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IV. Loi du balancement des Ioniques et des atones

59. Balancement des toniques et des atones. — Les voyelles subissent des modifications suivant qu'elles sont accentuées ou non. Or, il arrive souvent qu'un même radical, dans deux formes voisines, nous présente la même voyelle, tantôt frappée du temps fort, tantôt atone. Ce balancement entre la forme accentuée et la forme atone est fréquent dans la conjugaison et dans la dérivation françaises.

Plus on remonte haut dans l'histoire de la langue, mieux on observe ce jeu régulier des alternances phonétiques, dont notre conjugaison actuelle conserve encore quelques traces.

1. La palatale, quand c'est un C, disparaît parfois sans se changer en yod (§ 76,3'') ; en ce cas, il n'y a pas de diphtongue : fluctuare, flottare, floter ; jactare, jettare, jeter.

2. Les com'binaisons de è, e, d, ô, u atones avec le i/od palatal, ne sont pas aussi rég-ulières que celles des mêmes voyelles accentuées. Nous ne pouvons ici que constater les faits sans chercher à les expliquer.

Conjugaison de l'ancien fi a é

\ amat I amantem i tënes I tenetis j dêbes ) dèbëtis ( *minas ( *minatis prpbas prpbatis \ plôras ] plôratis

ançais (cf. § 226) ;

[il) aime

amant

[tu) tiens

(i>ous) teneiz [tenez)

[tu) deis, dois

(ços) deveiz [devez)

(tu) me in es

ços) menez

tu) pruoves, preuves [vos) prdvez^ prouvez [tu) pleures, pleures [vos) pldrez, pleurez

De même la comparaison entre des mots primitifs et leurs dérivés donne :

mare

mer

marinum

marin

pëtra *pëtrpnem

pierre perron

sërum

seir, soir

*sêrata

seree [soirée)

minus

meins, moins

minutum

menu

nôvum nôvella dolôrem dolôrosum

nuof, neuf nôvelle, nouvelle e dôlôur^ douleur ddlôrous, doulourux

Soit le suffixe -arium, qui devient -ier (§ 54, 1, d); ajoutons-y le suffixe accentué -ja, français -ie (§ 315) : l'a devient atone et se change en e féminin :

cab ail arium *caball-ar-|a

cheval" ier cheval-er-ie

La plupart des faits de dérivation nous montrent l'application de ces lois. Les mots de formation primitive s*y soumettent régulièrement : les mots de formatioii postérieure peuvent y échapper.

112 UISTOIKK Dli: LA PRONONCIATION FRANÇAISE

Le latin têla a donné telle, plus tard toile, et le mol français toile a donné à son tour toilette. Si toilette ai)partenait à la formation ])rimitive, il serait telette. Chaleureux, valeureux, sont modernes : formés anciennement, ils seraient chalôros, chaloureux, valoros, valoureux. Pièce a formé récemment rapiécer, tandis qu^ dépecer remonte aux premiers temps de la langue (cf. § 312, 5).

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