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s'est maintenu dans *liônem

Section II. — Histoire des consonnes

61. Consonnes latines. — On a vu que les consonnes latines sont b, p; d, t; g, c (ou k, ou qj ; v, f; z, s, i, h; 1, m, n, r, et les groupes ch, ph, th. Elles peuvent se présenter dans le mot, comme simples (pater), doubles [cuTrit]^ ou en groupe [siatua, scribere, monslrare) ; et. suivant letfr situation, comme initiales [pater^ flamma), médiales (paler, inf^ernum, asirum]^ ou finales {pate\\ amant). Les changements qu'elles éprouvent dépendent de leur condition et de leur situation.

f. Consonnes simples.

62. Consonnes simples initiales. — Les consonnes initiales demeurent intactes dans cette première période; et, de fait, elles se sont maintenues jusqu'à nos jours sans changement, sauf les palatales qui doivent être étudiées à part .

bonum patrem dentem

- bon

pedre, père dent

tenere volare ferrum

tenir voler fer

sanum lavare

sain laver

morire

(cl. mori)

morlr., mourir

nùcem

nois (noi.v)

rem

rien

Nous parlerons plus loin de c (k, q), g, i, h et d.^s combinaisons ch, ph, th. Quant au z, ce n'était pas ul son latin, c'était un son emprunté, qui ne se rencontrait que dans quelques mots grecs. Il est devenu j : *zelosum, jalchis, jalôs^ jaloux ; zîzyphum, jujube.

116 HISTOIRE DE LA PnONONCIATION FRANÇAISE

A côté de ces lois générales, on peut constater quelques anomalies.

[a) Dans *vervicem (cl. vervecem), le v intérieur éiant devenu b, comme dans curvare, *curbare, courber ; corvum, *corbum, corp (d'où corbeau), la consonne initiale a été assimilée à la consonne intérieure : *berbicem, berbis, brebis.

Dans Vesuntionem, aujourd'hui Besançon, le même changement de v en b est dû peut-être à un fait de prononciation gauloise.

Dans *varactum, guéret, pour vervactum, le v intérieur est tombé.

Sous l'influence de causes diverses, le v est changé en f dans :

vicem feiz, fois

vapïdum fade

F s'est changée en h dans fçris, hors, autre forme de fors.

{b) Dans quelques cas, une influence germanique a amené le changement du v en gu. Des mots allemands, imj)ortés par les invasions franque ou bourguignonne, avaient régulièrement changé leur w initial en gu :

verra

guerra

guerre

warjan

guarire

guarir, guérir

wardan

guardare

guardoTj garder

Cette prononciation, d'origine germanique, s'est substituée à celle du v initial de quelques mots latins, sous l'influence de mots germaniques voisins par la forme ou par le sens, ou par l'effet d'autres causes inconnues :

vespa wespa guespe, guêpe

vagina wagina guaïne, gaine

vadum wadum g^^t, gué

vastare wastare guaster, gâter

Vasconia Wasconia Guascogne, Gascogne

*varactum waractum guarait, guéret

Le groupe gu devait se prononcer gw plutôt que gw.

[c] Dans trois mots, m initiale est devenue n (^our éviter sans doute deux labiales consécutives) :

mappa nape, nappe

matta nate, natte

mespilum nesfle, nèfle

63. Consonnes simples mêdiales. — La plupart des^ médiales, spécialement les explosives et les continues, se sont affaiblies dans la période que nous éludions, quelques-unes pour disparaître dans la période suivante.

Ainsi du v® au x<^ siècle, s'établit l'état de choses suivant :

Labiales :

est

devenu b, puis

est devenu

reste

Dentales :

est devenu

reste

De la même r<îçon, s sourde est devenue s sonore. Ainsi :

*sapêre (cl. sapera) saveir [savoir]

*recipêre, [c\. recipëre] receveir [recevoir) habere aveir [avoir]

probare prover [prouver]

latare laver

levare lever

mutare muder [muer]

*potëre (cl. posse) podeir [pouvoir]

* credere creldre [croire]

*ausare (cl. audere) oser ^

causa chose

Notons quelques anomalies. Dans plusieurs noms et participes, sous l'action principalement d'un ô ou d'un u qui la suit, la labiale médiale disparaît:

1. Pour l'f il n'y a d'autres exemples certains en français que- *bifacein, biais, et *SCrofellas, escroe/es, écr Quelles, où lamédiule est tombée.

