‹ Cours de grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 36 sur 57 · V. De l'hiatus · texte numérisé non relu

V. De l'hiatus

00. De i/hiatus. — On appelle hiatus la rencontre de <'!eux voyelles consécutives à l'intérieur d'un mot. Le latin possédait un grand nombre d'hiatus :

ea

ee,

ei,

eu

ia.

ie,

ii,

io,

lu

ua,

ue,

ui,

uo,

uu

Le gallo-roman du Nord ne peut soutenir ces rencontres de voyelles et les transforme de diverses manières.

Déjà le latin populaire avait, vers la fin de l'Empire, simplifié ces hiatus, en changeant régulièrement l'ë en ï dans les groupes ëa, ëo. Ainsi :

vjnëa

était devenu

vinîa

palëa

palïa

*balnëâre

bal m are

linëum

linïum

Le gallo-roman connaissait donc surtout des hiatus formés de la rencontre d'un ï ou d'un ù avec une vovelle : il transforma l'ï en yod palatal, qui modifia, en se combinant avec elle, la consonne ou ia voyelle précédente, e* fù en la consonne v ou w, qui put à son tour agir sur If^s sons qu'elle suivait.

1° Parfois l'i et l'u se changèrent en consonnes, en modifiant ou en faisant tomber la consonne précédente:

co

servientem sergent

pibionem (pour pipionem) pigeon

"sabium sage

sapiat sache

apia pluriel d'apium) acJie

januarium janvier

aquarium évier

annualem v. U\ anvel

vidua veuve

2° Si la consonne qui précède l'i est 1 ou n, le yod se mbine avec elle pour former 1 mouillée oa n mouillée ^:

filia fille

palea paille

muralia (adjectif pluriel neutre) muraille

'meribilia (cl. mirabilia, id.) merveille

vinea vigne

l|nea li<^ne

Campania Champagne

Avenionem Aviisnon

Quelquefois le yod n'agit pas sur 11 ou Tn ; mais cela n'arrive que dans des mots de formation savante, quoique très anciens :

palliuni paiie, paile

monachum, monicum, moni-um monie, moine

canonicum, canoni-um chanonie^ chanoine

apostolicum, apostoli-um apostolie, apostoile

Dans les graphies pâlie, monie, chanonie, apostolie, <|ui se rencontrent au xi^ siècle, Ti n'est pas voyelle, mais consonne; il a passé bientôt par-dessus la consonne pré- •cédente, pour faire diphtongue avec la voyelle accentuée.

3° Si la consonne précédant l'i est un t (§ 77), ou un

1. Dans quelques mots, comme laneum , l^nge , lineum, linge, *grania, ^ran^e, extraneûm, étrange, le yod ne se combine pas avec l'n, mais se change en g, et In a nasalisé Ja voyelle précédente.

c (§ 78), ou un d, Ti se combine avec t et c, pour former, soit ç fss), soit is, avec d pour former j (noté quelquefois par g) :

palatium

palais

rationem

raison

cantionem

chançon, chanson

lectionem

leçon

factionem

façon

soiacium

solaz^ soûlas

glacia f(cl. glacies)

glace

faciamus

faciens (auj. fassion

*de-usque

jusque

diurnum

j6rn^ jour

hçrdeum

orge

4*^ Le yod peut encore passer par-dessus la consonne pour former avec la voyelle une diphtongue :

nausea

noise

*ceresia

cerise

basiat

baise

corium

cuir

area

aire

varium

vair

paria (adj.

pi.

neutre)

paire

5° Enfin l'hiatus se résout par la chute ou le changement de la première voyelle :

mea, tua, sua ; ma, ta, sa, mortuum, mortum battuere, battere quattuor, quattor parietem, paretem quietum, quetum

L'hiatus, au contraire, (cl. leonem), lion.

6° L'accent s'est déplacé : il a passé de l'e ou l'i en hiatus sur la voyelle suivante dans les mots en -eolum, -iolum pour -eolum, -iolum (cf. p. 87, n. 2, et § 316, 9).

/72.a, ta^ sa

mort

batre [battre]

quatre

paroi

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