C DEVANT E ou I EN HIATUS. — Cy issu de ce ou
de ci suivis d'une voyelle devient ts non seulement après les consonnes, mais également après les voyelles:
lancea lance (pr. lantse)
*glacia (cl. glaciem) glace (pr. glatse)
*facia (cl. faciem) face
pellicia pelle e [pelisse]
brachia (pi. n.) brace [brasse)
placeat place (plaise)
faciat face [fasse]
brachium bras (pr. brats)
solacium solaz [soûlas]
*aciarium acier (pr. atsier]
79. Q. — Q en latin était suivi de la labiale u, ce qui Ta empêché de suivre les destinées de c dont il avait le son. En français, à Tinitiale, il a perdu généralement la labiale, mais a conservé le son primitif :
quare car
quadratum carré
La labiale s'est conservée ])ar contre dans qualem, quel] quando, quand-, *quattor, quatre.
Certains mots, en latin vulgaire, avaient déjà échangé qu en c :
quinque, cinque cinc, cinq
quinquaginta, cinquaginta cinquante querquedula, cerquedula cercelle, sarcelle
Qu média!, lui aussi, dans quelques mots, s'est changé en c :
coquere, cocere cuire
laqueum, lacium los^ lacs
querquedula, cercedula cer celle ^ sarcelle
Dans les autres mots, la palatale qu a dégagé un i et s'est changée en g, ^quila, agla, ai<^le\ aquilentarium,
éij^lantier, ou bien la palatale a dégagé un i, et lalabiale*u s'est changée en v :
*sequere (cl. sequi) suivre
80. G. — i° Le g initial s'est maintenu, comme le c, devant 1, r, o, û :
glandem <^land^
grandem grant^ grand
gcmpliun goiit, gond
gùla gueule
Devant a, e, i, il devient dj, noté par j devant a, 0, ou par g devant toute autre voyelle :
gamba jambe
gaudia joie
gelu gÎGl^ gel
gentem gent
*ginciva (cl. gingiva) gencive
2° Médial, il s'est changé ordinairement en un yod, formant diphtongue avec la voyelle précédente, ou s'assimilant à un yod déjà formé par la voyelle précédente ou suivante qui s'était diphtonguée :
ligare leiier, leier^ lier
flagellum flaiel, flael, fleel, jléau
fagjna '^fayina^ faine ^ faine'
regina *reyina^ reine ^ reine
*agurium (cl. augurium) "auïr, eûr, heur '
Quelquefois, les voyelles qui entourent le g n'ont pas favorisé son changement en i, et il est tombé, sans qu'on puisse, comme pour les mots précédents faine^ reine^ heur, supposer une forme ancienne avec yod :
1. Il est tombé dans lise^ anciennement ^//se, de la même orij^ine queglaiscy et dans loir pour gloir de *glïrem (cl. glïrem) et ses dérivés léroi et Uron,
*agostum (cl. augustum) aost, aoust, août ego' eo, io,jo,je (§ 194)
ruga rue
legumen a. fr. leun ^
3° G final, précédé d'une voyelle, se change en un yod qui se fond dans la diphtongue formée par cette voyelle :
legem lei, loi
regem rei, roi
Sur fou de fagum, /ou[g) de jàgum, voir p. 119, n. 3.
Précédé d'une consonne, il a persisté avec la valeur sourde k, laquelle s'est conservée encore aujourd'hui dans le cas de liaison : sank et eau (cf. § 69).
k^ G dernière consonne d'un groupe est traité comme g initial :
angustia angoisse
*gorga gorge
ingenium engin
5° Quand il forme groupe avec une consonne qui suit, il peut être ou précédé d'une consonne ou j^récédé d'une voyelle.
a) Dans le premier cas, on a les groupée ngl, rgl, Igr, ngr.
Ngl subsiste :
angulum angle
ungula ongle
Rgl perd le g :
^margula marie, marne
Lgr, rgr perdent également lé g, mais intercalent un
d euphonique (§ 68, 3^) :
1. Notons le changement de gi ou ge, suivis d'une voyelle, en is (avec s douce).
*fragea ou *fragia (de fragum) fraise
phrygium, frégium freis,frois,àdinsorfroi8
*fulgerem fcl. fulgur) foildre, foudre
surgere sordre, sourdre
Dans ngr, le g s'est changé en un yod qui a formé une diphtongue avec la voyelle précédente, et entre n et r s'est aussi intercalé un d (§ 68, 3°) :
cingere ceindre
, pungere poindre
*attangere fcl. attingere) ataindre, atteindre
6) Quand g première consonne d'un groupe est précédé d'une voyelle, il se change régulièrement en un yod qui forme diphtongue avec elle :
flagrare jlairier^ flairer
nigrum neir, noir
integrum entieir, entir, entier
broglium breuil --^ ,-^ >Ȉ^
*fugita faite
piignum poing
Le g est exceptionnellement tombé dans paresse de pigritia, el pèlerin, anc. pererin, de peregrinum.
81. I PALATAL ou YOD. — G'cst à grand tort que nous prononçons et écrivons comme une chuintante douce, un j, l'i consonne ou yod du latin. Ce que nous lisons, par exemple^ jam, les Ptomains l'écrivaient et le prononçaient iam. On prononçait de même, conformément à l'écriture, Iulius, iecur, iocus, etc.
Initial, le yod est devenu en français dj : iam, Ja : lacobus. Jaques (])ron. dj'a, djaques).
]\Iédial, il tombe quand les voyelles voisines ne se prêtent pas au développement d'une diphtongue: maiestatem, v. fr. niaesté-, majesté est une forme savantejejunsire, jeûner^ jeûner-, dans le cas contraire, il se combine avec la voyelle précédente : maiçrem, a. fr. maiour, maidr, maieur ; *troia, truie. ■■■-■■
Sur le yod issu d'e ou d'i en hiatus, voyez § 60.
82. H ASPIRÉE. — L'h était aspirée dans le latin primitif. Dès la fin ds la République, l'aspiration tendait à disparaître de l'usage populaire, et pea à peu cette lettre n'eut plus qu'une valeur orthographique. L'italien, continuant la tradition latine, ignore Th aspirée et connaît à peine la lettre h. Chez nous, l'aspiration et la lettre qui la représente reparurent sous l'influence du langage des Francs et des Bourguignons. Nombre de mots germaniques conservèrent, en devenant français, l'aspiration qu'ils avaient dans leur langue originelle (§ 331).
Sous l'influence de mots germaniques comme hoh, hal, harsta, les mots latins altum, *assulare, (h)asta ont donné avec une h aspirée /laut^ hasler [liâler) liaste (broche). L'h aspirée dans hurler, hennir, hucher est^ sans doute le résultat d'une onomatopée. Elle est inexpliquée dans herse et quelques autres mots.
La disparition de l'h latine réduisit en latin ch etth à c et t : chorda, brachium, cathedra, etc., devinrent corda, bracium, catedra.
De même, ph se réduisit à p (colaphum, colapum, colp, coup), sauf dans quelques mots introduits en latin à une époque où ph altérait ie son double qui lui était propre en une sorte d'f : sulphur, solfre, soufre.