‹ Cours de grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 45 sur 57 · Dans auuec, illuec. Tu est tombé : avec, illec · texte numérisé non relu

Dans auuec, illuec. Tu est tombé : avec, illec

etc., et qui n'atteint pas les nouveaux mots dérivés en ciller et gier, comme ciergier^ pistachier f-^^ It^J-j^tij^Ki

2. Par suite, les verbes mangier, marchier, laschier et autres semblables devenaient régulièrement m(uig;er^ marcher^ lâcher. Dans les autres verbes, dans les j)arlicipes et substantifs participiaux de la 1^^ conjugaison dont l'a latin avait été diphtongue en ié, sous l'influence d'une palatale antérieure (§ 54, I, a), l'analogie de la conjugaison régulière (cantare, chanter] fît partout disparaître la diphtongue an profit de e. Des formes veri)ales comme aidiez, aidié, aidier, laissier, chacier, clialcier, croisier devinrent aidez ^ aidé., aider., laisser^ chasser, etc. Des substantifs participiaux comme croisiée, chalciée devinrent croisée, chaussée, etc.

Cette réduction a donc laissé intacts :

1^ Le ié issu de a précédé d'une palatale dans les mots autres que les verbes qui n'avaient point chié, gié : chrétien^ moitié, amitié. Inimitié, pitié, de christianum, medietatem, *amicitatem, pietatem. le, dans chien a été protégé par la nasale.

2^ Le ié issu de -arius dans tous les substantifs et adjectifs où ié n'était pas précédé de ch ou de g : chei^ aller, premier.

3^ Le ié, issu de é, dans tous les cas, sauf dans les anciens verbes en -lembre comme crlemhre.^ glembre^ etc., où aln, eln ont remplacé lem (auj. craindre, geindre),

4° Dans les formes verbales en -gner, -gné, la prononciation ancienne a subsisté, au défaut de l'orthographe. Dans les formes en -lier, cette prononciation a aussi subsisté tout en se modifiant plus tîird et en passant de lyé à yé (§ 36, 1°). De même dans des substantifs où l'orthographe a quelquefois subsisté : joaillier, quincaillier à côté de oreiller, poulailler, etc.

5° Enfin, les mots dans lesquels ié est précédé d'un i ont conservé la prononciation ancienne, sinon l'orthographe : broyer^ lier, payer, doyen., moyen, etc.

Cette transformation générale mit deux siècles à s'accomplir ; elle était achevée à la fm du xvi® siècle, quoiqu'on en trouve encore quelques traces dans des textes

I Tovinciaux du commencement du xvii®. Les détails de < ('île transformation sont encore mal connus.

96. Diphtongues nasales. — Les diphtongues ai, ei, oi se sont nasalisées à peu près à la même éj3oqu'^ que les voyelles a, e, o ; mais la nasalisation n'affectait d'abord que la première voyelle de la diphtongue : main se prononçait mâ"in\ plein, plè-in . Puis quand ai, ei se furent confondus en è, les diphtongues nasales correspondantes se réduisirent à en' : pain, aime^ plein furent prononcés pèn ëm plcii .

Pour la diphtongue nasale oin, de même que la diphtongue ôi (sortie de ei, ôi et ôi, § 93) était passée à oé, puis à wé, de même elle aussi passa à wê : loin prononcé d'abord lô-in fut prononcé Iwè.

La diphtongue ien est de formation relativement récente : elle date du xiii® siècle. Née après le changement de è en à, cette diphtongue conserve jusqu'à nos jours le son en qui lui est propre : rien, mien, chien, moiien (moyen!, crestlien, etc.

Sur les combinaisons de ii avec a, o, e, voir § 104.

ÏII. Hiatus.

97. Nouveaux hiatus. — Le commencement du xi*^ siècle voit paraître une quantité considérable d'hiatus. La plupart des muettes médiales qui s'étaient affaiblies dans la période antérieure tombent définitivement et laissent en présence les voyelles précédentes et suivantes :

mutare

muder

muer

salutare

saluder

saluer

videre

vedeir

veeir, veo

sedere

sedeir

seeir^ sa

audire

odir

oïr, ouïr

securum

(segur)

seûr [sûr\

carruca

(charrugue)

charrue

98. RÉDUCTION DES HIATUS. — Gcs hîatus s'ajoutent à ceux que l'âge précédent avait conservés : la langue met trois à quatre siècles à les réduire, et encore incomplètement. Un grand nombre d'hiatus ont été maintenus ou rétablis pour des raisons d'euphonie ou d'analogie. L'usage poétique en compte beaucoup plus que l'usage commun ou familier. Ainsi le suffixe -ion est prononcé habituellement d'une seule émission de voix, mais il a deux syllabes en vers.

En règle générale, i, o, u, ù en hiatus avec la voyelle accentuée sont devenus y (yod), w et w. Dès la fin du moyen âge, les terminaisons i-ons, i-ez de l'imparfait et du conditionnel étaient devenues monosyllabiques. On prononçait, comme aujourd'hui, dyable^ vyande, maryer au lieu de diable, vi-ande, mari-er^, écwellc au lieu d'écû-elle (scutella), i\n [oui] au lieu d'ou-i, o-il (hoc illi; cf. § 260, 4*^). On prononçait semblablemeni nuvele au lieu de mo-elle (plus anciennement meolle, mcdulla), pwele au lieu de po-ele (patella).

Quand la voyelle en hiatus était e féminin ou a, ou encore o devant o, u ou u, elle a cessé d'être prononcée (a-oust, août) veoir, voir-, seûr, sûr ^ -, roond, rond); ou bien elle s'est fondue avec la voyelle suivante pour former une diphtongue ou une voyelle nouvelle (chaeine, chaîne, chaîne ; reïne, reine : haine, haine).

Lu date de la réduction des hiatus paraît varier de province à province. A la fin du xiv® siècle, elle semble ctre accomplie dans le français propre ; mais elle doit ne s'être achevée que plus tard dans les dialectes du Nord.

On a quelquefois remédié à l'hiatus en intercalant une consonne, soit h comme dans envahir^ trahir, soit

1. L'i en hiatus devant er, terminaison verbale, a subsisté, mais a développé après lui un yod dans certains verbes comme fier, crier , oublier, prononcés depuis le xiir siècle fiyer, criyer^ ouhliyer, anciennement /î-cr, cri-er^ oiibli-er.

2. Dans heur, bonheur, malheur^ plus anciennement eûr (augurium), e-û est devenu eu. La prononciation gasconne bonhur^ malhur est plus régulière que la nôtre.

au V comme dans parvis (a. fr. pareïs, paradis), pouvoir (a. fr. pooir, pouoir, povoir).

Section IL — Histoire des consonnes.

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