• nuba nue

*tabonem(cl. tabanum) taon

pavonem paon

pavorem peor [peeur, peur]

ovicuîa oeille [ouaille] -y'.

*ad-percep-utum aperceû^ aperçu

*hab-utum (cl. habitum) eu, eu

uvitta uette [luette] ^-

Le z rnédial ne se trouve que dans la terminaison verbale -izare. Dans la langue savante, elle est devenue -iser avec s douce. Dans la langue commune, elle sert à former nos verbes en -oyer (plus anciennement -eier, -oier)^ tels que ondoyer, poudroyer, verdoyer, etc. (§ 318). Baptiser (baptizare) se disait dans l'ancienne langue bat oie r.

Cet affaiblissement des médiales est un des traits les plus caractéristiques du nouveau consonnantisrae. On le retrouve presque aussi fortement marqué en provençal, un peu moins en espagnol et en portugais, moins encore en italien et en roumain. Néanmoins, c'est un fait général, dont les commencements remontent au latin populaire de l'Empire.

64. Consonnes simples finales. — 1° Les consonnes finales latines étaient c, d, 1, m, n, r, s, t. Les finales c, d, 1 ne se trouvent que dans quelques mot^; les autres sont très fréquentes. Elles se maintiennent toutes jusqu'au X® siècle, sauf c (§ 75), m et, dans un seul mot, n. Aux époques ultérieures, quelques-unes disparaissent.

M est tombée dès les premiers temps de l'Empire romain, à la fin de tous les mots, sauf de quelques monosyllabes. Le latin populaire disait rosa, muru, omine, fructu, die, en face du latin littéraire rosam, murum, hominem, fructum, diem. Mais les monosyllabes rem, meum, tuum, suum, qui avaient sans doute déjà commencé à altérer la prononciation de Tm, avant que dans les autres mots Tm finale tombât, présentent une prononciation spéciale, peut-être un commencement de nasalisation, qui, dans la seconde période, produira les voyelles nasales è et ô (§ 91 et 92).

N est loinbée, comme m, dans nomen et tous les mois en -men ; le latin populaire de la Gaule disait nome, exame, levame, etc. Seul le motnono-arde son n : il reste non, cpiand il est accentué, et devient nen, quand il est alo^e (§ 480 1.

2° La chute des consonnes finales, et spécialement celle de m, eut j)0ur effet de rendre finales des voyelles atones qui étaient médiales en latin; et comme, vers le vil® siècle, ces atones (sauf a) tombèrent elles-mêmes le plus ordinairement (§ 47), des consonnes médiales devinrent à leur tour consonnes finales. Ainsi l'r c'e murum devenu muru, puis niiu\\ de talem, devenu taie, puis tel.

Cette chute de la terminaison latine amena naturellement le changement de certaines des consonnes devenues finales. Si 1, r, s se maintiennent, cette dernière sourde, m, n, tout en se maintenant, commencent peutêtre, dès avant le x® siècle, à nasaliser les voyelles précédentes. En outre, d passe à t; b, p, v passent à f^ :

f id e m fe ul , [e it[fo i)

^l,,,JXji,ys^ sébum se[- [suif]

^'' caput cliicf, chef

clavein clef '^

II. Consonnes doubles et groupes de consonnes. 65. GllOUP£S DE CONSONNES GALLO-ROMANS. — Le latin

possédait un grand nombre de consonnes doubles et de

1. Ces consonnes ne peuvent évidemment êtic reg-ardées comme finales qu'à une pause dans la phrase. Quand le mot auquel elles appartiennent est intimement lié au mot qui suit, elles sont, en certains cas, traitées comme médiales. Voilà pourquoi on dit aujourd'hui neuf^ mais neuv-heurcs ; dix, mais diz-hommes (cf. l 120^.

2. Dans sebum. Je b s'est aussi vocalise en u, d'où sciï, siu. sui. La forme actuelle suif est un mélange de sef et de sui. U s'était changé en v dans ibi, iV, t, y.

