V. De l'hiatus
00. De i/hiatus. — On appelle hiatus la rencontre de <'!eux voyelles consécutives à l'intérieur d'un mot. Le latin possédait un grand nombre d'hiatus :
ea
ee,
ei,
eu
ia.
ie,
ii,
io,
lu
ua,
ue,
ui,
uo,
uu
Le gallo-roman du Nord ne peut soutenir ces rencontres de voyelles et les transforme de diverses manières.
Déjà le latin populaire avait, vers la fin de l'Empire, simplifié ces hiatus, en changeant régulièrement l'ë en ï dans les groupes ëa, ëo. Ainsi :
vjnëa
était devenu
vinîa
palëa
palïa
*balnëâre
bal m are
linëum
linïum
Le gallo-roman connaissait donc surtout des hiatus formés de la rencontre d'un ï ou d'un ù avec une vovelle : il transforma l'ï en yod palatal, qui modifia, en se combinant avec elle, la consonne ou ia voyelle précédente, e* fù en la consonne v ou w, qui put à son tour agir sur If^s sons qu'elle suivait.
1° Parfois l'i et l'u se changèrent en consonnes, en modifiant ou en faisant tomber la consonne précédente:
co
servientem sergent
pibionem (pour pipionem) pigeon
"sabium sage
sapiat sache
apia pluriel d'apium) acJie
januarium janvier
aquarium évier
annualem v. U\ anvel
vidua veuve
2° Si la consonne qui précède l'i est 1 ou n, le yod se mbine avec elle pour former 1 mouillée oa n mouillée ^:
filia fille
palea paille
muralia (adjectif pluriel neutre) muraille
'meribilia (cl. mirabilia, id.) merveille
vinea vigne
l|nea li<^ne
Campania Champagne
Avenionem Aviisnon
Quelquefois le yod n'agit pas sur 11 ou Tn ; mais cela n'arrive que dans des mots de formation savante, quoique très anciens :
palliuni paiie, paile
monachum, monicum, moni-um monie, moine
canonicum, canoni-um chanonie^ chanoine
apostolicum, apostoli-um apostolie, apostoile
Dans les graphies pâlie, monie, chanonie, apostolie, <|ui se rencontrent au xi^ siècle, Ti n'est pas voyelle, mais consonne; il a passé bientôt par-dessus la consonne pré- •cédente, pour faire diphtongue avec la voyelle accentuée.
3° Si la consonne précédant l'i est un t (§ 77), ou un
1. Dans quelques mots, comme laneum , l^nge , lineum, linge, *grania, ^ran^e, extraneûm, étrange, le yod ne se combine pas avec l'n, mais se change en g, et In a nasalisé Ja voyelle précédente.
c (§ 78), ou un d, Ti se combine avec t et c, pour former, soit ç fss), soit is, avec d pour former j (noté quelquefois par g) :
palatium
palais
rationem
raison
cantionem
chançon, chanson
lectionem
leçon
factionem
façon
soiacium
solaz^ soûlas
glacia f(cl. glacies)
glace
faciamus
faciens (auj. fassion
*de-usque
jusque
diurnum
j6rn^ jour
hçrdeum
orge
4*^ Le yod peut encore passer par-dessus la consonne pour former avec la voyelle une diphtongue :
nausea
noise
*ceresia
cerise
basiat
baise
corium
cuir
area
aire
varium
vair
paria (adj.
pi.
neutre)
paire
5° Enfin l'hiatus se résout par la chute ou le changement de la première voyelle :
mea, tua, sua ; ma, ta, sa, mortuum, mortum battuere, battere quattuor, quattor parietem, paretem quietum, quetum
L'hiatus, au contraire, (cl. leonem), lion.
6° L'accent s'est déplacé : il a passé de l'e ou l'i en hiatus sur la voyelle suivante dans les mots en -eolum, -iolum pour -eolum, -iolum (cf. p. 87, n. 2, et § 316, 9).
/72.a, ta^ sa
mort
batre [battre]
quatre
paroi