‹ Cours de grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 39 sur 57 · III. Palatales · texte numérisé non relu

III. Palatales

70. Palatales. — Sous ce titre, nous réunissons les consonnes c (k, q) et g ; le t suivi d'un e ou d'un i en hiatus; le yod ou i consonne; enfin h, avec les combinaisons ch, ph, th.

Le c el le g latins se prononçaient toujours durs, quelle que fût la voyelle suivante. Cicero était prononcé Kikero ; dans gelo el gigno, g avait sensiblement la même valeur que dans les mots français guère et gui. Mais ces consonnes se sont altérées de diverses manières durant ia période que nous étudions.

71. C INITIAL DEVANT L, R, 0, Ù. — Au commencement des mots ou après une consonne, c conserve jusqu'à nos jours la prononciation latine devant 1 \ r, o, ù •

clarum cler [clair]

^inclausum enclos

crêdere creidre, croira

corpus cors [corps]

cuneum coin

cura cure

percùrsum parcours '

72. C INITIAL DEVANT E OU I. — Dans cette condition, c commença vers la fin de l'empire à prendre un son sifflant, autrement dit à s'assibiler, et finit par aboutir à la sifflante composée ts. On conserva la notation c, sauf à la fin des mots, où ts est écrit z jusqu'au xiii^ siècle (§ 101) :

1. Exceptions : cl^ssicum glas, craticulum graïl, greïly gril et * clSiriSi glaire , ce dernier confondu avec glaria {gravier) ; <'f. gras qui a remplacé cras de crassum sous l'influence de ^ros\ de même gourde a remplacé courde du CUCUrbita sous l'influence de sourd.

c^elum (pron. kélum) cêra fj3ron. kéra) circulum (pron. kirkulum) conque (pour quinque) mercëdem (pron. merkedem' dùlcem (pron. dulkem)

ciel (pron. tsieï) cire (pron. tsire, tsiel] cercle (pron. tsercle) cinc, cinq (pron. tsinq) merci (pron. mertsi) dolz^ douz [doux]

73. C INITIAL DEVANT A. — Le groupe initial ca se changea en tch(a, e, ie), sans doute en passant par kya et tya. La nouvelle prononciation fut notée par oh :

caput

chief, chef

carum

chier^ cher

campum

champ

câballum

cheval

circare

cerchier (plus tard chercher

pïscare

peschier^ pêcher

Ce changement, qui a probablement commencé au via® siècie, était accompli au x®. Il n'at pas atteint certains mots : dans cavea cage, calcare côàher, le c initial a sans doute subsisté par dissimilation ; dans '^'caveola geôle, *carptiare jarcer, gercer, caryophyllon girofle, il avait dû s'altérer en g déjà dans le latin populaire. Pour d'autres exceptions relatives à c devant a et à C devant e ou i, voir § 101.

74. C MÉDiAL SIMPLE. — C médial s'affaiblit, comme toutes les autres explosives.

1^ Devant o, u, c s'est d'abord affaibli en g, et ce g n'a pas tardé à tomber :

acutum a. fr. eût, eu

ciconia — ceogne

cicuta — ceûe

locusta — looste, lauste

secundum — seojit %

securura ^ seiXr, sûr

Certains de ces mots ont été refaits très anciennement sous une forme demi-savante, plus voisine du type

latin, avec le C adouci en g : aigu pour cii, cigogne pour ceogne, ciguë pour ceue^ langouste pour lauste, second j)onr seont. Aiguille d'un type latin *acucula est un mot (iifficile à expliquer.

2° Devant a, le c médial devient yod après a, e, i. Après les autres voyelles, il est en général tombé :

bac a baie

pacare pai-icr, payer

nëcare nei~ier, noyer

plicare plei-ier^ ployer

Mais

c arnica charrue

lactuca laitue

locare louer

3° Devant e, i, il y a trois cas à distinguer :

A. Ce, ci toniques donnent uni qui forme diphtongue avec la voyelle j^récédente ou se lond avec elle et est suivi d'une s sonore :

cocina (cl. coquina) cuisine

*focile fuis il [fusil)

licere leisir, loisir

racïmum (cl. racëmum) raisin

vicinum veisin, voisin

B. Ce atone dans la syllabe finale cem donne nno s sourde, notée jusqu'au xiii® siècle par z, puis p.u- s, souvent depuis par x :

bifacem biais

crucem crois, croix

nucem nois, noix

p|cem pois, poix

vicem fois

75. C FINAL. — C final latin ou roman, s'il est précédé d'une voyelle, devient un yod qui forme diphtongue avec elle ou se fond avec elle si c'est un i :