3. Le V après a s'est changé en u dans clavum, clauum^ clou (§ 52). Dans /ou 'l(>î:p), jou [jouf^), fou (hêtre), la (consonne, au lieu de devenir iinnle. est tombée de bonne heure; on a eu llium de liipum juum de jùgum, faum de fagum; d'où les formes looii, joou. foou^ puis lou, jou, fou.

groupes de consonnes. Le gallo-roman, par la chute des atones finales, pénultièmes et contre-finales, en ajouta beaucoup d'autres, pour les réduire tous aussitôt, anciens et nouveaux, et faire triompher l'euphonie. Les consonnes doubles se réduisirent à des consonnes simples, et les groupes de deux ou de plusieurs consonnes disparurent, sauf ceux dont la première ou la dernière était n, 1, r -ou s, c'est-à-dire une consonne de prononciation facile •et coulante.

66. Consonnes doubles. — Les consonnes doubles, qui sont toujours médiales, perdent le premier élément : pp se réduit à p ; bb à b ; tt à t; 11 à 1, etc. : cappa, chape; abbatem, abet, abé; gutta, goûte; bellam, bêle, vAc. Les époques postérieures feront le plus souvent reparaître, par préoccupation d'étymologie, la consonne (ombée ; mais la prononciation ])ropre aux temps modernes restera le plus souvent intacte. Ainsi dans ■nbbé^ goutte, belle.

Seuls, peut-être, les groupes rr et ss demeurèrent âion altérés : terra, terre, germ. werra, guerre, lassa, /asse.

67. Groupes initiaux de consonnes. — i^ Ces groupes -^ont souvent formés d'une explosive ou d'une continue «et d'une 1 ou d'une r : bl, pi, fl, cl, gl; br, pr, fr, cr, gr, «dr, tr, etc. Ils se sont maintenus sans changement, parce que la liquide, 1 ou r, n'est point sujette à Taltcration et ([ue la première consonne, en qualité d'initiale, ne change pas. Il n'y a d'exception que pour le verbe trëmere, qui devient criembre (plus tard craindre), et quelques mots commençant par cl (§ 71, n.).

2^ Il faut considérer à part les groupes initiaux que forme l's, suivie d'une des consonnes c, p, t, m : scriî)ere, sperare, stare, smaragdum. Le latin populaire ne j)ut tolérer ces groupes et les réduisit en les faisant précéder d'un ï (devenu plus tard é) euphonique, de sorte que le groupe initial devint médial.

Latin populaire : iscribere, isperare, istare, ismaragdum "Gallo-roman : éscribere, ésperare, éstare, ésmaragdum

Toutefois, celte addition del'éne se produisait qu'autant que le mot précédent était terminé par une consonne. S'il finissait par une voyelle, le groupe se reposait sur cette voyelle et ne changeait pas. Voilà pourquoi la séquence de Sainte-Eulalie écrit une specle, c'est-à-dire una spatha (une épée),

11 en est encore de même au siècle suivant ; mais au XII® siècle, le euphonique est devenu d'usage général, que le mot précédent se termine par une consonne ou par une voyelle.

Pour les groupes dont la seconde consonne est un i (yod), comme dans diurnum, yod^r, voir § 60, 3^.

Ç>^. Groupes médiaux. — Ces groupes sont latins ou romans. Quand ils sont de formation romane, il leur arrive parlois d'être produits à une époque qui a déjà vu l'altération de l'une des consonnes. Ainsi cùbïtum devient cobédum avant de perdre son atone pénultième : de là, cob-dum. Le groupe n'est donc pas ici bt, mais bd : cobdum donnera code, coude. De même carricare était devenu carregare; de là cargare, chargier, charger, où le groupe est rg et non rc.

1° Dans les groupes de deux consonnes, la première consonne persiste quand c'est 1, r, n, s :

alba albe^ ])uis aube

mol e re moire, moldre, puis moudre

ardentem ardent

barba barbe

centum cent

bon i tatem bontet, bonté^

crista cresic, crcte

fçsta feste, fête

M subsiste aussi en général, mais se change en n, en particulier devant les dentales et les palatales :

gamba jambe

nom i nare nomer [nommer]

