou

fabrica, favrega, faurga f^^^^

gabata, gavata, gauda jode, jde^ joue

parabola, paravla, paraula parole

Dans les deux cas, cette diphtongue postérieure a abouti en ancien français à à, qui a disparu plus tard dans clou et fou à cause de l'u et dans joe sous l'influence àe jouée.

53. Consonnes troublantes. — Ces modifications des voyelles libres accentuées sont, comme on le voit, d'une remarquable régularité. Reportons-nous au

triangle vocalique du § 23, et, d'après ce modèle, disposons les voyelles latines :

Nous voyons d'abord é et 6 libres aboutir à des diphlongues le, uo, qm sont constituées en préposant a la voyelle primitive les deux voyelles terminales de la série (i et u) ; de même é et 6 aboutir à des diphtongues éi, ou constituées en postposant à la voyelle primitive les voyelles i et u. Dans la seconde période nous verrons éi passer à ôi et inversement ou [)artager les destinées de la diphtongue eu (g 94).

Mais cette régularité du vocalisme gallo-roman a été troublée, dès cette première période, par le voisinage de certaines consonnes, la palatale, la nasale et la liquide 1. La palatale et la nasale agissent dès les premiers temps de la période, la liquide 1 commence à agir vers la fin.

54. Action troublante des palatales. — Par palatales, nous entendons des consonnes ou des groupes de consonnes qui peuvent aboutir ;i un yod. Ce yod, combiné avec la voyelle précédente ou suivante, forme une diphtongue. Ces ])alatales sont les suivantes :

1° Un i consonne (ou j) : jacet, januarium.

2° ë et ï atones en hiatus : -arïum, pretïum, vinëa. Cet ë et cet ï aboutissent à un yod, comme on le verra §60.

3° Les consonnes c (q, x = es) et g : îacere, equa, laxare, légère.

I. Action des palatales sur A. — L'a peut être, ou précédé, ou suivi, ou précédé et suivi d'une j)alatale.

[a] L'a libre, précédé d'une palatale, est devenu, non pas e (§ 51, 4^j, mais iè, et cela dès l'origine de ses transformations.

caput chief[chef)

mercatum marchiet (marché)

collôcare colchier^ couclder [coucJier]

cochlëarium cuillier [cuiller)

manducare mangîer

calcëare c/ialcier, cliaucier [chausser]

plïcare pleiier [plier]

negare neiier, neier [nier]

christïanum crestiien, crestien [chrétien)

pretïarc preisier [priser)

consïlïare conseillier

balnëare baignier [baigner)

aranea araigne

laxare laissier (laisser)

cogitare cuidier [culcler]

*ajutare (cl. adjutare) aidier [aider]

*impejorare (ci. pejorare) empeirier [empirer)

[b] Suivi d'une palatale, a, libre ou entravé, s'unit à cette palatale transformée en yod, pour donner la diphtongue ai : facëre, faire; tacet, laist -, placet, plaist; factum, fait) macrum, wa/o/e ; acrem, *^crum, aigre; aquila, aigle; vairium, vair; area, aire.

[c] Précédé et suivi d'une palatale, il devrait donner la triphtongue lai ou ièi ; mais celle-ci se réduit immédiatement par la chute de la voyelle médiale, et les deux i se fondent en un seul : jacet, [jieist] gist ; jactat, (Jieite) gîte ; cacat, [chieiet) chie. Le suffixe des noms de lieux -iacum aboutit à -iei, -i (orthographié y] : Latiniacum, [Laîniei] Lagny \ Victoriacum, [Victriei] Vitry ,

(ri) On n'a pas encore expliqué d'une façon certaine pourquoi, dans les polysyllabes, le suffixe -arium, -aria, est devenu -zer, -ière. Précédé d'une palatale, il devrait donner -ir[c)-; non précédé d'une palatale, il devrait donner -air [b). Or il donne -ier quand il est précédé d'une palatale : *aciarium, acier; viridiarium, vergier, etc.; il

donne de même -1er quand il n'est pas précédé d'une palatale : primarium, premier, etc.

II. SurE et O. — Suivis d'une palatale, libres ou entravés, ils aboutissent, par la diphtongaison de la voyelle (traitée comme libre] et l'altération de la palatale en yod, aux trijditongues ièi et u6i, lesquelles, par la chute de la voyelle médiale, se réduisent de bonne heure, l'une à la diphtongue ii, puis à la voyelle simple i, l'autre à la diphtongue tii.

de ce m [dieis] dis, dix

lectum Uieit) Ut

légère [lieirc) lire

s ex [sieis] sis, six

corium [cuoir] cuir

noctem [nuoit] nuit

*plôvia (cl. plùvia) [pluoie] pluie

^trôja (cl. trôjaj [truoie] truie

III. Sur AU. — Suivi d'une palatale, au (§ 52) aboutit en se combinant avec elle à la diphtongue ôi :

gaudïa joie

nausëa noise

IV. Sur E. — Précédé d'une palatale, il aboutit, en se combinant avec elle, à i (et non à éi), sans doute par l'intermédiaire d'une triphtongue iéi.

cçra [cieire], cire

mercêdem merci

*pagênsem, pagésem paies [pays]

placëre plaisir

Suivi d'une palatale, il aboutit, comme é libre, à ci, mais sans doute plus tôt.

dirëctum, drçctum dréit, droit

tçctum '\éit, toit

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