DU Y® AU X® SlÈCLli 129

fac

duco

fai [fais]

diil (dais, dans conduis]

amicum sic

ami si

S'il est précédé d'une consonne, il donne is quand celte consonne est une s :

cresco creis^ croîs

"^nasco ^cl. nascor) nais pasco (cl. pascor) pais

Après toute autre consonne, il subsiste en général :

arcum arc

juncum jonc

pprcum porc

76. C DOUBLE ou EN GROUPE. — 1° Quand deux c se trouvent contigus, l'un des deux tombe, et celui qui subsiste suit les destinées que nous venons d'étudier dans les paragraphes |3récédents : bucca, hoche, houcJie-, *bisaccia, besace; *croccia, crosse; flaccidum, flaiste, flaislre [d' oh flétrir) ; succussa, secousse; sjccum, sec, etc.

2° Lorsque le c est la dernière consonne d'un groupe, il est traité comme initial (§ 68, 1), et, suivant les cas, reste c ou devient ts ou tch {§ 71, 72, 73, 78).

3° wS'il n'est pas la dernière consonne du groupe, il devient yod et se combine avec la voyelle précédente pour former une diphtongue, à moins qu'il ne précède la syllabe accentuée : en ce dernier cas, il tombe généralement sans laisser de trace :

C =: i nocteni [nuoit] nuit

factum fait

facere, fac-re faire

ducere, duc-re duire

axe m ais

laxare laissier, laisser

coxit a. fr. coist

ne = in : sanctum saint

junctum joint

C tombe

vincere

fluctuare

*jectare

ructare

exemplum

Alexandria

veintre [vaincre]

floter [flotter]

jeter

roter

essemple

Alessandre

4® Le groupe roman cl, quand il n'est pas précédé d'une consonne, aboutit généralement à une 1 mouillée, au lieu de former diphtongue avec la voyelle précédente :

*butticfulla

bouteille

mac(u)la maille

ocfujlum ueil, œil

*sicla (cl. situla) seille

*vçclum (cl. vetulum) vieil ^scçclum (cl. scopulum) escueil^ écueil

Dans un certain nombre de mots qui n'appartiennent pas à la couche la plus ancienne de la langue, cl, au lieu de passer à 1 mouillée, est passé à gl (cf. § 71, note) :

*aboc(u)lum

buc(u)lum

matriciu]larium

aveugle

bugle, d'où beugler marreglier^ d'où marguillier ^

Le groupe cl précédé d'une consonne persiste, mais si cette consonne est une s, le c tombe :

c}rc(u)lum cercle

*unc(u)lum (cl. avunculum) oncle

mais

masc(u)lum musc(ujlum

masle, mâle mousle^ moule

1. Miracle, siècle sont des mots demi-savants qui ont gardé cl intact quoique précédé û une voyelle.

77. TI EN HIATUS. — Le groupe ty, dont il n'y a d'exemple en gallo-roman qu'à l'intérieur des mots, est traité à peu près comme ce, ci (§ 74, 3°).

Précédé d'une voyelle, il a abouti d'abord à ds (s étant sonore) et dégagé un i qui a formé diphtongue avec la voyelle précédente ou s'est fondu avec elle ; ds a bientôt perdu son élément dental pour aboutir au son actuel-

*acutiare

aigidsier

otiosum

oiseux

sull'.-ationem

^aison

Quand ti est devenu final, il aboutit plutôt à s sourde, qui n'est plus entendue aujourd'hui :

palatium palais

pretium prieis, pris, prix

Précédé d'une consonne autre que s, ti aboutit à ts, noté originairement par ç, mais ne dégage pas d'i :

*captiare chacicr^ chasser (pr. chai-

sier) fortia force (pr. fortse)

*lintiolum(cl.linteolum) linceul (pr. lintseuï) *neptia nièce (pr. nietse)

Le groupe cty est aussi représenté par c (prononcé

ts) : .

factionem façon (pron. fatson)

lectiçnem leçon (pron. letson]

Précédé d'une s, ty a abouti à is avec s sourde :

angustia angoisse

*frustiare fruissier, froissier, frois^

ser ûstium (cl. ôstium) huis *posteis (cl. postea) puis

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