1. Le croupe ns toutefois s'est réduit de bonne home à s mensem, mesem, meis, mois; ;nsula, is(u)la, isle, île.

122 HISTOIRE 1!E LA PRONOXv:iAïIO>i FRANÇAISE

sem(i)ta sente

rum^iicem ronce

T, d, p, b, V devant r sont, en général, traités comme des consonnes simples médiales ; mais souvent et de fort ])onne heure, t, d se sont assimilés à l'r ou ont (iisparu :

latronem laclron^ puis larron

patrem pedre, j^uis père

but(ijruin burre, beurre

credfejre creldre^ croire^ croire

hed[e)ra iedre, ierrc [lierre]

cathedra chadicdre, chaiere^ chaire

aprilem avril

lep(o)rem lièvre

febrem fièvre

rob:0 rem rouvre ■

vjv(eire vivre

Quand la seconde consonne est 1, t et d tombent ou s'assimilent à 1 :

rotuiium *rotle, role^.^^y

crotfu lare *crotler, croller, crouler

mçd u lum *niodle, molle, moule

*cerced(u)la(cl. querquedula) *cercedie, cercelle, sar~

celle

Pour p et b, il y a eu hésiuition. P subsiste dans couple decop(u,la,/?eï^p/e depopfujlum, mais s'est changé en b dans double de duplum. B s'est maintenu dans hièble de eb:u)lum, meuble de mpbijlem, table de tab(u)la, mais de fort bonne heure a dû passer à v et de là à u dans parab^o la, paravia, paraula, parole ; tab(U)la, tavla, taula, tôle.

Devant n, d s'assimile quelquefois :

bodfiina, bodne, bonne, puis borne

\. Il faut écarter ici les mots où tl en gallo-roman était devenu cl : vet(u)lum, veclum (§ 76, 4o).

Hors de ces cas, t, d, p, b, v tombent régulièrement:

plat(ainum plane

advocatum avoué

caps a chasse

sap i da sade (dans maussade) ^

subtjle soutil (auj. subtil)

dub i)tare douter

nav^i.gare na^ler, nager

Quant à la seconde consonne, elle persiste en général sans changement :

rupta rou/e

debfi'ta deic, puis dette

ardentem ardent

culpa coulpe

carbonem charbon

infantem enfant

servire servir

• fab u;Ia fable

firma ferme

^s(i)num asnc, dne^

2° Quand le groupe est formé de trois consonnes ou plus, la première ou la dernière est toujours une des liquides 1, r, m ou n, ou bien s. Ces grouj)es complexes sont traités d'après les mêmes principes que ceux de deux consonnes. Ainsi presbyter, presb-terdonnejores^/'e; hospitalem devient ostel.

Généralement, le sort de la consonne du milieu est déterminé par l'euphonie du groupe : pûlverem, polv-re, pol-re, pol-d-re, poudre ; le groupe Ivr était trop difficile à prononcer. De même : *torquëre (cl. torquëre), torvëre, torv-re, tor-d-re, forffi'ces, forces ; galb(ijnum) jalbne^ jalne, jaune.

1. Les exceptions sont peu nombreuses. Citons verbena, i^erueine pour verheine; verba, ven^e pour verbe, et les mots où t s'est changé en d par Ruite de la persistance plus longue de i atone pénultième; cubitum coude, placitare /'/azWû'r, VOCita vuide, ^'ide {% 49).

3° Il faut considérer à part les groupes que forment les liquides 1, r, m, n entre elles ou avec s.

Groupe L-R :

molere, mol-re mol^d-re^ moudre

valore, val-re habet val-d-ra, vaudra

îallere, fal-re habet fal-d-ra, faudra

Ce groupe dégage donc un d qui s'intercale erUre 1 et r.

Groupe N-R :

tenerum, ten-rum ten-d-re

generum, gen-rum gen-d-re

VeneriS; Ven-res d|em ven-d-resdl, vendredi

Les futurs de tenir et de venir sont ten-ra , ven-ra^ ien-d-ra, ven~d-ra (auj. tiendra, viendra),

jùngëre, joyn-re f§ 80, 4^) join-d-re tingere, téyn-re (§ 80, 4°) tei-n-d-re vïncere, veyn-re (§ 76) a.-fr. vein-t-re

Dans les deux premiers exemples, la dentale sonore d s'intercale entre Tn et r ; dans veintre, nous avons la dentale sourde t au lieu de d à cause de la sourde c (= k) qui suit Tn.

Groupes M-R et M-L :

caméra cham-b-re

memorare [re]mem-h-rer

cùmulum com-b-le

cumulare com-b-ler

tremulare trem-b-ler

sïmul^re sem-b-lcr

Ainsi les groupes mr et ml dégagent un b, qui s'intercale entre les deux consonnes.

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